‹ Traité des maladies du rectumChapitre 21 sur 43 · FIG · texte numérisé non relu

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des eschares, il y eut des hémorrhagies inquiétantes et des ulcérations étendues très difficiles à guérir.

Un officier, récemment revenu des Indes, dont la sànté était fortement ébranlée par des hémorrhagies hémorrhoïdales répétées et par une affection du foie, vint se confier à mes soins. SirRanald Martin fut d’accord avec moi qu’il y aurait danger à tenter la ligature dans de telles conditions. J’appliquai donc l’acide nitrique assez largement sur une grosse grappe d’hémorrhoïdes internes. Cette application réussit parfaitement à arrêter l’hémorrhagie et à empêcher l’issue des tumeurs, mais la douleur fut extrêmement vive. Il en résulta une inflammation et un g’onflement des tumeurs externes, et le malade fut obligé de garder le lit pendant huit jours.

Le cautère actuel, la pâte de Vienne et d’autres caustiques ont été aussi employés, surtout par les chirurgiens français, et on a inventé plusieurs instruments ingénieux pour les appliquer. Amussat s’occupa surtout de ce point, et détruisit des hémorrhoïdes internes en cautérisant avec le caustique Filhos la base des tumeurs.

Les hémorrhoïdes internes peuvent très bien être enlevées au moyen du cautère actuel, et quelques chirurgiens des plus éminents en Angleterre et en Allemagne préfèrent ce procédé à tout autre mode de traitement. Avant une opération, quelle qu’elle soit, il est nécessaire d’obtenir la sortie complète des hémorrhoïdes en dehors de l’anus. Pour cela, on administre de l’huile de ricin, six ou huit heures avant l’époque fixée pour l’opération, et, si les hémorrhoïdes ne sont pas bien sorties, on donne un grand lavement d’un litre à l’arrivée du chirurgien. Au moment de l’issue du liquide, les hémorrhoïdes se présentent et peuvent rester ainsi dehors en engageant le malade à faire un léger effort d’expulsion.

HBMORRHOÏDBS.

On fera couclier le malade sur le côté (je préfère le côté gauche) sur une chaise longue ou sur un lit suffisamment élevé, et on fera fléchir fortement les cuisses et écarter les fesses par un aide. Si le malade le désire, on pourra lui administrer de l’éther.

On saisit les excroissances hémorrhoïdales les unes après les autres avec la pince (Volsellum) et on les tire en dehors. On applique alors à la base un clamp solide dont on rapproche les mors et que l’on confie à un aide. Toute la masse qui se trouve au-dessus du clamp est excisée avec des ciseaux courbés sur le plat. On essuie la base de la tumeur, avec beaucoup de soins et on applique le cautère actuel sur cette base au niveau du clamp. On peut employer, pour cet usage, le cautère actuel ou le galvano-cautère maintenu à la température rouge sombre. On applique ainsi le clamp sur les diverses parties qu’on doit enlever. On les graisse d’huile avec soin, et on fait rentrer le tout dans le rectum en ayant bien la précaution de ne toucher à l’eschare que le moins possible.

MM. Smith(l)etLangenbeck(de Berlin) ont employé le cautère actuel pour faire cette opération. Je suis d’avis de lui jDréférer le galvano-cautère, qui est moins douloureux et qui produit un eschare bien moins susceptible d’hémorrhagie. Cependant l’inconvénient de cet instrument, c’est le volume embarrassant qu’il présente et la difficulté de pouvoir se le procurer à la campagne {a).

Ligature. — Les instruments nécessaires à l’opéra-

(1) M. Smith a fait une heureuse modification en recouvrant le clamp d’une couche d'ivoire à l’extérieur, pour empêcher la transmission de la chaleur aux parois avec lesquelles il se trouve en contact.

