DIAGNOSTIC DE LA SYPHILIS DU TESTICULE
syphilis grave atteint souvent le testicule; mais on connaît tant d'exemples dans lesquels, après une syphilis d'allures bénignes ou suivie de manifestations tellement faibles qu'elle a pu passer inaperçue, le testicule a été envahi sourdement et lentement, qu'on peut toujours s'attendre à voir cette manifestation se produire, quelle que soit la bénignité apparente de la maladie.
En résumé, les causes occasionnelles qui ont été invoquées sont, pour la plupart, assez problématiques, surtout quand on tient compte du début indolent et souvent inaperçu de la maladie. Aussi, on peut affirmer que presque toujours la maladie est spontanée.
Diagnostic. — Le testicule syphilitique est très difficile à difTérencier des autres maladies de cet organe ; aussi, il a été souvent et longtemps confondu sous le nom d'orchite chronique, avec d'autres afîections. Actuellement les signes en sont mieux connus et mieux appréciés; aussi peut-on indiquer quelques caractères qui permettront de le reconnaître. M. Duplay (1) a surtout insisté sur quelques-uns de ces signes.
Dans la forme chronique ordinaire, quand le testicule a augmenté de volume, il est lourd, aplati transversalement, dur, élastique et indolent à la pression. 11 est, le plus souvent, impossible de différencier le testicule de l'épididyme, celui-ci étant appliqué sur le bord supérieur et ne faisant aucune saillie appréciable. On constate à ' la surface de la glande une foule de petites saillies égales qui donnent une apparence granuleuse et chagrinée. Le canal déférent, la prostate, sont sains et le canal de l'urèthre est intact.
Ces divers signes, quand ils sont bien évidents, permettent de différencier la syphilis de la tuberculose. Ici, l'épididyme est bosselé et pendant longtemps distinct du testicule. On sent dans le testicule des masses distinctes, isolées, appréciables à la palpation, laquelle est ordinairement douloureuse. Il y a tendance au ramollissement assez rapide des bosselures. Le canal déférent est souvent bosselé et altéré ainsi que la prostate.
Dans les cas où l'inflammation subaiguë a gagné les enveloppes du scrotum et où les parties profondes sont masquées par l'épaississement inflammatoire, la difficulté devient beaucoup plus grande. Alors, en effet, le scrotum épaissi, enflammé, adhérent, est douloureux à la pression et provoque même des élancements spontanés chez beaucoup de malades. Dans la tuberculose, le scrotum est envahi dans une moins
(1) Duplay, Sarcocèle syphilitiqtie ; diagnostic différentiel des tumeurs du testicule (France méd., 1876, p. 23-173).
grande étendue. Il devient adhérent, surtout par places, au niveau des bosselures, et la douleur est plus profonde, car elle tient surtout à la tuberculose de lepididyme ou du testicule.
Dans la période de ramollissement des gommes, l'aspect seul du produit qui s'élimine permet de faire le diagnostic : la matière jaunâtre, filamenteuse, se détachant par morceaux et adhérente au fond d'une cavité dont l'orifice est formé pai- des bords décollés, a une apparence caractéristique. Le liquide qui s'écoule est plutôt séropurulent que franchement purulent. La gomme s'élimine lentement; plusieurs semaines quelquefois sont nécessaires pour sa destruction, en dehors du traitement. .\près l élimination, il peut rester une fistule, mais elle est extrêmement rare comparée aux fistules de la tuberculose.
Nous avons déjà parlé des caractères spéciaux de l'orchite syphilitique à marche aiguè.
Pronostic. — Fonctions «lu testicule syphilitique. — Il est une
question qui n'est pas encore bien étudiée à propos de la syphilis du testicule, c'est celle de savoir ce que devient la fonction de cet organe pendant l'évolution des lésions dont il est le siège.
Il est probable que lorsque la maladie n'affecte qu'une partie de l'organe, les spermatozoïdes peuvent encore se former dans les tubes testiculaires intacts. Nous avons vu en effet que, histologiquement, quelques-uns parmi eux peuvent avoir conservé leur intégrité, même lorsque la maladie a envahi la plus grande partie de la glande. Virchow est de cet avis et dit avoir constaté la présence de spermatozoïdes dans quelques cas.
Lorsqu'un seul testicule est pris, l'autre fonctionne normalement, et il est difficile de savoir comment se comporte le testicule malade. Aussi ne peut-on avoir des renseignements précis que lorsque ces deux glandes sont atteintes. Or il semble que malgré l'intégrité apparente d'une partie des tubes, ceux-ci ne fonctionnent plus et ne produisent plus de spermatozoïdes.
Du reste les tubes séminifères peuvent continuer à sécréter normalement alors que l'excrétion du sperme, son issue du côté de l'épididyme ou du canal déférent, peut être rendue impossible ou difficile par la formation sur ce trajet de quelque lésion syphilitique.
Il est donc difficile de préciser les cas dans lesquels la fonction testiculaire cesse ou au contraire persiste, tout en n'oubliant pas que l'atrophie de l'organe telle que nous l'avons décrite l'abolit complètement.
Mais ce qui intéresse particulièrement le chirurgien et c'est là un