CHAPITRE IX
DES TUMEUU8 ni':NI(;NEî> DK L ANUS ET bl RECTUM
Les tumeurs qui font l'objet de ce chapitre sont pour la plupart constituées par riiypertrophie des téguments ou des couches sous-jacentes et ont pour caractère clinique commun la bénignité. Tantôt elles se développent au pourtour de Tanus dans les plis rayonnes qui entourent cet orifice, ou même aux dépens de la muque\ise, vers le bord inférieur du sphincter, mais toujours au-dessous de cet anneau musculaire, tantôt, au contraire, elles sont situées au-dessus de ce muscle et implantées à \ine hauteur plus ou moins considérable dans l'ampoule rectale.
Si les premières s'observent couranmient et viennent compliquer la plupart des maladies de Textrémité inférieure du tube digestif et des organes génitaux, les tumeurs hvperthrophiquesdela muqueuse rectale n'en méritentpas moinsla plus grande attention, d'autant plusqu'elles peuvent passer inaperçues ou donner naissance à des accidents capable de faire croire à l'existence d'autres lésions ; aussi, nous conformant à cette division essentiellement pratique, décrirons-nous dans deux paragraphes spéciaux : !•* les tumeurs bénignes de l'anus, 2" celles du rectum.
Un dernier paragraphe sera consacré aux tumeurs de la
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région ano -coccygienne qui, presque toutes, sont coDgêni taies.
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De toutes les régions de l'organisme, l'auus est sans contredit celle où les tumeurs hypertrophiques de la peau se rencontrent le plus souvent, aussi, s'y présentent-elles sous les formes les plus variées. Tantôt, ce sont des excroisîsances arrondies , volumieuses, et qui ressemblent à s'y méprendre à des hémorrhoïdes sèches chroniquement enflammées; tantôt, au contraire, il s*agit de petites tumeurs jiapillaires, plus ou moins allongées, plus ou moins rameuses, oitlinairement en nombre considérable et prenant imrfois un développement énorme. Les premières sont plus ivarticulièrement connues sous le nom de condylome, et ne sont en réalité, au début du moins, que l'exagération morbide d'une disposition anatomique normale. Nous réserverons aux autrea celui de végétations^ qui a l'avantage de ne rien préjuger au point de vue de leur nature, mais d*indiquer de plus l'idée de tumeur surajoutée, ainsi qu'un de leurs principaux caracléres cliniques, la repullulation.
.\. Vkoktations. — Lorsque sous l'influence d'une irri- (atii>n liKale quelconque, la peau de l'anus commence à s*hyperlri>phier« ou voit apparaître à sa sur£ace de petites xiiUies qui , au début, i^essemblent aux verrues communes d^s doigt:> ot de la main. Ces petites productions s'accroissoui assex rapidement et acquièrent bientôt une dimension de '^^ k 3 millimètres. Leur extrémité se bifurque alorS) puis M' ramifie, si bien qu au bout de peu de temps» la tumeur |«ivnd un as|^ect arbt^resceut. Tant que la végétatioa )v>to is%«Kv« elle e^t cji gèuéral sèche. Mais comme le pla:^
souvent elles pullulent en abondance et avec une grande rapidité, les liquides sécrétés entre elles par les glandes sudoripares y séjournent, se décomposent et amènent des phénomènes inflammatoires; les végétations deviennent alors humides, et leurs produits, assimilables à ceux qui ^e trouvent sous certains phimosis, répandent une odeur extrêmement fétide et irritent les parties voisines.
La végétation arborescente, ainsi développée, présente une structure extrêmement simple. Sur une coupe longitudinale, nous voyons que son squelette est formé par un prolongement du derme, ou pour mieux dire, du corps pa-pillaire, prolongement au centre duquel se trouve une anse vasculaire. Il est recouvert par une ou plusieurs couches de cellules épithéliales dont la forme et le volume sont extrêmement variables et dépendent, soit des conditions dv sécheresse ou d'humilité de la région, soit des pressions que subissent les tumpurs entre les deux fesses ou entre elles.
