‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 73 sur 178 · I. PARALLÈLE DES ÉPITHÉLIOMES OU CANCERS DU FOIE · texte numérisé non relu

I. PARALLÈLE DES ÉPITHÉLIOMES OU CANCERS DU FOIE

L’étude à laquelle nous venons de nous livrer montre clairement que la pathologie ne se sépare pas de l’anatomie et de la physiologie, et qu’elle leur est entièrement subordonnée. La connaissance exacte de l’histologie et du développement du foie est, en effet, la préparation nécessaire à la connaissance du cancer de cette glande, lequel n’est, comme nous l’avons établi (voir t. I de notre Traité d’anat. pathologique), qu’une végétation anormale et indéfinie des éléments épithéliaux. Or, le foie, renfermant trois sortes d’épithéliums, est forcément le point de départ de trois variétés distinctes de cancer, qui sont :

1° L’épithéliome acineux ou végétation indéfinie des cellules propres de l’acinus glandulaire ;

2° L’épithéliome dû à la multiplication des éléments cellulaires qui tapissent les canaux biliaires intra-hépatiques ou épithéliome canaliculaire.

3° L’épithéliome résultant de la végétation des cellules épithéliales des canaux excréteurs et de la vésicule biliaire ou de leurs glandes.

A ces variétés, il convient d’ajouter les différents épithéliomes qui viennent se greffer dans le foie, et que, pour ce motif, nous avons appelés : épithéliomes secondaires. Non moins variés que

NÉOPLASIES ÉPITHÉLIALES.

les épithéliums d’où ils proviennent, ces derniers sont pavimenteux, cylindrique ou glandulaire; mais, en outre, ils renferment parfois des granulations mélaniques, et cette circonstance, jointe aux divers modes de propagation et à l’évolution de ces tumeurs, leur a valu une description particulière. Chacune de ces variétés, nettement distincte par ses caractères anatomiques, ne l’est pas moins par ses phénomènes cliniques et son évolution.

La première variété, ou épithéliome acineux, est constituée anatomiquement par des nodosités multiples, diversement colorées, peu saillantes, disséminées ou agglomérées sur un ou plusieurs points de la glande hépatique, à sa surface comme dans sa profondeur, et séparées par un tissu conjonctif abondant et sclérosé. De cette disposition dépendent les phénomènes cliniques de ce désordre, au nombre de trois principaux : l’ictère et les hémorrhagies provenant de la multiplication et de l’altération des cellules hépatiques, l’ascite liée à la sclérose du tissu conjonctif. Ces phénomènes étant ceux que l’on observe dans les cirrhoses avec altérations cellulaires, il n’est pas surprenant que l’on ait souvent confondu ces affections, bien qu’elles soient absolument distinctes, au moins par leur évolution, toujours limitée dans un cas, indéfinie dans l’autre.

La seconde variété, ou épithéliome des canalicules biliaires, due à la végétation des épithéliums de ces canaux, se montre sous la forme dé niasses blanchâtres, peu nombreuses et généralement situées sur le trajet des conduits biliaires. Ces masses, formées de cellules épithéliales, cubiques ou cylindriques, disposées sous forme de tubes, circonscrits par un stroma conjonctif sclérosé et plus ou moins épais, ne fournissent que peu de symptômes, à part ceux qui résultent de l’examen physique. L’ictère et l’ascite, loin d’être des phénomènes constants, se voient peu ou pas; aussi, ces tumeurs sont-elles fréquemment confondues avec les nodosités de l’épithéliome secondaire.

Les épithéliomes des canaux excréteurs et de la vésicule biliaire ont des caractères différents, selon qu’ils prennent naissance dans une glande ou dans le revêtement épithélial. Ces derniers, constitués par des épithéliums cylindriques, se développent à la surface libre, et se traduisent par des saillies arrondies ou circulaires qui ne tardent pas à s’ulcérer; les premiers, formés de cellules sphériques ou polygonales, plus ou moins irrégulières, constituent des masses pariétales profondes et diffuses, très disposées à subir la transformation colloïde, particulièrement dans la vésicule biliaire. En vertu de leur siège, ces épithéliomes ne

tardent pas à mettre obstacle à l’écoulement de la bile ; et à produire un ictère par rétention, avec décoloration absolue des fèces, distinct de celui du cancer acineux ou glandulaire; mais, ce qui, avant tout, les différencie, c’est l’absence d’ascite dans l’épithéliome des voies biliaires, et la constance, pour ainsi dire, de ce symptôme dans le cancer acineux du foie.

Aussi nombreux que les variétés d’éléments épithéliaux qui parviennent à émigrer dans le foie, les épithéliomes secondaires, malgré des origines diverses, n’ont pas moins des caractères cliniques communs. La plupart se manifestent sous forme de nodosités fermes, ligneuses, arrondies ou déprimées à leur centre, isolées avec tendance à se réunir et à donner naissance à des masses plus volumineuses. Leurs principaux caractères proviennent de l’examen physique, qui permet de reconnaître, à la surface du foie, l’existence de masses indurées et disséminées, sans sclérose diffuse concomitante, et le plus souvent sans ascite et sans ictère. Ces deux symptômes ne se rencontrent en effet qu’accidentellement, par le fait de la généralisation du cancer au péritoine ou lorsqu’une masse cancéreuse vient à comprimer la veine porte et les canaux biliaires. Ce que nous disons de l’épithéliome secondaire s’applique au mélanome ou épithéliome mélanique du foie, avec cette seule [différence que l’origine du processus est, dans un cas, un épithélium ordinaire, dans l’autre cas, un épithélium avec granulations de mélanine.

Tels sont, avec leurs caractères distinctifs, les différents types du cancer hépatique. L’étude et la division de ces types, reposant sur les connaissances histologiques, ont une base inébranlable et ne sauraient varier. La végétation des éléments épithéliaux ayant, pour conséquence forcée, le bourgeonnement du tissu conjonctif, les épithéliomes constituent des sortes de glandes anormales appelées à sécréter un suc qui, recueilli par le sang, anémie le malade et engendre le dépérissement particulier à ce genre d’affection, sur lequel on ne peut trop méditer et dont le point de départ nous échappe toujours.

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