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ART. II. — ORCHITES INFECTIEUSES DE CAUSE GÉNÉRALE

Après avoir étudié les inflammations de l'épididyme et du testicule qui peuvent être considérées comme secondaires à des lésions de l'urèthre, nous devons nous occuper d'une autre classe, moins fréquente, moins importante au point de vue clinique, mais dont l'histoire est particulièrement intéressante.

Ces inflammations surviennent dans le cours ou sous l'influence de maladies générales variées; elles constituent une des complications ou un des symptômes de ces affections. Ici le testicule et ses enve-

(1) Th. Pigornet, Paris, 1886. De l'emploi du salicylate de soude dans l'orchite blennorrhagique.

(2) Livr. liai, de Mal. Ven. Milauo, 1884, XIX, p. 197.

(3) Chicago Médical, 1882, p. 261.

(4) Bullet. de T/iérap., 1885, p. 129. Id., 1886, p. 207.

(5) Chicago Weeckly Med. Record, janv. 1885.

(6) South clinic. Richemons, 1882, p. 39.

<7) Med. Record New-York, 1885, t. XXVIII, p. 433. (8) British vied. Journ., juillet 1875.

loppes participent à l'infection générale de l'économie, au même titre que d'autres organes, et son inflammation évolue en même temps que la maladie primitive. Elle se localise dans le testicule ou ses enveloppes, en y comprenant dans quelques cas l'épididyme et le canal déférent. On trouve cette complication signalée dans plusieurs groupes de maladies générales qui sont : Les oreillons : orchite our tienne;

L'inflammation des amygdales : orchite amygdalienne ; La variole ; La scarlatine; Le rhumatisme; La goutte;

La fièvre typhoïde, typhus, etc.;

L'influence climatérique ou tellurique; orchite de la Guyane; orchite paludéenne; maladies diverses.

Nous passerons rapidement en revue chacun de ces groupes, en insistant principalement sur les caractères les plus essentiels de cette inflammation, son siège le plus ordinaire et les conséquences qu'elle peut avoir dans certains cas.

A. — ORCHITE OURLIENNE.

La complication testiculaire qui survient dans le cours des oreillons est une inflammation parenchymateuse du testicule, à l'exclusion de l'épididyme, qui semble intact le plus souvent.

Au moment de son apparition, la fièvre apparaît, elle peut même atteindre, pendant quelques jours, un degré assez élevé, 39°, 40°, ce qui est caractéristique dans le cours d'une maladie ordinairement apyrétique (Yiela) (1).

Cette apparition de l'orchite survient ordinairement au moment où disparait le gonflement des parotides, c'est-à-dire vers le sixième ou huitième jour, c'est ce qui a donné lieu à la théorie de la métastase.

Mais il y a, à ce propos de nombreuses exceptions, ausssi a-t-on pu décrire les anomalies suivantes :

1° Orchite ourlienne précédant les oreillons. — Ce fait est assez fréquent et a été observé deux fois par l'un de nous. Il a été signalé par plusieurs auteurs : Bérard (2), Michel (3).

(1) Thèse de Paris, 1886. Oreillons envisagés au point de vue de la fièvre.

(2) Gaz. des hôp., 1859.

(3) Thèse de Paris, 1868.

ORCHITE OURLIENNE.

2° Orchite ourlienne sans oi-eillons. — Ces cas sont rares, mais ont été observés principalement dans les pensions ou dans les casernes où régnait une épidémie d'oreillons. Cette orchite avait la marche ordinaire et l'allure de celle qui accompagne les oreillons, et on ne trouvait aucune cause uréthrale.

Monin (I) en a réuni 37 cas appartenant à différents auteurs. Laveran (2) signale aussi des faits semblables. Grisolle en rapporte un exemple observé au lycée Saint-Louis, pendant une épidémie d'oreillons.

