B. ATROPHIE SIMPLE, BLANCHE DU NERF OPTIQUE
Les trois signes fondamentaux qui caractérisent l'atrophie simple, sont la décoloration, la diminution de calibre des vaisseaux centraux et l'excavation par affaissement de la papille du nerf optique. C'est l'ensemble des ces symptômes qui nous permet de poser le diagnostic, tandis que chacun d'eux pris isolément ne nous y autoriserait pas.
La décoloration de la papille ne s'étudie avantageusement, surtout à son début, qu'avec un miroir à éclairage faible, tel que le miroir à plaques de Helmholtz, tandis que les instruments à éclairage fort (le miroir plan de Coccius lui-même n'échappe pas entièrement à ce reproche) laissent ignorer absolument les faibles changements de couleur t) qui s'opèrent dans la section nerveuse.
En outre, pour cette exploration, l'image droite est indispensable. Si la détermination des diverses teintes que peut prendre le nerf optique dans ses différents états morbides, a été jusqu'à présent quelque peu négligée, il faut en rechercher la cause dans l'usage exclusif que nombre d'examinateurs font de l'image renversée. Il est vrai qu'à cet examen, l'échelle des couleurs que peut nous fournir la section nerveuse n'est pas dos plus variées.
La transformation qui s'opère dans la couleur de la papille dans un cas d'atrophie simple, consiste en ce que la section intrà-oculaire du nerf pâlit, blanchit, prend un aspect terne, froid, suivant l'expression de M. Ed. de Jaegek. Cette coloration ne débute pas d'une manière uniforme sur toute la section nerveuse. Comme il a déjà été dit, elle résulte essentiellement de la disparition des capillaires, disparition bien plus accusée dans cette forme d'atrophie simple que dans la dégénérescence grise dont il sera question plus loin. Cette disparition s'opérant plus
i) Voici ce que dit à cet égard M. Mauthneh dans son précieux traité d'ophthalmoscopie, p. 83 : „La coloration du nerf est essentiellement différente, suivant qu'on examine la papille à l'image droite avec un très-faible éclairage ou que, en disposant de la même source lumineuse, on fait cet examen à l'image renversée avec un éclairage très-intense. Si par hasard le nerf présente une faible teinte bleuâtre, le mélange de ra}rous jaunes provenant de la lampe, ne parviendra pas à noyer cette teinte bleuâtre tant que l'éclairage restera faible. Au contraire, si ce dernier est fort, la papille apparaît d'un blanc intense. Mais la nature de la source lumineuse n'intervient pas ici seule; l'augmentation de l'intensité de l'éclairage agit aussi de son côté, et fait que toutes les couleurs simples ainsi que les couleurs composées se rapprochent du blanc ou se confondent complètement avec lui. Toutes les couleurs simples ne se comportent pas toutes de la même manière à cet. égard. C'est, justement le bleu, qui se transforme en blanc-bleuâtre et finalement en blanc, à une intensité d'éclairage que l'œil supporte encore sans inconvénient. Ce phénomène s'observe plus difficilement avec la couleur jaune et la couleur rouge." (Voy. : Opl. pkysiol. (/'Hrlm-
uniformément dans la papille, déterminera bien plus vite les symptômes d'anémie dans les points où les capillaires sont moins nombreux, c'est-à-dire là où la couche des fibres nerveuses est moins épaisse. C'est donc la partie de la papille dirigée vers la macula, qui pâlit la première, tandis qu'entre les gros troncs vasculaires et dans leur proche voisinage la couleur propre de la papille se conserve plus longtemps.
Dans l'atrophie simple, les éléments nerveux et le tissu cellulaire s'atrophient simultanément et presqu'au même degré, et à mesure que ces tissus disparaissent, la papille blanchit par suite de l'oblitération des capillaires. A cette couleur blanche, il ne s'ajoute pas de teinte bleuâtre franche comme dans la dégénérescence grise, où elle résulte de la substitution du tissu cellulaire au tissu nerveux. Si dans les degrés très-avancés d'atrophie simple, le nerf optique prend à l'examen à l'image renversée un aspect tendineux , cela provient de ce qu'à cette époque les supports de la papille , l'anneau sclérotical et la membrane criblée , sont plus ou moins complètement mis à nu, et montrent, à cause de la facilité avec laquelle change l'incidence de l'éclairage (à l'examen à l'image renversée), un léger chatoiement. A l'image droite, même à une époque très-avancée de la maladie et avec une excavation profonde, cet aspect tendineux ne peut pas être constaté aussi facilement.