(a) Aujourd’hui, le chirurgien a une ressource toute trouvée dans les nomreux modèles de thermo-cautère qui existent chez tous les fabricanis. Cet instiument, plus maniable que le cautère actuel, a l’inconvénient de rayonner plus que le galvano-cautère et d’exposer, plus que lui, à cautériser les par les voisines. (Note du traducteur .)

tioii sont le crochet de Salmon à quatre branches un peu longues (fig. 6) ou une pince double à quatre griffes

(âg. 5), avec un point d’arrêt pour fixer les branches de l’instrument, une paire de forts ciseaux droits, à lames bien tranchantes , solidement fixées par leur pivot, et une aiguille, fortement recourbée, facile à tenir à la main et ayant l’œil au niveau de la pointe. Je préfère et j’emploie généralement la pince à griffes. Du bon fil retors et ciré est le meilleur pour la ligature.

Après avoir administré de l’éther, si le malade le demande, la fesse est écartée par un aide.

Je saisis alors et je tire en bas l’hémorrhoïde, je confie l’instrument à un aide, et je fais avec les ciseaux une incision au pourtour de la base de la tumeur, au point de jonction de la muqueuse et de la peau, en dirigeant l’instrument parallèlement aux enveloppes du rectum et non dans l’intérieur de la tumeur j je place ensuite la ligature exactement dans la rainure que j’ai ainsi pratiquée, je lie très serrée, sans me presser, la base de la tumeur.

Quand l’hémorrhoïde est très grosse et très volumineuse, je passe l’aiguille courbe, armée d’un fil, au fond de la rainure faite par l’incision, et je la passe aussi à travers la partie centrale de la base de la tumeur. Je retire l’aiguille en laissant le fil double, et j’attache celui-ci de chaque coté.

HÉMORRHOÏDÊS.

Toutes les tumeurs restantes doivent être traitées de la même manière. S’il n’y a pas de tendance à l’hémorrhagie par les surfaces de l’incision, ce qui est l’ordinaire, on peut couper très court l’extrémité des ligatures, et les tumeurs, ainsi liées, doivent être réintroduites doucement dans le rectum. Si on craint l’hémorrhagie, il faut conserver plus longues les extrémités des fils, afin de permettre au chirurgien de tirer en bas les hémorrhoïdes et d’atteindre le vaisseau qui donnerait du sang.

Ordinairement dès que les tumeurs sont rentrées dans l’intestin, l’hémorrhagie cesse : une section un peu large de la base de la tumeur diminue beaucoup les souffrances ultérieures du malade. La ligature, en étreignant l’hémorrhoïde à la base, oblitère toutes les artères qui s’y rendaient et arrête l’écoulement sanguin des surfaces divisées, qui sont seules sujettes à donner du sang. L’opérateur doit cependant avoir le soin de diriger la section, dans le sens des enveloppes du rectum, et de ne pas la pratiquer à travers l’hémorrhoïde.

En opérant les hémorriioïdes internes, il n’est pas nécessaire de comprendre minutieusement dans les ligatures, les moindres portions d’hémorrhoïdes ou de membrane muqueuse hypertrophiée. L’ablation des grosses tumeurs laisse une surface dénudée d’une telle étendue, que la contraction qui suit la guérison suffit pour amener la disparition de toutes les parties qui auraient échappé à la ligature et amoindrir la laxité de la membrane muqueuse, qui favorise l’issue des hémorrhoïdes.

Lorsque le chirurgien fait la ligature des hémorrhoï des internes, et qu il observe quelques hémorrhoïdes externes un peu volumineuses ou quelque grand repli de peau, il fera bien de les exciser en même temps. Si le malade n est pas chloroformé ou éthérisé, il souffrira un peu plus

de cette excision que de la ligature elle-même, mais cela lui épargnera des souffrances ultérieures, car l’irritation produite par la ligature peut amener l’inflammation des hémorrhoïdes externes.

Observation IX. — Il y a quelques années, un jeune pasteur de la campagne, qui avait beaucoup souffert des hémorrhoïdes, vint s’installer en ville pour entreprendre le traitement nécessaire à sa guérison. Comme il était affecté, en même temps, et d'hémorrhonies internes et d’hémorrhoïdes externes, je conseillai de lier les premières et d’enlever les autres avec le bistouri. Etait-ce par pusillanimité ou bien trouvait-il que ses souffrances ne provenaient que des hémorrhoïdes internes, il ne voulut se faire opérer que de ces dernières. L’opération de la ligature irrita les hémorrhoïdes externes, y amena une inflammation et un gonflement excessifs et les douleurs furent si vives que le troisième jour, après l’opération, je fus obligé de les exciser. Heureusement que l’inhalation du chloroforme l’empêcha de sentir cette opération qui eût été extrêmement douloureuse, à cause de l’inflammation des parties malades. Il guérit ensuite parfaitement.

