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CHAPITRE VI

ATROPHIE DU TESTICULE

Longtemps décrite comme une afTection spéciale, succédant le plus souvent à une maladie aiguë, l'orchite chronique comprenait un cadre fort étendu.

A mesure que l'étude des maladies du testicule a été plus complète, on a découvert que ce nom servait à désigner des affections diverses, mais dont la plupart reconnaissaient pour causes des lésions nettement définies, telles que la tuberculose et la syphilis. On a donc été amené à séparer de l'orchite chronique simple, des affections à marche chronique il est vrai, mais ayant des caractères tellement spéciaux, une anatomie pathologique tellement particulière, qu'on était obligé de les décrire séparément.

Ce travail de revision et de classement, qui a été complété surtout depuis quelques années, a diminué d'une façon si remarquable l'importance de l'orchite chronique que, actuellement, quand on cherche dans les travaux spéciaux, quand on regarde de près les malades, il est difficile, sinon impossible, de reconnaître l'orchite chronique; la tuberculose et la syphilis ayant presque tout accaparé.

Il existe cependant un état particulier du testicule qui succède à certaines lésions primitivement aiguës et persiste un certain temps, pour aboutir à un reliquat spécial, dernier terme de l'inflammation, c'est cet état qu'on nomme Y atrophie.

Entre l'état aigu d'une part, et l'état atrophique réel et définitif, on trouve une période spéciale qui représenterait l'état chronique.

Mais il s'agit de savoir si cette phase intermédiaire, variable par sa durée, ses symptômes et ses caractères, mérite une description spéciale et peut constituer une maladie particulière dans le cadre de la nosologie.

ATROPHIE DU TESTICULE

Pour nous rendre compte de la difficulté qu'il y a à décrire à part cet état passager et aussi pour avoir une opinion arrêtée sur ce -sujet, nous n'avons qu'à passer en revue les différentes affections anciennement comprises sous le nom d'orcliite chronique.

Nous avons vu déjà, à propos de la tuberculose, que cette maladie forme des amas caséeux qui pendant longtemps ont été décrits sous le nom à'orchite ch?-onique, caséeuse ou aposfémateuse (Forster). Virchow croyait qu'elle n'avait aucun rapport avec la tuberculose; de là cette erreur qui a été détruite par les travaux de l'école française, par Thaon, Grancher, etc., qui ont montré que tous ces produits, caséeux ou non, étaient dus à l'évolution de la tuberculose, laquelle est une maladie unique avec des manifestations locales souvent différentes.

La syphilis du testicule avec induration du tissu cellulaire au début et augmentation du volume de la glande était aussi considérée comme une orchite chronique. Déjà Gossclin (1) disait qu'elle était une cause fréquente d'atrophie du testicule. Bien indiquée pai- Virchow sous le nom à'orchite interstitielle, nous avons vu qu'il était préférable de décrire cette affection dans son ensemble avec les autres manifestations de la syphilis.

On a aussi désigné sous le nom d'épididymite ou orchite chronique ce reliquat d'inflammation aiguë, qui persiste sous la forme d'une nodosité occupant la queue de l'épididyme et si bien décrite par Gosselin.

Il y a bien là, pendant un certain temps, un processus chronique qui dure pendant quelques semaines, ayant pour caractère spécial l'induration et la douleur à la pression; mais tout cela dure peu de jours et s'atténue bientôt, au point qu'il est extrêmement rare que les phénomènes persistent longtemps, sauf une petite nodosité dure et qui n'est plus douloureuse.

En présence de cette affection légère, qui succède immédiatement à l'état aigu et disparait bientôt, nous avons pensé qu'il n'y avait pas lieu de la séparer de l'épididymite aiguë dont elle est la suite naturelle.

Cornil et Ranvier (2) considèrent que dans certains cas l'orchite aiguë peut se transformer en orchite chronique, qui à la longue s'abcéderait. Elle donnerait à sa suite une perte de substance du scrotum et d'une partie de la glande. Celle-ci, bourgeonnant abondamment au travers de cet orifice scrotal, formerait une variété de fongus bénin.

(1) Trad. de Curling, p. 81.

(2) Histologie pattiologique, t. II, 1884, p. 658.

MoNOD ET Terbillon. 30

mâlàdies du testicule et de ses annexes.

Mais cette complication de l'orchile, prenant à un moment donné une marche chronique, ne constitue pas une maladie à part, et nous avons préféré la décrire à propos de la suppuration du testicule ou de la formation du fongus.

Enfin, doit-on faire rentrer dans l'orchite chronique les faits signalés par l'un de nous (1) à propos des transformations qui se passent après l'âge adulte dans les testicules ectopiés?

11 s'agit là, en effet, d'une véritable sclérose, lente et à marche chronique, qui se termine par une atrophie de l'organe. Malgré cette apparence nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de rattacher ce désordre spécial de la glande à une véritable orchite chronique, car le processus de cette sclérose est latent, paise inaperçu, et le seul reliquat important qu'on constate c'est l'atrophie progressive et finale.

Après cette énumération on peut donc conclure que la description de l'orchite chronique est impossible à établir, puisqu'il ne s'agit le plus souvent que d'une phase passagère, plus ou moins lente à évoluer et qui correspond à plusieurs maladies différentes, actuellement séparées les unes des autres par la clinique et par l'anatomie pathologique. Il est seulement permis d'affirmer que certaines orchites deviennent chroniques à un moment donné et peuvent plus ou moins rapidement aboutir à l'atrophie totale de l'organe.

Nous n'avions donc qu'à décrire à propos de chaque variété d'orchile la phase de l'état chronique propre à chacune d'elles; c'est ce que nous avons fait.

Mais alors restait une difficulté. Convenait-il de décrire l'atrophie du testicule avec toutes ses modalités, malgré l'origine difTérente de la cause qui l'avait produite? Devions-nous au contraire, à l'exemple de M. Reclus et de son élève M. Galesco (2), tourner la difficulté, et décrire l'atrophie comme étant une orchite chronique?

Cette dernière interprétation-constitué, d'après nous, une erreur; car on ne peut confondre une maladie à évolution lente et chronique, avec le simple reliquat de plusieurs maladies différentes. Nous avons préféré user du cadre le plus rationnel, le plus clinique, et réunir dans un chapitre unique les atrophies testiculaires d'origine variée. Nous éliminons les atrophies d'origine congénitale ou ectopiques qui ont été déjà étudiées, car elles constituent plutôt des arrêts de développement que des atrophies proprement dites.

