CHAPITRE VII
S'il est un mot dont on ait abusé en chirurgie, c'est bien celui de poljpe et cela est surtout vrai dans ce qui concerne ses applications aux tumeurs du rectum. En effet, qu'un néoplasme soit bénin, soit cancéreux, dur ou mou, peu importe, s'il adhère au rectum par un pédicule ou par une base ^lativemeot limitée, ce néoplasme est un polype du rec- 'itm. Aussi, que d'observations disparates publiées sous celte rubrique ! En remontant aux sources qne nous indiquent les index bibliographiques et les monographies, je ^^ suis trouvé en présence de faits si difficiles à grouper et « comparer entre eux qu'un moment j'ai pu sérieusement *^« demander s'il y avait lieu de rédiger dans cet ouvragé ^ïi chapitre spécial sur les polypes du rectum, au lieu de *^^ borner à la description des diverses tumeurs qui peuvent se rencontrer sur cet organe. Cependant, en compre- ^^nt exclusivement sous cette dénomination des productions ^ïialogues à celles qui dans l'utérus et les fosses nasales ^>Dt désignées par elle, on arrive à délimiter deux groupes ^^sez naturels de tumeurs qui, au point de vue des symp- ^ines et de Tanatomie pathologique, méritept une descrip-
342 DES POLYPES Dr RECTTM
fions pêciale. Ce sont : i^ les polypes durs ou corps fibreux (lu rectum, comme les appelait Jobert de Lamballe, et '^^ les polypes mous, que Ton rencontre le plus sourent rhez les jeunes sujets et auxquels se rajjportent presque lous les h'avaux qui ont été écrits sur la question. Et ces «leux groupes ont pour caractères communs, au point de vue clinique, la bénignité, au point de vue anatomique, la structure. Tous ces polypes en effet sont constitués par la mu- ({ueuse rectale hypertrophiée dans l'un de ses éléments ou dans leur totalité. 11 ne s'agira donc point ici de polypes l)énins, cancéreux, kystiques, graisseux, épithéliaux, hémorrhoïdaux, etc. Admettre une pareille classification serait faire, k propos des polypes, la description de presque toutes les tumeurs du rectum. Et quant k celle qui fut si souvent proposée et qui a)nsistait k diviser les polypes en sus- sphinctériens et sous-sphincériens, malgré Fillus- I ration des noms de ceux qui Tout prônée, je n'hésite pas à la rejeter. Les polypes sous-sphinctériens n'existent pas. et les tumeurs que Ton a décrites sous ce titre ne sont que de simples végétations ou papillomes, des condylomes ou des hémorrhoïdes sèches.
•t I. — Polj.pes àurm on fibrevx.
Ces tumeurs, assez rares du reste, sont constituées par un tissu d'aspect fîbroïde. A l'œil nu elles ressembleht beaucoup aux corps fibreux utérins. En effet, leur consistance? est dure, leur coloration rouge sur le vivant est pâle apr^* lablation et leur surface recouverte par la muqueuse amiu" cie est ordinairement lisse, mais parfois aussi mamelonné^*
Le mode d'adhésion de cette muqueuse avec le tissu ^^ la tumeur est très- variable. Tantôt la décortication ser^^ absolument impossible, et c'est ce qui s'observe suHt*'*-*
lorsqu*il y a eu des phénomènes iiiflaminatoires, tantôt ces adhérences sont si faibles qu'elles ont été comparées à celles des méninges avec le cerveau.
La surface de cette muqueuse se hérisse quelquefois de )»apille^ hypertrophiées, mais ce n'est là qu'une complication, qui n*a du rest^ au point de vue uosologique aucune importance. Lorsque cette muqueuse a été enlevée, on so tif)uve en présence d'un tissu dur qui crie sous le scalpel, dont l'aspect est celui d'un tissu lardacéou plutôt du derme hj'pertrophié et œdémateux. D'autres fois, et c'est le cas le plus fréquent, la masse de la tumeur semble constituée par des fibres irrégulièrement distribuées ets'entre-croisantdans tous les sens II est rare de rencontrer ces couches de fibres en quelque sorte stratifiées, qui se retrouvent dans presque tous les mvômes utérins.