Quand les hémorrhoïdes externes enflammées sont petites, on obtient un soulagement notable en j faisant des applications déglacé. Eu excisant ces tumeurs externes, le chirurgien doit avoir toujours présent à L’esprit qu’il ne faut pas couper de peau saine. Dans les hémorrhoïdes externes, d’un très grand volume, la peau modifiée au bord de l’anus peut être prise pour des hémorrhoïdes externes et, si on en fait l’excision, un rétrécissement de l’anus pourrait en résulter, à mesure que se formerait la cicatrice. Je n’ai jamais rencontré de resserrements fâcheux, après l’emploi de la ligature pour les hémorrhoïdes internes.

J’ordonne généralement, immédiatement après l’opération, de prendre un mélange de craie et de laudanum, dont on renouvelle l’emploi toutes les deux heures, afin de diminuer les souffrances et de resserrer les intestins. Les douleurs qui suivent l’opération varient beaucoup ,

HÉMORRHOÏDES

et selon Tétendue des parties liées, et suivant l’irritabilité du sujet, mais elles sont ordinairement légères et disparaissent promptement. La ligature, faite sur une membrane muqueuse, n’est pas aussi pénible que celle qui comprendrait une certaine épaisseur de la peau.

Dans quelques cas, les souffrances sont vives et prolongées et privent le malade de repos et de sommeil. Quand cela arrive, rien ne soulage mieux que la glace. On applique sur la partie malade une vessie, un morceau de soie huilé, ou mieux, un sac en caoutchouc vulcanisé, que l’on remplit autant qu’il est nécessaire. Faite après l’opération, cette application proOure toujours un grand soulagement et un grand bien-être. Des doses répétées de laudanum ou de morphine seront administrées, si la douleur continue.

S’il n’y a que peu de chaleur et de gonflement, il suffit de mettre des cataplasmes et de faire des fomentations. Il ne faut pas prendre de lavement pendant les premiers jours. Je prescris ordinairement de prendre de l’huile de ricin le quatrième ou le cinquième jour, et je conseille au malade de se faire préparer un bain de siège tiède, et de s’y mettre dès que la médecine a fait son effet. Ce bain adoucissant soulage beaucoup.

Un lavement d’une demi- pinte (un quart de litre) d huile d’olive chaude, pris un peu avant le moment où le malade ira à la selle, contribuera notablement à diminuer ses souffrances.

Plus les ligatures sont serrées, plus vite elles tombent en ulcérant les tissus. La chute des ligatures arrive le quatrième ou le cinquième jour environ, et pendant ce temps, le malade doit rester étendu sur son lit, ou sur une chaise longue. La chute des tumeurs laisse nécessairement, à la partie inférieure du rectum, une surface dénudée, et on doit

y faire bien attention pendant le temps qu’elle met à guérir. Il faut entretenir la mollesse des fèces, par des laxatifs doux, tels que : un lavement émollient, de l’huile de ricin ou des eaux minérales purgatives, et le malade doit rester au repos, dans la position horizontale. Si l’ulcération est lente à guérir, on passera, sur sa surface, une légère solution de nitrate d’argent.

La chute de la ligature est très rarement suivie d’hémorrhagie. Le seul cas désagréable qui me soit arrivé dans ce genre est celui d’un homme robuste et sanguin, âgé de 56 ans, chez lequel j’avais lié plusieurs grosses hémorrhoïdes. Tout alla bien pendant quelque temps, et la dernière ligature tomba le neuvième jour. Quatre jours après et sans que le malade eût quitté son lit, une hémorrhagie se déclara dans le rectum et, en quelques minutes, il perdit un quart de litre de sang, et il s’évanouit. La glace arrêta l’hémorrhagie, celle-ci ne se reproduisit plus, et la guérison fut bientôt complète.