(1) Monod, Observations de castration inguinale, avec remarques sur le procédé employé et l'état anatomique du testicule ectopique. Bull, et mém. de la Soc. de chir., 1887, page 610.

(2) De l'orchite chronique, Th., Paris, 1887.

ATROPHIE DU TESTICULE

Nous montrerons que l'atrophie n'est qu'une conséquence de plusieurs états difTérents et qu'elle constitue une lésion définitive qui est à peu près la même dans tous les cas, par ses caractères macroscopiques, histologiques et par ses conséquences générales.

Étiologie. — L'atrophie de la glande séminale est extrêmement fréquente ; elle reconnaît des causes multiples que nous avons déjà en partie passées en revue. Il est utile néanmoins de présenter une vue d'ensemble de cette altération anatomique, afin de mieux faire ressortir les différences qui existent entre ses diverses variétés.

Après avoir défini ce qu'il faut entendre par atrophie du testicule, il convient donc de rechercher les causes si variées auxquelles succède le retrait du testicule.

Nous décrirons ensuite les divers types anatomiques qui correspondent aux nombreuses variétés d'atrophie pour passer ensuite en revue les symptômes et le pronostic.

Il n'y a en effet à proprement parler atrophie d'un organe que lorsque ce dernier, après avoir parcouru toutes les phases de son évolution normale, subit une diminution de volume qui en détermine le retrait brusque, lent ou graduel.

On pourrait même, pour éviter toute confusion, décrire lalésion qui nous occupe sous un autre nom, celui de sclérose, qui exprimerait à la fois l'idée anatomique et clinique qui correspond le mieux au processus atrophique de la glande séminale.

En dehors des processus morbides qui peuvent entraîner à leur suite l'atrophie de la glande séminale, il convient de signaler en première ligne l'atrophie, pour ainsi dire physiologique, du testicule qui survient sous l'influence des seuls progrès de l'âge. On sait en effet que chez le vieillard la plupart des organes subissent une involution rétrograde qui entraîne une diminution notable de leur volume. Le testicule n'échappe point à cette loi générale, et l'on peut dire qu'à partir de cinquante à soixante ans, le testicule est en général toujours atteint d'un léger degré d'atrophie, qui s'accentue encore à mesure que les progrès de l'âge viennent définitivement mettre un terme à son fonctionnement périodique.

Il existe donc tout d'abord une variété d'atrophie dont tous les auteurs ont parlé et qui fait pour ainsi dire partie de l'évolution normale de la glande : c'est V atrophie sénile du testicule.

Mais, à côté de cette atrophie pour ainsi dire normale et consécutive aux progrès de l'état sénile, il existe une foule de circonstances diverses.

de lésions inflammatoires ou de nialadies générales et locales qui ont pour aboutissant ultime, au point de vue s]>éeial qui nous occupe, l'atrophie en masse du testicule.

Les conditions dans lesquelles cette lésion de la glande peut se produire sont en effet si nombreuses qu'on peut dire en thèse générale que Tatrophie du testicule e-t la conséquence finale de tous les processus mor])ides qui ont directement ou indirectement compromis la vitalité de Torgane.

Pour mettre un peu d'ordre dans une étiologie aussi complexe, nous décrirons successivement deux ordres de causes. Tantôt en effet on peut invoquer comme cause première du retrait de la glande une lésion locale du testicule ou de son voisinage , tantôt on ne trouve que des maladies éloignées qui ont agi secondairement sur lui.

Il nous est donc permis de décrire deux variétés d'atrophie au point de vue étiologique :

Les atrophies par lésions locales;

Les atrophies de cause éloignée par vice de nutrition.

A. — Les atrophies de cause locale sont de beaucoup les plus fré- (juentes et constituent l'immense majorité des atrophies de la glande.

Elles correspondent à diverses variétés cliniques qui se ressemblent par leurs points essentiels, mais qui se distinguent quelquefois les unes des autres par des détails que nous apprendrons à mieux connaître en étudiant l'anatomie pathologique de la sclérose du testicule.

Aussi convient-il de distinguer dans l'étiologie des atrophies de cause locale plusieurs classes distinctes.

On peut tout d'abord dire que ce sont les diverses variétés d'orchite vraie qui fournissent la plus large part dans les scléroses atrophiques du testicule. Mais toutes les variétés d'orchite ne produisent pas au même degré l'atrophie de la glande.

C'est l'orchite qui survient dans les maladiesgénérales, par exemple, dans le typhus et surtout dans les oreillons, qui entraîne le plus souvent une atrophie rapide et une dégénérescence scléreuse prompte. Voici, en effet, les conclusions de M. Laveran (1) : » L'orchite ourlienne constitue le principal danger chez l'adolescent et même chez l'adulte. Les oreillons se compliquent d'orchite simple ou double deux fois sur cinq. L'atrophie survient sept fois surdixorchites métastatiques. » D'autres,

(1) Du iliagQOstic et de la prophylaxie des oreillons chez l'adulte et eu particulier de l'orchite ourlienne (Bull, de la soc. méd. des /(dp., 1878-79).

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comme Vorchite traumatique (1), Vorchite blennorrhagique ou Vorcinte rhumatismale, n'exercent que plus lentement leur action et ne compromettent l'organe qu'à échéance plus ou moins éloignée, sauf les cas de perte de substance. Nous avons déjà indiqué ce résultat à propos de l'épididymo-orchite blennorrhagique.

Les auteurs anglais tels que Astley-Cooper et Curling, mais surtout M. Bouisson (de Montpellier), ont cherché à démontrer que l'orchite rhumatismale n'était pas rare et qu'elle pouvait se terminer par atrophie. Galesco, dans sa thèse, cite un cas d'atrophie double par rhumatisme chez un homme de 61 ans. Malheureusement la plupart de ces faits ont été étudiés d'une façon très incomplète et ne sont pas toujours démonstratifs.

Gosselin signale l'observation d'un jeune homme de seize ans adonné à la masturbation, chez lequel les deux testicules s'atrophièrent l'un après l'autre par le fait d'une inflammation légère s'accompagnant de gontlement et d'un peu de douleur.

Brodie et quelques autres auteurs avaient signalé des faits analogues (Curling).

