CASTRATION. — PROCÉDÉS SPÉCIAUX
c. Procédés spéciaux ou exceptionnels. — Divers procédés, tous abandonnés aujourd'hui, ont été proposés pour obvier aux prétendus inconvénients ou dangers delà ligature.
Tel est, par exemple, V écrasement linéaire du cordon, exclusivement employé par Chassaignac. L'opération est lente; la section exige une demi-heure, parfois trois quarts d'heure (Gaujot). Même à ce prix, l'hémostase n'est pas pleinement assurée. Il suffit des deux observations de Verneuil et de Broca rapportées par Bouilly, de deux autres de Oré (de Bordeaux) (1), dans lesquelles, rnalgré toutes les précautions prises, une hémorrhagie rapide se produisit, pour comprendre que l'on ait définitivement renoncé à l'emploi de l'écraseur dans la castration.
La section au moyen du fer rouge, et en particulier du thermo-cautère, n'a pas donné, non plus, les résultats qu'on en pouvait espérer. Malgré la lenteur de la section, les vaisseaux saignent et l'on est obligé de les lier. Le procédé, comme l'écrasement linéaire, a, en outre, l'inconvénient de donner une plaie impropre à la réunion primitive, et cela sans aucun avantage.
Nous en dirons presque autant de l'anse galvano- caustique. E. Bœckel (2) rapporte bien avoir pu, dans cinq cas, par ce moyen, sectionner rapidement le cordon, sans hémorrhagie aucune. Mais nous avons eu, d'autre part, connaissance d'un fait où l'anse, maniée cependant par un chirurgien expert, donna un résultat tout autre; la plaie saignait, et l'on dut appliquer des ligatures comme si la section avait été faite au bistouri. C'est assez pour montrer que l'instrument est difficile à régler et peut donner des mécomptes.
Il peut encore arriver, avec ces procédés, que le moignon ou les artères contenues se rétractent profondément dans le ventre, ce qui rend fort difficile l'arrêt de l'hémorrhagie, quand elle se produit. Dans le cas de Broca cité plus haut, il fallut établir une compression sur la paroi abdominale à l'aide d'un bandage herniaire; et, ce moyen ne suffisant pas, pratiquer un tamponnement avec des bourdonnets de charpie imbibés de perchlorure de fer. Pour parer à cet accident, on a conseillé de laisser en place pendant vingt-quatre à quarantehuit heures le tenaculum, dont Dupuytren se servait, comme nous le rappellions plus haut, pour maintenir le cordon au dehors pendant
(1) In Mervy, thèse citée a VIndex hihl. (1876), p. 28.
(2) Bœckel (E.), De la galvanocaustie thermique. Paris, 1873, broch. iu-8, pp. 53, 100 et suiv. (J.-B. Baillière et fils).
l'opération. Cette pratique a l'inconvénient de maintenir un corps étranger dans la plaie.
Valette (de Lyon), fidèle aux traditions de Bonnet, sectionnait le cordon après l'avoir saisi dans une pince spéciale muni de pâte de Canquoin; il produisait ainsi à la surface du moignon, une eschare déterminant l'hémostase dans les vaisseaux sectionnés. Ce procédé est long, douloureux, et nécessite un pansement ouvert. Aussi a-t-il actuellement peu de partisans, même parmi les élèves du professeur de Lyon.
Le moyen récemment proposé par Barone peut être rapproché du précédent; il ne vaut pas davantage. 11 consiste à couper le cordon par voie de mortification lente en le prenant entre les branches d'un entérotome.
La ligature élastique appliquée à la castration relève de la même idée que les procédés dont il vient d'être fait mention: obtenir la section du cordon sans écoulement sanguin. Dittel (1) (de Vienne) a plusieurs fois employé avec succès ce moyen dont nous ne voyons pas bien les avantages. S'il met efficacement à l'abri de l'hémorrhagie, il est lent dans son action, s'oppose à la réunion immédiate, et doit donner lieu, au moins dans les premiers jours, à de vives douleurs.
Nous avons vu, dans un cas. Terrier saisir le cordon dans un fil de fer, tordu à l'aide d'un serre-nœud. La section est faite en dessous, et le fil laissé en place jusqu'à sa chute spontanée. Ce procédé, autrefois très employé pour la section du pédicule dans les ovariotomies, ne l'est plus guère aujourd'hui que dans des cas exceptionnels. La ligature simple, isolée ou en masse, lui est, pour le cordon du moins, et sans que nous y insistions, évidemment préférable.
La compression simple appliquée à la façon de J. L. Petit, ou de Pouteau n'est plus jamais employée ; elle est infidèle et, par conséquent, dangereuse.
Pour la rendre plus efficace, Palleta eut l'idée de l'exercer à l'aide d'une lame de plomb serrée autour du cordon.
M. Verneuil(2), dans un cas personnel, a modifié ce procédé. Il saisit chacun des vaisseaux ouverts dans autant de petites pinces en plomb dont les deux mors, taillés en plaques arrondies de 1 centimètre de
fl) Hofmokl, (Dittel), Ueber vier Castralionen des Hoden.f mit Zuhilfsnahme der plastischen Ligatur bel der JJnterbindung des Saamenstranges (Wien. med. Presse. Vienne, 1882, n° 1) et Hayek (Dittel), Zur Casuistik der Hodengeschwulste (Wien. med. Wochenschr., 1873, n° 52). (Quatre nouveaux cas.)
(2) Verneuil (A.), In Mervy, thèse citée, p. 32.