L’irritation locale produite, soit par le cautère actuel, soit par les ligatures, amène quelquefois de la rétention d’urine, et il peut être nécessaire de sonder le malade, le soir même de l’opération. Un bain de siège, joint à un lavement laudanisé, suffit ordinairement pour faire disparaître ces accidents survenus du côté de la vessie.

Ces accidents durent rarement plus de quarante -huit heures ; cependant, chez un homme de constitution nerveuse que j’ai opéré, je fus obligé de sonder le malade, deux fois par jour, pendant toute la semaine qui suivit l’opération ; chez un autre, il fallut recourir au même moyen, pendant dix jours.

En parlant des opérations qui peuvent être pratiquées, pour obtenir la guérison des hémorrhoïdes internes, je n’ai point encore parlé de la méthode par écrasement li-

HÉMORRHOÏDES

néaire, introduite, clans la pratic[iie, par M. Chassaignac, et préférée, je crois, par la plupart des chirurgiens français. Avec l’écraseur et sous l’influence des anesthésiques, on peut enlever une hémorrhoïde, en dix ou douze minutes, sans difficulté et sans crainte sérieuse d’hémorrhagie; il en résulte une plaie lacérée qui guérit bientôt. Les principaux avantages de ce procédé sont : l’absence de douleur après l’opération et J a guérison rapide des malades. J’ai vu pratiquer l’opération par M. Chassaignac. Il en résulta l’issue de cjuelques gouttes de sang, et j’ai lu, dans les journaux français, la relation de trois cas, dans lesquels il y eut des hémorrhagies inc|uiétantes, le soir ou le lendemain de ropération.

Ce procédé me paraît entraîner une opération bien laborieuse, quand il y faut enlever plusieurs hémorrhoïdes. Le placement de la chaîne est aussi très difficile, quand la tumeur n’est pas très saillante et que sa base est large. Comme l’opérateur introduit dans le rectum’ une sorte d’érigne à griffes multiples pour saisir la tumeur et l’attirer au dehors, il peut parfaitement comprendre dans la ligature une grande partie de la membrane muqueuse qui entoure les hémorrhoïdes. Il en résulte un rétrécissement notable de l’orifice anal après la cicatrisation, ce qui me paraît luie objection sérieuse contre cette manière de faire.

M. Nélaton disait de l’écrasement linéaire mal appliqué : « P endant les quelques temps qui suivent son emploi, les malades sont enchantés et le chirurgien croit qu’il a atteint un résultat magnifique, mais, après quelques mois, le tissu cicatrisé se rétracte, et le malade souffre d’un rétrécissement de l’anus. Dans l’espace d’une seule année, j’ai vu un grand nombre de malades qui

sont venus me trouver pour tenter de remédier, par une

IIBMORRDOIDES.

opération, à cette fâcheuse conséquence de l’ablation des hémorrlioïdes. Le rétrécissement admettait à peine le passa"“e d’une plume. Cela est arrivé, parce qu’on avait enlevé non seulement les rendis muqueux qui seuls constituaient toute la maladie, mais encore une portion plus ou moins considérable de la peau de l’orifice anal (1). » Les considérations qui précèdent sont une objection importante à l’emploi de l’écraseur pour l’ablation des hémorrlioïdes. Aussi cette méthode est-elle une de celles qui ont trouvé le moins de faveur en ce pays.

On peut ordinairement arrêter les hémorrhagies, occasionnées par les hémorrhoïdes, en introduisant un morceau de glace dans le rectum, en faisant des injections d’eau froide ou glacée, ou de solutions astringentes, telles que le sulfate de zinc ou de cuivre, l’infusion de matico ou de ratanhia. Mais si l’hémorrhagie se renouvelle à chaque évacuation et que le malade s’affaiblisse, il faut prendre d’autres mesures pour l’arrêter .

J’ai déjà parlé du préjugé qui existe contre l’intervention active, dans les cas d’hémorrhoïdes fiuentes ; on croit que la perte de sang est utile à la santé générale et qu’il y a danger à arrêter une hémorrhagie devenue habituelle. A cause de cela, l’hémorrhagie peut prendre des proportions fâcheuses, avant qu’on ait recours au chirurgien, mais l’hémorrhagie artérielle est tout autre que l’écoulement veineux périodique ou accidentel auquel beaucoup de personnes sont sujettes.