Nous avons déjà parlé longuement des nombreux cas d'atrophie survenant à la suite de causes traumatiques, dans lesquels l'organe a presque totalement disparu au point de ne laisser qu'un noyau dur à peine appréciable par la palpation dans le scrotum.

Parmi les autres variétés d'orchite nous citerons Vorchite tuberculeuse et Vorchite syphilitique, qui tantôt entraînent la sclérose en masse de l'organe sans phénomènes d'inflammation aiguë, tantôt au contraire produisent dans le testicule des tumeurs gommeuses ou tuberculeuses qui détruisent tout ou partie du parenchyme et entraînent secondairement la sclérose de la partie non envahie par le néoplasme.

Cette énumération nous montre que les inflammations aiguës de la glande génitale tiennent une grande place dans l'étiologie de l'atrophie.

Les affections inflammatoires des enveloppes peuvent avoir aussi la même influence.

Il est bien rare qu'un organe glandulaire ne soit pas influencé par les maladies qui atteignent son voisinage. Celles-ci ont d'autant plus de chances d'agir, qu'elles atteignent des parties plus immédiatement appliquées contre la glande, et qu'elles sont plus capables de gêner

(1) Bell, Atrophie testiculaire due à une orchite succédant à un choc {Laacet (Londou), 1881, page 3-33).

sa circulation. Les affections des séreuses en particulier retentissent presque toujours sur les organes de leur voisinage.

Il n'est donc pas étonnant que le testicule subisse la loi commune et que les altérations de la tunique vaginale soient capables de produire des troubles dans la circulation et la nutrition de la glande, au point de provoquer l'atrophie. Telle est l'opinion défendue par Hjelt (1) dans un travail sur l'atrophie des parties génitales.

Les différentes variétés de vaginalite chronique peuvent avoir à la longue cette fâcheuse influence ; c'est ce que nous allons montrer d'après les faits les mieux étudiés. Il existe cependant une grande différence entre les deux variétés : la vaginalite hydropique (hydrocèle) et la vaginalite hémorrhagique (hématocèle).

Vhydrocèle, lorsqu'elle est très volumineuse, produit, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre qui est consacré à cette maladie, des désordres du côté de l'épididyme ; les canaux de cet organe sont étalés, étirés, et finissent par disparaître presque complètement.

Le testicule lui-même est assez fortement comprimé par la présence du liquide, qui l'entoure presque de toutes parts, et son parenchyme présente une pâleur caractéristique que Gosselin a considérée comme un signe assez important, pour l'autoriser à admettre une maladie spécialesousle nom d'anémie (fu testicule [2). Jusqu'à cette période, iln'ya donc pas atrophie proprement dite de la glande, celle-ci subit seulement des troubles de la circulation tels que son fonctionnement est altéré, ainsi que le prouve l'examen des spermatozoïdes rares et dégénérés (Lannelongue et Marimon). Plus tard même, quand l'anémie est très prononcée, il peut y avoir absence complète de spermatozoïdes dans toutes les voies séminales, canal déférent, épididyme et testicule (Gosselin).

Cependant l'atrophie peut se produire dans quelques cas, ainsi que plusieurs auteurs l'ont signalé. Curling en a vu plusieurs exemples ainsi que Gosselin. Elle ne serait pas le résultat de la compression, mais au conti^aire d'une inflammation propagée par voisinage au parenchyme testiculaire et venant de la vaginale.

Cette atrophie résultant de l'inflammation du voisinage serait encore plus fréquente dans X hématocèle . Celle-ci ne produit au début que des troubles circulatoires ; on trouve le plus souvent le testicule anémié et entouré d'une masse de fausses membranes épaisses ou de tissu fibreux qui le masque presque complètement.

Mais plus tard, et assez rapidement, on voit se produire une véri-

^1) Jiuska Lakarsiillsk forhandl. Bd. XVII, p. 40, 1876. (2) Gosselin. Trad. do Curling-, p. 81.

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table atrophie. Curling cite un cas dans lequel la glande avait entièrement disparu ; il en est de même de Brodie, de Gosselin. La glande est alors réduite à un très petit volume, et son fonctionnement est absolument nul.

On a cependant cité quelques exemples d'hématocèles très anciennes dans lesquelles la glande, comprimée et anémiée, semblait ne présenter aucune altération appréciable de son tissu.

Malheureusement, dans la plupart des cas, les examens histologiques n'ont pas été pratiqués avec soin, cependant nous savons que dans des faits récents, déjà signalés par nous, les altérations des canaux et de l'épithélium ont été décrites avec soin; ce qui explique l'atrophie du testicule survenant secondairement.

Comme il est rare que les deux vaginales soient atteintes en même temps d'hématocèle, nous ne savons pas quelle est l'influence de cette affection sur le fonctionnement de l'organe et les désirs vénériens.

Gomme dernière variété d'atrophie consécutive à des lésions locales, nous pourrions citer enfin un type un peu spécial décrit par l'un de nous, celui de Y atrophie vraie par eclopie, qui rentre d'ailleurs dans le cadre de l'atrophie traumatique, puisque nous avons vu que la sclérose était en pareil cas corrélative à la situation anormale du testicule et aux traumatismes fréquents auxquels il est exposé, ainsi que nous l'avons montré en traitant de l'ectopie.

h'éléphantiasis du scrotum, malgré le volume considérable des tissus qui entourent le testicule, laisse souvent ce dernier organe intact. Aussi doit-on, d'après plusieurs auteurs, s'efforcer de les conserver quand on pratique l'opération. Il y a cependant de nombreuses exceptions à cette règle, puisque le docteur Adams, qui a observé cette maladie à Madère, a constaté que presque tous ceux qui en étaient atteints avant l'âge de la puberté n'acquéraient pas les caractères ordinaires de la virilité et que leur testicule s'atrophiait.

Chez les adultes, l'éléphantiasis peut produire aussi quelquefois l'atrophie testiculaire. Peacock a signalé l'atrophie chez plusieurs individus atteints d'éléphantiasis et observés à l'hôpital des lépreux de Colombo, à Ceylan. Lawrence et Curling en ont vu également des exemples.

M. Ledentu (1) rapporte cependant des cas bien observés dans lesquels il semble y avoir eu une hypertrophie de la glande séminale coïncidant avec l'éléphantiasis du scrotum. L'un de nous a vu également un cas (2) dans lequel le testicule semblait plus gros.

