C. OPACITES DU CORPS VITRE
De même que l'anatomie pathologique de la cornée a été appelée à soulever et à résoudre de graves questions de pathologie générale, de même aussi celle du corps vitré nous paraît propre à jouer un rôle analogue. Ce milieu privé de vaisseaux et de nerfs recevant ses matériaux de nutrition par voie d'endosmose, est très apte à montrer dans son tissu délicat les phénomènes de l'irritation inflammatoire, qui se révèlent par la migration de cellules, par la prolifération cellulaire et la génération de tissus homéomorphes. On peut ainsi suivre pas à pas, sur le vivant et sur la tablette du microscope, ces évolutions pathologiques.
Si de semblables études n'ont pas encore fourni des résultats très-satisfaisants, il faut en chercher la cause en ce fait que l'étude microscopique est ici hérissée de nombreuses difficultés. En effet, ne sommes-nous pas encore actuellement en discussion sur la structure anatomique du corps vitré, et combien sont encore plus discutables les résultats que fournissent la clinique et les expériences pratiquées sur les animaux !
A l'état normal, le corps vitré renferme deux espèces principales de cellules: 1" des cellules fusiformes ou étoilées à trois ou cinq prolongements qui en s'anastomosant les uns avec les autres constituent la trame cellulaire de ce milieu (Virchow, O.Weber). Ces cellules à contenu finement granulé renferment deux à trois noyaux; une partie d'entre elles ont leurs émanations garnies de petites vésicules transparentes. 2° des cellules physaliphores qui contiennent une vésicule sphérique très-transparente et laissant à peine place à une petite quantité de substance grumeuse et à un ou deux noyaux. Un certain nombre de ces cellules physaliphores sont munies de prolongements. La transition entre ces dernières et les cellules étoilées dont les prolongements sont garnis de vésicules translucides semble un fait avéré. Les cellules de ce second groupe constituent les éléments mucipares du corps vitré (Iwanoff), elles jouissent toutes dans leurs prolongements d'un mouvement contractile très-prononcé et capable de déplacer le contenu de la cellule. Les travaux récents de JIM. Henle et Iwaxoff ne permettent plus d'admettre l'existence de la membrane hyaloïde ainsi que la présence d'une couche épithéliale sus-jacente. A l'état frais, le contour de ces cellules épithéliales (d'un diamètre de 0,012 millim. à 0,02 millim.) serait à peine perceptible; elles seraient finement granulées, rondes ou polygonales à angles émoussés (Valentix, Ritteu).
Au point de vue clinique, la possibilité d'une inflammation aiguë el chronique du corps vitré est admise. L'ophthalmoscope et le microscope arriveront à décider dans les expériences instituées sur les animaux, si l'inflammation suppurative repose de prime abord sur une irritation de l'élément cellulaire qui engendre la nucléation et la prolifération, ou si la présence des éléments du pus est simplement due à une migration des leucocythes dans ce milieu transparent à travers les parois des vaisseaux choroïdiens. Un corps étranger qui a pénétré dans l'humeur vitré provoque
prouver l'absorption du cristallin au moyen du phosphore? A-t-on pu la prouver par l'absence des reflets eapsulaires? par des changements dans la position de l'iris, par l'absence absolue du pouvoir accommodateur? et enfin, fait capital, par un changement complet du pouvoir réfringent? Non, au lieu de ces données scientifiques, on s'est contenté de porter à la connaissance de l'Académie de Médecine et du public médical quelques affirmations vagues basées sur les renseignements des malades et sur les „on dit" de quelques personnes complètement étrangères à l'art.
autour de lui, dans le tissu ambiant, des changements qui, suivant le degré et la durée de l'irritation, se révèlent sous l'aspect de la pyogénèse ou de la prolifération plus ou moins accusée du tissu cellulaire voisin. Le corps étranger provoque la suppuration (hyalitis purulente ou hyalitis chronique), ou bien son enkystement est suivi des phases de la transformation cellulaire régressive (rétraction, décollement de la rétine, phthisie). Il nous paraît difficile d'admettre une troisième forme d'hyalitis, la forme séreuse qui dépendrait exclusivement d'une irritation inffammatoire des éléments cellulaires du corps vitré et s'accuserait par des symptômes glaucomateux (Stilling(1)). En effet, il est presque impossible de démontrer que le rôle sécréteur revient ici exclusivement aux éléments cellulaires du corps vitré, sans que l'appareil circulatoire de la choroïde ainsi que ses éléments nerveux et sécréteurs y prennent part.