Un moyen bien efficace contre les hémorrhagies est de toucher la surface saignante avec l’acide nitrique concentré selon la méthode que nous avons déjà indiquée, ou, si la tumeur est assez large, le chirurgien peut la prendre à

(1) Gazette des hôpitaux, 1860, 23.

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son extrémité saignante avec la pince ou un tenaculum et entourer la tumeur avec une ligature. Souvent l’état d’irritation du sphincter ne permet pas de voir nettement la surface saignante, ou d’introduire le spéculum sans avoir recours au chloroforme.

Dans ces circonstances, le chirurgien peut introduire un crayon de nitrate d’argent dans le rectum, le promener sur toute la surface interne et obtenir l’effet désiré. Il peut aussi employer une solution saturée de perchlorure de fer dans de la glycérine. Un lavement d’eau froide ou une injection astringente, comme l’infusion de ratanhia, sera donnée pour diminuer les contractions intestinales.

Si on a affaire à une hémorrhagie persistante, et cju’on ne puisse découvrir la source exacte de l’hémorrhagie, on pourra injecter dans le rectum un astringent puissant consistant en un mélange de deux, drachmes (3 grammes) d acide tannique, trois d’alcool et sept d’eau, que j’ai employé avec succès, dans des épistaxis rebelles. Les cas les plus malheureux qu’on puisse rencontrer dans la pratique sont ceux dans lesquels il y a, non seulement une hémorihaqie inquiétante, mais encore une ulcération de la surface qui dégénère en fissure douloureuse. L’exemple suivant montrera les difficultés qui se présentent dans des

cas semblables, et le traitement qu’il est nécessaire d’appliquer.

occasionnée par une hémorrhoïde interne. - Insuccès des caustiques et des astrin-ents. - Guérison par l’opération.

consmutio'n'^!r>r ^ ^ octobre 1845, une femme mariée, d’une

rénétées sp 1^ ^ v santé ébranlée par des fausses-couchos

après une spI^ hémorrhagie assez abonnante, survenue

par une hémor inquiétée, depuis quelques années,

elï âvlit r la mer oû

aucoup souffert. La malade ressentait une douleur profonde

IIÉMORRIIOIDES .

dans les reins quand elle avait fait de l’exercice. La souffrance se produisait quelquefois la nuit, pendant plusieurs heures et rcmpêcliait de dormir. Cette douleur était plus intense pendant l’heure qui suivait une évacuation alvine, à la suite de laquelle s’écoulait une matière jaune pale. Son moral s'affaiblissait, elle perdait l’appétit et revint à la ville dans un état de santé pire que celui qu’elle avait avant de partir. Luis, qnelqnes jours après, l’hémorrhagie survint.

Je fis un examen; et après quelques difficultés, causées par l’extrême sensibilité des parties, j’aperçus une hémorihoïde d’apparence végétante, assez profondément située. J’appliquai la pierre infernale assez largement sur la surface enflammée de l’ulcère; la douleur persista plusieurs heures. A mon grand désappointement, l’hémorrhagie se renouvela, au moment de la selle suivante. De l’eau froide et des injections astringentes furent administrées deux fois par jour ; mais l’hémorrhagie persista. Un chirurgien qui visita la malade avec moi, le 11, fut d’avis de faire une autre cautérisation assez étendue; elle ne se fit qu’avec une certaine difficulté à cause du spasme douloureux du sphincter, mais elle n’eut pas un meilleur résultat que la première.

La malade prit de l’acétate de plomb, de l’acide gallique, des injections astringentes concentrées de diverses natures, sans que l’hémorrhagie fût arrêtée. Celle-ci n’était pas considérable, mais elle se produisait encore, deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, pendant plusieurs jours, anémiait considérablement la malade et diminuait chaque jour les forces d’une constitution déjà ébranlée.

Après une consultation avec sir B. Brodie, qui eut lieu le 14, nous décidâmes qu’on essaierait de la ligature. La résistance du sphincter contracturé et de la partie inférieure du rectum fut vaincue par la dilatation forcée; cela fait, nous saisîmes rhémorrho'ide, nous l’amenâmes au dehors et, après quelques difficultés, nous pûmes passer autour do la base une ligature fortement serrée.