(1) Ledentu, Bull, et mém. de la Société de chirurgie, 1887, page 022.

(2) Torrillon, liull. et mém. de ta Soc. de ch., 1887, page 024.

Mais il est difficile d'avoir des renseignements précis sur l'augmentation réelle du testicule, qui, dans ces cas, est ma,squé par l'épaississement des tissus périphériques.

Telle est l'étiologie de l'atrophie de cause locale; elle se résume assezsimplement : les diverses variétés d'inflammation du testicule et les affections des enveloppes, en particulier l'hématocèle, peuvent produire latrophie.

B. — Les atrophies de cause éloignée, dues probablement à un trouble de nutrition de la glande, sont plus rares. On peut les ranger sous ti'ois chefs : 1" Les atrophies par lésions vasculaires; 2° Les atrophies d'origine nerveuse; 3" Les atrophies par action toxique.

l" Les atrophies par lésions vasculaires sont nettement démontrées, quoique le nombre des observations de ce genre soit assez restreint. On doit citer en première ligne l'atrophie qui succède au varicocèle.

Le varicocèle, affection si fréquente et si nettement limitée, a souvent attiré l'attention à propos des conséquences qu'il peut avoir sur la nutrition du testicule. Curling dit dans son livre : « Lorsque, dans un varicocèle, la dilatation des veines du cordon est considérable et qu'elle s'est opérée rapidement, elle réagit sur la nutrition de la glande au point d'en déterminer l'atrophie ; il en est de même quand le varicocèle est ancien. Le testicule subit une atrophie plus ou moins rapide, s'accompagnant presque toujours de disparition des animalcules spermatiques. » Gosselin en cite des exemples, M. Reclus en a signalé deux dans sa thèse.

BarM^ell prétend que le testicule qui correspond à un varicocèle volumineux « n'est pas d'un bien grand usage ».

Dernièrement M. Pearce Gould présentait à la Société clinique de Londres (nov. 1880) deux jeunes gens âgés de dix-sept et dix-huit ans, qui avaient une atrophie considérable du testicule gauche, à la suite de l'apparition d'un varicocèle depuis cinq ou six mois.

On peut dire cependant que ces faits sont relativement rares, puisque James Paget, Astley-Cooper et d'autres prétendent que le varicocèle ne constitue qu'une infirmité ennuyeuse à cause du sentiment de pesanteur qui existe dans la région, mais qu'elle ne présente aucun danger pour le testicule.

Le varicocèle, étant spécialement une affection de l'adolescence, n'a de retentissement sur le testicule qu'à cette époque, ainsi que le prouvent la plupart des observations publiées.

ATROPHIE DU TESTICULE

En dehors des cas où l'atrophie reste d'ailleurs toujours légère, on sait que les lésions diverses de la circulation artérielle peuvent entraîner l'atrophie de la glande. Les expériences d'A. Copper sur la ligature de l'artère spermatique, les faits cliniques de Mitlet, de Domhrowe, •de Wardrop et de Bourgeois, mettent hors de doute l'atrophie du testicule d'origine artérielle.

2" Les atrophies d'origine nerveuse sont assez peu connues, malgré Je nombre considérable d'observations dont on dispose.

Curling (1), Klebs, Rokitansky, Forster, Montmollin, Larrey (^), ■ont publié les cas très probants d'atrophie du testicule à la suite ■d'une lésion encéphalique ou médullaire.

D'après l'état actuel de nos connaissances sur l'influence que le système nerveux a sur la nutrition des organes, il ne doit pas nous paraître extraordinaire qu'une maladie de ce système provoque l'atrophie de la glande séminale. Il est vrai que l'atrophie d'origine nerveuse est bien plus fréquente dans certains tissus tels que les muscles, les os, que dans les parenchymes glandulaires, mais le fait cependant ■existe.

Nous trouvons dans les auteurs plusieurs exemples bien nets de ce :genre d'influence sur le testicule.

Certaines formes de paraplégie, surtout celles qui succèdent aux 'lésions traumatiques de la moelle, ont amené l'atrophie testiculaire. 'Curling donne l'observation d'un individu de trente-deux ans qui vit ■son testicule s'atrophier dans le cours d'une paraplégie complète, conséquence d'une blessure de la région dorsale vers sa partie moyenne; la blessure remontait à deux ans.

La même atrophie survint chez un individu atteint depuis trois ans d'une paraplégie complète, causée par une fracture avec dislocaftion partielle de la première et de la seconde vertèbre lombaire. "Wardrop rapporte un cas d'atrophie du testicule chez un homme ■qui avait reçu un coup violent dans la région lombaire.

La plupart de ces faits reconnaissent pour cause une lésion de la moelle dans le voisinage de l'origine des nerfs spermatiques, ou une affection de ces nerfs eux-mêmes. Du reste M. Brown-Séquard, dans ses expériences sur la section et la régénération de la moelle chez les cobayes, a constaté que les testicules subissaient une diminution ■de volume.

Un travail important sur ce sujet a été publié par Obolen-

(1) Trad. fraaç., p. 73.

'(2) Mém. dechir. milit., vol. II, p. 66.

sky (1). Il a fait des expériences sur les lapins et celles-ci lui ont démontré que la section des nerfs spermatiques entraînait l'atrophie du testicule et de l'épididyme. Il signale aussi un cas d'atrophie chez l'honame après une blessure de la moelle.

Les traumatismes sur le crâne ont été dans quelques circonstances suivis du même résultat.

Curling a constaté ce fait chez un homme de cinquante-neuf ans qui avait subi un traumatisme grave de la région postérieure de la tête, deux ans et demi auparavant.

Un blessé dont l'histoire est racontée par Larrey vit survenir l'atrophie des deux testicules après avoir reçu une balle qui avait atteint la nuque en rasant la protubérance occipitale externe. Il en fut de même chez un autre auquel un coup de sabre avait enlevé la partie postérieure de l'occipital. Lallemand cite un fait analogue.

Gorringe (2) parle d'un cas d'atrophie du testicule à la suite d'un traumatisme du cou et du dos.

Par le fait d'une lésion du cervelet, un malade dont Montmollin rapporte l'observation, perdit également ses deux testicules (3).

