CHAPITRE XVII
ATONIE DU RECTUM
Dans la paraplégie, la force qui expulse les fécès est détruite aussi bien que celle qui retient les matières; il en résulte que, quand les fécès arrivent liquides jusqu’à la partie inférieure de l’intestin, elles s’échappent involontairement. Je n’ai jàmais rencontré de cas bien marqués de paralysie du rectum sans paraplégie de la moitié inférieure du corps, mais j’ai observé plusieurs fois, dans ma pratique des cas de perte de tonicité musculaire et de puissance contractile de l’intestin assez prononcée pour
(1) Un grand nombre de ces cas ont été relatés (London Hospital Reports) en détail dans le Journal de médecine et dans la troisième édition de cet ouvrage.
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empêcher le malade de rem|)lir exactement ses fonctions. L’observation suivante en est un bon exemple :
Observation XXXII. — M. K..., âgé de 73 ans, officiel' en retraite de la marine qui avait longtemps servi dans les climats chauds, vint me consulter pour une grande faiblesse au moment de la défécation. Il avait souffert plus ou moins de cette incommodité depuis vingt ans, et il en attribuait l’origine à une attaque de dysentérie. Il avait régulièrenuent besoin d’aller à la selle chaque jour, mais il lui fallait beaucoup de temps et c’était pour lui un véritable supplice quotidien. Il était obligé de retirer les fécès, à l’aide du doigt.
L’examen digital me montra une ampoule rectale très flasque et une prostate hypertrophiée. Le sphincter s’élargissait très vite et très facilement. Je prescrivis des pilules d’extrait de noix vomique et d’aloès qui n’eurent pas un grand effet. Le malade obtint un excédent résultat de l’emploi de légers purgatifs salins qui, en ramollissant les selles, rendirent leur passage plus facile.
Dans ce cas, le sphincter se contractait normalement, ce qtii est bien différent de ce qui avait lieu dans les observations auxquelles il est fait allusion à la page 16 ; dans celles-ci, la puissance d’expulsion de l’intestin était insuffisante pour surmonter la résistance que présentait un sphincter irritable et hypertrophié.
L’état atonique de l’intestin peut survenir, à la suite d’un usage trop fréquent de lavements copieux ; la quantité d’eau injectée est assez grande pour dilater l’intestin et affaiblir la puissance de sa tunique musculaire. Certaines remarques que j’ai faites; en voyageant sur le continent, ont attiré mon attention sur ce sujet, j’ai vu sur les murs des cabinets, même dans de bons hôtels, des empreintes tachées de matières qu’on avait faites, en s’essuyant les doigts et j’attribue ce fait, à l’emploi plus fréquent des lavements sur le continent que dans notre pays, ainsi que tout le monde le sait.
L’atonie du rectum peut produire une accumulation de
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matières fécales. Le cas n’est pas très rare, mais il peut être méconnu par les praticiens qui ne s’attendent pas à le rencontrer. Il arrive alors que le rectum se dilate graduellement et se trouve obstrué par cet amas de matières dures et sèches, et le malade est incapable d’aller à la selle, car il ne peut plus à cause de la perte de tonicité de l’intestin distendu, produire un effort assez considérable pçur triompher de la résistance qu’oppose le sphincter, au passage d’un corps aussi volumineux.
Quelques fécès indurées dans les culs-de-sac du côlon peuvent aussi se réunir, au moment où ils arrivent dans le rectum et y former une masse considérable ; d’autres fois, des matières accumulées dans le côion descendent dans la partie inférieure de l’intestin et s’y trouvent former un obstacle.
Dans quelques cas on a trouvé, au centre de la masse, un noyau de fruit qui y formait comme une sorte de nucléus.
De tels amas de matières produisent des symptômes graves et alarmants; ils donnent de la constipation et une sensation de poids et de plénitude dans le rectum, un ténesme prononcé et des efforts d’expulsion très pénibles, que les femmes comparent aux douleurs de l’accouchement et qu’elles trouvent aussi douloureux.
Dans les cas assez anciens, quand les fécès durcies
obstruent pas complètement lepassage, elles excitent une irritation et un suintement muqueux ; celui-ci mélangé a des fécès plus récentes passe, à côté de l’obstacle et peut faire croire à l’existence d’une diarrhée.
Les injections faites dans le rectum ne parviennent pas à ramollir les matières indurées, elles agissent à peine sur sa surface et elles^ressortent immédiatement d’ordinaire, j)arce qu’il n’y a plus dans l’intestin assez de place pour
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les contenir. Le chirurgien, en introduisant son doigt dans l’anus, trouve l’intestin distendu et fermé à sa partie supérieure par d’énormes fécès qui paraissent aussi dures qu’un noyau de fruit.
La seule manière de procurer du soulagement en pareil cas est l’intervention mécanique. 11 faut briser la masse et l’extraire. Un des meilleurs instruments qu’on puisse employer est une curette, mais comme je n’en avais jms toujours sous la main, je me suis servi quelquefois d’une cuiller à dessert d’argent, que j’ai dû parfois introduire tout entière pour faire sortir la masse dure. Le chirurgien se contentera de briser la masse et d’extraire les plus gros fragments; quelques injections feront ensuite disparaître le reste.
Sir James Simpson a décrit cette affection sous le nom d’ « obstruction des valvules du rectum par des scybales», et il parle d’un cas dans lequel une grosse masse oblongue de scybales très dures remplissait tout le canal du rectum. 11 la divisa en plusieurs fragments qui furent entraînés aisément (1).
J’observai dans ma pratique personnelle le cas suivant. Je fus appelé en consultation par le médecin d’une dame de cinquante ans, qui, depuis dix-huit mois, n’avait pu aller à la selle sans lavements et sans mettre son doigt dans le rectum. En l’examinant, je découvris une masse de lécès allongée qui, dans l’effort de défécation, s’appliquait contre 1 anus et 1 obstruait complètement, jusqu’à ce que la malade avec son doigt, la fît remonter pour laisser le passage libre. Je brisai cet amas a.vec le manche d’une cuiller et je débarrassai 1 intestin , par des injections répétées, et 1 incon'v énient disparut ensuite complètement.
(1) Ediml). Monthly Journal ofme.i. sciences, 1849, p. 705.
TUMEURS ET EXCROISSANCES ANALES
J’ai eu à donner mes soins à plusieurs malades atteints de cette affection pénible et désagréable. J’en ai observé au moins trois cas, dans l’espace de six mois. C’était toujours chez des personnes affaiblies par l’âge ou la maladie. L’une était une dame de 68 ans, dont la constitution avait été très affaiblie par un carcinome du sein qui durait depuis longtemps. Les souffrances étaient telles, que je m’attendais à trouver un carcinome du rectum ou de l’iitérus qui empêchait le passage des fécès.
Le second cas était celui d’un homme âgé de 47 ans dont j’avais amputé la jambe à l’hôpital de Londres, quelques semaines auparavant, pour une affection du tarse. Il avait eu une hémorrhagie secondaire et une eschare provenant du séjour prolongé au lit, et il était alors dans un état d’affaiblissement extrême.
Le troisième était une vieille dame de 84 ans, alitée depuis longtemps, qui avait pris beaucoup de laudanum pour une affection nerveuse de la gorge. Ces trois sujets turent promptement soulagés de leur état d’anxiété et de souffrance, par l’emploi des moyens mécaniques.