Quelle est au point de vue histologique la nature de ces productions ? Les documents que noua possédons aujourd'hui sur ce sujet sont si peu nombreux qu'il y a lieu d'être très-réservé dans ses affirmations. S'agit-il de véritables fibromes, ou de fibro-mvômes assimilables à ceux de l'utérus ? Le musée Hunter à Londres possède une pièce sur laquelle la tumeur polypeuse paraît évid<^mment développée aux dépens de la couche musculaire du rectum. 11 est donc probable que cette tumeur est un myônie, d'autant que déjà des histologistes distingués ont démontré la présence des fibres lisses dans certains polypes ^ et en relisant les exaineus microscopiques pratiqués à une époque où la nomenclature des micrographes n'était pas tout à fait celle de nos savants actuels, on acquiert la conviction que bon nombre ^ tumeurs fibro-plasiiques observées alors devaient **wi très-probablement des fibro-myômes.
* Mtlaiiex, BuH*>t. de la Société académigtie, t. XVil, p. 498. 1872.
Quoi qu'il en soit, ces productions ont une marche assez rapide dans certaines circonstances, ce qui n'est point étonnant en présence des vaisseaux nombreux qui les alimentent. Ces vaisseaux sont même parfois assez volumineux pour qu'il soit possible de sentir leurs battements en saisissant entre deux doigts le pédicule qui les recèle (Jobert).
Ils se distribuent non-seulement à la surface du néoplasme, sous la muqueuse qui le recouvre, mais dans l'épaisseur même de son parenchyme. C'est ce qui rend si variable la consistance. Un polype mou au toucher peut donc être un fibrome -qui, dur et résistant pendant les périodes de turgescence, devient flasque lorsque le sang cesse d'y affluer. C'est également cette variabilité de l'état vasculaire des polypes qui nous explique pourquoi ils paraissent toujours beaucoup plus petits lorsqu'ils viennent d'être enlevés que lors de l'exploration par le toucher rectal. Cette erreur sur le vohime est celle qui se commet le plus souviot, et je ne vois pas comment elle pourrait s'expliquer autrement. C'est encore cette grande richesse vasculaire qui permet de se rendre compte jusqu'à un certain point de la formation des cavités kystiques dans quelques polypes. Il est possible cependant que ces kystes se produisent pardégénérescence muqueuse comme dans certaines tumeurs utérines. Toujours est-il que, dans une obsers'ation ancienne citée par Gerdy, il est question d'un polype volumineux» mais creux et contenant des matières fécales durcies.
En général, avons-nous dit, le pédicule est mince et ténu. C'est qu'il se forme comme celui des polypes utérins, c'està-dire par traction. Le corps fibreux, d'abord libre sousl^^ muqueuse, glisse sous elle comme un ganglion lymphatique engorgé, glisse sous la peau à laquelle il n'adhère point ea-^ core ; puis, petit à petit poussée en bas par les eflbrts de 1^ défécation, la masse morbide se forme un sac de cette m\>'^
queuse, sac retenu par un repli large au début, sorte de mésentère qui peu à peu s'allonge et finit par devenir un cordon grêle et d'autant plus long que le polype est plus ancien, cordon constitué exclusivement par une gaîne de muqueuse plus ou moins épaissie, qui renferme les vaisseaux nourriciers de la tumeur. Le pédicule des polypes rectaux ne contient donc pas de tissu comparable à celui qui forme leur masse.
Pareille disposition s'observe parfois dans les polypes utérins. Mais alors l'organe dont la muqueuse se transforme en pédicule est solide et épais. Le polype rectal, au contraire s'implante sur des parois minces et essentiellement mobiles, aussi devient-il souvent la cause du prolapsus de la muqueuse ou même de la chute totale du rectum avec toutes ses tuniques. Mais si ce prolapsus est total au point de vue du nombre des tuniques, il peut, aju point de vue de l'étendue, se borner à la région du pédicule et alors, si la lésion est un peu élevée dans le rectum, le péritoine est entraîné. Il y a donc un cul-de-sac péritonéal dans le pédicule de certains polypes du rectum. L'importance de ce détail anatomique se comprend d'elle-même, et malheureusement si nous sommes aujourd'hui en mesure de le signaler, c'est que certains chirurgiens ayant opéré à une époque où rien ne permettait de le supposer, leurs malades ont succombé rapidement à des péritonites foudroyantes. Ces faits malheureux doivent nous dicter une extrême prudence, surtout dans cette manœuvre opératoire qui consiste à tirer sur le polype pour l'amener au dehors et atteindre plus aisément avec les instruments le point d'insertion de son pédicule.