Un de nous a pu observer un cas analogue chez un individu qui présentait les symptômes d'une paralysie générale aiguë et qui se plaignait fréquemment de douleurs dans la région postérieure de la tête.

Il semble donc que le cervelet ou les parties postérieures du cerveau peuvent être considérés comme des centres nerveux spécialement destinés aux organes de la génération et leur servant de centre trophique. Ce rapport entre le testicule et les parties postérieures des centres encéphaliques avait été anciennement admis par certains physiologistes, et il est encore défendu actuellement par quelques-uns.

La fréquence des atrophies d'origine nerveuse serait même plus considérable qu'on ne pourrait le croire; Klebs pose en principe que dans les paraplégies le testicule s'atrophie une fois sur trois, ce qui constitue une proportion assez forte.

Mais c'est surtout au début des paraplégies traumatiques que l'atrophie du testicule se montre comme phénomène saillant.

La diminution de volume est assez rapide et peut évoluer en quelques semaines, tantôt sans phénomènes inflammatoires, comme dans le cas

(1) La section du nerf sperniatique et son influence sur le tesiicule. Centralbl. fur diemed. Wisse7ic/i., n. 32, 1867.

(2) Cas d'atrophie du testicule à la suite de traumatisme du cou et du dos. la Prov. Journ., 184G.

(3) Montmollin, Soc. méd. de Neufchâtel, séance du 20 mars 187.').

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de Gorringe, tantôt avec tous les caractères d'une inflammation aiguë de la glande.

Tous ces faits tendraient donc à faire admettre, un centre trophique pour le testicule, mais la localisation de ce centre dans le cervelet ou la moelle n'est pas nettement définie, malgré les apparences. Le docteur Morelot, qui dans sa thèse (1) a étudié complètement cette question, n'a pu arriver à aucune conclusion.

Nous signalerons également les atrophies probablement congénitales qui se rencontrent fréquemment chez les enfants idiots et épileptiques et sur lesquelles MM. Bourneville et Sollier ont appelé l'attention (2). Mais nous n'avons pas de renseignements suffisants sur l'anatomie pathologique de cette variété d'atrophie testiculaire.

3° L'atrophie d'origine toxique doit être signalée comme dernière cause d'atrophie, mais sans nous y arrêter, car cette variété ne nous semble nullement démontrée. On a incriminé l'usage interne de l'iode ; les applications iodées (Parker), (Cullerier) (3). Mais il faut émettre quelques doutes sur la possibilité d'un tel processus.

Anatomie pathologique. — A. liésions microscopiques. — Le testicule atrophié peut se présenter sous deux types distincts qu'il importe de décrire à part. Tantôt en effet on trouve les lésions d'une sclérose diffuse de la glande portant sur tous ses éléments indistinctement; tantôt au contraire il s'agit d'une sclérose systématique portant uniquement sur les canalicules spermatiques.

Toutes les variétés d'atrophie que nous avons énumérées ne produisent pas en général indistinctement l'une ou l'autre forme.

Tandis que l'orchite syphilitique chronique, par exemple, doit être considérée à sa période d'atrophie comme un type de sclérose diffuse, l'atrophie sénile,au contraire, doit être considérée comme un type non moins bien défini de sclérose systématique. Il existe, il est vrai, entre ces deux variétés de sclérose des formes de transition ; mais d'une façon générale il y a deux types assez tranchés dans l'anatomie pathologique de l'atrophie scléreuse du testicule.

Nous prendrons pour type de l'atrophie en masse du testicule, de la sclérose diffuse, l'atrophie d'origine syphilitique qui est la mieux étudiée et la mieux décrite.

Souvent cette atrophie est bilatérale, et, bien qu'à des degrés différents, elle a envahi les deux testicules.

(1) Contribution à l'étude de l'atrophie du testicule. Thèse, Paris, 1881.

(2) Des auomalies des organes génitaux chez les idiots et les épileptiques. Progrès médical, 1888, p. 126.

(3) Mém. Soc. de cliir. Paris, t. II.

La sclérose porte à la fois sur le testicule et l'épididyine, bien que ce dernier soit toujours moins réduit que le testicule lui-même. Celui-ci est souvent dans cette forme à peine aussi volumineux qu'un haricot. La glande a acquis une consistance considérable ; elle n'est plus formée que par une masse dure ne donnant plus cette sensation spéciale à la fois molle et élastique du testicule normal.

A la coupe on trouve un tissu fibreux, dur, compact, criant sous le scalpel et contenant parfois dans son épaisseur des parties calcifiées. Sur la surface on remarque que les cloisons sont épaissies, que l'albuginée est épaissie, qu'elle est souvent adhérente aux enveloppes du testicule. Vichow décrit cette lésion sous le nom àQpériorchite et orchite interstitielle (fig. 30-37).

L'aspect général de la surface de la coupe est blanchâtre, les canali-

Fig. 36. — Testicule un peu hypertrophié Fig. :{7. — Testicule atrophié et iuet induré. — a, a, restes du parenchyme duré. — a, épaississement considénormal; b,b, oblitération de la vaginale rable de l'albuginée avec rétraction, par périorchite et albuginite ; c, c, restes de la cavité vaginale.

cules y apparaissent comme des points béants sur la surface de la coupe. Cet aspect est surtout marqué dans le rete testis et dans l'épididyme.

Tout le testicule en un mot semble s'être transformé en une masse homogène et compacte dans laquelle persistent encore quelques vestiges des canalicules.

Le travail de calcification parfois très étendu qui se rencontre quelquefois, semble être un épisode possible de ce travail de transformation fibreuse, et serait, d'après Werra, en rapport avec l'interruption partielle de firrigation sanguine.

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Ce type de sclérose est, comme nous l'avons ditdéjà, souvent réalisé dans la syphilis atrophique du testicule ; on peut encore le voir se produire à la suite des orchites graves, primitives ou secondaires, et en particulier dans les fongus bénins du testicule et dans les anciennes hématocèles.

Le testicule est transformé en une masse allongée, bosselée, dure et surmontée de l'épididyme également induré.

Cette forme est cependant relativement rare et ne se présente qu'exceptionnellement.

Plus commune est la deuxième forme de sclérose du testicule, la sclérose systématique, dans laquelle rentrent la plupart des cas d'atrophie que nous avons mentionnés.