Malheureusement, on ne peut introduire d'emblée un corps étranger dans l'humeur vitrée, car on est forcé de lui faire parcourir un trajet plus ou moins long; si donc ce corps étranger provoque de l'hyalitis suppurative, on verra apparaître des changements morbides, non seulement dans le voisinage du corps étranger, mais d'ordinaire aussi sur le trajet qu'il aura parcouru. L'idée d'une migration des éléments du pus ne pourrait donc que difficilement être exclue avec quelque sûreté.
Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à cette forme de l'inflammation aigufe" et suppurative du corps vitré, qui ne rentre pas dans le cadre de ces études afin de nous occuper des formes d'inflammation chronique qui, dans l'exploration ophthalmoscopique, révèlent leur présence par des opacités d'aspect variable. Ces formes d'inflammation chronique, dont le caractère essentiel repose sur la prolifération des éléments cellulaires, avec liquéfaction du milieu, (lorsque la prolifération porte sur les éléments mucipares), peuvent s'observer à la suite de la pénétration d'un corps étranger dans l'œil, mais elles sont bien plus souvent un symptôme de choroïdite ou d'irido-ehoroïdite chroniques. Un caractère anatomique essentiel de l'hyalitis chronique, c'est que le corps vitré, en perdant de sa consistance, peut montrer des éléments cellulaires bien plus distincts et plus accusés sans que, pour cela, à l'exploration directe, ce milieu ait toujours perdu sa transparence normale. En explorant un pareil corps vitré Fig"- 3. avec le microscope, on y rencontre une
u. foule de cellules grumeuses (fig. 3('-') de
grandeur variable avec un ou plusieurs
rfffig, âges &£, r
noyaux. Les plus petites de ces cellules H*® ^- ■GS?*^'' ressemblent beaucoup aux leucocytes
(fig. '3b). A part ces cellules rondes, on distingue avec beaucoup de facilité, contrairement à l'état normal, les cellules fusiformes (fig. ?> c et fig. 4 b.) dont les prolongements sont très-longs et nettement dessinés.
S'agit-il d'une irritation inflammatoire ayant duré plus longtemps (séjour d'un corps étranger par exemple), on voit qu'an point où le corps vitré se trouble plus
i) Archiv fiir Ophthalmulogie ; Bd. XIV, A. 2, p. 2G5.
a) La fig. 3 représente les cellules du corps vitré d'un œil énucléé pour menace d'iridochoroïdite sympathique. Ce même ajil renferme une masse osseuse qui s'était développée dans la choroïde :
a. petites et moyennes cellules rondes, à contenu g'rumeux et à un ou plusieurs noyaux.
b. cellules ressemblant aux leucocytes, munies parfois d'un prolongement.
c. cellules fusiformes.
sensiblement, les éléments cellulaires acquièrent une grandeur bien jplus considérable (fig. 4V"). Un grand nombre de cellules étoilées apparaissent distinctement, et leurs prolongements, en s'anastomosant, forment des réseaux à mailles plus ou moins
BAOOCfl£.W,
serrées (fig. 4c). La prolifération des cellules ne s'arrête pas là; nous trouvons qu'au fur et à mesure, que l'irritation inflammatoire se prolonge, elle détermine une véritable transformation de la substance du corps vitré en tissu cellulaire (fig. 4 c et fig. 5<J)). Cette production de tissu nouveau, lors- fig. 5.
qu'elle a lieu dans une partie circonscrite de l'humeur vitrée, peut s'arrêter après avoir déterminé l'enkystement d'un corps étranger par exemple. Si, au contraire, elle occupe une étendue considérable, elle sera nécessairement suivie d'une atrophie do l'œil, avec retrait considérable de la coque oculaire provoqué par la rétraction secondaire du tissu cellulaire de nouvelle formation.
S'il est difficile de reconnaître les maladies aiguës (suppuratives) du corps vitré, le diagnostic d'une affection idiopatliique et chronique de l'humeur rétro-cristallinienne
') Corps vitré d'un ceil de mineur, dans lequel avaient pénétré, par suite d'explosion, des fragments de schiste; le corps vitré cou tenait dans sa périphérie plusieurs décos fragments: à part cela, il était rempli de cellules en voie active de prolifération.
a. cellules rondes à noyau; une grande cellule étoilée.
b. cellules étoilées avec de longs prolongements.
c. cellules rondes dont les prolongements s'anastomosent et qui forment ça et là un réseau à mailles très-serrées (c').
