PRONOSTIC DE LA SYPHILIS DU TESTICULE
point qui a été étudié par plusieurs auteurs et notamment par Vidal (de Cassis) (1) et, plus tard, par Bryson (2), c'est le retour possible de la fonction après la guérison de la maladie. On a cité à ce propos les faits les plus curieux et qui prouvent l'énergie avec laquelle se fait la réparation des tubes et des cellules épithéliales servant à la spermatogenèse. M. Gaultier a vu, chez un malade, réapparaître les spermatozoïdes après la guérison d'un sarcocèle syphilitique double, traité par l'iodure de potassium. Les frictions mercurielles unies à l'iodure de potassium firent revenir après six semaines les érections et les éjaculations avec spermatozoïdes, chez un malade sur lequel un double sarcocèle syphilitique avait aboli depuis quelque temps jusqu'aux désirs vénériens.
Bien d'autres faits de même genre ont été signalés qui ne laissent aucun doute sur ce retour de la fonction testiculaire.
Ce qui échappe à nos connaissances, c'est la façon dont ces désordres s'atténuent et le caractère intime des modifications qui se produisent, dans le cas où la guérison intervient.
Doit-on penser, comme le croit M. Reclus, qu'il existait dans ces cas une intégrité relative d'une partie de la glande, dont les produits ne pouvaient être excrétés grâce à quelque lésion syphilitique du corps d'Highmore par exemple, et que ces lésions ont disparu ensuite?
Doit-on voir, au contraire, dans ces faits, un de ces exemples de la transformation d'un épithélium canaliculaire ulcéré en un épithélium nouveau, sain et fonctionnant normalement?
11 est difficile d'affirmer une de ces opinions plutôt que l'autre. Cependant nous aurions une tendance à pencher vers la seconde explication. Il est probable en effet qu'il peut se passer ici quelque chose d'analogue à ce qui se présente dans d'autres organes sécrétants tels que le rein, par exemple. Nous savons que l'épithélium de cet organe peut se renouveler et reprendre ses caractères normaux après avoir été longtemps altéré. Il n'est donc pas impossible que les mêmes transformations se produisent dans les canalicules du testicule qui n'ont pas été envahis par sclérose et dont l'épithélium seul a souffert.
Lorsqu'un seul testicule s'atrophie et reste ainsi altéré d'une façon indélébile, on peut voir l'autre glande intacte ou guérie par le fait du traitement, augmenter de volume et devenir le siège d'une véritable
(1) Du sarcocèle syphilitique, ses effets sur le testicule et la virilité (Mém. Soc. chirurg., 1851, t. II, p. 92).
(2) Syphilitic azoospermism [Saint-Louis Cour, méd., 1882, t. VH, p. 495-499).
sécrétion compensatrice. Vidal (de Cassis) a signalé des faits qui paraissent prouver cette compensation.
En même temps que les spermatozoïdes ne sont plus sécrétés dans les orchites syphilitiques doubles, on voit survenir de l'impuissance. Les malades n'ont plus de désirs vénériens ou ne peuvent plus les satisfaire.
Cependant, cet état ne survient que lentement, dans les périodes avancées de la maladie. 11 n'est pas rare de rencontrer des malades qui, malgré l'envahissement des deux testicules à des degrés divers, pratiquent encore le coït et ne semblent pas avoir vu diminuer leur puissance génésique. Enfin quelques-uns peuvent encore accomplir l'acte vénérien, mais leur sperme ne contient plus de spermatozoïdes. Nous avons été témoins d'un cas de ce genre.
Traitement. — Le seul traitement des manifestations testiculaires de la syphilis est celui ({u'on oppose ordinairement à cette maladie dans ses manifestations générales. Mais il est utile de faire une distinction importante suivant la période pendant laquelle apparaît l'accident syphylitique. Si celui-ci est précoce et succède au chancre primitif, après quelques mois ou une et deux années, il est absolument nécessaire d'avoir recours aux deux médicaments spécifiques, le mercure et l'iodure de potassium, employés simultanément.
Quand l'accident est tardif, et surtout lorsqu'il s'agit d'une gomme ou d'une orchite scléreuse volumineuse et très dure, l'iodure de potassium doit être préféré et administré seul ou associé au mercure, pourvu que la dose soit suffisante.
11 est nécessaire en effet de donner ce médicament à dose élevée, laquelle est ordinairement de 3 à 5 grammes, suivant la susceptibilité de certains sujets. Tous les chirurgiens ont cité des exemples de malades qui, ayant absorbé pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois l'iodure de potassium à la dose de 50 ou 60 centigrammes, sans obtenir aucun résultat, guérirent rapidement quand la dose se rapprocha de 3 ou -4 grammes et quelquefois davantage.
Voici quelques indications sur la façon dont le traitement doit être institué.