Le plus souvent en effet les lésions inflammatoires ou ti'ophiques portent plus spécialement leur action sur certaines parties de la glande et entraînent à leur suite des altérations chroniques qui tendent à se limiter à certains éléments du tissu de l'organe.

Nous prendrons pour type de cette variété de sclérose, Vatrophie sénile, où elle se présente à son plus haut degré de pureté.

D'une façon générale la forme du testicule et de l'épididyme est conservée; l'atrophie porte principalement sur le testicule lui-même quia subi en général une forte réduction de volume (fîg. 38).

La consistance est seulement un peu différente de celle du testicule sain, elle est simplement plus dure et moins élastique. Il semble que le parenchyme soit diminué de volume et incapable de remplir l'albuginée.

A la coupe, le tissu semble plus dur et plus consistant, il ne crie point sous le scalpel. C'est seulement au niveau de l'épididyme que la consistance devient presque fibreuse et assez résistante.

L'aspect de la surface sur une coupe rappelle assez bien celle du testicule normal. Lescanaliculessontdistincts, plus distincts même souvent qu'à l'état normal, ils s'effilent avec la plus grande facilité, se séparant sans effort sur une très grande longueur.

L'albuginée semble seulement un peu épaissie. Les cloisons de la glande et le rete testis sont plus denses qu'à l'état normal. L'épididyme est plus franchement fibreux, sa coloration est un peu jaunâtre.

Sur la surface de la coupe on aperçoit des vaisseaux saillants et béants.

Fig. 38. — Atrophie du testicule.

Tel est l'aspecl macroscopique du testicule sénile qui représente, comme nous l'avons dit, le type de la sclérose systématique. Ses caractères sont tout à fait différents de celui du testicule syphilitique, dont il diffère sur presque tous les points. L'atrophie est peu accentuée, la consistance et l'aspect général presque normaux. Au contraire, dans l'atrophie syphilitique, l'atrophie était considérable, la transformation fibreuse évidente, la calcification possible.

Il y a donc là, d'après un examen superficiel, deux types bien distincts de l'atrophie du testicule.

B. liésions liistolog:ique$. — Les deux variétés, que l'examen à l'œil

Fig. 39. — Atrophie par sclérose diffuse (testicule syphilitique). — «, conduit eu voie d'atrophie ; h, vaisseau enveloppé d'un tissu conjonctif dense ; c, tissu conjonctif canaliculaire devenu fibreux.

nu permet déjà de séparer, se distinguent encore bien plus nettement par l'analyse histologique.

Dans la sclérose diffuse, par exemple, dans l'orchite chronique syphilitique, on observe sur les coupes de l'organe que le fait dominant, la modification morphologique essentielle survenue dans la glande malade, est la néoformation de tissu conjonctif dans les espaces inter tabulaires.

Ce tissu conjonctif, tantôt embryonnaire, tantôt franchement fibreux, suivant que la lésion est ancienne ou récente, se trouve parsemé d'éléments cellulaires arrondis et fusiformes dont les proportions varient suivant l'âge de la lésion.

ATROPHIE DU TESTICULE

Les parois propres des canalicules ont en partie disparu et le tout se fusionne avec la gangue conjonctive de nouvelle formation. Le seul vestige de leur paroi est lamembrane anhysie limitante, hypertrophiée, qui sépare l'épithélium de la tunique propre du canalicule.

Le calibre des tubes est réduit à des proportions extrêmement minimes; au lieu de rester cylindriques, ils se sont aplatis, et sont devenus ovoïdes par suite des compressions inégales qu'ils doivent supporter. Beaucoup sont même réduits à une simple fente au milieu de laquelle, comme seul vestige de l'existence de l'épithélium, se rencontrent quelques débris cellulaires pigmentés ou granuleux.

Les tubes qui sont encore en partie recouverts par un épithélium ne présentent à leur centre aucune cellule réellement intacte.

Toutes les cellules qui persistent sont en pleine dégénérescence granulo-graisseuse. Leurs contours sont effacés, leur noyau à peine visible ne fixe que difficilement les matières colorantes et n'apparait sur la surface de coupe que sous forme d'une masse centrale à peine colorée.

Souvent d'ailleurs on remarque que la sclérose diffuse, surtout celle qui succède à la syphilis de l'organe, est irrégulièrement répartie dans l'intérieur de la glande, et l'on peut ainsi suivre, pour ainsi dire, pas à pas les transformations graduelles des éléments constitutifs.

On voit qu'à mesure que la prolifération interstitielle conjonctive s'accentue, la fusion entre l'élément conjonctif intertubulaire et l'élément péritubulaire devient plus intime et plus parfaite; le calibre des tubes se rétrécit progressivement en subissant une fonte granuleuse qui d'abord efface leurs contours, puis leur fait subir une involution rétrograde qui diminue progressivement leur nombre.

L'albuginée, distincte encore sur les coupes où la sclérose n'est encorequ'au début, ne tarde pas, dès que l'organisation de lanéoformation conjonctive interstitielle est complète, à faire intimement corps avec elle sans ligne de démarcation bien tranchée.

Du côté de l'épididyme les lésions sont de même nature et ne diffèrent que par des points de détail. L'épithélium se conserve cependant plus longtemps, malgré la disparition complète de la paroi propre musculaire et conjonctive des tubes.

Quand la sclérose n'est point trop ancienne on peut trouver des dilatations kystiques de certains conduits, à côté d'autres conduits complètement atrophiés et disparus.

Ce qui domine, comme on le voit, dans la sclérose diffuse du testicule c'est la néoformation conjonctive du tissu conjonctif intertubu-

laire, la sclérose en masse de toute la glande et la disparition progresr sive de l'élément épithélial.

Le même processus s'observe généralisé ou localisé dans toutes les circonstances oîi, soit par le fait d'un traumatisme, soit par le fait d'une compression ou d'une perte de substance, une orchite se développe.

C'est ainsi, par exemple, que dans l'hématocèle ancienne, Piliiet a trouvé l'atrophie. C'est encore suivant ce même processus qu'on voit se combler les pertes de substances de la glande, ou se terminer les contusions fortes du testicule chez les animaux.

Les modalités de la sclérose diffuse peuvent cependant varier dans certaines limites; mais le fait essentiel qui caractérise l'orchite atrophique diffuse, c'est la néoformation conjonctive dans les espaces intertubulaires.

