HYDROCÈLE CONGÉNITALE
volume, au point qu'elle finit par disparaître complètement; elle se reproduira avec une égale facilité, si le malade demeure quelques instants dans la position verticale.
Si; sans chercher à produire cette réduction, on se contente de saisir la tumeur entre les doigts, on percevra à chaque effort de toux, s'il s'agit d'un adulte, ou, chez l'enfant, aux cris qu'on lui fera pousser, une impulsion manifeste; sensation comparable à celle que donne, dans les mêmes conditions, une hernie de l'intestin. On en concluera nécessairement que la partie, contenue dans le scrotum, est en communication avec la cavité abdominale.
Enfin le malade lui-même, s'il est en âge de s'observer, ou ses parents, s'il est plus jeune, auront souvent remarqué que la tumeur diminue d'une façon manifeste ou même disparait complètement, dans la position horizontale, qu'elle augmente, au contraire, dans la station.
En présence de cet ensemble de signes, tout à fait spéciaux, on ne pourj'ait songer, à défaut de l'hydrocèle congénitale, qu'à une hernie inguinale réductible. Mais la transparence de la tumeur, l'absence de gargouillement, ou bien encore la facilité avec laquelle le scrotum se remplit par la simple position verticale et sans effort de toux, empêcheront d'ordinaire toute confusion.
Si^ au contraire, la communication entre les deux séreuses est tellement étroite, que la réduction soit difficile ou impossible, si l'impulsion par la toux et les cris est nulle ou peu distincte, si la position du malade, enfin, ne fait subir à la tumeur aucun changement de volume apparent, on pourra être embarrassé pour reconnaître la communication avec le péritoine.
Certains indices, cependant, seront encore en faveur de l'hydrocèle congénitale. Une tumeur liquide des bourses, transparente, ordinairement peu distendue, développée chez un enfant, ayant une apparence telle qu'elle semble se prolonger dans le cordon, ou du moins que son extrémité supérieure soit plus ou moins effilée, ne sera pas, dans la majorité des cas, une hydrocèle ordinaire.
L'attention du chirurgien sera éveillée et il apportera tous ses soins à reconnaître la communication avec la séreuse péritonéale, qu'il aura le droit de soupçonner.
Après un long séjour au lit, le matin par conséquent de préférence, avant le lever, il recherchera si la tumeur n'a pas diminué spontanément de volume, ou si, par une pression prolongée, il ne peut obtenir une réduction partielle. Dans certains cas, ce n'est qu'après une demiheure d'un effort soutenu qu'un résultat significatif a pu être constaté.
On devra, comme contre-épreuve, répéter l'examen le soir ou après une marche plus ou moins longue. L'augmentation manifeste du volume de la tumeur, survenant dans ces conditions, ne sera pas moins caractéristique.
L'observation propre du malade, constatant lui-même ces modifications, constituera ici encore un renseignement précieux avec lequel on devra compter. Dans un cas cité par Kocher, la tumeur disparaissait pendant la nuit et ne reprenait tout son développement que trois Ijeures après le lever.
On devra, pour compléter le diagnostic anatomique, rechercher la situation du testicule. Elle est variable ; mais, le plus souvent, il occupe la partie inférieure et postérieure de la tumeur. On le découvre, comme dans l'hydrocèle vaginale commune, à l'aide des moyens indiqués plus haut, et mieux encore par la palpation, après réduction du liquide.
Il arrive quelquefois que le testicule est en ectopie, soit inguinale, soit même abdominale. Dansées derniers cas, la séreuse seule a effectué son mouvement de descente ; la glande reste en place. Nous avons déjà, au chapitre ectopie^ menlionné ces diverses dispositions.
Nous nous contentons de rappeler que c'est dans ces conditions, alors que le testicule est en ectopie inguinale, qu'il peut, comme nous le disions il y a un instant, mettre, par sa seule présence, obstacle à la libre réduction du liquide.
Marche. — Habituellement, l'hydrocèle congénitale demeure stationnaire ou augmente lentement de volume, jusqu'au jour où l'on intervient activement pour la faire disparaître. Elle atteint rarement le volume considérable que présentent certaines hydrocèles communes.
Dans quelques cas, on a vu le liquide disparaître de lui-même, parfois sans cause appréciable, après une nuit de repos dans la position horizontale (Chassaignac) ou après une course à cheval (Dubroca) ou à la suite d'explorations souvent répétées (Lûcke) (1). Dans ces diverses circonstances, on peut admettre que le liquide, refoulé dans l'abdomen, a été résorbé, ou ne s'est pas trouvé en quantité suffisante, pour distendre de nouveau la poche scrotale.
Causes. — Cette dernière remarque nous conduit à poser la question obscure et controversée de la. patkogénie de l'hydrocèle congénitale.
On s'est, en effet, depuis longtemps demandé, sans que le problème ait été encore résolu d'une façon satisfaisante, si le liquide contenu dans le prolongement vagino-péritonéal se formait sur place, à la suite
(1) D'après Kocher, loc. cit., p. 177.