La limite entre le tissu conjonctif et lepithélium est assez nette sur les papilles, et l'on retrouve sans difficulté les petites cellules jaunâtres du réseau deMalpighï, implantées, comme dans la peau normale, sur le tissu ccmjonctif. Mais au sommet de la papille, il n'en est plus ainsi, la substance intertellulaire du tissu conjonctif est beaucoup moins abondante, Uuidis qu'au coutiaire le nombre des cellules globuleuses de ce tissu augmente , et ces éléments cellulaires se confondent en dehors avec Tépithélium, en dedans avec le tissu conjonctif. 11 est donc assez rationnel d'admettre que c'est à leurs dépens que ces tissus s'accroissent. Cette zone d'accroissement a été assimilée par Rindflesh au eambium interposé entre le bois et 1 ecorce Je la tige d'un végétal. Des zones analogues à celles que nous venons de décrire s observent aussi sur les parties
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latérales des verrues ramifiées, et c'est par leur intermédiaire que se développent les ramifications. C'est également à l'extrémité de la verrue et au niveau de ces zon» d'accroissement que vous verrez s'allonger et s'élar^fir les anses capillaires, point où communiquent les vaisseaux afférents et efférents de la nouvelle pro<luction.
Quand les tumeurs papillaii^es sont nombreuses et tassées les unes contre les autres, elles ne restent pas toujours indépendantes , et comme adhérant à la peau par qd pédicule très-mince, leurs ramifications se développent en largeur comme un éventail, il résulte du contact longtemps prolongé de ces extrémités ramifiées une soile de fusiou, si bien que, dans quelques circonstances, ou obsene eolre les fesses des tumeurs larges, plates, dont l'aspect rappelle assez bien celui des plaques muqueuses syphilitiques , et qui cependant ne sont implantées sur la peau que par d'innombrables petits pédicules. En introduisant un styfel fin dans les anfractuosités de ces tumeurs on peut donc constater qu'elles sont creusées de canalicules inexlricables. Aussi, n'est-ce pas sans surprise que le chirurgien qui en pratique l'incision trouve, au lieu d'une vaste plaie, une surface cutanée normale, mais percée d*une multitude infinie de petits pertuis qui correspondent aux points d'implantation des papilles.
Cette disposition, assez fréquente, du reste, et qui s'observe surtout lorsque les végétations sont abondantes d anciennes , est des plus importantes. Le praticien doit toujours lavoir présente à l'esprit, car si, mal renseigné sur ce fait anatomique, il croyait à la présence de oondjlomes plats, il pourrait instituer une thérapeutique dangereuse , ou tout au moins d'une rigueur inutile.
Telle est la structui*e élémentaire de la végétation. Ce n'est donc en réalité qu'une papille rameuse énoriuémeii
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développée. SuÎTaat la plus ou moins grande abondance des sécrétions, le plus ou moins d'embonpoint du sujet, la coexistence de telle ou telle autre affection du rectum, ces végétations prendront les formes les plus variées. Aussi les déuominations sous lesquelles elles ont été décntes sontelles, {Kjur ainsi dire, innombrables. C'e^t ainsi que les végétations aplaties latéralement ont reçu le nom de crêtes de coq, quia été donné plus lard par extension à toutes les végétations sèches, taudis que celles qui se développent en bouiTçetmnanl sont connues sous le nom de choux-ffeurs. Irf» anciens décrivaient aussi les mynnticics, les acrofhoydons, les thi/mes , ies porreattx, les verrues, les fraises, les fies. Ces dénominations n'ont plus de raison d'être aujourd'hui, car elles ne désignent que les divers aspects d'une seule lésion, V hypertrophie papillairc.