Le second symptôme essentiel de l'atrophie simple, consiste dans la diminution du calibre des vaisseaux centraux. Cette diminution débutant habituellement dans les artères, va, le plus souvent, de pair avec la décoloration de la papille.
Lorsque la comparaison d'un œil à l'autre nous fait défaut, nous ne pouvons juger de l'apparition de ce symptôme , que par la présence d'une disproportion plus ou moins tranchée entre les vaisseaux artériels et veineux. Celui qui a une grande habitude de l'examen ophthalmoscopique ne se prononcera pas d'emblée sur une faible diminution du calibre des vaisseaux centraux , sachant combien les variations physiologiques sont nombreuses à cet égard. Il se rapportera donc à la fois dans son jugement, à la disproportion susmentionnée et à la coïncidence de la diminution du calibre des artères avec une pâleur inusitée de la papille.
Comme nous l'avons déjà dit, ces deux symptômes marchent habituellement de pair ; ce fait n'est pas sans importance au point de vue du diagnostic différentiel de l'atrophie simple et de la dégénérescence grise, que nous aurons à étudier tout à l'heure. Dans cette seconde variété d'atrophie, la diminution dans le calibre des artères est un symptôme qui tarde assez longtemps après le début de la décoloration de la papille. Ilpeutmêmese faire que lapapille soit décolorée depuis des années, sansqu'on puisse constater une diminution sensible dans le calibre des artères. Les conditions de nutrition différentes nous donneront plus tard l'explication de ce fait particulier.
Un autre signe différentiel entre les deux variétés d'atrophie du nerf, se révèle surtout chez les malades dont la papille ne présentait avant le début de la maladie, qu'une légère excavation centrale infundibuliforme. Si chez un pareil malade, il survient une atrophie simple, on pourra, à mesure que la papille blanchit, poursuivre l'artère amincie jusqu'à son passage à travers la lame criblée. Au contraire, dans la dégénérescence grise on verra les vaisseaux centraux, qui n'ont guère changé de calibre , comme plaqués sur le tissu blanc de la papille; il n'est possible de les poursuivre à aucune profondeur dans la section nerveuse.
Le troisième symptôme capital de l'atrophie simple consiste dans l'apparition d'une excavation atropltique. Habituellement ce symptôme marche de pair avec les deux autres précédemment décrits; nous avons trop insisté sur les caractères de l'excavation atrophique (voy. p. 58), pour avoir besoin d'y revenir ici. Il n'y a qu'un seul signe différentiel qui nous paraisse digne d'être mentionné, entre cette variété d'excavation et celle qui se produit par refoulement. Lorsqu'à la suite d'une atrophie complète des fibres nerveuses , la papille s'affaisse considérablement, l'anneau
sclérotical déjà mis à nu par la disparition des fibres nerveuses, ressortira encore davantage par suite de l'affaissement même de la papille. Ce sera surtout son bord interne tranchant, qui se dessinera avec une parfaite netteté. Au contraire, si le tissu papillaire est refoulé par un excès de la pression interne, cette pression ne borne pas ses effets sur le tissu nerveux de la papille, mais elle agit aussi sur les supports de la section nerveuse , la lame criblée et l'anneau sclérotical. Un coup d'oeil jeté sur les fig. 52 à 60 de l'atlas, montre que dans aucune de ces excavations glaucomateuses, l'anneau sclérotical n'est visible. Ce signe différentiel pourrait donc devenir précieux, si une atrophie simple débutait chez un individu qui présenterait une excavation physiologique aussi considérable que celle représentée pi. VIII, fig. 44.
Fig. 21 1).
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Nous savons que dans la dégénérescence grise, la substitution par prolifération du tissu cellulaire au tissu nerveux, s'oppose à l'affaissement de la papille, affaissement y; r 29 que la préexistence d'une excavation
physiologique étendue, peut facilement simuler dans un cas de dégénérescence grise. Il est vrai qu'aussi dans cette dégénérescence, le tissu substitué finit par disparaître en partie, en subissant la dégénérescence graisseuse. Donc à la longue, il survient un faible affaissement de la papille, mais il ne sera jamais assez accusé pour faire ressortir la limite interne de l'anneau sclérotical d'une manière aussi tranchée que dans l'atrophie simple.
