‹ Traité des maladies du testicule et de ses annexesChapitre 117 sur 126 · CASTRATION. — MANUEL OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

CASTRATION. — MANUEL OPÉRATOIRE

Certains chirurgiens ont proposé de faire ce premier temps de l'opération au moyen du thermo-cautère, afin d'éviter la perte de sang chez les individus affaiblis. Cette pratique ne saurait être recommandée qu'à titre tout à fait exceptionnel, surtout depuis que nous possédons des moyens d'hémostase rapide et sûre, et que nous n'avons plus les craintes de septicémie qui, autrefois, avaient fait adopter le fer rouge.

2° temps : Section et li^ipature du cordon et de ses Taisscaux.

— Lorsque la tumeur a été disséquée et pédiculisée, il ne reste plus qu'à sectionner les éléments du cordon qui forment une masse relativement peu volumineuse.

Pour ce faire, deux procédés différents ont été tour à tour vantés et condamnés par les meilleurs chirurgiens : l'un consiste dans la ligature en masse de tous les éléments du cordon, après ablation de la plus grande partie du tissu cellulaire qui les masque ; l'autre, au contraire, a pour but d'isoler complètement chacun des vaisseaux et de les lier séparément.

a. Ligature en masse. — La ligature en masse a pour avantage la simplicité du procédé. La totalité du cordon est étreinte dans une anse de fil solide très fortement serrée, qui doit produire comme un écrasement des parties saisies. Quelques chirurgiens ont conseillé, pour permettre de donner à la traction toute l'énergie voulue, d'entourer les deux extrémités du fil sur un bout de bois ou sur les branches de pinces ou de ciseaux.

Quel que soit le soin apporté à la striction, il arrive parfois que le fil glisse ou se relâche au bout de quelques heures. Cet accident sera sûrement évité si l'on se conforme aux règles suivantes, qui ne sont autres que celles suivies, depuis longtemps, pour la ligature du pédicule des kystes dans l'ovariotomie. A l'aide d'une aiguille mousse emmanchée, munie d'un chas à son extrémité, ou, plus simplement encore, d'une pince à forcipressure, on passe, à travers le cordon, un long fil double, disposé de telle sorte que l'on obtienne deux anses, chacune en embrassant une moitié. Si le cordon est très gros, il pourra être nécessaire de le diviser en trois parties, étreintes chacune dans une anse de fil. Avant de serrer, on aura soin, pour être certain qu'aucune partie n'échappe à la striction, d'unir chacun des fils à son voisin, en entrecroisant les anses à la façon de deux anneaux d'une chaîne. Il est bon de faire le premier nœud double; on est plus sûr, de la sorte, que le fil ne se relâche pas pendant qu'on fait le second.

Lorsque le testicule malade est très volumineux, il peut être commode de placer au-dessus de lui, sur le cordon, un clamp, qui permette de se débarrasser immédiatement de la tumeur. Les ligatures seront placées à l'aise au-dessus de la pince.

La soie aseptique nous parait, pour cette ligature, préférable au catgut; elle s'enkyste très bien dans les tissus; et il est certain que Ton peut avec elle exercer une constriction plus énergique qu'avec le catgut, même de bonne qualité.

Le nœud serré, la section de tout le cordon est faite à un demicentimètre environ au-dessous de la ligature. Le fil est lui-même tranché d'une façon différente, suivant qu'il est constitué par une matière résorbable ou pouvant séjourner sans dommage dans les tissus, telle que le catgut ou la soie phéniquée, ou par un fil de lin ou de soie ordinaire. Dans le premier cas, les deux chefs sont coupés au ras du nœud; dans le second, un seul chef sera enlevé, l'autre restant dans la plaie. On n'hésitera pas, toutes les fois que cela sera possible, à préférer le premier procédé au second.

Immédiatement après la section, on voit tout le moignon remonter dans le trajet inguinal, quelquefois assez profondément.

Celte méthode si simple, pratiquée très anciennement, et encore adoptée par beaucoup de chirurgiens modernes, donnerait lieu, suivant quelques-uns, à des accidents divers : tétanos, hémorrhagie secondaire, inflammation du cordon. Nous allons examiner ce qu'il y a de vrai dans ces imputations.

La crainte du tétanos ou d'autres accidents nerveux de même ordre a été telle, que certains auteurs anciens, Siebold, ïhéden et autres, avaient fini par rejeter complètement la ligature en masse, considérée comme unique cause de ces complications. Par contre, Velpeau, examinant, à ce point de vue, cent cas de castration dans lesquels le cordon avait été lié en masse, a constaté que, pas une seule fois, il n'est question de tétanos. Bouisson, de son côté, déclare que cet accident n'a jamais été observé par lui dans sa pratique, pas plus que par Delpech, Lallemand et de Serres.

M. Bouilly, enfin, a montré que des accidents nerveux, et surtout le tétanos, pouvaient se produire, même avec la ligature isolée.

Aussi bien les opinions qui avaient cours autrefois sur l'origine du tétanos se sont-elles modifiées. Les travaux modernes ont établi sa nature infectieuse, et il semble bien démontré que les lésions nerveuses ne sont pas seules en état de lui donner naissance. Le tétanos peut donc survenir à la suite de la castration, comme à la suite de toute

Page 1