Plusieurs auteurs ont noté l'hypertrophie de la muqueuse feclale au niveau du point d'implantation des polypes; d'autres fois la vascularisation y est tellement exagérée
qu'on a pu croire à rexistence d'une tumeur érectile servant pour ainsi dire de base au polype.
Au point de vue du volume, du nombre, de la durée, du point précis où s'insère le pédicule, au point de vue de rétiologie surtout, nul ne peut avoir aujourd'hui la prétention de tracer des indications générales. C'est que les corps fibreux du rectum sont extrêmement rares, et les observations qui pourraient servir de base à une description manquent presque toujours des détails les plus importants, hv 173() à 1840, c'est-à-dire pendant une période décent ans. nous ne trouvons dans la littérature médicale qu'une dizaine de cas de }>olypes du rectum. Et toutes ces observations ne se rapportent pas à des polypes fibreux. La plus ancienne de toutes, qu'on peut lire dansLedran', se rapporte très-pn)bablement à la formequi nous occupe, mais comme il est question d'hémorrhoïdes, de forme en grappe de raisin, d'excroissance de chair spongieuse, etc., etqued'auti*e part le porteur était plus que sexagénaire, nous ne pouvons tirer de ce fait aucune indication utile. L'observation souvent citée de Cornélius de Triœn se rapporte à une fille de trente-six ans, qui portait une tumeur rectale volumineuse; cette fille devint enceinte, fut opérée et succomba. Ceci se passait vers l'an 1743. Ce n'est pas enaoa lysant des observations de cette nature qu'il est possible de faire une description. En effet s'agissait-il bien d'un l)olypedu rectum, et si la réponse est affirmative, cepolrpe était-il de nature fibreuse? Je laisse à d'autres le soiode faire ce diagnostic dont on n'aura jamais la démonstration, j>our en arriver immédiatement à l'analyse de l'observation si célèbi'e d'Ênaux qui donne une idée très-juste de la marche naturelle des polypes fibi-eux du rectum.
Il s*agit d'un patient qui fut suivi pendant plusieurs années. Six ans avant de se mettre entre les mains d'Ënaux, il avait été examiné parMallerat de Souhenqui en publia l'observation. Quand Ënaux entreprit sa cure, il était por< leur d'un polype volumineux qui fut spontanément expulsé à la suite de l'administration d'un purgatif. Plus tard, une deuxième tumeur fut de même éliminée sans intervention chirurgicale. Mais ces sortes d'accouchements avaient infligé au malade des hémorrbagies sérieuses, de sorte que Ton jugea prudent de lier le pédicule d'un troisième polype qui vint se présenter à l'anus. Le malade succomba et, ù Tautopsie, il ne fut plus trouvé que la cicatrice des points d'insertion des tumeurs.
Telle est, je crois, l'histoire de tous les corps fibreux du rectum. Abandonnés à leur marche naturelle, ils grossissent assez rapidement, leur pédicule s'allonge et, sans cesse tiraillé parles efforts de la défécation, il finit par se rompre. C'est une opération par arrachement qui se produit ainsi spontanément. L'évolution pathologique de cette tumeur est donc absolument assimilable à celle de certains royômes utérins. La promptitude du développement et de la récidive, l'intégrité de la muqueuse, quand la tumeur a été expulsée ou enlevée, sont autant de circonstances qui rânnent encore rendre l'analogie plus frappante.
L'observation suivante, qui est due au docteur Cambrai, chirurgien de l'hôpital de Cambrai, est tout à fait identique à celle d'Énaux.
« Tumeurs fibreuses du recttim. En octobre 1845, une femme nommée Eugénie Blot, âgée de trente-quatre ans, journalière, mariée, fut reçue à l'hôpital civil de Cambrai avec une diarrhée datant d'un mois et contre laquelle avaient ^houé diverses médications. Dans le service de médecine où elle fut placée, un traitement interne sagement dirigé
n*ayant amené aucune amélioration, je fus appelé par mon collègue à examiner avec lui cette malade, et, sur son invi-, tation je la fis passer dans mes salles...
« Au 15 août 1845 se manifestèrent les premières attaques de l'affection qui va nous occuper.