Uanatomie pathologique de l'atro.
phie simple ne nous apprend que
') Les figures 21 et 22 représentent des coupes à travers un nerf atteint d'atrophie simple. Elles ont été dessinées par M. Haase d'après des préparations de M. Iwakoff; la fig. 21 montre une excavation atrophique des plus accusées : r. rétine ; ch. choroïde ; set. sclérotique. La coupe transversale, fig. 22, fait ressortir l'atrophie simultanée du tissu cellulaire et des éléments nerveux: a. section des faisceaux nerveux atrophiés; b. gaine interne. Comparez cette figure avec la coupe à travers le nerf normal, fig. 8.
peu de chose. L'inspection directe nous montre que le nerf peut diminuer d'épaisseur au point d'être réduit à la moitié de son volume habituel. La gaine externe flotte et se plisse autour de la substance restante du nerf, et comme le montre la coupe représentée p. 58, fig. 17, il se forme entre l'insertion oculaire du nerf et son enveloppe, un large espace comblé par du tissu lâche.
11 faut bien se garder de vouloir, par l'inspection directe du nerf, et surtout par sa coloration, préjuger de l'altération dont il a été le siège. Un nerf fortement atrophié peut montrer dans le peu d'éléments qui lui restent, une teinte grisâtre assez accusée, sans que l'examen microscopique nous autorise à admettre autre chose qu'une atrophie pure et simple et non une dégénérescence grise. D'un autre côté, le nerf optique peut avoir conservé une coloration blanchâtre, qui, à l'inspection directe, ne s'écarte en rien de l'état normal, tandis que le microscope nous révèle les signes non équivoques ou d'une dégénérescence grise plus ou moins avancée, ou d'une névrite chronique, ou enfin d'une atrophie simple. C'est une erreur de croire que, dans cette dernière variété d'atrophie, le nerf ait besoin de perdre sa couleur blanche. Il peut y avoir une déperdition très-considérable des fibres nerveuses, sans que cependant le nerf ait pris une teinte grisâtre. Il est vrai que ce dernier fait s'observer essentiellement dans les cas d'atrophie, par suite de destruction de la rétine (décollement de la rétine, inflammation intrà-oculaire), atrophie qui ne survient alors qu'après un nombre d'années très-considérable et montre, une fois de plus, l'indépendance de l'appareil conducteur et de l'appareil sensoriel de l'œil. M. Leber a trouvé les nerfs encore assez bien conservés, avec une destruction de la rétine qui remontait à trente ans, et il croit que la coloration blanche que ces nerfs présentent, tient à la conservation de la myéline des fibres nerveuses.
En conséquence, pour porter un jugement sur l'altération dont les nerfs optiques sont le siège , l'examen microscopique est tout à fait nécessaire. On comprend difficilement comment quelques auteurs se sont adonnés avec un certain acharnement à ces études délicates, sans se douter que toute compétence leur faisait défaut, s'ils n'appelaient pas à leur aide le concours du microscope. Encore faut-il, dans ces recherches, se munir de bien des précautions, pour ne pas arriver à des conclusions fausses. Il n'est nullement aisé de différencier sur des coupes microscopiques, le tissu cellulaire du tissu nerveux, si l'on n'a pas recours à des réactifs chimiques qui agissent différemment sur ces deux tissus. Le chlorure d'or teint sensiblement en violet foncé les éléments nerveux, tandis qu'il colore à peine le tissu cellulaire, auquel il ne communique qu'à la longue une faible teinte bleuâtre, coloration qui reste toujours de beaucoup inférieure à celle du tissu nerveux. La constance avec laquelle cette réaction se produit sur les préparations fraîches, ou sur celles qui n'ont pas séjourné trop longtemps dans des liquides durcissants, permet de tirer des conclusions certaines sur la conservation plus ou moins complète des éléments nerveux, et en même temps, sur la manière dont s'est comporté le tissu cellulaire, c'est-à-dire la neuroglie 1).
En se servant de ce mode d'examen microscopique, on constate dans l'atrophie simple une disparition plus ou moins complète des éléments nerveux, et en même temps, une atrophie très accusée du tissu cellulaire (voy. fig. 21 et 22), surtout
<) On place des coupes fines du nerf dans une solution de chlorure d'or à '/50 °/0, solution à laquelle on a ajouté une goutte d'acide acétique pour trente grammes de liquide. Suivant le conseil de M. Gerlach, les pièces séjournent une demi-journée dans cette solution, après quoi on les place dans de l'eau faiblement acidulée pour enlever l'excès de chlorure. Ces préparations peuvent alors être conservées dans de la glycérine, ou dans du vernis, après en avoir retiré l'eau au moyen de l'alcool (Leber).
