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ET HÉMORRHAGIES ACTIVES DU FOIE

Hyperémies. — Sous ce nom, sont généralement décrites des affections diverses et d’origines très différentes ; mais c’est là une règle vis-à-vis de laquelle nous croyons devoir réagir en étudiant ici les congestions actives ou névropathiques du foie, après avoir tracé plus haut le tableau des hypérémics passives ou angiopathiques de ce même organe. Si la délimitation de ces deux genres

NÉVROPATHIES MOTRICES.

de désordres est facile, il n’en est pas de même toutefois de la séparation des hyperémies névropathiques et de toutes celles qui se rattachent à des maladies générales, comme le paludisme, l’alcoolisme, les fièvres éruptives, etc. Intimement inhérentes à ces maladies, les hypérémies de ce dernier groupe ne sont le plus souvent, comme dans le paludisme et l’alcoolisme, que le premier stade d’un processus qui ne permet pas de les isoler.

Les hypérémies névropathiques, mal connues jusqu’ici, méritent, pour ce motif, une attention des plus sérieuses ; leur étude repose sur les connaissances acquises relativement à l’action des nerfs sur les vaisseaux du foie, et, comme ces connaissances laissent encore à désirer, il en résulte que nous ne pouvons que les ébaucher. Cependant, Cl. Bernard1 a démontré que l’irritation du plancher du quatrième ventricule détermine l’hypérémie hépatique; l’observation clinique nous apprend que, sous certaines influences, le foie se congestionne, et que même, lorsque cette congestion vient à persister, il s’hypertrophie. Portai, et plus tard Henoch2, ont rapporté des cas de tuméfaction hépatique à la suite de la suppression d’un écoulement utérin ou d’un flux hémorrhoïdal. L’herpétisme, le diabète nerveux sont des maladies au cours desquelles s’observe ce désordre; mais, en outre, il est des lésions locales qui peuvent l’engendrer, tels sont les reliquats pleurétiques venant irriter ou comprimer les grands splanchniques, la tuberculose des capsules surrénales, l’altération du plexus cœliaque, etc. Bonome3 prétend avoir observé dans le foie, après l’extirpation du ganglion cœliaque, des plaques d’un gris jaunâtre, et d’autres d’un rouge sombre hémorrhagique, correspondant les premières à des zones de nécrose cellulaire et les secondes à une dilatation des vaisseaux interlobulaires et interacineux ou à de réelles infiltrations sanguines entre les cellules dégénérées; il pense que les troubles trophiques des éléments cellulaires sont la conséquence de la dilatation névro-paralytique des ramifications terminales de l’artère hépatique et de ses capillaires.

Quelle que soit l’origine du désordre vasculaire, le foie augmente de volume et dépasse le rebord costal; mais, contrairement au foie cardiaque, il est peu ou pas douloureux. C’est ainsi qu’il

1. Cl. Bernard, Leçons sur laphysiolog. et la patLolog. du système nerveux, Paris,

2. Henoch, Klinik der Unterleibs Krankheiten, Berlin, 1855-1858 p. 85.

3. Bonome, La Riforrna med. 1892, n° 97, V, p. 1, et Archiv. gén. de méd., Paris, 1893, t. 1, p. 480.

nous apparaît dans le diabè te névropathique où il présente, en meme temps qu’une augmentation notable de volume, un état violacé de son parenchyme et la dilatation de ses vaisseaux. La rate demeure normale; les fondions digestives sont à peine troublées, et celles des autres organes n’offrent aucun désordre appréciable, en sorte que cette hypérémie, parfois accompagnée de petits points hémorhagiques et qui finit souvent par l’hypertrophie des éléments de la glande, n’est accompagnée d’aucun trouble fonctionnel appréciable, à part, dans certains cas, d’une glycosurie manifeste. Etant donné ce point de départ, c’est au système nerveux surtout que doit s’adresser la médication, et, à cet effet, il importe d’arriver à déterminer le siège et la nature du désordre subi par ce système.