« Pesanteurs au fondement, douleurs s'irradiant vers les reins et le haut des cuisses, faibles d'abord, intermittentes, sourdes, bientôt compliquées de coliques, de ténesme, ellas se prolongent de manière à devenir presque continues. Enfin vers la mi -septembre éclate une diarrhée qui n'a pas cessé depuis et dont les retours fréquents, joints aux ténesmes rectaux, lui laissaient peu d'heures de relâche. Ce qui frappe tout d'abord en elle est un état de faiblesse, une pâleur qui explique les troubles fonctionnels des dernières voies auxquels elle est en proie depuis plus de deux mois. L'amaigrissement n'est pas extrême ; toutes les autres fonctions s'exécutent bien, et l'appétit même s'est maintenu, bienque momentanément diminué dans les paroxysmes de douleur; rien qui accuse le vice scrofuleux ou l'infection syphilitique; point d'antécédents vénériens, nulle trace de cachexie.
« La marche de la maladie, l'inefficacité des traitements internes me suggérèrent l'exploration attentive du rectum « dans lequel le toucher me fit découvrir, à 6 ou 7 centimètres au-dessus de l'anus , une tumeur de la forme et du volume d'une noix, lisse, assez dure et rénitente. complètement irréductible, insensible à la pression, mai» non aux tiraillements, et attachée à la paroi gauche dô l'intestin par un pédicule court et épais. Je vis là la caus^ des troubles fonctionnels si graves qui épuisaient cette ma ' lade, et, la trouvant résignée à une opération qui me sera ^ blait suffisamment indiquée, je me préparai à exciser la tu -^ meur après en avoir préalablement lié le pédicule. J^
procédais à l'opération et j'explorais une dernière fois les attaches de la tumeur, lorsqu'un léger déchirement se fit sentir, quelques gouttes de sang parurent à Torifice anal , et je sentis la tumeur complètement mobile obéir à tous les mouvements que lui imprimait mon doigt : quelques e£forts expulsifs auxquels se livra la femme l'amenèrent bientôt au dehors. Elle était oblongue , faiblement mamelonnée, d'un blanc rosé et recouverte d'une membrane fine et transparente sous laquelle on voyait se dessiner un réseau très-fin et que je crois vasculaire : ce qui me la fit comparer pour l'extérieur au cerveau recouvert encore de l'arachnoïde ; vers le milieu de la base, portion du pédicule assez nettement déchiré ou cassé, la texture de cette tumeur est fibreuse, et, pour la consistance, je la compare au thymus.
« Comme je l'ai déjà dit, quelques gouttes de sang seulement suivirent cette extraction, la santé et les forces revinrent rapidement, et le toucher rectal pratiqué quelques jours après ne laissait reconnaître qu'une légère rugosité au lieu d'insertion du pédicule. Au bout d'un mois environ, les fonctions s^accomplissant régulièrement et l'état général étant très-satisfaisant, cette femme reçut son exeat (11 janvier 1846).
m Le 27 du même mois, nouvelles souffrances de même nature que les premières et retour à l'hôpital où le toucher me fait reconnaître une nouvelle tumeur au même lieu que la première et caractérisée comme elle, mais plus grosse ; elle est extirpée sans plus de peine, mais, cette fois, j'ai à combattre, après l'opération , une hémorrhagie assez considérable pour pratiquer le tamponnement du rectum, que je pratique avec une forte tente de charpie enduite de cérat et saupoudré d'alun pulvérisé , moyennant quoi l'hémor ï'hagie est bientôt suspendue.
351» , DKS FOI.YPKS DT RKCTUM
« Cette tumeur, deux fois plus volumineuse que la première, lui est identique à cela près.
« Bien que la malade ait repris toutes les apparences de la santé, je l'ai gardée sous mes yeux de crainte de quelque recrudescence et je recommençais à la croire guérie, lorsqu'une nouvelle exploration, pratiquée le 21 mars, me fit découvrir, toujours au même lieu, une tumeur du volume d'un grain de raisin, longue de 1 cent 1/2 environ, arrondie, lisse, perpendiculairement implantée sur la paroi rectale qui semble faire corps avec elle. Aucun trouble fonctionnel n'a encore signalé sa présence !
(1 Je livre ces faits aux réflexions de mes confrères, que je compte tenir au courant de la fin de l'obseryation : let tumeurs extraites sont positivement de texture fibreuse; mais, en dehors de leurs caractères qui les éloignent des productions pathologiques ordinaires à cette r^on, leur reproduction si prompte n'est pas sans intérêt, non plus . que la facilité avec laquelle elles se détachent et riutégrité apparente de la muqueuse quand elles sont enlevées*. »
Je pourrais encore reproduire ici l'histoire d'un homme de quarante et un ans qui fut opéré par Macfarlane, chirurgien de Glascow, vers 1835.