3° Épididymite ourlienne. — Quoique le testicule soit ordinairement atteint le plus activement dans cette maladie, cependant on a cité des cas où Tépididyme a seul été atteint. — ■ La téte est prise la première, d'après Jacob (3). Carpentier, 1869 (4), en consigna dans sa thèse un exemple remarquable.

4° Enfin on connaît des cas dans lesquels l'orchite a été de peu de durée et aurait passé inaperçue en dehors d'un examen attentif et complet.

Symptômes. — Le testicule augmente rapidement de volume, il devient double ou triple. L'organe est tendu, dur, douloureux à la pression. Ordinairement le canal déférent et l'épididyme sont indemnes, ainsi que la vaginale et les parois du scrotum. Gosselin (5) a signalé un exemple dans lequel il y eut avec l'orchite une tuméfaction de la prostate facile à sentir avec le doigt. Le tout disparut en trois jours. L'évolution de cette inflammation est rapide, elle dure à peine quelques jours et disparaît. L'autre testicule peut être pris après la premier, mais rarement en même temps.

La terminaison de cette orchite se fait ordinairement par résolution. Cependant on connaît un nombre considérable d'atrophies à la suite de cette inflammation parenchymateuse.

D'après Malassez et Reclus, le reliquat de cette atrophie, qui forme un noyau allongé, dur, bosselé, surmonté par l'épididyme, aurait les caractères suivants: le testicule est petit, mou; l'albuginée ridée et ratatinée. L'examen histologique montre que ni le tissu conjonctif ni les vaisseaux ne sont altérés. Mais les canalicules sont diminués de volume, leur tunique interne est épaissie. L'épithélium a disparu en même temps que la lumière du tube, qui est alors transformé en un

(1) Thèse, Paris 1875.

(2) Dict. encycl. des sciences médicales, art. Oreillon.

(3) Jacob, Recueil et me'm. de méd., ch. et ph., Aix, 187.^.

(4) Thèse, Paris, 1869.

(h) Clin, chirurg., t. II, p. 385, 1873.

cordon plein. Il s'agirait donc ici d'une sclérose parenchymateuse, différente des scléroses interstitielles provoquées par d'autres processus inflammatoires et atrophiques.

Certaines épidémies semblent prédisposer davantage que d'autres a cette terminaison malheureuse. Dogny (en 1828) vit sur 27 cas d'oreillons observés dans un régiment, survenir 27 fois l'atrophie d'un testicule.

Indiquée pour la première fois par Haniilton en 17G2 et plus tard par Murer (1803), elle fut rarement remarquée à cette époque. A. Cooper [Trad. franc., 1837, p. 446) la considère comme exceptionnelle.

Ce fut Grisolle (1) qui insista plus complètement sur cette cause d'atrophie testiculaire. Depuis, les faits se sont multipliés; nous ne signalerons que les ouvrages principaux qui en font mention.

Les statistiques de ces différents auteurs, analysées par Laveran (2), ont trait surtout aux cas observés dans des épidémies régimentaires : 163 cas d'orchite et 103 cas d'atrophie, ce qui donne 2 cas d'atrophie pour 3 cas d'orchite.

La fréquence de l'orchite par rapport aux oreillons a été établie par Bich (3) dans sa thèse; sur 862 cas d'oreillons, il a trouvé 254 orchites, soit 29 p. 100.

Dans une épidémie d'oreillons qui eut lieu à l'École polytechnique en 1881, M. Védrènes (4) constata l'apparition de 15 orchites sur 25 oreillons. Dans une autre série il y eut 5 orchites sur 16 oreillons.

Il ajoute que, après avoir compulsé le résumé d'épidémies d'oreillons publié par des médecins militaires, elles ont donné une moyenne de 26 p. 100 d'orchite. Les orchites doubles ne sont pas simultanées, mais se développent successivement.

Il constate aussi que, dans les diverses épidémies sur lesquelles il a recueilli des détails précis, il y a eu une moyenne de 61 p. 100 d'atrophie à différents degrés. Ce qui est à peu près la proportion indiquée plus haut.