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Fig. 23. dans le voisinage des vaisseaux, oblitérés en
grand nombre. Cette disparition du tissu a lieu par voie de dégénérescence graisseuse. Le nombre des cellules grumeuses qu'on rencontre est assez limité, et dans les nerfs anciennement atrophiés, on trouve un mombre assez considérable de corpuscules amylacés. Comme il a déjà été dit, la myéline des fibres nerveuses peut se conserver un temps assez long; finalement elle disparaît, et des traînées de gouttelettes de graisse indiquent parfois encore l'ancien emplacement des fibres qu'on reconnaît aussi par la présence de filets extrêmement ténus, munis ça et là de petits renflements , et qui ne sont probablement pas autre chose que les gaînes restantes des filets nerveux.
L'atrophie simple se laisse poursuivre dans des cas anciens, à travers le chiasma jusque dans les tractus du nerf optique. Au contraire, du côté de l'œil, l'atrophie se borne, comme dans les sections pratiquées par M. Rosow ') sur les animaux,
Fig. 24.
') S'Uzungabericht der le. Alcade mie der Wissenseh. Bel. 40, p. 431.
à la couche des fibres nerveuses et clés cellules ganglionnaires, autrement dit à L'appareil conducteur de la rétine. Inutile de dire que les résultats microscopiques varieront très sensiblement suivant l'époque de l'examen.
Ce qui caractérise essentiellement cette variété d'atrophie, c'est qu'elle porte, dans la majorité des cas, à la fois sur le tissu nerveux et le tissu cellulaire (voy.fig.23C0).
Au point de vue de la symptomalologie nous nous bornerons à signaler l'importance de la mensuration exacte de l'acuité centrale et périphérique de la vision. C'est surtout l'exploration de la sensibilité dans la partie périphérique du champ visuel et la manière dont celle-ci a commencé h baisser, qui nous fourniront des renseignements précieux sur l'étiologie de l'atrophie simple.
M. Fôrster2) a institué, à cet égard, un nouveau mode d'exploration qui a l'avantage essentiel de donner une représentation graphique très-exacte du champ visuel, et de rappeler à l'instant même la disposition anatomique) de l'appareil conducteur de la rétine. Avec le périmètre ') de Fôkster (voy. fig. 24) on mesure le champ visuel sur une demi-sphère, et on note son étendue par degrés.
Pendant cet examen on fait fixer le malade de manière que le point central de la demi-sphère ne concorde pas avec la macula, mais bien avec le punctum ccecum, c'est-à-dire avec la papille du nerf optique. Pour justifier cette manière de procéder M. Forsteu donne une raison très pratique, c'est que dans la représentation graphique des diverses étendues du champ visuel, nous aurons pour point de départ, comme dans les examens ophthalmoseopiques et microscopiques, l'entrée du nerf optique.
La conformation particulière que nous montre la fig. 25 pour l'œil gauche, et la fig. 26 pour l'œil droit, correspond essentiellement à la distribution des éléments nerveux, ainsi qu'à l'entourage de l'œil (dos du nez, rebord orbitaire supérieur). Le maximum d'étendue a une direction diagonale, allant de dedans en dehors et de haut en bas pour les deux yeux.
Le champ visuel binoculaire est représenté fig. 27 ; ici les deux taches de Mariotte tombent en dehors du point de fixation F. Les parties des deux champs visuels qui concordent, sont indiquées par une teinte plus foncée, tandis que les parties
') Coupe à travers un nerf atrophié, faite à une distance de 7mm de son entrée dans l'œil, les gaînes externe et interne ont été enlevées. On voit près de n. des faisceaux nerveux atrophiés. A l'aide d'un fort grossissement, on ne constate que quelques rares fibres nerveuses remplies de gouttelettes de graisse. La masse principale est composée de tissu cellulaire qui renferme beaucoup de cellules de tissu cellulaire b.\ v. section d'un vaisseau central.
2) Compte-rendu du Congrès intern. d'Ophthalm. Session de 1867, mon traité, T. vil, p. 427 et la thèse in aug. de M. Môser: ..Dos Perimeter u. seine Anwendung : Breslau in-8°, p. 33, 1869.
