MALADIES DU NERF OPTIQUE
Après avoir exploré les milieux de l'œil, le premier point qui attire notre attention clans les'parties profondes, c'est le nerf optique. C'est donc aussi par les altérations morbides qu'il peut présenter que nous débuterons ici.
Les conditions physiologiques du nerf se trouvent représentées avec une rare fidélité dans les planches IV à VIII de l'atlas annexé, il ne nous reste donc qu'à exposer brièvement l'histologie du tronc et de la papille du nerf, afin de mieux faire comprendre les états morbides qui s'y localisent. Quant à ces derniers, le tableau que nous en présentons ici sera sans contredit incomplet, attendu que nous donnerons seulement ce que les recherches anatomiques et cliniques sérieuses ont révélé comme constant et comme définitivement acquis à la science, en nous abstenant de chercher par de pures hypothèses à combler les nombreuses lacunes de ces études. A notre avis, il faut dans des recherches d'une nature aussi délicate, faire preuve de sobriété et laisser le terrain libre aux travailleurs futurs, au lieu de l'encombrer inutilement et de retarder ces travailleurs en les astreignant à déblayer dabord le terrain.
Âmitomic et histologie. Le cadre de ce livre ne permet pas d'entrer dans des détails sur l'origine du nerf optique, nous nous bornerons donc à l'étudier avec soin, à partir du tronc optique jusqu'à son insertion oculaire, et à faire ressortir les conditions de structure qui le différencient d'autres nerfs périphériques. Notre attention se portera surtout sur son volume, la structure compliquée de ses gaines et les conditions particulières de vascularisation qu'il présente.
La longueur du nerf optique, à partir de son entrée dans l'orbite, jusqu'à son insertion oculaire, mesure à peu près trois centimètres. Son épaisseur assez égale dans tout son parcours varie entre quatre et cinq millimètres. Dans ce. trajet le nerf optique se trouve enveloppé dans deux gaines.
La gaine externe, épaisse de près de 0,05 millim. est mobile autour du nerf, naît dans le canal optique, près du trou optique, et se perd dans la sclérotique en s'épanouissant suivant M. Manz, comme cela est indiqué h'g. 7 ')■ Sa structure est assez analogue
') „La gaine externe abandonne le nerf optique à son entrée dans l'œil pour s'épanouir à la face postérieure de la sclérotique, et y former, en s'épanouissant, une sorte de zone (fig. 1 A)\ mais toutes les fibres de cette gaine ne suivent pas ce trajet. Il en est qui
à celle du tissu sclérotical, sa trame est résistante et composée de faisceaux de tissu cellulaire, fortement ondulés et entrelacés de nombreuses fibres élastiques. A part les noyaux et les cellules qui appartiennent à la membrane adventice des vaisseaux , il ne s'en rencontre qu'un petit nombre dans ce tissu cellulaire dense (Lebek'"). Les vaisseaux y forment un réseau à larges mailles qui, pour la plupart, suivant Sappey2)', sont accompagnées de plexus nerveux très-déliés.
La gaine interne (Dondeks) a une structure toute différente de la précédente, à laquelle clic se rallie par un réseau de faisceaux de tissu cellulaire lâche qui leur permettent un déplacement réciproque très-étendu. 11 est important de savoir que le névrilemmc propre du nerf suit les faisceaux dès son origine cérébrale, et qu'il se condense vers la périphérie pour constituer ce qu'on est convenu d'appeler gaine interne (voy. fig. 8 3). Elle est, par conséquent, intimement liée au nerf et constitue son enveloppe unique pendant son trajet intrà-crânien. Les faisceaux du tissu
Fig. 8.
cellulaire qui rattachent les deux gaines sont, comme Donders et Henle l'avaient déjà indiqué, entrelacés de nombreuses fibres élastiques. A part cela, ils seraient, suivant Leuek, entourés de gaines de substance vitreuse, substance qui renfermerait
se ralient plus intimement au nerf optique (fig. 7 /?), traversent avec lui l'orifice sclérotical externe, puis se recourbant sous un angle plus ou moins droit, se perdent dans la sclérotique, en y tonnant une seconde couche. Enfin les fibres les plus internes de la gaine en question, constituent sur la couche précédente une dernière (fig. 7 C), en même temps qu'elles donnent naissance à une bandelette tendue transversalement dans le nerf optique et représentant la membrane criblée."