Hémorrhagies. — Relativement peu exposé aux hémorrhagies angiopathiques, à l’encontre de ce qui existe pour le cerveau et quelques autres organes, le foie n’est pas, pour cela, moins sujet à des hémorrhagies névropathiques, dont l’étude laisse encore à désirer. S’il n’est pas impossible qu’un certain nombre d’extravasations sanguines, attribuées jusqu’ici à une altération du sang ou des vaisseaux, comme celles que l’on observe dans l’éclampsie et dans plusieurs autres circonstances, ne soient l’effet d’un désordre initial du système nerveux, d'un trouble vaso-moteur, il faut reconnaître que nous manquons de données certaines à ce sujet. Quant à présent, il y a plutôt lieu de les rattacher à une altération du liquide sanguin et du foie, puisque, dans le plus grand nombre des cas connus, il existe une dégénérescence graisseuse du parenchyme hépatique. Cependant, Bonome ayant trouvé des altérations assez semblables à la suite de l’extirpation du ganglion cœliaque, il est possible de conserver à cet égard un certain doute; il se peut, en effet, que ces hémorrhagies soient l’effet de l’action d’un poison sur le système nerveux. En tout cas, nous ne pouvons nier l’existence d’hémorrhagies névropathiques dans le foie : cette glande, pas plus que le tégument externe et plusieurs autres organes, n’échappe à ces désordres.

Les causes de ces hémorrhagies ne diffèrent pas sensiblement de celles des hypérémies névropathiques, car ces états pathologiques ne sont fréquemment que deux phases d’un même processus dont l’hémorrhagie est le dernier terme; celle-ci, rarement sous forme d’un foyer unique, est presque toujours disséminée par petits foyers répandus à la surface du foie, du volume d’un grain de millet ou d’un pois, tandis que le parenchyme hépatique est tuméfié et fortement congestionné.

Les phénomènes propres à ces lésions sont ordinairement

NÉVROPATHIES SÉCRÉTOIRES.

cachés ou du moins peu accusés. Ils se manifestent par la tuméfaction du foie qui déborde les fausses côtes, par de la douleur à la pression, dans quelques cas, par un ictère peu intense lié, selon certains auteurs, à la compression exercée par les vaisseaux sur les canaux biliaires, mais qui paraît être plutôt l’effet d’une altération des cellules hépatiques, quand on connaît la relation existant entre cette altération et les hémorrhagies. Même subordonnées à un désordre nerveux, les hémorrhagies du parenchyme hépatique ont des causes multiples qu’il importe de chercher à déterminer. Ces causes sont en effet autant de sources d’indications thérapeutiques. Plusieurs agents et particulièrement la quinine, l’ergotine ont, dans ces conditions, une utilité incontestable.

Rayer. Observât, sur les hémorrhag. veineuses du foie qui surviennent à la suite de l’hépatite ulcéreuse. (Archiv. gèn. de méd., Paris, 1825, VII, 161-173.)— Abercombie (J.). Case of hæmorrhagy of the liver. ( London med. Gaz., 1844, XXXIV, 792-795.) — Fauconneau-Dufresne. Mém. sur les hémorrh. du foie (Union méd., Paris, 1847, I, 370, 374, 379.) — Le même. Considérât, sur les hémorrhagies du foie, etc .(Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, Paris, 1855, II, 796.) — Monroe (B.). A case of hemorrh. froni the liver, occurring frum paraplegia. ( South Journ. med. et phys. sc., Nashville, 1853, I, 171.) — Foote (R. F.). A case of apoplexy of the liver; albuminuria; in a man affected with moral insanity and epilepsy. (Dublin quat. journ. med. sc., 1854, XVIII, 220.) — Duriau. Hémorrhagies interstit. du foie consécutives à une pneumonie double. (Bull. Soc. anat., Paris, 1855, 257 (foie gras.) — Conrad Tommasi. Zur Casuistik der Leberhamorrhagien (Archiv f. path. Anat., Berlin, 1865, XXXI 1 1 , 162.) — Steffen (A.). Hàmorrhagie der Leber. ( Jahrb . f. Kinderheilk., Leipzig, 1870-71, IV, 333.) — Homolle. Éclampsie puerpérale ; stéatose et infiltration biliaire du foie, avec hémorrhagies (Bull, de la Soc. anat., Paris, 1874, 807.) — Mac Lane (J. W.). Death from apoplexy of the liver and rupture of the capsule during pregnancy. (Am. J. Obst., New-York, 1879, XII, 516.) — Pilliet. Lésions hépatiques dans V éclampsie . (Soc . de biologie, 30 mars et 5 avril 1889, 247.) — Papillon et Audain. Éclampsie ictérique, étude des lésions hépatiques. ( Bull.de la Soc. anat., Paris, 1891, 359.) — Ranglaret (A.). Hémorrhagie du foie chez une éclamptique morte d’hémorrhagie ventriculaire. (Ibid. , Paris, 1893, 136.)