L'atrophie sénile représente le deiixième type des atrophies scléreuses du testicule, celui d'une sclérose élective systématique portant de préférence son action sur certains éléments de la glande.

Les caractères histologiques de cette variété de sclérose ont été étudiés par le D'' Arthaud dans sa thèse (1).

Les modifications observées portent principalement sur le diamètre

des tubes, sur l'état de leurs parois, sur l'épithélium lui-même, et enfin sur l'état des vaisseaux de la glande. Le fait qui domine, au point de vue du diamètre des canaux, est le rétrécissement progressif de leur lumière.

Le mécanisme de cette rétraction, qui peut aller jusqu'à l'oblitération complète, est très net.

La paroi du conduit s'est en pareil cas considérablement épaissie. Elle se montre comme formée Fig. 40. — Atrophie par sclérose systé- de deux couches, l'une externe, matique (coupe demi-schématique d'un . jj constituée

testicule semle). — a, conduit atrophie ^ '

réduit à sa tunique ; b, conduit en voie comme chez l'enfant ou même d'atrophie ; c, tissu coDjonctif canali- ^ l'adulte par des éléments, culaire légèrement densine. ^

cellulaires concentriques, a pris.

un aspect franchement fibreux; l'autre interne, anhysle, homogène.

(1) Étude sur le testicule sénile. Thèse, Paris, 1885.

ATROPHIE DU TESTICULE

Cette dernière couche semble jouer un rôle important dans l'oblitération du conduit; car, tandis que la couche striée externe, devenue fibreuse, semble surtout s'élargir par ses couches externes, la couche anhyste s'avance dans la lumière du conduit sous forme de bourrelets •onduleux, bien décrits par Langhans, et arrive à transformer peu à peu ce conduit en une fente linéaire.

On a beaucoup discuté sur la nature de ces deux couches ; l'externe semble surtout constituée chez l'adulte par des éléments cellulaires à noyaux ovoïdes, parallèles à la direction du conduit, qui s'organisent en tissu fibreux concentrique chez le vieillard.

La couche interne s'est montrée, dans nos observations, constituée par une matière homogène sans trace d'éléments cellulaires; ce n'est ■qu'exceptionnellement que nous l'avons vue prendre elle-même l'aspect fibreux et contenir des noyaux.

C'est surtout dans les scléroses systématiques très anciennes que cette apparence s'est montrée, telle que Langhans la signale.

A côté de ces modifications si importantes des parois du tube, il importe de signaler les lésions propres de l'épithélium.

Au début des scléroses systématiques, les cellules épithéliales commencent déjà à présenter des contours moins nets, leur protoplasma devient plus granuleux, leurs noyaux plus pâles et moins apparents; les cellules qui se montrent dans la lumière du canal se chargent de granulations graisseuses et pigmentaires.

Dans les tubes plus altérés, les couches épithéliales ont diminué de nombre, la dégénérescence granulo-graisseuse et pigmentaire s'est accentuée. Enfin, dans les tubes réduits à une simple fente linéaire, ne se trouvent d'autres vestiges de l'élément épithélial que quelques débris granuleux et quelques particules pigmentaires qui dessinent et font ressortir cette fente, dernier vestige de la lumière du conduit.

A côté de ces modifications importantes de la paroi des canalicules, on remarque, au contraire, que le tissu conjonctif intercanaliculaire est peumodiflé. Il est plus dur qu'à l'état normal, constitué par des faisceaux connectifs lâches et peu adhérents aux parois des tubes. D'autre part, la tunique albuginée reste très nettement limitée, même au niveau du rete ■testes, où la ramification des cloisons fibreuses la rend plus adhérente.

Seuls, les vaisseaux artériels présentent quelques lésions qui consistent essentiellement dans l'endopériartérite classique des petits vaisseaux.

Du côté de l'épididyme les lésions sont identiques. Il convient de noter seulement la dilatation possible de quelques conduits, et l'ap- MoNOD ET Terhillon. 3i

parition assez commune de petits kystes, dont l'un de nous a étudié la structure en collaboration avec le D"" Arthaud (1).

Telles sont les lésions les plus habituelles du testicule sénile qui nous a servi de type.

Nous avons retrouvé des lésions semblables dans les orchites traumatiques légères, dans l'atrophie ectopique, que nous avons déjà étudiée, dans les orchites spécifiques peu intenses, et, enfin, dans les orchites par lésions nerveuses ou vasculaires.

Ceci suffit pour faire comprendre que l'immense majorité des atrophies testiculaires se présente sous ce deuxième type et affecte presque toujours les caractères de la sclérose systématique.

Pour montrer la difï'érence qui sépare cette variété de la première, il suffit de les mettre en parallèle.

Pour la sclérose diffuse le fait dominant est la néoformation conjonctive inter-canaliculaire . Dans la sclérose systématique, au contraire, c'est la sclérose péri-canaliculaire portant sur les parois des tubes seuls, qui constitue le fait dominant.

Dans l'un et l'autre cas l'élément épithélial se trouve secondairement atteint. Sa disparition progressive est la cause première des désordres physiologiques qui marquent le symptôme clinique dominant de l'atrophie du testicule en général.

Symptômes et diagnostic. — La consistance et le volume du testicule atrophié varient suivant bien des circonstances et surtout d'après les causes : tantôt il est dur, bosselé, de consistance fibreuse et irrégulière dans sa totalité, tantôt, au contraire, il est mou; on doit presser avec une certaine force pour sentir au centre une partie dure et résistante.

Ordinairement la sensibilité testiculaire, si facile à provoquer quand le testicule est sain, est abolie. Il ne persiste quelquefois qu'une sensibilité assez vive, avec douleur localisée à la pression, mais celle-ci est bien différente de la sensibilité dite testiculaire.

Le diagnostic de l'atrophie du testicule est, en général, facile à faire, lorsque la glande est isolée et n'est marquée par aucune altération du scrotum ou de ses enveloppes immédiates. Par une palpation méthodique on trouve un petit corps allongé, bosselé le plus souvent, surmonté quelquefois d'une masse plus petite et qui se continue avec le canal déférent (fig. 38). Elle est mobile dans le scrotum et quelquefois difficile à saxii.' au milieu des parties molles.

(1) Mouod etc. Arthaud, Contribution à l'étude des altérations du testicule ectopique et de leurs conséquences (Infécondité). Arch. gén. de méd., 188", t. II, C41-C52.