2) Tissu cellulaire de nouvelle formation du corps vitré, muni de petits noyaux ronds et de petites cellules fusiformos, provenant d'un œil énucléé (G. FI.).
est bien plus embarrassant encore. Ce que nos moyens d'exploration nous permettent seulement de constater, c'est la présence d'opacités affectant les formes les plus diverses clans ce milieu, et son changement de consistance, c'est-à-dire sa liquéfaction. Comme la partie antérieure de la choroïde, le corps ciliaire, véritable matrice de l'humeur vitrée, se soustrait sur le vivant à l'inspection directe, on ne saurait, en présence des altérations susmentionnées, s'empêcher de localiser le point de départ du mal bien plutôt dans la choroïde que dans les éléments cellulaires du corps vitré lui-même. Du reste, à cet égard, les recherches anatomo-pathalogiques viennent souvent confirmer notre manière de voir. Habituellement donc, c'est à une choroïdite antérieure que nous rapportons les divers troubles du corps vitré, en l'absence d'autres altérations du fond de l'œil, et c'est le traitement de la choroïdite que nous avons l'habitude d'employer en pareil cas.
Nous divisons les opacités du corps vitré en deux grands groupes, à savoir: celles qui résultent d'une immigration dans cette humeur de divers éléments, et celles qui proviennent d'une prolifération de ses cellules. Dans le premier groupe se rangent 1» les épanchements purulents, sanguins et graisseux, 2" les entozoaires, 3» les corps étrangers. Le second groupe renferme 1» les opacités filamenteuses et membraneuses, 2» la production de nouveaux vaisseaux. C'est en terminant que nous dirons quelques mots des rares altérations congénitales du corps vitré.
Opacité par inuiiigralions. — \»les épanchements purulents du corps vitré s'observent assez fréquemment à la suite d'hïdo-choroïdites ou consécutivement à l'introduction d'un corps étranger dans cette humeur. La soudaineté avec laquelle ces sortes „d'hypopions postérieurs" localisés de préférence dans les couches antéro-inférieures du corps vitré, apparaissent et disparaissent, plaide singulièrement en faveur de leur provenance par migration et contre l'idée d'une prolifération qui demande toujours quelque temps pour s'effectuer. En outre, l'emplacement de ces sortes d'hypopions dans le proche voisinage de la cristalloïde postérieure, qui les rend, après dilatation de la pupille, accessibles à l'examen direct, fait présumer que les riches plexus veineux de la partie antérieure de la choroïde ont livré rapidement passage à un nombre considérable de leucocythes. Il est parfois possible de voir à l'ophthalmoscopc qu'une partie restreinte du corps vitré (la portion déclive) montre seule un aspect louche tandis que le restant présente les caractères de la transparence normale; ce qui ne serait guère facile à expliquer, si une prolifération cellulaire s'y était déclarée.
Les épanchements sanguins ont de commun avec les épanchements purulents leur apparition soudaine et leur localisation qui se fait de préférence dans la partie inférieure et antérieure de l'humeur vitrée. Par contre, la disparition des globules rouges épanchés s'effectue avec une lenteur désespérante. En outre, tandis que les épanchements considérables de leucocytes peuvent avoir lieu dans le corps vitré sans que plus tard ni la transparence ni la consistance de ce milieu paraissent avoir subi d'altération, il n'en est plus de même pour des épanchements sanguins de quelque importance. Presque toujours, ils laissent comme trace de leur présence des opacités filamenteuses qui, par la facilité de leur déplacement, révèlent une liquéfaction sensible de l'humeur vitrée. Parfois, la quantité du sang épanché est telle que l'ophthalmoscope ne peut plus éclairer le fond de l'œil, mais que la lumière réfléchie par la surface des masses coagulées révèle la coloration propre de l'épanclicment, Nous avons vu des cas, où cette coloration rouge simulait, à s'y méprendre, la teinte d'une partie du fond de l'œil vivement éclairée.