§ III. — NÉVROPATHIES SÉCRÉTOIRES

Ces névropathies, aussi nombreuses que les fonctions exercées par les cellules hépatiques, se divisent naturellement en deux groupes, comprenant, l’un, les troubles nerveux venant modifier la sécrétion externe ou biliaire, l’autre, les troubles nerveux s’adressant aux sécrétions internes de la glande hépatique.

[. — NÉVROPATHIES BILIAIRES

Les troubles névropathiques de la sécrétion externe consistent dans la diminution, l’augmentation ou la perversion du produit

de sécrétion biliaire. Cette dernière modification, dont l’existence, vulgairement admise, n’est pas démontrée scientifiquement à cause de la difficulté de se procurer de la bile pendant la vie, ne saurait nous occuper pour le moment. Toutefois, une altération chimique et purement fonctionnelle de la bile ne doit pas être rejetée.

Acholie. — La diminution névropathique de la sécrétion biliaire n’est pas beaucoup mieux étudiée, caries cas d’acholie connus jusqu’ici s’expliquent, pour la plupart, par un désordre matériel du foie, et surtout par la stase biliaire ou par une altération grave des cellules hépatiques (voy. cirrhose et stéatose hépatiques, et plus loin lithiase biliaire, etc.). Cependant il est des circonstances où une diminution, sinon de la bile du moins de la matière colorante biliaire, semble être subordonnée à un simple trouble dynamique : ce sont celles dans lesquelles on constate, en même temps que des évacuations alvines d’un jaune pâle ou blanchâtre, de la flatulence, une teinte terreuse de la peau, et un certain degré de stupeur, sans qu’aucun désordre matériel appréciable du foie puisse rendre compte de cet état. En pareil cas, tout porte à admettre un simple état névropathique.

Polycholie. — La polycholie névropathique est mieux établie; il est difficile, en effet, de ne pas la reconnaître chez les personnes qui, chaque matin, et quelquefois dans le cours de la journée, à la suite des repas, ont des selles liquides, abondantes et verdâtres, sans autre désordre appréciable, et chez celles qui vomissent au début d’une crise de colique hépatique. Dans ces cas, l'excès de la sécrétion biliaire n’est pas douteux, et les conditions dans lesquelles il se produit, indiquent qu’il est déterminé par un acte réflexe, dont le point de départ est l’arrivée des aliments dan§ l’estomac ou d’un gravier dans les voies biliaires.

Dans d’autres circonstances, la polycholie est directe, et résulte d’une altération des nerfs de la moelle épinière ou de l’encéphale. La polycholie, liée à une lésion des cordons nerveux, s’observe dans la péritonite où les extrémités des nerfs péritonéaux se trouvent irrités, dans la tuberculose des capsules surrénales où les cordons nerveux qui composent le plexus de cet organe sont envahis par des granulations qui les excitent, dans la colique de plomb ou névralgie du grand sympathique abdominal, toutes circonstances dans lesquelles labile est produite en abondance et rendue par le vomissement. Il en est de même dans les crises douloureuses du tabes dorsalis, dites crises gastriques ou gastralgiques, qui s’accompagnent d’abondants vomissements bilieux, dans la

NÉVROPATHIES SÉCRÉTOIRES.

plupart des méningites, de celles surtout qui siègent à la base de l’encéphale, comme aussi dans quelques cas d’urémie.

Les matières vomies, sans avoir toujours des caractères identiques, renferment fréquemment de la matière colorante et parfois des sels biliaires, en sorte qu’il faut bien admettre une hypersécrétion de bile, influencée par le système nerveux, puisque rien n’indique la possibilité d’une lésion matérielle de la glande hépatique. J’ai constaté, d’ailleurs, qu’une simple émotion était susceptible d’engendrer une polycholie de plusieurs jours : une jeune fille de dix-huit ans, vraisemblablement grosse de deux mois, voyant tomber un petit enfant d’un troisième étage dans la rue, éprouve une émotion des plus vives et de violentes douleurs à l’épigastre; elle se sent courbaturée, perd l’appétit, sa langue, à peine humide, revêt une teinte blanc sale; puis, surviennent des vomissements verdâtres, une diarrhée de même coloration et enfin un léger ictère. Ces accidents persistent pendant quelques jours et cessent pour ne plus reparaître.

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