Au reste, étaieiit-ce bien toujours les végétations simples que voulaient décrire les anciens pathologistes sous ces diverses rubriques? Je ne le cniispas; il est, au contraire, infiniment probable que nuni)n-e de cajicers ont dû être considérés comme de simples végèlaliims. D'autre part, sous le nom de fies, les auteurs du moyen âge (uit souvent dé}«igué des tumeurs à contenu mou et granuleux, comme celni des ligues fraîches. La comparaison ne jiortait donc ])as seulement sur la forme extérieure des tumeurs, qui, en réalité, ne rappelle que bleu vaguement celle d'une figue '. Nous devons donc, je le répète, abandonner toutes ces anciennes dénominations, auxquelles il n'est plus possible aujourd'hui d'attacher un sens précis, nous bonianl à rappeler que, suivant que tel ou tel élément prédomine
1 Va iwrbiit il'? (■eiliiîii.'S |.iisliil.'i', Ti.ivlla n ^.tII vïi's I;i Hn <lu ditfv|>li'ine siffle: Exibat... atiquamlo '/uteiiain tnatfrin simitiii granï< finutn ivtuitdaet dura, eti>ourA,Pin^lenioi él;ilt «y mu ivii.e Je ïac-omc. aalmnenl dit fungut.
HOLLIBSB, RwlIIlli <l «nu. 32
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dans la tumeur, celle-ci se présentera sous les formes les plus variées. Ainsi, lorsqu'il va abondance de tissu conjonctif recouvert par une quantité relativement faible d'épithêlium, les végétations seront dures et sèches. Dans d'autres circonstances, au contraire, elles seront molles et humides quand l'épithélium des nouvelles papilles aura, relativement à son squelette fibreux, grêle et délicat, une épaisseur considérable ; enfin , les vaisseaux papillairesi peuvent prendre un développement exagéré. Les tumeurs sont alors rouges et turgescentes, elles saignent au moindre contact, si bien qu'elles pourraient être prises jusqu'à un certain point pour des tumeurs érectiles.
C*est dans l'examen minutieux des conditions au milieu desquelles prennent naissance les végétations que nous devons rechercher l'explication de ces différences d'aspect, et, comme nous allons le voir, cette étude n'est rien moms qu obscure aujourd'hui. 11 y a quelques années cependant, on en était encore à admettre les théories des siècles qui nous ont précédés. Elles étaient journellement professées par les maîtres de la science et promulguées officiellement dans les chaires des facultés, dont les titulaires affirmaient, à Tinstar et sur la foi des anciens, que les végétations sont le résultat de la vérole, et qui plus est, la preuve de son existence. On est même allé plus loin, puisque, malgré les siiges réserves conseillées par Swiedaur près de quatrevingts ans auparavant, certains spécialistes étaient restés tellement convaincus de la nature syphilitique des végéta lions, qu'en les voyant apparaître au pourtour de l'anus, siins hésiter ils leur assignaient pour origine des rapports oontiv natuiv ^
* IV môme I^agneau u*a |nis crainl cTuccuser de la dernière dépr&vatioD \uw |>auvi>!» i^tiU» rille âgée de dix ans  peine qui portait une petite vég^' laiion au )H>ut de la langue (Ti^aitédes malaiies sf/phUitiqu:s, p. 373).
Des Opinions si tranchées, si absolues, devaient nécessairement laisser dans les esprits une impression durable; aussi, même dans les ouvrages les plus récents , est-ce à propos des maladies syphilitiques que sont décrites les végétations '. Et pourtant, s'il est un point nettement établi dans l'histoire de ces tumeurs et sur lequel il soit permis d'être aCfirmatif , c'est bien leur indépendance absolue d'avec la syphilis. Non, les végétations anales ne sont pas un symptôme de syphilis constitutionnelle, pas plus que celles qui se développent sur les organes génitaux et dont la nature est absolument la même. Si les vé(^'étalions a'obser^'ent souvent chez les personnes qui sont en puissance de cette diathèse , c'est que les accidents spécifiques de la région de l'anus sont, le plus souvent, humides, et les liquides excrétés à leur surface ont des propriétés acres et irritantes et provoquent souvent le développement hyper - Irophique des papilles. Il n'y a donc pas là d'action spécifique, il n'y a pas non plus d'action virulente et les auteurs qui ont cm à cette virulence nous ont eux-mêmes, dans leurs propres écrits, donné la meilleure réfutation de leurs théories. Tous en effet, ou à peu près , proclament que le» spécifiques sont sans influence sur cette manifestation delà syphilL'i. Au reste, pourquoi, comme l'a dît Melchior Robert, a pourquoi, lorsque les manifestations syphilitiques riut pi'esque toutes leur moment d'apparition, leur place en quelque sorte marquée d'avance, pourquoi la végétation , en la supposant syphilitique, aurait-elle le privilège d'apparaître aux différentes périodes de la syphilis, tout en conservant la même forme*? n 11 me serait
1 11 faul bien dire BUHsi que leur Eifj.'e si liubituel aux orf^aiies g^iâleux a contribué pour J>eaucou|) A enlreleiiir le jirejuge qui les a [«ndaiil «i loD^toinp* tait regarder connue By]ili lilique».