Cet homme, comme les malades précédents, élimina, daos un laps de temps relativement restreint, deux tumeurs vulumineuses. Leur expulsion fut presque spontanée. Uœ tix)isième survint, qui fut enlevée par excision après ligature. Elle avait le volume d'une grosse oi*ange. Ici encore nous voyons des tumeurs volumineuses, se reproduisant rapidement, et toutes tendant à s'éliminer spontanémeDt, la muqueuse restant parfaitement normale au niveau de
• Journal ife^ ronnaissaures inrOicn-rhh'Hf'tfivale», t. XV, p. W. 184;.
DKS Pol.YPKS DU KKCTTM 351
leur peint d'insertion, C*est là, très-probablement, je le répète, l'histoire naturelle de presque tous les corps fibreux du rectum.
A en croire les auteurs qui se sont occupés de Thistoire des polypes du rectum, la forme dure, la forme fibreuse s'observeraient exclusivement chez l'adulte, et, en efiet, presque toutes les observations que nous avons pu consulter sur ce point se rapportent h des sujets déjà d'un certain âge. Toutefois cette règle est loin d'être absolue. Je pourrais citer une observation recueillie par Verneuil sur une jeune fille anémique âgée de vingt- trois ans. L'observation a pour titre : Fibrome de la muqueuse rectale^. Vidal a observé un polype fibreux sur une malade de vingt ans. Enfin Dotzauer de Bamberg a vu des polypes fibreux du rectum gros comme de petites amandes sur des enfants de trois, cinq et sept ans. Deux de ces petits malades étaient nés des mêmes parents*, c'est le seul fait qui, à notre connaissance, pourrait faire soupçonner Tinfinence possible d'une prédisposition héréditaire^, [lest probable aussi que le petit malade âgé de quatre ans, auquel Macfarlane enleva une tumeur grosse comme un œuf de poule et dure, avait un polype fibreux du rectum. Diday a aussi vu, il y a dix ans, un polype de ce genre, du volume d'un gros noyau de cerise, implanté par un mince pédicule à 1 centimètre environ au-dessus de l'orifice anal, du côté droit, <iWz une jeune fille de treize ans, lymphatique. Des hémorrhagies peu intenses, mais assez fréquentes, et quelques
' liulletin de la Hoc. anat», p. 437. 1872.
' Il existe cependant une observation analogue deKuhlbrand. II rapporte
'l'iitoire de deux sœurs toutes deux affectées de polype du rectum. Chea
'ttn« d'elles on crut un instant à une menstruation précoce.
\i>\t Journal des connaissances médico-chirurgicales ^ t. XI. p. 16*.
ténesmes firent désirer par les parents Fablation, qu'il pratiqua à Taide d'une ligature. La tumeur tomba au bout de deux jours et la guérison eut lieu sans accidents et sans récidive.
Donc si laffection dont il s'agit est plus fréquente chez les adultes, nous sommes cependant en droit de dire qu'elle peut se rencontrer à tout âge. Au dire même d'un médecin anglais, Bathurst Woodman, les polypes à structure dermoïde (fibromaia) seraient de tous les plus fréquents, quel que soit Tàge des sujets observés *.
Les symptômes auxquels donnent lieu ces productions sont extrêmement variables. Tantôt le fibrome rectal est toléré pendant de longues années, et les patients qui, à de certaines périodes, voient s'écouler un peu de sang, restent convaincus qu'ils sont hémorrhoïdaires et que ces hémorrhagies, qui apparaissent de temps en temps, sont un bénéfice de nature. Tantôt, au contraire, les malades, rapidement affaiblis par ces pertes réitérées, se présentent au chirurgien, pâles, exsangues, le teint livide ou jaune paille comme celui des cancéreux. Et l'odeur, particulièremeot fétide du pus que sécrètent les polypes ulcérés rend leur cortège symptomatique tout k fait assimilable à celui des tumeurs malignes. Mais, en somme, Thémorrhagie est le symptôme constant de tous les polypes du rectum, et ce«l le seul accident qui donne à cette affection une réelle gravité. Quand le polype est fibreux, les hémorrbagie^ \ sont parfois d'une abondance extrême et il est très-difficile de les arrêter. C'est dans la structure même de ces tumeurs qu'il faut chercher l'explication de ce fait; les artères qui rampent à leur surface et se distribuent dans leur épaisseur ont parfois un calibre assez fort, mais de plus elles adhèrent de toutes parts aux tissus qu'elles traversent. Us
* Médical Press and circulav. May 5, 1875.
progrès de l'ulcération viennent^ils à intéresser leurs parois, l'artère ouverte ne se peut rétracter et reste béante comme un véritable sinus. De là la gravité exceptionnelle de ces hémorrhagies.