Parmi les épanchements graisseux, dans l'humeur vitrée, nous n'avons à nous occuper que de la présence des cristaux de cholcstérine qui caractérisent le synchisis
étincelant. Cette affection, assez rare comme élément pathologique essentiel, et avec conservation d'une bonne acuité visuelle, est probablement liée à des troubles fonctionnels du foie (voy. obs. fig. 24). A part cela, elle se rencontre de préférence chez les personnes d'un âge fort avancé (trois fois elle a été observée par nous chez des hommes qui avaient dépassé 80 ans). Lorsqu'on vent se procurer un spectacle ophthalmoscopique vraiment brillant, il faut, dans les cas de synchisis étincelant, explorer successivement les diverses couches du corps vitré à. l'image renversée. A cet, effet, on éloigne, suivant Knapp, le verre convexe -\- 2 ou -f- 3 qui sert pour l'examen, progressivement do l'œil examiné, en ayant soin toutefois de reculer la tête à mesure que ce déplacement a lieu, pour ne pas avoir besoin de faire varier son accommodation. En employant de cette façon un grossissement un peu fort (-|- 3 ou 3'/.,), on reçoit dans les cas où, à part la présence des cristaux de eholestérine, le corps vitré a conservé sa transparence habituelle, l'image d'une, sphère en cristal dans laquelle se meuvent de larges plaques aux couleurs d'arc-en-eiel les plus variées et les plus brillantes. Les cristaux sont ordinairement répandus dans toute l'étendue du corps vitré, sauf le cas où ils se trouvent fixés à des sortes de membranes (-Cocouts) ; mais pendant le repos de l'œil ils se déposent de préférence dans les parties déclives de l'humeur vitrée liquéfiée. Etant pour la plupart très-rapprochés de la cristalloïde postérieure, il est ordinairement possible, après dilatation artificielle de lapupille, de les voir à l'inspection directe sous forme d'une pluie argentée au moment où l'œil se met en mouvement (voy. obs. fig. 24).
2° Les entvtoaires du corps vitré ont eu, depuis que l'examen ophthalmoscopique est entré dans la pratique, un succès de curiosité que leur importance scientifique et pratique n'aurait pas dû leur valoir. Il paraît qu'une seule fois l'extraction de la larve du tsenia, pratiquée par M. de Graefe à travers la cornée (après excision de l'iris et extraction préalable du cristallin), a réussi à préserver quelque peu l'œil d'une perte imminente de la fonction visuelle. Dans tous les autres cas, on s'est contenté d'observer les évolutions de l'animalcule, de représenter les effets de succion sur le corps vitré, ou enfin défaire une tentative d'extraction à travers la sclérotique, ce qui a eu, le plus souvent, pour résultat de déchirer l'hydatide et de hâter la perte de l'oeil.
Inutile de donner d'autres détails, sur la présence de cet entozoaire si bien connu, que ceux qui permettent de le différencier d'un décollement partiel de la rétine. C'est le mouvement propre de la vésicule bleuâtre que M. 0. Becker ') a étudié et décrit avec un soin et une patience toute germanique, survenant indépendamment des mouvements que l'œil peut lui communiquer, qui permet d'établir le diagnostic. Du reste, si le cystieerque se trouve depuis peu de temps dans le corps vitré et que sa présence n'ait pas encore été suivie de la formation d'opacités membraneuses étendues, il exécute ses mouvements avec une certaine vivacité, et il faudrait être malheureux pour ne pas assister parfois à la propulsion du cou et de la tête (voy. obs. 83, pi. 18, fig. 83), ce qui ne laisserait naturellement aucun doute sur le diagnostic. Il paraît que M. 0. Beckeu est le seul qui ait signalé la présence de deux cysticerques dans le même œil; l'une des hydatides se trouvait encore sous la rétine et ne fit irruption dans le corps vitré qu'après qu'on eut incisé la sclérotique et la rétine pour l'extraction de l'autre cystieerque.
La présence d'une vésicule dans le corps vitré fut signalée en premier lieu par Cocoius 2) et elle fut reconnue pour la première fois comme cystieerque par deGuaepe s) qui, depuis, l'a extraite à diverses reprises. Tandis qu'à Berlin cet entozoaire s'observe à peu près une fois sur mille malades, à Paris on ne le rencontre pas
*) Manthner , Lehrbuch (1er Oplithalmoseopie ; p. 4G3.
2) Uebcr die Anwendunq des Augensjriegeh ; Leipzig', 1853, p. 93.
