‹ Traité des maladies du rectumChapitre 41 sur 43 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

MALFORMATIONS CONGÉNITALES DE l’aNUS ET DU RECTUM. — ATRÉSIE.

De toutes les malformations et les difformités auxquelles l’économie est sujette, il n’en est pas de plus dangereuses pour la vie de l’enfant et de plus inquiétantes pour les parents, que celles qui siègent au niveau de la partie inférieure de l’intestin. Les dispositions qu’elles affectent sont très variées , mais les occasions qu’on a de les observer sont si rares, qu’il n’est pas surprenant de n’en voir aucune description satisfaisante dans les traités de chirurgie, et de n’y rencontrer aucune règle certaine pour guider le praticien pour leur traitement.

Parmi les recherches faites sur ce sujet, on trouve que, dans un grand nombre de cas, les opérations qu’on a entreprises pour remédier à ces malformations n’ont pas réussi à rétabhr le cours des matières fécales; dans d’autres cas, où on a réussi à rétablir le passage, on a obtenu un soulagement immédiat, mais il n’a pas été suffisant ou ne s’est pas maintenu et on n’est parvenu qu’à prolonger une misérable existence; ce n’est que dans un très petit nombre de cas, que le succès a été complet et que l’existence a été conservée, sans grands risques et sans inconvénients sérieux. Dans le but d’indiquer les dispositions qu’affecte le plus ordinairement cette maladie et d’aider à trouver le meilleur mode de traitement, tant pour sauver la vie du malade, que pour lui rendre l’existence supportable, j ai rassemblé, mis en tableau et analysé cent cas.

212 MALFORMATIONS CONGENITALES DE l’aNUS.

Les opérations ont été pratiquées par moi-même ou par cr au très chirurgiens et j’en ai communiqué les résultats à la société Royale de médecine et de chirurgie en 1860 (1). Depuis lors, plusieurs autres cas sont venus à ma connaissance et je suis en mesure de donner un résumé succinct, mais assez complet de ces difformités et d’indiquer le traitement que l’on peut leur appliquer.

Il faut classer les malformations du rectum de la manière suivante :

1° Imperforation de l’anus, sans absence du rectum.

2» Imperforation de l’anus avec absence totale ou partielle du rectum.

3° Anus ouvert dans un cul-de-sac, avec absence complète ou partielle du rectum.

4° Imperforation de l’anus chez l’homme avec absence complète ou partielle du rectum et communication de l’intestin avec l’urèthre ou la vessie.

5" Imperforation de l’anus chez la femme avec absence du rectum et communication de l’intestin avec le vagin.

6° Imperforation de l’anus avec absence partielle du rectum qui s’ouvre au dehors, par un orifice anormal très étroit.

7° Rétrécissement de l’anus.

On a observé encore quelques autres déviations congénitales, mais elles sont si rares que les sept formes indiquées ci— dessus comprennent la majorité des cas les plus ordinaires.

L’observation suivante est un fait tiré de ma pratique particulière.

Observation 37. Ua petit garçoa âgé de 5 semaines me fut amené pour une fistule fécaloïde congénitale qui communiquait avec le rectum.

([) Transactions, vol. XLIII.

Je trouvai derrière le sacrum, à peu près à un pouce et demi (quatre centimètres) de l'anus, une légère dépression, au centre de laquelle j’aperçus un petit orifice qui laissait écouler un peu de matière fécale, au moment où les fécè» s’échappaient par l’ouverture naturelle qui présentait d'ailleurs un volume convenable. Cet orifice était trop petit pour laisser passer une sonde d’un volume ordinaire. Cette fistule se ferma spontanément, avant que l’enfant eût atteint Tâge de deux ans.

D’après le tableau dont j’ai parlé, ces malformations se rencontrent plus fréquemment chez les petits garçons que chez les petites filles.

Ainsi, il y a 68 garçons pour 32 filles. Cette statistique n’est pas d’accord avec celle de M. Bouisson qui réunit aussi cent cas sur lesquels, il y avait 53 filles et 47 garçons (1). Je ne suis pas en mesure d’expliquer cette différence. Dans mon tableau, où n entre nilapremière,ni la septième forme, il y a 26 cas de la seconde forme, 31 de la troisième, 26 de la quatrième, 11 delà cinquième et 6 de la sixième. La quatrième est la disposition la plus commune chez les petits garçons et le chiffre 26 est très certainement, au-dessous de la vérité, car la communication avec l’urèthre est quelquefois si petite qu’elle ne laisse pas le méconium s’écouler, pendant la vie et qu’elle peut aisément passer inaperçue après la mort.

11 faut remarquer que la classification de ces difformités a pour base des dispositions qu’on peut aisément reconnaître pendant la vie. Malheureusement, la disposition qu affecte le rectum ainsi que ses rapports avec les organes environnants sont tels qu’on ne peut pas indiquer sa position d une manière certaine. Lorsque l’anus est imperforé ou qu il s’ouvre en cul-de-sac, le canal intestinal peut se

(1) Thèse sur les vices de conformation de l’anus et du rectum. Paris, page 73. Monsieur Qiraldès, chirurgien de l’hôpital des Enfants-Malades, à Paris, trouve aussi que ces malformations sont plus fréquentes chez les garçons que chez les filles.

214 MALFORMATIONS CONGÉNITALES DE l’aNUS.

termiriGr par iino ampoule sans ouverture, au niveau du détroit supérieur avec absence complète de l’anus. Si le rectum n est qu incomplet, il y a une ampoule close qui descend jusqu à la partie inférieure du bassin, au niveau du col de la vessie chez 1 liomme ou delà partie supérieure du vagin chez la femme. On sait que la partie inférieure de 1 intestin se développe indépendamment de la portion supérieure et qu’ensuite ces deux parties se rapprochent, s unissent et, que le diaphragme ou septum, qui les sépare, disparaît graduellement par absorption interstitielle.

Qu’un défaut ait lieu dans ce processus, c’est l’origine de la troisième forme d’imperfection congénitale. Quand l’anus est imperforé et que le rectum communique avec l’urèthre ou le vagin, cela dépend de la persistance du cloaque qui existe pendant la vie fœtale et de la séparation incomplète des organes. Toutes ces conditions diverses dépendent d’un arrêt de développement à différents degrés.

Le cul-de-sac, par lequel se termine le canal intestinal, est quelquefois uni à la peau de l’anus ou à la dépression anale, par un cordon qui s’étend entre ces deux points.

Ces cas ne sont pas, comme les précédents, le résultat d’un arrêt de développement du rectum, mais ils proviennent d’une oblitération de l’intestin qui était primitivement bien formé. L’oblitération est un changement pathologique dû probablement à une ulcération et à une adhésion consécutive produites pendant la vie intra-utérine.

M. Goyrandqui a publié quelques articles instructifs sur ces malformations dsinsla. Gazette médicale de Paris [1866) cite un cas communiqué par M. Forget à la société médicale d’émulation. C’était celui d’un enfant du sexe féminin qui avait un anus imperforé, et qui mourut,

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