DECOLLEMENT DU CORPS VITRE D'AVEC LA RETINE
En terminant la description des opacités du corps vitré, nous ne saurions passer sous silence une altération morbide de ce milieu, qui, elle aussi, paraît se révéler au point de vue clinique par une forme particulière d'opacité qu'elle provoque. M. Iwanoff ') est le premier qui ait signalé dans ses recherches histologiques le décollement du corps vitré. En réunissant uu certain nombre d'observations (17), cet auteur a démontré qu'il ne s'agissait pas d'une simple curiosité pathologique; du reste, nous aurons plus tard occasion de démontrer qu'un détachement pareil à celui du corps vitré est également possible pour les diverses couches de la rétine, entre autres pour la couche des bâtonnets (Leber).
Au point de vue clinique, les décollements du corps vitré ne présentent encore guère de signes caractéristiques. On en soupçonne la présence lorsqu'un décollement de la rétine a déjà, comme cela ne tarde généralement pas d'avoir lieu, suivi celui du corps vitré, et que les plis de la rétine détachée tremblottent avec une extrême facilité aux moindres secousses de l'œil. Pourtant il est douteux que ce vacillement ne soit facilité que par un liquide très peu dense, accumulé entre le corps vitré ratatiné et la rétine décollée, et que la membrane nerveuse elle-même ne puisse pas flotter de la même manière dans le corps vitré, en partie ou totalement liquéfié. Dans ces derniers temps, j'ai eu occasion d'examiner un assez grand nombre de malades opérés du décollement de la rétine. Chez la plupart d'entre eux des rechutes se sont produites et toute mon attention était attirée sur ce point: à savoir si un état particulier du corps vitré se déclarerait chez quelques malades par des signes particuliers et signalerait l'imminence de la rechute du décollement rétinien. Notre attente a été déçue à cet égard; d'un autre côté, M. de Graefe^) croit que le décollement du corps vitré, observé surtout dans les sclérectasies postérieures, où il précède le décollement de la rétine, révèle sa présence par une opacité d'une nature toute particulière. Cette opacité débute lentement, occupe un segment postérieur du corps vitré et tranche sur le reste transparent de cette humeur par un reflet grisâtre uniforme. Comme ces sortes d'opacités circonscrites sont, le plus souvent, rapidement suivies d'un décollement de la rétine, et comme elles ont été signalées sur des yeux qui, plus tard, montraient un corps vitré partiellement décollé, de Graefe est tenté de les rapporter à la maladie qui nous occupe.
') Compte- rendu du Conyrès international d'Ophlhalm. de 1807, p. 121. 2; Klinisehe MonatM. fur Augenheilkunde, 1868, p. 301.
La faculté que possède le corps vitré de revenir sur lui-même par un mouvement de retrait avait déjà été signalée par Henri Mui.ler <), et il avait même trouvé à l'autopsie sur un œil glaueomateux un véritable décollement du corps vitré; mais on
n'avait pas soupçonné que ce mouvement pouvait se borner à détacher simplement le corps vitré de la rétine, si MM. IvvAxorretKxAppn'en eussent fourni des exemples.
La fig. 6 représente la première préparation anatomique que Iwaxoff a montrée, au Congrès oplithalmologique de Paris, en 1867 a).
AA corps ciliaire avec la choroïde en partie décollée. — BB cristallin avec sa capsule ratatinée. — D rétine. — E corps vitré décollé. — F sang épanché dans le corps vitré et uni à la rétine. — H cavité située entre la rétine et l'hyaloïde, et remplie d'un liquide séreux. — / plis de la rétine.
Le corps vitré se présente ici sous la forme d'un infundibulum analogue aune rétine décollée, mais son point d'insertion (Y/ fig. G) ne concorde pas avec le nerf optique et est placé en dehors de la région équatoiïale. Sa base est constituée par la surface postérieure de l'iris; la rétine, intimement liée à la choroïde et à la sclérotique, est restée en place; il s'est formé entre elle et le corps vitré détaché un espace occupé par un liquide séreux. Le corps vitré revenu sur lui-même est constitué par des fibres très-denses de tissu connectif (analogues à celles représentées fig. 5), et par des cellules fusiformes et étoiléess).
*) Sitzvngsbe.richtderphys.-med. Gescllsehaft zu Wïirzlurg, ÎSSO ; voy. aussi Iwahokf (Archiv, Bd. XV, 2).
:) Voy. le décollement du corps vitré représenté à l'article „ Décollement de la rétink".
3) Pour ce qui regarde l'étiologie du décollement du corps vitré, nous signalerons ici un travail de M. de Gouvea entrepris sur les instigations de M. Iwanoff (Archiv, XV, A. I, p. 244). Le décollement a été produit en laissant échapper, après la sortie du cristallin, une quantité variable de corps vitré. L'auteur est arrivé aux couclusions suivantes: 1° A la suite d'une perte de quelque importance du corps vitré, la rétine peut se détacher avec facilité, et cela de telle manière qu'entre elle et le corps vitré s'accumule un liquide qui très-probablement provient de la transsudation des vaisseaux ehoroïdiens; 2° ce détachement du corps vitré peut être suivi d'un décollement de la rétine , cette dernière ayant derrière elle le même liquide. Ce décollement se produirait, suivant le professeur Iwaisoff, soit par suite d'adhérences du corps vitré à la rétine, lesquelles exerceraient une traction sur elle, soit que la membrane nerveuse tut privée du support que lui prêtait le corps vitré d'une densité bien plus considérable que le liquide qui le remplace, liquide qui, à part cela, est encore soumis à des variations sensibles dans ses conditions d'absorption. Nous rappelons ici qu'une de nos objections principales contre l'extraction du cristallin dans sa capsule, c'était la perte du corps vitré pouvait amener ultérieurement un décollement de la rétine, perte qui, au moment de l'opération, était très-probablement accompagnée d'un décollement du corps vitré. M. Iwaxoff vient lui-même de compléter ses recherches et d'exposer ses résultats dans un travail étendu, (Archiv, Bd. XV, 2). Il arrive à conclure, comme Henle, à la non-existence de la membrane hyaloïde (voy. Décollement de la rétine) ; suivant lui, le décollement du corps vitré, dans le cas de sclérectasie, serait facilité par un défaut d'accroissement de ce milieu, défaut proportionnel aux dimensions de l'ectasie des membranes enveloppantes; en pareil cas, il se produirait simultanément avec l'ectasie, entre la membrane limitante et le corps vitré, une exsudation qui décollerait progressivement ce dernier. Pour ce qui est du mécanisme du décollement du corps vitré et des altérations de la rétine qu'on observe concurremment, nous en parlerons au chapitre des maladies de la rétine \yoy. Décollement de la rétine).