3) Arehiv, 18S4; Bd. I", A. 1, p. 457.
une fois sur dix mille. En 1807, M. 0. Beckeii donna la description de quatre cas de cysticerques du fond de L'œil, en ajoutant qu'à son avis ce sont les seuls cas de larves du trenia observés en Autriche dans la partie postérieure du globe de l'œil.
A part le cysticerque, la fd'ïaria oculi hum an i a été observé par Quadri et Maiitiineu ').
3» Les corps étrangers qui pénétrent dans l'œil se fixent très-fréquemment dans le corps vitré. La principale raison pour laquelle des paillettes de fer, des éclats de capsule et de pierre, des grains de plomb, etc., se trouvent si facilement dans ce milieu, c'est qu'en pénétrant dans l'œil ils le traversent, et en faisant ricochet contre la sclérotique, retombent dans le corps vitré après avoir dilacéré réline et choroïde, sans avoir eu assez de force pour traverser ou même pour pénétrer seulement dans l'albuginée (Berlin (2)).
Il faut qu'il ne se soit écoulé que peu de temps après l'accident, pour que l'inspection avec le miroir permette de contrôler la nature du corps vnlnérant, car bientôt il est enveloppé d'un nuage qui ne se condense pas seulement autour du corps étranger, mais qui se localise aussi le long de son trajet direct et indirect (par ricochet). Nous sommes porté à croire que, si cette opacité débute avec beaucoup de rapidité, elle lient, comme les expériences sur les animaux nous l'ont montré, à une véritable, suppuration circonscrite. Ici très-probablement les corpuscules de pus arrivent par migration des veines de la choroïde, au point où cette membrane a été le plus lésée, et ils suivent la marche que leur a tracée le corps étranger.
11 arrive d'autres fois, comme M. Ed. de Jauger2) l'a observé, que le nuage qui entourait le corps étranger sous forme d'auréole se concentre peu à peu et qu'un enkystement complet résulte de la prolifération des éléments cellulaires voisins. Dans quelques cas rares, cette prolifération reste très-limitée au voisinage du corps étranger et la membrane enveloppnnte qui se forme autour du corps étranger, un grain de plomb par exemple, est alors si mince qu'il n'est que très-in complété-
es
ment soustrait au regard (de Graepe
L'irritation chronique que peut exercer le corps étranger, d'une part, d'autre part, l'étendue du traumatisme, c'est-à-dire la plus ou moins grande dilacération du tissu et des membranes profondes, décideront, si le séjour du corps étranger dans l'iiumeur rétro-cristallinienne sera suivi d'une infiltration étendue de ce milieu par des leucocytes, d'irido-choroïdite purulente avec phthisie de l'œil, ou si, l'irritation étant limitée à une partie restreinte de l'humeur vitrée, les effets de réaction qu'occasionne le corps étranger seront enrayés par son enkystement.
Le mode de pénétration du corps étranger, la plus ou moins grande facilité avec laquelle il a pu faire ricochet, permettront de prédire jusqu'à quel point le retrait du tissu de nouvelle formation, dû à la prolifération cellulaire, menace l'œil d'un accident tardif, mais très sérieux, celui du décollement de la rétine.
Opacités pur proliféra lion. — 1° Les opacités filamenteuses cl membraneuses (voy. pi. III, fig. 22 et 23) se présentent sous les formes les plus variées; elles se localisent de préférence dans les parties déclives du corps vitré et flottent dans
') M. Fa ko prétend, de son côté, l'avoir observée, mais indépendamment de notre opinion (voy. mon traité, t. II, p. 297). MM. Geissler et Saemisch, en relatant ce fait dans les Schmifs Jahrhiichcr, t. 13S, 224, et dans le Jahresbericht, III, p. 511, croient aussi qu'il s'agissait simplement d'une artère hyaloïde persistante.
-) Archiv; Bd. XIII, A. 2, p. 303. Les cas assez rares où le corps étranger se fixe, après avoir traversé l'humeur vitrée, dans la sclérotique, sont relatés dans les observations de de Graefe (Archiv, Bd. III, A. 2, p. 347) , de Jacobson, (ibidem, Bd. XI, A. 1 , p. 132) , et dans les nôtres (mon traité, t. II, p. 292).
3) Oestr. Zeitsch. filr prakt. Heillc, n" 2, 1857.
