TUMEURS DIVERSES DU CORDON
que les examens microscopiques étaient encore rudimentaires, ne peuvent être facilement comparées à celles qu'on a admises depuis quelques années. Souvent elles ont été désignées d'après leur seul aspect clinique et macroscopique ; c'est sur ce simple caractère qu'on a émis une opinion sur leur nature. Pour d'autres, l'examen a été insuffisant.
11 est donc impossible de les classer d'une façon rigoureuse, ce travail ne pourra être fait d'une façon utile que plus tard, lorsque des matériaux mieux recueillis auront permis d'arriver à un résultat plus certain.
Nous nous efforcerons cependant d'indiquer la plupart des faits les mieux étudiés.
Sous la dénomination de tumeurs album ino-graisseuses, Lesauvage (1) a décrit quelques tumeurs qui par leur aspect paraissent se rapporter à la variété connue actuellement sous le nom de myxome. Leur tissu homogène, gélatineux, donnant une sensation de fluctuation, sans envahissement des ganglions, indique assez les caractères du myxome. Chez un de ses malades la tumeur pesait 20 kilogrammes. L'autre tumeur, dont il ne donne pas le volume, était située en avant du canal déférent qui s'était creusé un sillon sur une de ses faces, mais il n'était pas adhérent ; le poids n'est pas indiqué.
Ces deux tumeurs ont la plus grande analogie avec celle observée par Pepper (2). Il s'agissait d'un myxome pesant une livre. Son début remontait à dix mois avant l'ablation, chez un homme de vingt-cinq ans; elle était encapsulée, assez facile à isoler et contenait une quantité de petits kystes.
Il en est de même d'une observation de Fergusson (3) dans laquelle la tumeur, enlevée une première fois, récidiva sur place. Elle donnait la sensation d'un kyste et fut décrite sous le nom de fibrome.
Quelques tumeurs sarcomateuses ayant débuté dans le cordon ont été signalées par différents auteurs. Quelques-unes, n'ont pas été vérifiées par l'examen histologique, telle est celle de Dubois (4) (d'Abbeville) ; développée aux dépens de la partie initiale du canal déférent, elle avait englobé entièrement ce canal.
Certaines observations sont accompagnées par des examens histo-
{\)Arch. gén. de méd., 1845.
(2) Med. fim., I4janv. 1885, p. 128.
(3) The Lancet, 185G, t. II, p. 11.
(4) Gaz. des hôpitaux, 18G4, p. 47.
logiques détaillés. Parmi celles-ci nous signalerons principalement les cas indiqués par Albrecht (1) (de Berlin) et Majunski (2) (de Valna).
Une observation de Bryant est aussi plus explicite ; elle montre nonseulement la nature, mais la malignité de la tumeur. Développé dans le cordon, le sarcome semble avoir gagné le bassin, l'abdomen, et do-nné des tumeurs secondaires dans le foie et d'autres organes.
Enfin quelques autres faits signalés par Walsham (3), l'un chez un enfant de quatre ans, l'autre chez un enfant de treize mois, paraissent aussi de même nature.
Nous pourrions ajouter un cas présenté par Lotivet (4) et qui nous semble devoir être aussi rangé parmi les sarcomes.
Dans quelques cas le carcinome et Yépithéliome paraissent avoir débuté dans le cordon; Lesauvage, Bryant et Walsham en ont cité des observations; mais elles sont peu probantes et nous semblent plutôt être des propagations secondaires. Dans un cas, celui de Bayle cité par Lesauvage, on fit l'ablation, mais la tumeur reparut dans la région de l'abdomen et entraîna la mort.
Quant à certaines tumeurs décrites sous le nom de tumeurs fibreuses pérididymaires par Poisson, il est impossible de se faire une opinion complète à leur égard. Dans une observation il s'agit d'une affection développée aux dépens du canal déférent, mais l'examen pratiqué par Robin n'indique rien de précis. Peut-être s'agit-il là de tumeurs constituées par des fibres musculaires lisses, semblables à celles que nous étudions plus loin, sous le nom de : Myômes de l'épididijme.
Nous signalerons également un fait curieux rapporté par Dubreuil (5). Il trouva une tumeur de forme allongée, qui était formée par une agglomération de cordons noueux et durs, du volume d'une plume d'oie. L'auteur admet qu'il s'agissait là de phébolithes développées dans des veines variqueuses. Ce fait est unique.
Enfin, Englisch (6) a décrit dans le cordon spermatique, près de l'épididyme, de petites tumeurs ayant le volume d'une grosse tête d'épingle et même d'un pois, qu'on rencontre chez l'enfant nouveau-né. Ces petites tumeurs sont unilatérales ou bilatérales (3 fois sur 10). L'auteur en admet deux espèces.
(1) Canstat's Jahresb., 1867, t. II, p. 317.
(2) Soc. méd. de Valnn, 1873 et He»ue des sciences méd., 1875, p. 690.
(3) The Lancet, 1880, t. I, p. 333 et 647.
(4) liull. soc. anat., Paris, 1865.
(5) Gaz. hebd. des se. nitid. de Montpellier, 1884.