Dans les premières périodes, quand il s'agit de l'épididymite syphilitique, d'une poussée aiguë de syphilis interstitielle ou de la forme chronique beaucoup plus fréquente, le sirop de Gibert, à la dose de une ou deux cuillerées à bouche par jour, sera le meilleur médicament.
Si le sirop de Gibert est mal toléré, ce qui est assez fréquent, on
TRAITEMENT DE LA SYPHILIS DU TESTICULE. *59 pourra se servir d'une solution préconisée par Vidal, et que nous avons employée avec succès :
Deuto-iodure d'hydrargire 15 centigr.
loduro (ic potassium l-"» grammes.
Eau distillée 50 —
Sirop de quinquina 'i50 —
Ne pas filtrer. Agiter.
Pour l'administrer, on doit l'ordonner à la dose de deux cuillerées à bouche par jour dans de l'infusion de menthe.ou de tilleul, avant le déjeuner et le diner.
Si on préfère s'adresser au mercure seul, on pourra employer le protoiodure d'hydrargire à la dose de 1 à 3 ou 6 centigrammes.
Les pilules de Dupuytren sont aussi avantageuses, ces pilules contiennent 1 centigramme de sublimé, uni à 1 centigramme d'extrait d'opium.
Un moyen excellent consiste aussi à prendre la liqueur de Yan Swieten ; une cuillerée à bouche de cette solution contenant environ 1 centigramme de sublimé. Une ou deux cuillerées par jour seront nécessaires suivant la toléi'ance.
Si le mercure ne peut être supporté par l'estomac et l'intestin, on emploiera les frictions mercurielles à la dose quotidienne de 3 ou 4 grammes en frictions sous les aisselles, à la racine des cuisses ou sur la peau des mollets.
Depuis (juelques années on a préconisé les injections sous-cutanées d'une solution de sublimé. Ce sel est dissous dans un liquide albumineux (1) ou dans de la peptone ou dans la vaseline liquide (Balzer) ; d'autres conseillent aussi d'une solution de sublimé dans du sel marin ; on peut injecter chaque jour dans le tissu sous-cutané 1 centigramme de sublimé.
L'injection doit se faire dans les points où se trouve plus abondamment de la graisse, notamment à la fesse.
Ordinairement douloureuse, quelquefois produisant de l'inflammation locale et des abcès, cette méthode est prônée par les uns, discréditée par les autres. Cependant, elle semble agir avec rapidité, à cause de l'absorption facile des substances.
Les injections de calomel semblent avoir aussi amené quelques bons résultats.
L'iodure de potassium sera administré seul dans un liquide ou un
(I) Terrillon, Tu ditement de la syphilis par les injections de peptone mercuriel {Bull, génév. de th., 1881).
sirop quelconque, ou même en pilules, malgré la difficulté de conservation de ces dernières.
Si l'estomac ne peut le tolérer, on pourra le donner par la voie rectale, uni à un jaune d'œuf, dans un lavement.
Il sera utile de commencer toujours par des doses faibles en augmentant ensuite progressivement de 0^\oO à 0''''',60 par jour. Nous avons cependant remarqué que quelques malades sont plus incommodés par des doses faibles que par des doses élevées, administrées dès le début; aussi devra-t-on le donner avec quelque précaution.
Ce n'est qu'en agissant avec énergie et persévérance qu'on pourra dans les cas rebelles obtenir un résultat qu'on aurait quelquefois attendu pendant plusieurs semaines.
Quelles que soient les périodes de la maladie ou la nature des manifestations, il faudra toujours agir d'après les préceptes que nous venons d'indiquer.
La médication mixte ou simplement iodurée fait disparaître les gommes non encore ramollies. Si celles-ci sont molles et sur le point de s'ouvrir au dehors, on voit sous l'influence du traitement les parties malades se limiter, l'évacuation du bourbillon gommeux a lieu rapidement, et la guérison elle-même ne se fait pas attendre. Cette guérison rapide a pour avantage d'empêcher dans quelques cas le développement d'un fongus secondaire.
Dans des lésions plus anciennes, la même méthode produit des résultats aussi merveilleux; des fistules anciennes, traces de gommes suppurées, se guérissent en quelques semaines; des fongus déjà invétérés s'affaissent, les bourgeons disparaissent et la cicatrisation d'une plaie souvent très étendue ne se fait pas attendre.
Cette médication est tellement active et énergique que, de l'aveu de tous les auteurs, elle constitue le plus souvent un critérium, une pierre de touche, qui permet d'assurer le diagnostic quelquefois douteux. Pour eux, toute tuméfaction suspecte du testicule qui résiste au traitement antisyphilitique est constituée par une tumeur maligne ; il est rare que la marche de la maladie ne donne pas raison au traitement.
Le mercure peut être administré isolément, surtout dans des cas de syphilis récentes; la nodosité spécifique de l'épididyrae est principalement justiciable de ce médicament.
Ce traitement doit toujours, dans les cas de syphilis accentuée, et surtout quand on intervient quelque temps après l'apparition des accidents, être surveillé avec soin.