La douleur, pondant l’opération, fut intolérable et on administra immédiatement après un drachme (17 décigrammes) de laudanum.

Ce ti'aitement réussit parfaitement ; l’hémorrhagie ne se produit plus et la malade reprit sa bonne santé habituelle. Si nous avions connu, en cemoment-lâ, les pi’opriétés du chloroforme, le traitement eût été beaucoup plus facile et la malade n'aurait pas ressenti d’aussi vives douleurs.

Les opinions sont très partagées sur la question de savoir quel est le meilleur procédé opératoire, la cautérisation onia ligature, sous le rapport dos souffrances produites, du danger couru et do la rapidité do la guérison. Les

IIKMORREIOIDES.

souffrances consécutives sont les mêmes, dans les deux, cas, si on a la précaution de faire une incision assez profonde, avant de pratiquer la ligature, et les deux opérations sont à peu près aussi inoffensives l’une que l’autre. Les partisans de la cautérisation ont, il est vrai, exagéré les dangers de la ligature. Et, après une pratique prolongée, je puis affirmer qu’à une seule exception près, je n’ai jamais eu de cas de mort après la ligature, ni dans ma clientèle particulière, ni dans mon service hospitalier. L’exception dont je parle c’est produite, en LS68; c’était un homme de 52 ans, que j’avais opéré, par la ligature, d’hémorrhoïdes internes, à l’hôpital do Londres, et, quelque temps après, d’une fistule anale. Il fut pris d’infection purulente suivie d’abcès multiples, et il mourut au bout de cinq mois après une affection de la prostate. La cautérisation a été suivie aussi, quoique très rarement, d’érysipèle ou d’infection purulente.

Mais il fciiit bien se rappeler que toute opération expose, plus ou moins au danger, et que les plus terribles accidents peuvent être la conséquence des causes les plus légères. L’ablalion des hémorrhoïdes expose certainement aux accidents qui pourraient survenir après une simple piqûre du doigt.

Au printemps de 1 année 1858, quatre personnes au moins moururent du tétanos à l'hôpital Saint-Mark après l’opéralion des hémorrhoïdes, mais, à cette époque-là, des attaques do tétanos après les opérations et les accidents étaient très fréquentes à Londres j depuis, aucun cas semblable no s est présenté dans ce même hôpital. En^ 1873, je fus appelé en consultation chez un cabal olier âgé de 30 ans, qui était pris de tétanos aigu, après 1 ablation, au moyen de la ligature, do quelques hémorihoïdes volumineuses, opérées par un cbiriirgien adroit et

riÉMORRHOlDES.

expérimenté. La mort s’ensuivit. J’ai encore eu connaissance de deux autres cas de mort par tétanos, après la ligature d’hémorrhoïdes, l’un, chez un malade de l’hôpital Métropolitain libre, l’autre, chez une jeune fille opérée par un chirurgien d’hôpital.

Il est tout à fait exceptionnel d’avoir un résultat fatal après une opération d’hémorrhoïdes, chez un sujet exempt de maladies organiques, et, en prenant les précautions ordinaires, ce procédé doit être considéré comme aussi innocent que n’importe quelle autre opération de la chirurgie.

J e continue à donner la préférence à la ligature, comme plus commode pour le chirurgien et moins eflfrayante pour le malade. L’opération au moyen du cautère est plus embarrassante pour le chirurgien que la ligature; c’est encore un procédé qui demande un temps appréciable, car il faut endormir le malade, et quand on se sert du cautère, il faut prendre des précautions particulières pour éviter les hémorrhagies consécutives.

Dans les cas les plus favorables, le malade peut quitter le lit un peu plus tôt et sa guérison est en quelque sorte plus rapide, après la cautérisation qu’après la ligature, car la cicatrisation après celle-ci ne commence, qu’à la chute des fils, qui n’a lieu qu’après quatre ou cinq jours, et l’eschare superficiel produit par la cautérisation se détache un peu plus tôt.