4j Archiv; Bd. III, A. 2, p. 343.
cette humeur liquéfiée. En se repliant sur elles-mêmes et en se déployant, elles se montrent souvent, sous les aspects les plus étranges. C'est le mode lent de leur ap parition et de leur développement révélé par les observations du malade ou mieux encore par les nôtres, qui nous permet de considérer ces opacités comme provenant d'une prolifération des éléments cellulaires du corps vitré et non comme le résultat d'une invasion de cellules qui, à l'instar des épancliements sanguins, frappent l'attention du malade par leur brusque apparition.
C'est surfout dans le cours de l'irido-choroïditc et de la choroïdite antérieure, mais principalement aussi dans les formes de seléro-choroïdite postérieure avec myopie progressive, que l'on est appelé à assister à cette prolifération cellulaire, prolifération qui, lorsqu'elle atteint un développement considérable, menace sérieusement à elle seule la fonction visuelle. D'une part, lorsque le corps vitré a été occupé par de nombreuses opacités filiformes et. membraneuses, il est assez rare que l'humeur rétro-cristnllinicnne reprenne sa transparence parfaite, et permette le. retour d'une acuité visuelle satisfaisante. D'un autre coté, le retrait de ces masses cellulaires proliférées menace de détacher la rétine en l'entraînant avec elles. Ce danger est surtout, imminent lorsque les filaments et les membranes ne s'élèvent pas franchement en haut, l'œil malade exécutant un mouvement brusque de bas en haut, mais lorsqu'elles sont simplement entraînées à l'instar des branches de plantes aquatiques poussées par le courant et qu'elles retombent tout de suite dans la partie déclive du corps vitré pour se soustraire au regard.
On observe assez rarement un cloisonnement réel d'une partie ou do la totalité de l'humeur vitrée; c'est la seule espèce d'opacités que l'intervention chirurgicale recommandée par de Graeff, ') et consistant dans la dilacération des membranes pourrait être appelée à attaquer. Du reste, plus on s'est pénétré de l'idée que le corps vitré est un tissu d'une trame parfaitement organisée, quoique extrêmement délicate, plus on hésite a y porter sans un mûr examen des instruments dilacérateurs.
2n Les cas où la prolifération des éléments cellulaires du corps vitré est allée jusqu'à la production de nouveaux vaisseaux, sont extrêmement rares. C'est de Ammon") et Coccius "•) qui ont. pour la première fois signalé la production de vaisseaux dans le corps vitré ; mais dans ces cas les vaisseaux étaient en connexion intime avec ceux de la rétine et prqéminaient dans un corps vitré relativement sain. Wedl4) a aussi représenté les vaisseaux du corps vitré comme se continuant en partie avec ceux de la rétine , en partie avec ceux du corps ciliaire. Dans ses expériences sur les animaux, C. 0. Werer r») a pu provoquer ce développement vasculaire. Nous nous contenterons de renvoyer aux observations curieuses de M. Ed. de Jaeoer (pi. XV, fig. 72) et à celle de M. 0. Becker ») attendu qu'il est pour le moment encore tout-à-fait impossible de rattacher ces écarts pathologiques à des faits cliniques bien avérés. La vascularisation de membranes étendues, développées dans le corps vitré, a été observée, sauf confusion avec un décollement de la rétine, par quelques auteurs (Coccius, 0. Becker, de Graefe). Du reste, les examens nécroscopiques ont parfaitement démontré la possibilité d'une pareille vascularisation; ces recherches sont dues principalement à Beck7) Scuweigger s) Arnold Pagenstecher «), etc.
!) Archiv fur Ophthalmologie, Bd. IX, A. 2, p. 101.
2) Klinische Darstcllmigen der Krankheiten des Auges; pi. XVII, fig. 3 et G.
3) Ueber Glaucotn, etc., p. 47.
») Son Adas; pi. V, fig. 52 et 54.
5) Archiv fur path. Analomie; Bd. XVI, p. 410.
B) Berieht ïïber die Auqenlclinilc ; p. 106, et mou traité, t. II, p. 287.
7) Zeitsch. fiir Ophihalm.; Bd. IV, p. 98.
*) Archiv fur Ophtlwlm.; Bd. V, A. 2, p. 227.
») Ibidem: Bd. VII, p. 92.