3) La figure 24 représente l'instrument de M. Fôrster et n'a guère besoin d'explications. Le curseur d porte un petit carré blanc et est mis en mouvement par une roue munie d'une manivelle et un système de cordons semblable à celui que nous avions employé pour le déplacement des boules dans notre mensurateur du champ visuel (voy. mon traité t. II, p. 226). Le carré d qu'on voit sur le curseur peut être remplacé par des lettres ainsi que par de petites pièces coloriées, si le périmètre devait servir à des épreuves chromométriques. On pourrait de même transformer cet appareil en photomètre, en substituant au carré de papier blanc un verre dépoli éclairé par une petite lampe placée derrière le verre, dont l'intensité pourrait être exactement graduée. Il est bien entendu que cette dernière mensuration se ferait dans l'obscurité. Le disque a, divisé dans chaque moitié en 180», est muni d'un indicateur qui court parallèlement à la demi-circonférence, indique exactement sa position, et nous fait connaître les divers méridiens du champ visuel; taudis que la position du curseur notée dans les différents plans qu'a successivement occupés la demi-circonférence, nous donne les cercles de latitude et l'étendue par degrés du champ visuel.
claires sont vues isolément par chaque œil. Nous donnons en note >) la manière dont M. Fôrster s'exprime sur la relation qui existe entre les différents points du
Fig. 25.
Oeil jgpaiielie.
<) „Sachant que, dans les apoplexies centrales suivies d'hémiplégie, un seul œil n'est pas frappé de cécité, mais que les deux yeux sont atteints daus des moitiés correspondantes de leurs champs visuels, et comme les mensurations ont démontré que les limites de ces lacunes sont tracées à peu près perpendiculairement à travers le point de fixation (dans la fig-. 27 à travers la ligne sa), nous pouvons, d'accord avec les données anatomiques du chiasma publiées parHannover, accepter que toute la partie située à droite de la verticale s* dans le champ visuel appartient au traetus options gauche, tout ce qui est situé à gauche de m, au traduis opticus droit. Dans lès portions du champ visuel commun situées à gauche de la lig-ne visuelle (ainsi que dans celles situées à droite de cette même ligne), il faut distinguer deux portions: f ° une plus petite qui, pour l'œil droit, forme la moitié interne et la moins étendue de ce champ visuel (dans la fig. 27, elle va de ss à gauche jusqu'à la limite de la partie la plus sombre). Comme , dans les apoplexies siégeant à droite (hémiplégies gauches), cette portion est abolie, et comme dans ces circonstances, le traetus options droit souffre, on peut conclure qu'elle appartient au faisceau latéral du traetus opticus droit. Il en résulte que tout ce qui se trouve dans un champ visuel monoculaire en dedans du point de fixation, autrement dit toute la portion de la rétine placée en dehors de la macula est fournie par le faisceau latéral du même côte. 2° Une portion plus considérable, comprenant non-seulement la partie sombre, mais aussi la partie plus claire , forme la plus grande moitié externe du champ visuel gauche. Comme elle devient aussi insensible dans une apoplexie droite, elle ne peut appartenir qu'au faisceau croisé du traetus opticus droit: par conséquent, la portion du champ visuel monoculaire qui est située en dehors du point de fixation, en d'autres termes, la moitié de la rétine située eu dedans de la macula, est innervée par le faisceau croisé du côle! apposé. 11 résulte de ce qui précède que du champ visuel commun représenté dans la ligure 27, la partie sombre n'appartient qu'aux deux fais-
Fig. 26.
Oeil droit.
cliamp visuel et L'épanouissement central du nerf optique. Il est certain que l'exploration du champ visuel peut, dans certains cas, fournir des renseignements écologiques plus précis encore que l'examen oplithalmoscopique. Malheureusement, ces renseignements ne sont en réalité importants qu'à la condition qu'on assiste aux premiers changements qui surviennent dans la diminution de la vision périphérique, et qu'on peut suivre attentivement la marche de cette décroissance.
Naturellement vers la fin de la maladie, lorsque le champ visuel n'occupe qu'une petite étendue plus ou moins voisine de la macula, il sera d'autant moins permis de tirer de ce fait une conclusion, que cet îlot du champ visuel n'occupe pas un secteur quelconque, mais est groupé concentriquement autour de la tache jaune.
Un autre moyen de nous renseigner sur le point de départ d'une atrophie simple, c'est d'étudier avec soin la participation ou l'intégrité des autres nerfs crâniens. Il paraît qu'on peut, à cet égard, établir quelques lois de probabilité.
