LIVRE III
ÉTUDE GÉNÉRALE
Constituées d’après un même plan, les voies biliaires, comme les voies urinaires, sont le point de départ de désordres sérieux pour peu qu’un obstacle vienne entraver leur fonctionnement. Chacun de ces appareils, en effet, charrie au dehors un liquide excrémentitiel qui chemine d’après un même mécanisme : la vis a ter go, aidée de la contraction de parois musculaires ; en outre, comme leurs fonctions sont intermittentes, un réservoir et un sphincter appropriés se trouvent adaptés à l’un et à l’autre.
Une des conditions nécessaires à l’intégrité des glandes est le libre écoulement de leur produit de sécrétion. Que ce produit rencontre un obstacle quelconque, il s’accumule, distend les canaux et le réservoir qui le renferment, comprime le parenchyme glandulaire et subit lui-même des modifications diverses et importantes.
Les causes de ces désordres sont intrinsèques ou extrinsèques : intrinsèques, lorsqu’elles naissent sur place : tumeurs, rétrécissements, calculs des voies biliaires, ou qu’elles viennent du foie : kystes hydatiques, ou de l’intestin : vers, lombrics, etc.; extrinsèques, quand elles prennent naissance en dehors des voies biliaires : tumeurs du foie et des ganglions lymphatiques du hile, tumeurs du pancréas, du duodénum, etc. Mais, quels que soient la nature et le mode d’action de chacune de ces causes, leurs effets, à peu près identiques, se traduisent par un syndrome commun
qui est la rétention de la bile ; l’arrêt par inhibition de la sécrétion biliaire, constaté dans certains cas de lithiase, n’est jamais, en réalité, qu’un phénomène passager.
Accumulée derrière l’obstacle, la hile distend les canaux qui la renferment, et la pression augmentant, elle est reprise en partie par les vaisseaux lymphatiques et déversée dans le sang, d’où résulte un ictère par rétention. Alors, deux circonstances peuvent se présenter : ou bien l’obstruction est complète, les canaux excréteurs sont distendus par la bile et la cellule hépatique s’infiltre de pigment, devient granuleuse, s’atrophie ou se détruit, ainsi que la clinique nous l’apprend et que divers expérimentateurs l’ont vu sur les animaux à la suite de la ligature du canal cholédoque; ou bien l’obstruction est incomplète, la cellule hépatique résiste et les canaux biliaires dilatés rappellent l’ hydronéphrose des voies urinaires. Irrités par le liquide qui les baigne et les distend, les canaux biliaires s’épaississent, deviennent le siège d’une sclérose péricanaliculaire qui s’étend au foie et donne naissance à une cirrhose de cette glande : cirrhose biliaire , laquelle se rapproche de la sclérose des reins à la suite d’un obstacle à l’écoulement des urines, décrite pour la première fois par nous. (Voy. art. « Reins », Dicl. encyclop. des sc. méd.)
C’est dans ces conditions pathologiques, déjà très sérieuses, que survient en général la plus grave complication des affections biliaires, à savoir /’ infection. Produit aseptique, comme il résulte de l’observation clinique et de l’expérimentation, la bile se déverse dans l’intestin, milieu essentiellement microbien et propre à l’infecter si ses propriétés antiseptiques, son cours régulier et l’intégrité des canaux qui la renferment ne s’opposaient à l’invasion bactérienne. Or, dans l’état de rétention biliaire, toutes ces circonstances font défaut : le pigment et les sels biliaires sont résorbés, le cours de la bile arrêté ne parvient plus à laver les voies biliaires, et les canaux distendus et altérés constituent un terrain favorable à l’implantation et à la pullulation des bactéries pathogènes, ainsi qu’il arrive pour les voies urinaires, lorsque dans le cours d’un obstacle à l’écoulement de l'urine, des microbes viennent à s’introduire dans la vessie.
Ces différents états une fois indiqués, il devient facile de reconnaître que les désordres généraux liés à l’altération des voies biliaires se groupent naturellement sous deux chefs :
DÉSORDRES OU ALTÉRATIONS MÉCANIQUES; DÉSORDRES OU ALTÉRATIONS SEPTIQUES.
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