CHAPITRE XIX
CONTRACTIONS ORGANIQUES DE l’aNUS.
En traitant du muscle sphincter irritable, j’ai parlé d’un cas d’obstacle à la défécation, produit par une contraction spasmodique de l’anus. L’obstacle devint plus sérieux encore quand des cliang-ements organiques du muscle diminuèrent cette ouverture. C’est ainsi, qu’en décrivant l’opération des hémorrhoïdes internes j’ai attiré l’attention sur les rétrécissements qui peuvent suivre une trop large excision de la peau du bord de l’anus, surtout après une application mal faite de l’écraseur.
Dans quelques-uns de ces cas mal opérés, il devient nécessaired’ agrandir l’ouverture anale contractée, au moyen du bistouri, et de faire un usage prolongé des bougies, afin de maintenir une ouverture convenable pour le passage des fécès.
A la suite des opérations dirigées contre le cancer épithélial de l’anus, il peut survenir une contraction plus ou moins prononcée delà partie, qui peut même nécessiter un traitement mécanique, et, cependant il est fort curieux de remarquer qu’une très petite ouverture peut suffire, pour la satisfaction des besoins de la vie. C’est ce que démontre exactement le cas suivant.
Observation XXXIV. — Un homme arrivé à l’âge adulte, vint me voir un jour en se plaignant de difficultés à aller à la selle et de grandes douleurs que lui causait une obstruction à l’anus.
L examen me fit reconnaître un rétrécissement dur extrêmement contiacté qui n admettait qu à peine le bout du petit doigt: un corps solide, dur fermait l’ouverture. Je le saisis à l’aide d’une pince, et, après quelques efforts je parvins à extraire un noyau de prune.
En interrogeant le malade, j’appris qu’il avait été opéré il y avait en-
CONTRA.CTIONS ORGANIQUES DE l’aNUS.
viron deux ans de quelques végétations de l’anus par M. Guthrie, et depuis lors, l’ouverture était restée contractée. Les selles étaient d’un petit calibre, mais il n’éprouvait aucune difficulté à les faire passer, et avant l’obstruction dont nous venons de parler, il n’avait nullement souffert.
Les contractions peuvent encore se présenter à la suite de la guérison des larges ulcères qui surviennent après la cliiite des eschares des fesses s’étendant jusqu’à l’anus. Le cas suivant est un exemple de rétrécissement sérieux de l’ouverture anale, à la suite d’un ulcère strumeux.
Observation XXXV, — W. S..., jeune garçon de 4 ans, d’apparence strumeuse, ayant des cheveux blonds et des yeux bleus, fut admis à l’hôpital de Londres en mai 1859, pour un ulcère accompagné de rétrécissement de l’anus. L’ulcération était dure, de mauvais aspect et entourait presque entièrement l’anus qui était si petit, qu’il n’admettait qu’à peine une bougie n°l. Les intestins fonctionnaient rarement sans huile de ricin, ne se vidaient jamais complètement et retenaient toujours une certaine quantité de fécès durcies.
Après avoir bien débarrassé l’intestin des fécès durcies au moyen d’injections d’huile d’olive, j’administrai du chloroforme et je fis alors une incision au bord de l’anus, au niveau du coccyx afin de pouvoir faire passer une bougie n°3, puis j’appliquai, entre les lèvres de la plaie, de la charpie mouillée. Je fis administrer de l’huile de foie de morue trois fois par jour et de temps en temps de l’huile de ricin. L’enfant fut maintenu au lit et on introduisit une bougie tous les jours. Les tissus voisins de l’anus devinrent plus mous et l’ulcération commença à guérir; mais, au bout d’un mois, je trouvai nécessaire de faire la section d’une petite fistule, située en avant de l’anus et communiquant avec le rectum. La plaie guérit complètement six semaines après 1a première opération; une bougie n° 6 pouvait passer sans difficulté dans le rectum qui continuait à bien retenir les matières. A cette époque, l’apparition d’une ophthalmie scrofuleuse et le dépérissement de la sauté générale me décidèrent à envoyer l’enfant à la campagne.
PRURIGO ANAL.