(6) Oest. med. Jahrhuch., 1876, heft 3.
MYOMES DU CORDON.
Les unes siègent sur la tète de l'épidiclyme, dont elles sont peu distinctes, car elles se confondent avec lui par une large base. Elles paraissent venir du plexus pampiniforme ou des vaisseaux qui sont à la surface de l'épididyme.
Les autres se trouvent sur le trajet du cordon, mais situées en dehors du conduit vagino-péritonéal non encore oblitéré. Dans ce dernier cas, elles sont plus facilement et plus distinctement appréciables en les saisissant entre les doigts. Ordinairement pédiculisées, ces tumeurs peuvent remonter jusqu'au niveau de l'orifice interne du canal inguinal. Quand elles sont voisines du canal vaginopéritonéal, elles se coiffent de la séreuse qui leur forme un revêtement; dans le cas contraire, on les trouve libres dans le tissu cellulaire.
Souvent une hémorrhagie qui se produit dans leur centre les dénature et les rend méconnaissables.
Comme elles sont adhérentes aux veines, mais sans communiquer avec elles, leur point de départ semble être dans la paroi veineuse ; on pourrait les considérer comme un paquet veineux oblitéré. Ceci serait d'autant plus vraisemblable, que les veines voisines sont variqueuses, dilatées, noueuses et contiennent souvent de petits caillots. Presque toujours elles se développent dans la vie intra-utérine et tendent à disparaître par régression quelques semaines après la naissance.
Malgré leur rareté ces petites productions méritaient d'être signalées, car elles peuvent conduire à une erreur d'interprétation, lorsqu'on les trouve chez les enfants nouveau-nés.
3° Myômes de l'épididyme et du canal déférent. — Comme tous les
organes composés d'une couche épaisse de fibres musculaires lisses, l'épididyme et le canal déférent peuvent donner naissance à des tumeurs presque uniquement constituées par ces éléments. Ce sont alors des myômes ou des fibro-myômes, suivant la quantité relative de ces deux tissus réunis.
L'utérus, la prostate, le voisinage de l'utricule prostatique, sont souvent le siège de ces tumeurs ; aussi n'est-il pas étonnant de trouver, dans le canal déférent qui a une structure analogue, des productions de même nature.
Ces tumeurs rares et probablement confondues jusqu'à ce jour avec d'autres, principalement avec les tumeurs fibreuses, n'ont été décrites que très récemment.
Kocher, dans son article du Compendium de Pitha et Billroth, ne MoNOD ET Terrillon. 47
cite que l'observation de M. Trélat (1) et une semblable de Rindtleisch. Goodhard et J. Gay (2) ont présenté devant la Société pathologique de Londres un flbro-myôme qui semble voisin de ces tumeurs. Les deux travaux les plus importants sur ce sujet sont, d'une part, un mémoire de Héricourt (3), relatant deux observations de lio-myôme de l'épididyme et d'autre part, un court travail présenté par l'un de nous devant le Congrès de chirurgie en 1885, avec une observation (4).
Dans le fait qui nous est personnel, il s'agissait d'un homme de trente et un ans, qui portait depuis cinq ans une petite tumeur arrondie au-dessus du testicule droit. Elle avait augmenté progressivement jusqu'à atteindre le volume d'une noix et était devenue douloureuse et gênante. Cette petite grosseur dure et arrondie était pédiculée du côté de l'épididyme. Des douleurs névralgiques très vives irradiées du côté de l'aine et des reins engagèrent le malade à se faire opérer. Par une dissection minutieuse, la tumeur fut enlevée en épargnant le testicule, mais en enlevant un ou deux tubes de l'épididyme formant un pédicule. Le malade guérit rapidement.
En examinant la tumeur au microscope, on la trouva composée de faisceaux nombreux de fibres musculaires lisses, séparés par des tractus de tissu fibreux. La masse était sillonnée par de gros troncs lymphatiques dilatés. Les éléments fibreux et musculaires se confondaient avec les parois du canal épididymaire, aux dépens duquel elles avaient pris naissance.
Dans les deux observations de Héricourt, on avait trouvé la même structure, mais au milieu de la tumeur existaient un ou plusieurs petits kystes. L'envahissement de la tunique albuginée n'avait pas permis dans ces deux cas la conservation du testicule ; la castration totale avait été nécessaire. Le canal de l'épididyme altéré, mais reconnaissable, était englobé dans la tumeur et ses parois étaient confondues avec elle. Pour Héricourt, le point de départ du néoplasme était dans les fibres musculaires du canal épididymaire.
L'examen de la tumeur enlevée par M. Trélat fut pratiqué par Brossard. L'origine semblait être aussi la partie moyenne de l'épididyme. Le myome avait refoulé l'albuginée. Le testicule, quoique sain, fut enlevé avec la tumeur.
D'autres fois la tumeur siège sur la partie du canal déférent qui
(1) Journ. de méd. et dechir. pratique, 1880, p. 259. (2j Trans. of tlie pathol. Soc, t. XXXI, p. 310.
(3) Revue de médecine, janv. 1886.
(4) Congrès français de chir., 1885, p. 582. Alcaii, 1886.