Les douleurs que déterminent les fibromes du rectum sont extrêmement variables au point de vue de l'intensité. Cependant» d'une manière générale, plus haut est le point d'insertion du pédicule, moins vives sont les souffrances. L'obscurité extrême des accidents que déterminent les po lypes du colon ne le prouve-t-elle pas ? Le degré de gêne et d'incommodité auquel le polype dur du rectum donne lieu est du reste en rapport avec un autre ordre de phénomènes, je veux parler de sa descente au-dessous du sphincter de l'anus ou au contraire de sa rétention.
Les malades dont le polype ne sort jamais souffrent pou, on peut même dire ne souffrent pas. Aussi chez eux la masse morbide acquiert-elle parfois un volume énorme avant que sa présence soit seulement soupçonnée. Au contraire, le moindre âbrome procident amène immédiat«nent le patient auprès de l'homme de l'art. C'est qu'à la procidence se rattachent la plupart des accidents, l'étran* glement du polype, la gangrène de la muqueuse qui le recouvre et consécutivement les hémorrhagies, l'entraînemeni des tuniques du rectum, qui vont être elles aussi meoacées d'étranglement et de sphacèle. Enân, il a été question de la dilatation de l'anus, dont le sphincter, sous V'mfluence du passage réitéré d'une tumeur volumineuse, aurait dans certains cas perdu en partie sa tonicité. Il pandtrait aussi qu'en remontant dans le rectum, les gros po« lypes entraînent devant eux l'anneau anal qu*ils ont franchi ^ font prendre à la région la disposition en infundibulum tette qu'elle s'observe sur les sodomistes (observ. de Huguier).
lIWiJKaE. lUetum «l Anus. 23
Ce n'est là, du reste, qu'un symptôme sans importance que j'indique en passant parce que plusieurs auteurs Tont signalé. J'en dirai tout autant de la forme des matières fiscales. D'après quelques chirurgiens, elles présenteraient une rainure spéciale dont la concavité correspondrait k la saillie formée par le polype. La même chose a été dite k propos des rétrécissements, des cancers, des hypertrophies prostatiques. 11 n'y a pas lieu de s'arrêter à ces puérilités nosographiques. Quand un malade souffre pendant les selles, qu'il accuse la sortie et la rentrée d'une tumeur à ce moment, qu'il perd du sang pendant la défécation, lediirurgien doit soupçonner la présence d'un polype ou d'hémorrhoïdes et pratiquer l'examen du rectum.
Il n'y a guère que le toucher qui puisse en pareil cas permettre d'étudier la lésion dans tous ses détails. Encore faut-il le faire avec certaines précautions. Le doigt peut, en effet, repousser devant lui la tumeur sans en reconnaître la présence, c'est ce qui arrive fatalement si l'examen est pratiqué de bas en haut, c'est-à-dire en commençant ptr les régions les plus rapprochées de l'anus. U faut, an contraire, introduire l'index d'emblée aussi haut que poe« sible, puis explorer la paroi rectale en le ramenant de hant en bas. Comme le plus souvent c'est sur la paroi poetérieure que le pédicule est implanté, on fera bien d'iotitH duire le doigt en suivant la paroi antérieure du rectum é de le retirer en suivant sa paroi postérieure.
D'après Chassaignac, il y aurait avantage à remplir d'een l'ampoule rectale avant de l'explorer» car, de la sorte, les parois sont étalées et déplissées et le polype tombe vers les parties déclives.
L'examen sera au besoin complété à l'aide du spéculoB iii le volume du polype le permet. L'usage des sondes se^ rait inutile et dangereux.
En résumé : les polypes fibreux du rectum sont des tu* meurs rares, susceptibles de se manifester à tous les âges de la vie, mais plus fréquentes chez les adultes, tumeurs dont le développement est souvent rapide, tumeurs isolées ou multiples, tumeurs récidivant, non comme les cancers, au point primitivement affecté, mais à côté, la récidive restant toujours absolument locale, tumeurs bénignes quant à leur nature et, par conséquent susceptibles d'une guérison définitive ^
Ce que nous avons à dire sur leur ^raiï^m^/i^ pouvant s'appliquer à celui des polypes muqueux, c'est après la description de ces derniers que nous aurons à l'étudier.