Il nous veste à dire quelques mots sur de rares anomalies congénitales du corps vitré. MM. Saemiscii et Zeiiendeh ') ont les premiers cité des faits cliniques de persistance, de l'artère hyaloïde que Meissneii2) et Henui MulleiiS) avaient déjà retrouvée dans leurs préparations an atomiques. Depuis lors, quelques autres observations (Toussaint, Stock, Moohen, Wecker) ont démontré qu'on pouvait, clans quelques cas rares, rencontrer cette anomalie congénitale. Tandis que, dans presque toutes les observations citées et principalement dans celle de M. Zehendeu, il est avéré que c'était réellement l'artère qui s'était plus ou moins incomplètement oblitérée, et était rcslée persistante, nous avons eu occasion d'observer un cas où le canal de Cloquet qui avait livré passage, à Tarière, avait persisté. Il nous est impossible de dire si cette observation a quelque rapport avec un canal qui doit, à l'état normal, traverser le corps vitré d'arrière en avant (Stili.inc). Comme c'est la seule observation d'un canal hynloïdien persistant qui ait été relatée jusqu'à présent, et comme, contrairement à toutes les observations d'artères hyaloïdes persistantes connues jusqu'aujourd'hui, elle s'est rencontrée sur les deux yeux, nous nous permettons de la rapporter en note*).
i) Klinische Moiialsb. fiir Augenlteilk. ; 1863, p. 258 et 260.
a) Zeitsehr. f. rat. Mediein ; 1858. p. 562.
"■) Areltiv /'. Ophthalm. : Bd. Il, A. 2, p. 65.
*) M. Barbier, âgé de 55 ans, employé de commerce, ne fut soumis que par hasard à l'examen ophthalmoscopique, lors d'une visite qu'il avait faite à la clinique pour accompagner sa femme. 11 nous avait prié de contrôler ses lunettes. A l'aspect extérieur, les
yeux ne montrent rien de particulier, ils sont fortement hypermétropes I II m = -^ "I et
présentent S = -=. Avec l'ophthalmoscope, on voit sur les deux yeux un cordon noirâtre
qui traverse le corps vitré et se dirige du pôle postérieur du cristallin vers la papille du nerf optique. Ce cordon a des deux côtés une insertion circulaire à la cristalloïde postérieure, est courbé en S, et flotte manifestement pendant les mouvements des yeux. Le corps vitré est parfaitement libre d'opacités et le fond de l'oeil tout à fait normal, sauf l'insertion du cordon sus-inentionné. Si on examine après dilatation de la pupille et à l'image droite, tout en ayant soin de faire varier son accommodation pour des profondeurs différentes, on reconnaît que le cordon qui traverse le corps vitré possède une épaisseur égale et qu'il offre partout la largeur d'une première branche de l'artère centrale. Pendant cette exploration il se montre parfaitement transparent et muni d'un contour très-délicat, mais très -distinct. Sa transparence ressort surtout lorsqu'on s'adapte pour les couches postérieures du corps vitré, et que le cordon en question se trouve pincé devant la section jaunc-rougeâtre clair du nerf optique. Il semble alors que le corps vitré est traversé par un tube de verre tordu et très-mince. Au contraire, si la ligne visuelle de l'observateur concorde d'avantage avec l'axe du cordon et si l'œil s'adapte en racine temps pour les couches antérieures du corps vitré, on reçoit l'impression d'un ruban noirâtre aplati.
Si on s'adapte pour la papille, le cordon qui traverse le corps vitré giigne alors tellement en transparence qu'il faut une accommodation des plus exactes etuno observation trèsattentive pour se convaincre que ce cordon transparent s'insère des deux côtés près de la branche descendante interne de l'artère centrale entre elle et le tronc veineux, où elle se perd dans une excavation physiologique à reflet très-éclatant. A l'image renversée et même avec le secours d'un fort grossissement ( -\- 4) il ne m'a pas été possible, à l'ophthalmoscope fixe, de démontrer d'une façon satisfaisante à mes élèves la connexion de ce cordon avec le nerf optique, tellement il était transparent dans ses parties postérieures. Du reste, à l'éclairage oblique on pouvait aussi se convaincre qu'une pareille transparence existait, dans la partie antérieure. Pendant cet examen, l'insertion du cordon ne se révélait que par une augmentation du reflet de la capsule postérieure; le cordon ne dénotait sa présence même après dilatation complète de la pupille, que sous forme d'un filet étroit et indistinct qui ne se montrait que pendant les mouvements de l'œil ; il reflétait la lumière comme la capsule postérieure, mais moins fort qu'elle, et se soustrayait au regard à une courte distance du cristallin.