Ainsi, lorsqu'un nerf optique seul s'atrophie avec intégrité parfaite du champ visuel de l'autre côté, que précédemment ou simultanément un nerf moteur du même côté a été paralysé, que l'odorat a souffert, on pourra présumer une affection de la base du crâne (méningite basilaire, gommes, exostoses). La concordance de la surdité avec atrophie du nerf du même côté fera penser à une lésion (par compression) des couches optiques, etc. Pourtant notre diagnostic tout en s'aidant d'une exploration minutieuse de l'état général, ne manquera pas d'être incertain dans nombre de cas pour ce qui regarde le point de départ de la maladie.
La fréquence de l'atrophie simple, par suite de méningite basilaire chronique, d'exostoses de la base du crâne, mérite d'être signalée ici. Sans contredit, les maladies qui attaquent l'encéphale même (maladies du système vasculaire avec ramollissement, tumeurs de la substance propre du cerveau) sont bien plus souvent suivies de dégénérescence grise ou de névrite optique.
Nous verrons plus tard, à l'occasion de la névrite, que la papille du nerf après avoir présenté les signes les plus caractéristiques de l'inflammation, peut, au bout d'un nombre d'années indéterminé, affecter ceux de l'atrophie simple. 11 ne faudrait donc pas être surpris de rencontrer, lors de l'autopsie, avec les traces une affection cérébrale essentiellement propre au développement de la névrite, une atrophie simple, si toutefois les débuts de l'affection cérébrale remontent à une époque assez éloignée.
Dans une autre série de cas, on trouve des tumeurs cérébrales et on est étonné de n'observer, à l'examen microscopique, ni neuro-rétinite, ni névrite ascendante. La cécité dans ces cas, était due à l'atrophie simple. Si, en pareille circonstance, la tumeur avait suivi dans son développement une marche fort lente, et si elle était située à la base du crâne, le résultat de l'examen n'a plus lieu de surprendre, car l'augmentation de la pression intrà-crânienne a bien pu ne produire qu'une atrophie simple par compression plus ou moins directe des nerfs. Mais si , au contraire , le développement de ces tumeurs est considérable et rapide, si leur siège est plus ou moins éloigné de la base du crâne, on se voit alors contraint d'expliquer l'absence de la névrite par des anomalies dans l'embouchure des veines de l'orbite (voyez l'article consacré à la névrite) ou d'avoir recours au raisonnement théorique de M. de
ceaux latéraux, qui de leur côté ne contribuent en rien à compléter la totalité du champ visuel, et que ce complément est exclusivement donné par les faisceaux croisés. On peut, en outre, conclure encore, qu'un objet perçu des deux yeux à la fois, qui se trouverait alors situé dans la partie sombre du champ visuel, fait parvenir au cerveau ses impressions perçues par les deux yeux à travers les mêmes trac tus."
Graefe i) „.Te pense, dit-il, que si une interruption dans la conductibilité nerveuse s'effectue soit dans les centres nerveux, soit à la base du crâne, soit dans l'orbite, à une époque où il n'a existé ni exagération de pression intrà-crânienne (ou orbitaire) ni prédisposition à nne névrite descendante, je pense que, dans ces circonstances, il se développera d'abord une dégénérescence atrophique qui n'est en quelque sorte que la conséquence anatomique de la séparation du nerf d'avec son centre. Une fois que cette dégénérescence atrophique s'est produite, les causes qui, ultérieurement, pouvaient déterminer la production de la névrite descendante ou la stase papillaire, ne trouvent plus un terrain propice à leur développement, et cela à cause de la disparition du tissu et d'une partie de l'appareil circulatoire. Mais si, au contraire, ces causes prédisposantes surgissent à un moment où cette interruption dans la conductibilité ne s'était pas encore complétée, et où les états consécutifs (l'atrophie blanche) n'étaient pas encore survenus, alors la névrite rencontre des conditions propices à son développement."
A l'appui de cette théorie, nous pouvons dire que nous n'avons pas rencontré, soit dans la littérature, soit dans notre pratique, un seul cas dans lequel un nerf optique montrant les signes de l'atrophie blanche ait, par suite de conditions intrà-cràniennes favorables, accusé plus tard les caractères de la névrite.
Disons en terminant que c'est presque exclusivement dans les cas d'atrophie simple du nerf, que peut se présenter ce fait singulier que la perte de la vue est presque l'unique symptôme morbide que le malade accuse.