FISTULE DE L*ANUS
le sang ne s’écoule pas au dehors, rien ne donne l’alarme. Le malade se sent seulement faible, éprouve un sentiment d’évanouissement, de la gêne et de la plénitude dans le rectum; ces derniers symptômes l’obligent bientôt à aller à la selle et il rend, alors, une grande quantité de sang qui s’est graduellement accumulé dans l’intestin.
La meilleure manière d’arrêter une hémorrhagie venant d’une plaie profonde, qui s’étend de l’anus au rectum est de 'la tamponner avec du coton fin. On mouille les boulettes en ayant soin d’exprimer l’eau le plus possible et on les introduit dans le fond de la “plaie à l’aide d’une sonde. Il ne faut pas huiler le coton, sans cela il glisserait et ne serait d’aucune utilité. Pour maintenir la pression, on applique sur l’anus des bourdonnets de coton, qu’on recouvre avec quelques morceaux de lint et on consolide le tout avec un bandage en T qu’on serre un peu fort. Il ne faut pas déranger les tampons pendant quelques jours, et il faut user de tous les moyens pour maintenir l’intestin au repos pendant ce temps-là. C)n peut tamponner la plaie avec une éponge, mais cette substance peut adhérer aux parties voisines et il peut être difficile de la retirer.
Les cas semblables à ceux que nous venons de décrire peu\ent etre traités par la ligature. Appliquée convenablement et serrée bien graduellement, elle répond très bien à 1 indication et elle est moins longue et moins douloureuse qu on ne le suppose d’ordinaire. Ce procédé a été appliqué autrefois, à des cas ordinaires de fistule, mais on le pratique rarement aujourd’hui : on trouve que le bistouri est un moyen de guérison moins long et moins douloureux.
Le professeur Dittel, de Vienne, etM. Allingham ont fait quelques tentatives pour remettre en honneur le irai-
FISTULE UE l’anus.
toment des fistules, cTU moyen de la ligature; ils ont substitue a la soie et a la ficelJe, uii lieu de caoutcliouc élastique. J’ai longtemps employé la traction continue qu’on peut obtenir, au moyen du caoutcliouc pour hâter la chute des ligatures, dans les moignons après les amputations, après les opérations de tumeurs érectiles et de fistule; j’attache pour cela l’extrémité du fil de soie à un anneau de caoutchouc que je fixe, après l’avoir convenablement tendu, à un point fixe, situé près de la ligature. Le cordon de caoutcliouc, quand il est bien serré, exerce une pression plus complète, mais il n’est pas si facile d’augmenter sa tension, que celle de ranneau en caoutchouc dont je viens de parler [a).
Le bistouri est, malgré cela, le meilleur remède contre la fistule ordinaire et il faut réserver la ligature élastique pour les cas rares et spéciaux, comme ceux auxquels j’ai fait allusion.
Le passage du fil, quand le trajet remonte très haut sur le côté de l’intestin, n’est pas une opération facile et exige une certaine adresse manuelle. On a imaginé divers instruments ingénieux pour faciliter l’emploi de ce procédé. Celui que je trouve le plus commode est un long tube
(a) Clémot, de Rochefort, a employé un procédé ingénieux décrit dans la thèse du D*' Bongouin et qui a paru digne d’attention au professeur Gosselin. Il s’agit d’une ligature lâche qu’on serre à peine. Pour la placer, on se sert d’un stylet aiguillé flexible en argent qu’on ramène par l’anus, avec le fll de chanvre un peu gros qui lui est attaché et on réunit ies deux extrémités du fll par un nœud très lâche. Deux ou trois jours après un nouveau fil, plié en anse, est attaché à l’extrémité du.premier et entraîné à sa place dans le trajet fistuleux. On fait de même tous les trois jours en conduisant chaque fois le double de brins de fll jusqu’à ce qu’on soit arrivé à une ligature de IG à 24 brins représentant une espèce de corde. On fait chaque fois un nœud qui lais.se beaucoup de laxité à l’anse. 11 n’y a pas de constriction et par conséquent pas de douleurs et l’auteur prétend qu’en vingt ou vingt-cinq jours les parties molles sont divisées.
{Note du traducteur.)
FISTULE DE l’aNUS.
lisse d’argent légèrement recourbéj fixé dans immanclie, à l’aide duquel je parcours la fistule et que jé fais sortir dans le rectum. S’il n’existe pas d’orifice interne, j’introduis dans la canule un trocart que je fais passer avec elle dans le rectum, puis, retirant le trocart, je conduis, à travers la canule, un fil métallique fin que j’enfonce assez pour pouvoir le saisir avec une pince ou bien avec mon doigt recourbé en crochet et que j’attire hors de l’anus. Après avoir retiré le tube, j’attache au fil d’archal une cordelette retordue (petit fouet) que je fais passer k travers la fistule. Les deux extrémités de la ligature sont alors attachées à une anse de caoutchouc, dont 011 maintient la tension, jusqu’à ce que les parties soient sectionnées et que la ligature tombe. Le tube d’argent facilite beaucoup le passage du fil métallique en platine, surtout si on veut se servir du galvanocautère, pour opérer immédiatement la fistule, chez les sujets qui ont trop de répugnance pour le bistouri. J’appliquai ce procédé avec succès dans le cas suivant.
Fistule étendue et trajet fistuleux chroniques guéris par l’incision
et la dilatation.
Observation XVII. — En mars 1862, je vis avec M. Sraartde Hackney, üu monsieur, arrivé à l’âge moyen de la vie, qui souffrait, depuis plusieurs mois, de trajets fistuleux opiniâtres dans la fesse, venant s’ouvrir à une très grande distance de l’anus.
11 s était déjà confié aux soins d’un chirurgien d’hôpital, qui, ayant méconnu le caractère des fistules, les avait traitées par des injections iodées, mais sans succès.
Après avoir soumis le malade à l’influence du chloroforme, j’ouvris largement les fistules en sectionnant une grande épaisseur de tissus et je pus ainsi trouver un trajet recourbé â angle droit qui pénétrait dans le rectum. J en fis la section jusqu'à l’intestin, en coupant le muscle sphincter externe. Un trajet fistuleux qui remontait plus haut, le long de la muqueuse décollée, ne fut pas compris dans la section.