HYDROCÉLE CONGÉNITALE.
d'une inflammation subaiguë de la séreuse, ou si, provenant de la cavité péritonéale, il ne s'accumulait pas simplement, dans le scrotum, au point le plus déclive.
Les faits dont il vient d'être question donnent un certain crédit à cette dernière hypothèse. Mais ils sont exceptionnels, et l'exactitude de l'interprétation, que nous en avons donnée, ne peut être considérée comme indiscutable.
On pourrait, avec plus de raison, pour défendre l'origine péritonéale de l'épanchement, s'appuyer sur cette circonstance invoquée par Curling, qu'il suffit quelquefois d'un bandage longtemps porté, et amenant la fermeture de l'orifice de communication des deux séreuses, pour que l'hydrocèle se résorbe et disparaisse d'elle-même.
On comprend très bien, d'autre part, qu'une tunique vaginale ouverte puisse, aussi bien que celle qui s'est complètement séparée du péritoine, donner lieu, sous l'influence d'une irritation légère, à un épanchement de sérosité. On a fait remarquer, à cet égard, que le temps, assez long parfois, qui peut s'écouler entre la naissance de l'enfant et l'apparition de l'hydrocèle, ne s'accorde guère avec l'idée que celle-ci ne soit que la manifestation extérieure d'une collection intra-péritonéale.
L'existence de celle-ci est d'ailleurs bien loin d'être démontrée.
On admettrait peut-être plus facilement que la petite quantité de liquide, normalement contenue dans le péritoine, puisse pénétrer jusque dans la vaginale ouverte, y provoquer à la longue et y entretenir un épanchement, qui serait alors, en réalité, d'origine irritative.
On s'expliquerait ainsi, et la disparition possible de l'hydrocèle, à la suite de l'oblitération du conduit vagino-péritonéal, et l'apparition parfois tardive de l'épanchement vaginal.
Nous avons, en effet, déjà eu occasion de dire que l'hydrocèle, dite congénitale, pouvait se produire à tous les âges. Elle s'observe cependant, dans la grande majorité des cas, chez l'enfant, au moment de la naissance, ou peu de temps après. Plus tard, elle se lie ordinairement à la descente tardive du testicule. Enfin il se peut que, chez l'adulte et même exceptionnellement chez le vieillard (Curling), le testicule étant en place, la non-oblitération du conduit se révèle à propos d'une hydrocèle, qui, à cette circonstance près, apparaît et se développe à la façon d'une hydrocèle ordinaire. 11 importe d'être prévenu de cette possibilité, pour éviter une erreur de diagnostic, qui pourrait avoir les plus fâcheuses conséquences.
Les statistiques de Bryarit et de Melchiori, citées par Kocher, don-
nent une idée de la fréquence relative de l'hydrocèle congénitale. Le premier, sur 124 hydrocèles, en a rencontré S qui communiquaient avec le péritoine, soit à peu près exactement 4 p. 100. La proportion trouvée par Melchiori est plus forte, elle s'élève à plus de 7 p. 100 (21 hydrocèles congénitales sur 282 cas).
L'affection est parfois, mais rarement, bilaté^-ale. Sur les 21 cas de Melchiori, 4 fois seulement la lésion existait des deux côtés, 17 fois d'un seul.
Complications. — En dehors des complications ordinaires de l'hydrocèle, telles que l'inflammation ou la transformation de l'épanchement séreux en épanchement sanguin , qui peuvent atteindre i'hj'^drocèle congénitale au même titre que l'hydrocèle vaginale commune, il en est une, la hernie inguinale congénitale, qui devrait, semble- t-il, être ici particulièrement fréquente (fig. 15). L'orifice de sortie existe, et le sac est tout prêt à recevoir l'intestin. Cette coïncidence est cependant assez rare. Nous verrons que le chirurgien doit néanmoins toujours la „. ,, , ,, redouter. En cherchant à obtenir, par la pres-
Fjg. 15. — Hydrocele cou- ' ^
génitale avec hernie in- sion du bandage, l'oblitération du canal de
guiuale (le testicule est communication des deux séreuses, il n'aura en ectopie).
pas seulement pour but de faciliter la disparition de l'hydrocèle, mais il mettra, en même temps, efficacement obstacle à la sortie de l'intestin.
h' inflammation d'une hydrocèle congénitale peut avoir, en raison de la communication, qui relie la vaginale au péritoine, une gravité particulière.
Nous ne connaissons qu'un seul fait, peu probant d'ailleurs, rapporté par J. Cloquet (1), où cette complication semble être survenue chez l'adulte.
Chez l'enfant, elle parait plus fréquente et surtout plus sérieuse.
Le D"" Beny (2) a publié, dans la Lancet, un cas de suppuration, survenue dans une hydrocèle congénitale, chez un enfant de quelques jours, et suivie de mort prompte. Mais la mère avait elle-même suc-
(1) Cloquet (J.), Recherches sur les causes et l'anatomie des hernies abdominales. hèse d'agrég. Paris, 1819, ia-4°, p. 144 (eu note).
(2) Berry (H. -P.), Case of double congénital hydrocele; suppuration; death [Lancet, 19 mai 1883, t. I, p. 863).