HVDROCÈLE COMPLIQUÉE. (HeRNIE CONCOMITANTE
L'hydrocèle est dite compliquée, lorsque, avec l'épanchement vaginal, coexistent diverses affections des bourses ou du cordon.
C'est ainsi qu'un kyste de l'épididyme ou du cordon peut se combiner avec l'hydrocèle, de façon à former une tumeur composée, d'un diagnostic souvent difficile.
Nous ne faisons que signaler ce fait dont nous pourrions citer de nombreux exemples, publiés d'autant plus volontiers par les auteurs qu'il s'agit de cas curieux et prêtant à des considérations cliniques intéressantes. Il nous est impossible cependant d'entrer dans le détail de ces observations qui mériteraient d'être examinées une à une, ce qui nous entraînerait évidemment en dehors des limites que nous devons nous imposer (1).
La coexistence d'une hernie inguinale ou inguino-scrotale nous arrêtera davantage. Elle est relativement fréquente.
L'examen des pièces a montré que les rapports réciproques de la
(1) Voy. Pautier (T. N.), Gaz. hebdom. de Paris, 1868, n» 18, 2= série, t. V, p. 276.— Anger (Benj.), Gaz. des hôpitaux, 1875, 18 mai, n» 61, p. 482. — Duplay (S.), Le Praticien, Paris, 1S80, t. III, p. 61.
HYDROGÈLE COMPLIQUÉE.
hernie et de la vaginale distendue, tout variables qu'ils fussent, se faisaient, cependant, suivant certaines règles. Trois cas peuvent se présenter :
Tantôt la hernie demeure au-dessus de l'hydrocèle, absolument indépendante, de celle-ci, ou, au contraire, lui étant intimement unie.
Tantôt descendant plus bas, elle glisse en arrière de la vaginale; jamais elle ne passe en avant (Dupuytren, Curling).
Ou bien, enfin, elle vient faire saillie dans la cavité de l'hydrocèle, soit en se coiffant de la séreuse testiculaire qu'elle refoule, soit en pénétrant par effraction dans la vaginale, dont la paroi rompue lui a livré passage.
Le premier cas est le plus commun. Parfois la hernie n'est que funiculaire et reste à une assez grande distance de l'hydrocèle. Le plus souvent elle arrive au contact de la tunique vaginale avec laquelle elle affecte des rapports plus ou moins intimes. D'après Curling, une hydrocèle volumineuse, par la traction qu'elle exerce sur le péritoine, faciliterait la production de la hernie. Il cite, à l'appui de cette hypothèse, deux observations de Cloquet, dans lesquelles il y avait adhérence évidente entre l'hydrocèle et le péritoine herniaire; le poids de la tumeur paraissait avoir eu une certaine influence sur l'allongement du sac et le maintien de la hernie en dehors.
Le second et le troisième cas ne s'observent guère dans l'hydrocèle ordinaire. Il faut, en effet, pour que la hernie passe en arrière de l'hydrocèle et, à plus forte raison, pour qu'elle pénètre dans la cavité de celle-ci, que la tumeur vaginale vienne, pour ainsi dire, audevant de l'intestin, et qu'elle entre, avec lui, en rapport étroit.
Cette condition anatomique est réalisée dans les vastes hydrocèles qui remontent jusqu'à l'anneau inguinal interne, décrites pllis haut sous le nom d' hydrocèles en bissac.
C'est presque toujours en effet, dans les cas de ce genre, que l'on a rencontré la forme singulière de hernie que nous indiquions d'un mot, il y a un instant.
Signalée pour la première fois par Dupuytren (1), décrite par A. Cooper (2) sous le nom de hernie enkystée de la tunique vaginale, elle mérite bien mieux, comme on va le voir, celui de hernie â double sac ou hernie à sac inlra-vaijinal, sous lequel Bourguet (d'Aix) propose de la désigner.
Voici, en effet, comment les parties se pi-ésentent à l'examen anato-
(1) Dupuytren, Leçons, etc., édit. citée, t. III, p. 606.
(2) A. Cooper, OEuures, etc., édit. citée, p. 295.
MoNOD ET Terrillon. 16
mique : une vaste poche remplie de liquide, au fond de laquelle le testicule est à nu, c'est la tunique vaginale distendue; dans cette cavité, ordinairement à sa partie supérieure, proémine une tumeur, de forme variable, le plus souvent globuleuse, parfois cylindrique, qui
n'est autre que l'intestin contenu dans un sac indépendant (fig. 19).
A. Cooper supposait que cette hernie était congénitale, c'est-à-dire qu'elle se produisait dans un canal vaginopéritonéal incomplètement oblitéré. L'intestin, pénétrant jusqu'aux adhérences, qui ferment en partie ce 'conduit au niveau de l'anneau inguinal, les déprime en les allongeant, de façon à s'entourer d'une enveloppe propre qui descend peu à peu, avec lui, dans la vaginale.
Le viscère hernié n'est donc pas en rapport direct avec la tunique vaginale ; il en est séparé par les parois d'un sac celluleux, de formation nouvelle, dans lequel il est contenu etcomme enkysté.
De là le nom que A. Cooper donnait à cette affection.
1) et surtout Bourguet (d'Aix),dans un long ont bien montré que la pathogénie de la
Fig. 19 M'après Bourguet, d'Aix). — Hydrocèle compliquée de hernie (hernie enkystée de la tunique vaginale d'A. Cooper. — Hernie à sac intra-vagiual de Bourguet, d'Aix). — A, cavité de la vaginale. — B, sac herniaire faisant saillie dans la vaginale, et offrant l'apparence de l'intestin. — C, cordon spermatiquo. — D, testicule.
Dupuytren, Malgaigne et intéressant travail (2] lésion devait être tout autrement comprise (3).
La hernie n'est pas congénitale. Elle se forme comme une hernie
(1) Malgaigne, Des tumeurs du cordon spermatique. Thèse de concours, Paris, p. 107.
{1) Bourguet (d'Aix\ Mémoire sur une variété de hernie inguinale rare et peu connue, etc.. {Gazette hehd. de Paris, 1864, p. 722 et suiv.).
(3, V. aussi Monod (Ch.), Note siv une variété de hernie intra-vaginale [hernie enkystée d'A. Cooper, hernie à double sac, à sac intra-vaginal de Bourguet, d'Aix) (Bullet. et Mém. de la Soc. de chirurgie, 1S8'5, t. IX, p. 210).