') ArcLfilr Oplilhalmologie ; Bd. XIV, A. 2, p. 169.
-) Journal d'anatomie et de physiologie; V. 1868, p. 47.
3) Cette figure ainsi que les deux qui suivent ont été empruntées à M. Leiieu (Archiv, Bd. XIV, A. 2, 1868). La fig. 8 représente la gaine interne avec les faisceaux de tissu cellulaire lâche interposés entre elle et la gaine externe. On voit dans son milieu les sections de l'artère et de la veine centrales. La grandeur et la configuration des faisceaux nerveux (qui apparaissent ici foncés), ainsi que celles des faisceaux de tissu cellulaire intermédiaire sont rendues avec exactitude. On reconnaît vers le bord la section de
nombreux pelits vaisseaux I grossissement — )•
de grands noyaux ovales et finement granulés. Ces sortes d'enveloppes vitreuses ne se laissent pas poursuivre au-delà des attaches des faisceaux du tissu cellulaire à la gaine interne , et on ignore encore le rapport qu'elles affectent avec le système lymphatique.
Contrairement à ce qui a été dit pour la gaîne externe, la gaine interne ainsi que les faisceaux qui en émanent, renferment, suivant Leber, une quantité d'éléments cellulaires assez considérables, de façon que sur une coupe du nerf vue avec un fort grossissement *ig. 9.
ifig. 9), les noyaux se présentent assez serrés les uns contre les autres i). >v •
Les coupes du nerf optique ci-dessus représentées montrent que les faisceaux nerveux qui courent parallèlement les uns aux autres, ont une section plutôt prismatique que cylindrique et qu'en s'amincissant, ils sont séparés par des faisceaux de tissu cellulaire de moins en moins épais. Ces faisceaux s'entrelacent avec les faisceaux nerveux, sont assez lisses sur leurs bords et ne constituent pas de gaines proprement dites.
Comme pour la trame du tissu cellulaire de la rétine, on éprouve des difficultés à différencier les plus fines ramifications de ce tissu, autrement dit la neuroglia, d'avec le tissu nerveux propre. Cette difficulté est d'autant plus sérieuse que le tissu nerveux n'est pas transparent. Suivant M. Leber, c'est sur des préparations éclaircies au moyen de l'huile de térébenthine qu'on s'oriente le mieux. On voit alors qu'un réseau extrêmement fin, à mailles transversales, traverse les faisceaux nerveux et que les mailles de ce réseau sont en connexion avec des cellules étoilées de tissu cellulaire vers la périphérie des faisceaux nerveux (voy. fig. 10 (2>).
Ces cellules étoilées (fig. 10 B) sont surtout nombreuses près du passage du nerf dans la gaîne, où elles forment de véritables , ^
rangées le long des faisceaux s
nerveux. Les filets qui émanent de ces cellules pénètrent entre les ^JR fibres nerveuses et ne semblent Ka^T-'
pas se rattacher aux faisceaux
lisses du tissu cellulaire, qui 'se- -*s'ffe
parent les faisceaux nerveux (voy.
fig. 10 A).
') La figure 9 représente la coupe d'un nerf optique normal injectée et élaircie avec
la térébenthine 1 grossissement -^— I. Les noyaux qui se trouvent le long des fins
faisceaux de tissu cellulaire, et dans leur intérieur, ressortent nettement sur cette préparation qui a été traitée par du carmin. On reconnaît sur cette coupe les traces du tissu cellulaire le plus ténu, dans l'intérieur des faisceaux nerveux; a indique la coupe des vaisseaux; celle des cylindres-axes apparaît sous forme de points fins, et çà et là on voit près des points les plus accusés les contours de la fibre nerveuse sous forme d'un anneau très-ténu.