Un accident qui survient quelquefois après l’ablation des hémorrhoïdes est la transformation des ulcères en fissures ; j’ai observé ce fait deux fois il y a quelques années. Je me suis fait une règle d’éviter les opérations d’héniorrhoïdes après l’âge de 70 ans. J’ai cependant soigné, avec le D*’ Wynn Williams, une vieille dame de 73 ans, atteinte de cataracte et affligée en même temps d’hémor-

HÉMORRHOIDES.

rlioïcles fluentes. Ces liémorrhagies rendaient très incertaines les cliances de guérison des yeux par l’opération. J’enlevai donc les hémorrlioïdes et la malade guérit très bien, mais très lentement. Plus tard, M. Crischett fit l’extraction des cataractes avec un plein succès.

Les symptômes des hémorrboïdes paraissent s’amender temporairement, sous l’influence des pressions mécaniques. Dans ce but, on introduit dans le rectum des bougies qu’on y laisse chaque jour, pendant un certain temps; on a employé, dans le même but, de courtes sondes métalliques.

L’indication de comprimer les veines dilatées à parois amincies, par des moyens mécaniques est certainement d’une grande valeur en chirurgie ; mais il est visiblement impossible de l’appliquer aux veines hémorrhoïdales avec quelque chance de succès. Quel que soit l’avantage qu’on puisse retirer de l’usage de ces instruments, le soulagement qu’ils procurent est trop léger et trop passager, et ce mode de traitement est trop pénible pour jamais prendre rang dans la pratique.

Cependant chez les personnes avancées en âge, dont le sphincter est faible et le rectum dilaté, surtout chez les hommes qui ont une hypertrophie de la prostate, les tumeurs hémorrhoïdales et les plis muqueux qui les accompagnent glissent si facilement, hors du rectum., quand le malade marche ou se tient debout, qu’il est souvent nécessaire d’user de certains moyens mécaniques, pour les soutenir et empêcher leur chute.

Ces moyens devront être employés surtout dans les cas où le malade n est pas décidé à subir l’ojmration, ou chez ceux qui ne pourraient la supporter.

L instrument le plus ordinairement en usage consiste, en une bande d acier qui entoure le bassin; sur cette bande

IIKMORRIIOIDES.

en arrière, se trouve un ressort légèrement recourbé qui descend vis-à-vis de l’anus et porte à son extrémité un coussinet d’ivoire conique ou de caoutcliouc. Le coussinet poussé par le ressort supporte le rectum dans lequel il pénètre exactement. Quelques-uns de ces instruments présentent l’avantage de ne pas se déplacer, quelle que soit la position du corps, car le ressort postérieur est mobile sur la ceinture circulaire.

Je ne conçois pourtant rien de plus désagréable que de sentir continuellement à rorifîce anal, un corps étranger qui est toujours sur le point de pénétrer dans le rectum. Le remède est peut-être pire que le mal. Un moyen contentif plus agréable peut-être est celui qui consiste en un coussinet rempli d’air ou d’eau relié à une ceinture abdominale en avant et en arrière, à l’aide de bandes de caoutchouc. Une sonde munie d’un col rétréci, au niveau de ia partie saisie par le sphincter, remplit quelquefois le but qu’on se propose, en soutenant l’intestin, et il est généralement assez bien su]3porté (a) .

(a) Les chirurgiens français, et en particulier le professeur Gosselin, ont établi ce précepte qu’il ne faut pas appliquer un traitement unique aux bémorrhoïdes internes et dans ses leçons cliniques M. Gosselin formule co précepte de la façon suivante (3« vol., p. 683) :

Quand les héraorrhoïdes sont peu volumineuses et qu’en même temps l’anus est très resserré, dilatation forcée.

Quand las hémorrboïdes sont peu volumineuses, mais l’anus facilement dilatable, quelques cautérisations superficielles avec l’acide azotique monohydraté.

Quand le bourrelet est gros et étranglé, cautérisation adjuvante avec le même acide.

Quand le bourrelet est très gros et plus ou moins difficilement réductible, cautérisation au fer rouge.

Quand les bémorrhoïdes sont poly pi formes, ligature seule ou bien ligature associée soit à la cautérisation potentielle, soit à la cautérisation actuelle.

{Note du traducteur.)

CHUTE DU RECTUM

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