* Étuite» tur deuv points de lyphUogru^hit, p. M. Uarseilla, 1S5T.
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facile de multiplier ici les preuves, les démonstrations, et d'autant plus facile que la cause que je combats est perdue depuis le jour où, résumés par Vidal, les arguments qui semblaient prouver la spécificité des végétations ont été définitivement réfutés par Diday ^ Aussi n'en iloit-il plus être question aujourd'hui.
Ce point négatif de Tétiologie des végétations étant bien établi, il nous reste à étudier les rapports de ces productions avec la blennorrhagie. Les végétations sont-elles toujours blennorrhagiques? ou plutôt, comme la question étant posée dans ces termes, la réponse ne se ferait pas longtemps attendre, existe t-il des végétations dont Téclosion soit essentiellement liée par un rapi)ort de causalité à l'existence d'une blennorrhagie? Lorsque l'on voit deux maladies locales occupant des régions très-voisines, maladies survenant toutes deux à la suite d'un même acte susl)ect, et avec un ordre de succession plus ou moins douteux^ on est tenté a ji^^iori d'admettre entre elles une identité de nature.
En effet, se dit-on, si le pus blennorrhagique chez la femme peut en s'écoulant de la vulve, glisser jusqu'au niveau de l'anus en assez grande abondance pour y produire des accidents d'irritation, et partant y provoquer rii vpertrophie des papilles du derme , un pareil phénomène est-il possible chez l'homme, et le pus qui, du méat, Aoil en pareille hypothèse, aller irriter la région anale, serat-il en quantité suffisante pour agir par simple irritation? Ne serait-il pas rationnel d'admettre quelque chose déplus, c'est-à-dire une action virulente ? Nous savons en effet que. pour receler un virus, il suffit d'une gouttelette pour
* Exposition crili/jue et pvatiqife des nouvelles doctrines sur /« syphilis, p, 221. Paris, 1858.
ainsi dire imperceptible. Â la présomption qui naît de ce raisonnement ajoutons le poids d'un fait clinique : chez certaines femmes on voit se développer des végétations de la région ano génitale, sous l'influence de la blennorrhagie aiguë, végétations qui, excisées lorsque la blennorrhagie est guérie, ne récidivent pas malgré la persistance d'une leuchorrhée simple.
Mais au premier argument je répondrai que le pus chez les blennorrhagiens est quelquefois très-abondant que, répandu sur les linges,' la chemise, les pantalons du patient, il est souvent porté jusqu'à l'anus, et en assez grande quantité pour agir comme un simple irritant. Mais ce n'est pas seulement la présence de ce pus qui en pareille occurence détermine la naissance des végétations. L'hypertrophie papillaire a pour cause principale alors l'état congeslif de la sphère ano~génitale, état congestif qui s'observe même en l'absence de toute maladie contagieuse chez les individus jeunes qui se livrent avec excès au coït, et chez lesquels il n'est pas rare de rencontrer des végétations, même en l'absence de toute autre maladie vénérienne. Cullerier a même rapporté, dans le Dictionnaire des Sciences inédicales^f l'histoire d'une fille encore vierge cliez laquelle la masturbation avait amené l'hypertrophie papillaire.
C'est également à l'état inflammatoire aigu qui caractérise la blennorrhagie chez la femme, à cette congestion intense des muqueuses génitales et anales qu'il faut attribuer la genèse des végétations. Et c'est parce que cette congestion cesse au moment où la malade se croit guérie que les végétations disparaissent. Quant à la virulence, on imut, ce me semble, nier son influence, car l'expérience apprend tous les jours qu'elle persiste longtemps après