CHAPITRE XX
PRURIGO ANAL .
La démangeaison de l’anus est un symptôme commun à un grand nombre de lésions de la partie inférieure de l’intestin, mais elle peut aussi se présenter comme une maladie distincte et indépendante de toute autre affection causée par une hypéresthésie particulière de la peau.
Le prurigo anal peut être produit par aes oxyures vermiculaires qui se logent à la partie inférieure du rectum, et souvent aussi par la congestion particulière qui précède la formation des hémorrhoïdes. La congestion des veines bémorrhoïdales qui provient de l’hypertrophie de la prostate, s’accompagne souvent aussi des mêmes symptômes. Quand la maladie reconnaît pour cause les hémorrhoïdes, les malades souffrent généralement davantage, après avoir pris du vin et d’autres boissons alcooliques, ainsi qu’au moment des grandes chaleurs, en été, et sous l’influence de la chaleur du lit.
Cette démangeaison est très désagréable et très fatigante, mais surtout la nuit, parce qu’ulle laisse le malade éveillé, souvent pendant plusieurs heures. L’action de se gratter, loin de diminuer l’irritation ne fait qu'aggraver le mal, mais il y a peu de personnes qui aient assez d’empire sur elles-mêmes pour se refuser le léger soulagement temporaire qu’on obtient en se grattant par ce moyen. Et certains sujets, bien que capables de se retenir quand ils sont éveillés, se grattent sans le savoir pendant leur sommeil. Cette friction ainsi répétée excorie la peau de la marge de l’anus, de sorte que dans les affections chroniques, la peau devient dure et sèche comme du cuir, elle
PRURIGO AK AL.
perd son pigment par places, ce qui forme de petites taches blanches, elle se fendille en outre sous la plus légère influence et il s’y développe des ulcérations et des fissures ,qui n’ont que peu de tendance à guérir.
Chez les femmes, la démangeaison à l’anus est quelquefois consécutive à une affection de la matrice.
Observation XXXVI. — Je vis avec M. Kennedy, de Stratford, une dame qui avait une rétroversion de l’utérus qui occasionnait probablement la congestion des veines hémorrhoïdales. I.e symptôme qui lui était le plus insupportable, était un prurigo excessif qui occupait, non seulement la marge de l’anus, mais encore la membrane muqueuse en dedans du sphincter, Le pourtour de l'anus était fendillé et excorié par les frictions exagérées et la membrane muqueuse était devenue rugueuse et granuleuse pour la même raison, car la malade avait l’habitude d’introduire, la nuit, son doigt dans l’intestin pour diminuer la démangeaison qui l’obsédait.
Dans beaucoup de cas, ce mal, après avoir tourmenté les malades, la nuit pendant une heure ou deux ou le jour après une cause d’excitation, disparaît, et le patient a de longs intervalles de repos et de bien-être. Mais dans les formes plus graves de la maladie, la souffrance est bien plus pénible. Elle persiste toute la nuit, et le malade n’a plus qu’un peu de sommeil souvent interrompu, et au bout de quelque temps, sa santé générale en souffre sérieusement et la vie lui devient vraiment insupportable. Tel était le cas de la dame dont je viens de parler.
Dans un certain nombre de mes observations, je ne puis attribuer au prurigo aucune cause locale. Il me parut simplement dû. à une affection des extrémités nerveuses de la région. Ces malades étaient généralement des personnes bien portantes. Un gentleman qui y avait été sujet pendant plusieurs années, avait remarqué que cette maladie dépendait jle la disposition de son esprit.
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Quand il était très occupé et que ces affaires prospéraient, il ne s’en ressentait que fort peu. Mais s’il était inoccupé pendant un mois entier, comme cela lui arrivait quelquefois, il en souffrait pendant plusieurs nuits de suite.
Dans des cas semblables, la maladie est généralement très rebelle et peut même devenir grave, mais après avoir tourmenté les malades, pendant plusieurs années, on a remarqué qu’elle finit par s’apaiser à mesure que l’àge avance.
Quelle que soit la cause du prurigo, il faut d’abord imposer au malade un régime sévère. On le fera coucher sur un seul matelas et on le couvrira aussi légèrement que possible. Il devra recourir aux lotions et aux bains froids tous les jours et prendre, en plein air, un exercice suffisant. 11 évitera soigneusement toute espèce de condiments excitants et de boissons stimulantes. Il veillera à la régularité des selles et aura recours, s’il le faut, à des purgatifs, et après chaque selle, il fera sur l’anus une lotion avec de l’eau et du savon. Le malade fera tous ses efforts pour éviter de se gratter et diminuer autant que possible l’irritation, car il doit bien savoir que s’il se laissait aller, son mal ne ferait qu’augmenter et serait bien plus difficile encore à guérir.
^ Quand le prurigo provient d’une congestion locale simple, une ou deux sangsues à l’anus amènent un soulagement marqué. Dans tous les cas, la maladie qui est l’occasion de ce symptôme pénible doit être l’objet principal de 1 attention, mais il y a certains remèdes spéciaux qui réussissent parfaitement à soulager l’irritation.
Un simple morceau d’ouate de laine mis à l’entrée de 1 anus suffit parfois à empêcher la démangeaison, en absorbant les liquides et en maintenant la sécheresse des parties en contact.
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La démang'eaison qui accompagne les hémorrhoïdes s’arrête ordinairement, en graissant l’anus avec une pommade mercurielle, telle que la pommade jaune étendue ou l’onguent gris (un grain pour une once) ou bien en introduisant dans l’ouverture anale un petit tampon de ouate trempée dans une lotion de sulfate de zinc (un grain pour buit onces), ou bien encore d’eau et de glycérine.
On rend cette lotion plus efficace, en y ajoutant un peu d’acide cyanhydrique dilué.
On emploie souvent avec avantage, dans cette affection les lotions de carbonate de bismuth et de glycérine, de borax, de morphine ou d’acide phénique. On obtient encore un grand soulagement, en passant une fois par jour, sur le point malade, un pinceau imbibé d’une solution concentrée de nitrate d’argent (vingt gros pour une once), surtout dans le cas où la peau est durcie et ulcérée par les frottements. Chez certains malades la pommade au chloroforme fait très bon effet; elle produit d’abord une sensation de brûlure bientôt suivie d’un grand soulagement. Sur les sujets afîaiblis, on a pu arriver à calmer l’irritation, au moyen de fortes doses de sulfate de quinine et, dans d’autres cas, en faisant prendre des solutions arsenicales associées au fer. Cette maladie est très rebelle et il faut beaucoup de persévérance de la part du médecin et du malade pour obtenir la guérison (1).
(1) A ces excellents moyens qu’indique M. Curling nous devons ajouter l’emploi des pommades à l’iodoforme auxquelles on ajoute du benjoin pour éviter l’odeur désagréable de cette substance. Chez une dame qui était atteinte de cette pénible affection depuis plusieurs mois, nous avons employé avec succès la pommade suivante :
Vaseline.* 30 grammes.
lodoforme 2 —
Benjoin 2 —
{Note du traducteur.)
MALFORMATIONS CONGENITALES DE l’aNUS. 211