VII. HÉPATITE MORVEUSE
La morve, est une maladie dont les localisations viscérales ont pour siège d’élection les poumons, mais qui peuvent se rencontrer dans le foie, bien qu’elles y soient exceptionnelles, à cause, sans doute, de la rapidité d’évolution du processus morveux. Cependant, l’hépatite morveuse a été observée chez le cheval
NÉOPLASIES HÉPATIQUES.
par Cadiot et Gilbert1. Dans un cas, rapporté par ces auteurs, le foie était simultanément atteint de nodules morveux et de lésions diffuses ou cirrhotiques, et ces deux sortes de manifestations, distinctes, par places, se trouvaient fusionnées sur un grand nombre de points, en sorte qu’ils avaient la même origine. La cirrhose périlobulaire envoyait de nombreuses expansions dans les lobules, et avait, pour siège initial, les veinules et les artérioles dont un grand nombre étaient oblitérées.
Ces lésions, peu ou pas observées chez l’homme, pourraient à la rigueur s’y rencontrer, et, comme leur ressemblance avec celles de la syphilis humaine est des plus manifestes, elles seraient facilement confondues, sans la présence du bacille morveux. A ce point de vue surtout nous avons jugé utile d’en dire un mot, afin de mettre le praticien à l’abri d’une erreur possible.
Art. III. — Néoplasies hépatiques. — Historique et classification.
Différentes des phlegmasies par leur accroissement indéfini, les néoplasies hépatiques, pour ce fait, sont des affections d’une gravité excessive, dignes par conséquent de toute l’attention du médecin.
Facilement reconnaissables, ces lésions ont été observées par les plus anciens anatomo-pathologistes : Rüysch, Morgagni, Stoll, Vanswieten, etc., en ont parlé, les désignant sous les noms de squirrhe, stéatome, tubercule, tumeurs, et les confondant avec des affections multiples : la cirrhose, la gomme, les abcès, les kystes et autres désordres hépatiques.
Bayle et Lugol, en 1812, s’efforcèrent de dégager le cancer et de le séparer d’une partie des affections avec lesquelles il était confondu; Cruveilhier, Andral, R. Bright, Heyfelder, Durand- Fardel, etc., suivirent leurs traces et publièrent sur la matière des observations intéressantes. Monneret, un peu plus tard, s’appliqua à différencier le cancer secondaire du cancer primitif.
Lorsque la classification des tumeurs, établie par Laënnec sur la consistance et la forme de ces productions, se trouva ébranlée par l’application du microscope à l’étude de l’anatomie pathologique, les recherches des premiers histologistes et en particulier celles de Ch. Robin et de Virchow eurent pour tendance de rattacher la plupart des tumeurs aux éléments histologiques normaux
1. Cadiot et Gilbert, Sur la cirrhose morveuse du foie chez le cheval (Société de biologie, 2 août 1895 p. 598).
Néanmoins, les lésions dites carcinomateuses étaient toujours envisagées comme des provenances du tissu conjonctif, malgré certaines tendances de Ch. Robin, Thiersch, etc., à attribuer une origine épithéliale à quelques-unes d’entre elles. Les idées à ce sujet étaient loin d’être claires et l'origine du cancer demeurait obscure, quand, ayant reconnu que le siège initial de cette affection est toujours un organe pourvu d’épithéliums, il me fut facile de montrer que les tumeurs secondaires représentaient toujours à l’état embryonnaire ou adulte le tissu au sein duquel la tumeur primitive avait pris naissance. Puis, comme tous les tissus de l’organisme dérivent des deux feuillets blaslodermiques, ectoderme et entoderme, je fus conduit à classer les tumeurs ou néoplasies pathologiques sous deux chefs principaux et je les désignais : les unes sous le nom de néoplasies épithéliales , les autres sous celui de néoplasies conjonctives' .
Cette classification générale pouvant servir de modèle à celle des néoplasies des organes, nous l'adopterons pour l’étude des tumeurs du foie, et nous décrirons successivement :
1° Les néoplasies épithéliales du foie;
2° Les néoplasies conjonctives de cette même glande.
Cette étude sera simple et facile si, au lieu de la faire reposer, comme autrefois, sur des apparences morbides, nous lui donnons pour base la connaissance de la structure intime et du développement du foie. Les néoplasies de cette glande, n’étant que des végétations anormales des tissus qui la composent, naissent et se développent forcément suivant les lois qui président à la formation et au développement de chacun de ces tissus.
§ I. — NÉOPLASIES ÉPITHÉLIALES DU FOIE (ADÉNOMES ET EPITHÉ LIOMES HÉPATIQUES)
A l’instar de toutes les néoplasies des glandes épithéliales, celles du foie forment, en raison de leur plus ou moins grande tendance à l’envahissement de l’organisme, deux genres distincts, tant par leur structure que par leur évolution. Les unes, localisées et circonscrites, n’envahissent jamais ni le tissu conjonctif voisin, ni les vaisseaux lymphatiques qui en émanent, et s’arrêtent à un certain moment de leur développement : ce sont les adénomes; les autres, étalées, s’étendent aux tissus voisins, se généralisent à
1. E. Lancereaux, Traité d’anatom. pathologique, Paris, 1875-77, t. I, préface IX, et page 298.
NÉOPLASIES ÉPITHÉLIALES. 453
d’autres organes, et se multiplient d’une façon indéfinie : ce sont les épithéliomes .
Le mode de formation et de développement de ces néoplasies esttoujours obscur, et l’étude ne peut en être faite qu’en s’appuyant sur l’anatomie et la physiologie normales. Depuis longtemps, nous avons considéré l’épithéliome 1 comme une glande en voie de développement anormal, et, en effet, cette affection procède d’nne végétation épithéliale qui irrite le tissu conjonctivo-vasculaire ambiant et le fait bourgeonner. Celui-ci pénètre la masse épithéliale, lui sert de soutien et lui procure les éléments nécessaires à sa vie, à son accroissement et même à sa fonction. La seule différence entre ces étals consiste dans la régularité du processus, pour la glande normale, dans son irrégularité, pour la néoplasie épithéliale ; aussi, la connaissance du développement des glandes permet-elle de saisir le mécanisme pathologique de l’épithéliome. La connaissance de leur fonctionnement va nous donner la clef de celui de l’adénome.
On sait que les glandes peuvent être divisées en deux catégories, selon que leur sécrétion est le fait d’une simple exsudation des produits élaborés par la cellule épithéliale (glandes mérocrines), ou celui de la prolifération et de la destruction de cet élément (glandes liolocrines). Supposons que, sous une influence pathologique méconnue jusqu’ici, une glande mérocrine vienne à fonctionner non plus normalement, mais à la façon d’une glande holocrine, nous aurons devant nous l’image de l’adénome. Les éléments de cette glande commenceront, en effet, par se multiplier, et formeront, dans une première phase, un amas qui augmentera les dimensions de l’acinus ou distendra le tube glandulaire ; puis, dans une seconde phase, un certain nombre de ces éléments tomberont en déliquium ou subiront une transformation muqueuse et kystique. C’est ainsi que procède l’adénome, et conséquemment, si l’épithéliomc nous apparaît comme une glande anormale dans son développement, c’est-à-dire comme une monstruosité glandulaire, l’adénome se montre à nous comme une glande anormale dans son fonctionnement, comme une anomalie fonctionnelle.
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