") La figure 10 représente : A. La section longitudinale du nerf optique normal,
plus fort; b même faisceau oblique un peu plus mince; c noyaux qui en partie
[grossissement '—-— ); a faisceaux de tissu cellulaire longitudinal d'un calibre un peu
La plupart des vaisseaux de ce tissu proviennent, d'une part, de la gaine externe, d'autre part, des vaisseaux centraux. Ces derniers pénètrent dans le nerf optique près du globe de l'œil, à une distance qui varie entre 15 et 20 millimètres. A proximité de l'insertion oculaire du nerf, les vaisseaux deviennent de plus en plus nombreux, forment des anastomoses multiples et, comme on peut le voir sur des coupes longitudinales, ils entourent souvent les faisceaux nerveux en forme de cercle, et leurs fins embranchements courent cà et là dans l'axe du plus fort faisceau nerveux (Henle). Cette richesse en vaisseaux au voisinage du globe oculaire, frappe l'observateur et explique la coloration rougeâtre de la papille. Quelques branches des artères ciliaires postérieures concourent encore à sa vascularisation ; elles constituent le cercle de Zinn ou de Haller, sur lequel Loxget et surtout Ed. de Jaegek ont de nouveau appelé l'attention. Habituellement il est composé de deux artères circulaires, qui pénètrent dans la sclérotique tout près de l'angle que celle-ci forme avec la gaine du nerf optique. Par leurs nombreux embranchements ces vaisseaux forment autour de la papille un cercle plus rapproché chez les jeunes sujets (fig. 11 (1)) que chez l'adulte (fig. 12).
pj„ jj pj,r 12 Les fibres nerveuses du nerf optique
ressemblent beaucoup, comme on le sait, à celles du cerveau ; elles sont trèsfines et montrent des varicosités trèsdistinctes. Il paraît que, suivant les nouvelles recherches, il ne peut être douteux que les fibres du nerf optique possèdent une gaine; pourtant tous les auteurs ne sont pas d'accord sur le fait de savoir si le changement brusque de transparence des fibres près de la membrane criblée s'explique parce que les fibres perdent en cet endroit, pour se rendre dans l'œil, leur gaine de myéline ou si elles acquièrent simplement cette transparence, comme le pense entre autres Henle, en diminuant sensiblement de calibre. Suivant ce dernier auteur, il pourrait parfois arriver que les fibres perdissent leurs contours foncés, seulement au moment du passage à travers la lame criblée, pour le reprendre dans l'intérieur de l'œil. Ce qui peut être considéré comme avéré jusqu'à présent, c'est que ce changement de transparence, qu'il soit dû à un dépouillement de leur gaine ou à un simple amincissement des fibres, se fait assez exactement près de leur passage à travers la lame criblée; qu'elles peuvent, comme nous aurons occasion de le voir, rester opaques dans une étendue variable de leur parcours intraoculaire, de même qu'elles peuvent devenir transparentes bien avant d'arriver à la membrane criblée. Dans ce dernier cas, le regard peut pénétrer dans le nerf, à une profondeur considérable et l'erreur qui fait admettre alors la présence d'une excavation très-profonde est facile à commettre (Ed. de Jaegek).
Dans l'exposé des états morbides du nerf optique qui doit suivre, nous passerons d'abord en revue les diverses variétés d'excavation et les atrophies simples déterminées par une pression intra ou extra-oculaire , pour arriver ensuite aux états atrophiques qui dérivent de processus morbides ayant un caractère inflammatoire plus ou moins accusé.
appartiennent très-évidemment à des cellules étoilêes dont les émanations se rattachent à un réseau ténu, placé dans l'intérieur du faisceau nerveux d. II. Cellules isolées avec leurs émanations appartenant à la, neuro^lie du nerf.
') La fig. 11 et la tig. 12, dites à M. En. de Jakgkii, représentent: la première, un cercle de Haller chez un enfant de 10 ans (grossissement 7 diani.), l'autre le même cercle, chez un adulte âgé de 30 ans (même grossissement).