Védrènes ajoute que, dans certaines épidémies, aucun cas d'atrophie n'a été signalé ainsi que l'ont indiqué Rizet, Arras, Lury (Montpellier).

L'atrophie de l'organe est rarement double, mais quand elle existe, les appétits vénériens disparaissent; il y a impuissance, et

(1) Gaz. des hôp., 1866, p. 66.

(2) Laveran, Dict. encijcl., art. Oreillon.

(3) Atrophie testiculaire à la suite des oreillons. Thèse, Paris, 1883.

(4) Mém. de méd. militaire, 1882, t. XXXVIII, p. 167.

ORCHITE AMYGDALIENNE.

quelquefois on voit se développer chez l'homme encore jeune tous les attributs du éminisme, avec hypertrophie des mamelles (1 cas).

L'atrophie semble plus fréquente à la suite des oreillons des adolescents qu'après ceux qui frappent les jeunes enfants.

La marche de l'atrophie est lente et progressive. D'abord mou et Hasque, peu après la disparition de l'inflammation aiguë, le testicule diminue progressivement de volume, mais quelquefois rapidement.

Il est très rare que cette orchite se termine par suppuration, cependant Laveran cite un cas de Rouges où il y eut hydrocèle et abcès des bourses; il ajoute que Boyer a observé un cas d'abcès de l'épididyme, et Raveton vit la peau des bourses se mortifier.

Cette maladie générale est due probablement à la présence de microbes existant dans le sang et provoquant des troubles dans certains organes; mais malgré des recherches nombreuses on n'a pu encore les démontrer d'une façon absolue.

B. — ORCHITE AMYGDALIENNE

Sous ce nom, M. Joar(l) a décrit des accidents inflammatoires surve-^ nusdu côté du testicule ou de la tunique vaginale et coïncidant avec des inflammations de la gorge. Nous empruntons à ce travail les détails suivants.

Déjà M. Verneuil, en 1837, avait fait paraître dans les Archives de médecine , un travail sur : Les épanchements dans la tunique vaginale, métastatiques de rari ière-bouche.

Malgré la ressemblance qui semble exister entz'e ces accidents testiculaireg et ceux qui accompagnent les oreillons, malgré les affirmations des auteurs qui prétendent n'avoir trouvé aucune lésion concomitante du côté desparotides, nouspensons qu'il s'agit là d'oreillons à formebizarre.

Sans nous arrêter à discuter ce fait, nous rappellerons cependant que le professeur Bouchard, MM. Landouzy et Siredey considèrent l'amygdalite comme une affection générale et de nature infectieuse, sous le nom de fièvre amygdalienne.

D'après ces auteurs, on pourrait rencontrer dans quelques cas un retentissement de cette maladie sur l'ovaire et sur le testicule.

Cela serait d'accord avec l'idée de quelques auteurs étrangers, tels que le D' Harvey et le D'^ Crisp, qui admettent une relation entre les amygdales et les organes de la génération. Aussi a-t-on signalé des

(1) Orchite et ovarite amygdalienne [Arch. gén. de méd.. 1886, t. XVII, p. 513). MoNOD ET Terrillon. 24

cas d'atrophie des testicules, à la suite de l'ablation des amygdales.

Cette afTection surviendrait surtout dans l'adolescence, de douze à dix-huit ans. La lésion est presque toujours unilatérale.

La douleur, la pesanteur dans les bourses, indiquent le début de la maladie et attirent l'attention. Le testicule est volumineux, induré, et l'épididyme gonflé et résistant. On trouve du liquide en petite quantité dans la vaginale.

Cet état dure quelques jours seulement.

Il peut y avoir terminaison par abcès (un cas de Joal), ou par atrophie (Verneuil), constatée vingt ans après. La résolution totale est la règle habituelle.

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