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f^lOlCOCHIFUHCICAL SOCIETY

ATROPHIE DU TESTICULE. 483

Quand l'atrophie est double, il est possible de la diagnostiquer, non seulement par l'exploration directe, mais aussi par l'étude des phénomènes éloignés qui en sont la conséquence ordinaire, surtout chez les jeunes gens. L'absence des spermatozoïdes dans les éjaculations, souvent l'impuissance virile, l'embonpoint précoce, sont autant de signes importants.

Quand les parois scrotales ou la vaginale sont malades et épaissies, il est difficile de savoir si le testicule est atrophié. La perception pour le malade d'une sensation testiculaire spéciale en un point donné peut seule démontrer que le testicule n'est pas atrophié.

Pronostic. — Consétiuences de l'atrophie. — L'atrophie du testicule peut avoir des conséquences très variées, et malheureusement dans (quelques cas elles peuvent être très étendues.

Localement, on ne peut guère signaler que la névralgie. Celle-ci quelquefois commence pendant la période de rétraction pour persister lorsque l'atrophie est définitive. Souvent, les phénomènes douloureux ne se montrent qu'après l'atrophie complète. Elle peut être durable et persister assez longtemps, malgré tous les efforts de la thérapeutique, pour qu'on soit obligé de pratiquer l'ablation de l'organe atrophié, ainsi que nous en avons cité des exemples dans le chapitre qui traite de la névralgie du testicule.

D'après un certaia nombre d'auteurs, l'atrophie d'une des glandes séminales survenant dans le cours de l'adolescence ou même plus tard, aurait pour conséquence l'hypertrophie du testicule du côté opposé. 11 se passerait ici un phénomène de compensation assez semblable à celui qui existe pour un des reins, lorsque l'autre est rudimentaire.

Il est certain qu'il n'est pas rare de trouver dans ces conditions un testicule assez volumineux, mais comme le volume normal de l'organe varie dans des proportions considérables, il est bien difficile d'affirmer ({u'il y a là une hypertrophie compensatrice, quoique le fait paraisse probable.

Les t7'oubles fonctionnels qu'entraîne l'atrophie du testicule peuvent être de deux ordres bien distincts. Ils peuvent se réduire simplement à l'absence des spermatozoïdes dans le canal déférent et la vésicule séminale correspondant à l'organe atrophié. Si l'autre testicule fonctionne normalement, le sperme éjaculé contiendra des animalcules normaux, mais en moindre quantité que dans le sperme ordinaire. Enfin, l'atrophie d'un seul organe n'aura aucun retentissement sur les désirs vénériens et les facultés viriles.

Dans le cas où les deux organes sont atrophiés, ce qui est le plus

rare, il peut y avoir, non seulement altération du sperme, qui ne contient plus de spermatozoïdes, mais diminution et abolition de l'instinct de la génération. Les troubles peuvent être même plus généralisés et plus éloignés, et porter sur l'ensemble de l'individu en provoquant le développement de certains caractères propres à la femme. On a décrit ce fphénomène général sous le nom de féminisme. Gérard (1) en a décrit un exemple bien remarquable. Il faut remarquer toutefois que ces modifications de l'état général et de l'apparence extérieure ne surviennent ordinairement que chez les hommes dont les testicules se sont atrophiés à une époque voisine •de la puberté. Plus tard, les modifications ne surviennent plus, ou •sont peu accentuées.

Il se passe donc ici quelque chose d'analogue à ce qui survient chez les individus privés de leurs testicules par la castration. Cependant les eunuques présentent ordinairement des troubles généraux plus intenses que les individus dont le testicule est simplement atrophié.

Il est rare que l'atrophie des testicules produise le féminisme très complet : elle provoque le plus souvent des troubles du côté de la mamelle. Les exemples de cette hypertrophie sont nombreux, et M. Lereboullet, qui a fait sur ce sujet un travail impor- ?tant (2), a pu en réunir un assez grand nombre. Il a présenté, entre autres, devant la Société médicale des hôpitaux, un jeune homme de vingt-deux ans, atteint d'une atrophie complète des deux testicules par le fait d'une orchite succédant aux oreillons. Ce jeune homme •était impuissant ; il présentait en même temps une hypertrophie mammaire assez considérable. On percevait à la palpation tous les ■caractères d'une glande volumineuse avec des lobes hypertrophiés ■et des grains très faciles à sentir.

M. Gaillet (de Reims) a vu chez un jeune homme, auquel il avait fait l'ablation d'un testicule, les seins se développer d'une façon considérable. Il a pu extraire de la glande du lait riche en colostrum. Nélaton cite des exemples analogues (3).

Cependant, Cliquet (4), dans un cas semblable, ne put obtenir qu'un tpeu de liquide contenant des débris épithéliaux.

(1) Observation de féminisme coïncidant avec une atrophie complète des deux testicules. In Rec. de Mém. de méd. milit., Paris, 1878, XXXIV, p. 630.

(2) Hypertrophies mammaires et atrophies des testicules à la suite de certaines orchites. Soc. méd. des hôpitaux, 1877 et Gaz. hebdomadaire, août 1877.

(3) Gaz. des hôp., 1856.

(4) De l'état de la glande mammaire consécutive à l'atrophie du testicule. Trib. Méd. N. 1877.

ATROPHIE DU TESTICULE

Ainsi, l'atrophie d'un seul testicule peut quelquefois produire l'hypertrophie du sein correspondant, ou même des deux seins, d'après les observations publiées par Gubler, Larrey, Rendu.

Follin et Duplay, dans leur Traité de pathologie, admettent sans restriction le rapport qui existe entre ces désordres du côté du sein et l'atrophie testiculaire (l). « Il semble aujourd'hui démontré que^ dans la plupart des cas, l'hypertrophie mammaire est liée à l'atrophie desoryaues génitaux soit congénitale soit accidentelle. » Les individus qui en sont atteints sont chétifs, d'apparence lymphatique et présentent des allures féminines.

Malgré cette affirmation, il faut cependant se rappeler que l'hypertrophie mammaire peut survenir chez des individus, surtout ptirmi les jeunes gens, qui ne présentent ni anomalie des organes génitaux ni atrophie du testicule, mais ces faits constituent certainement l'exception.

La nature de cette hypertrophie a été différemment interprétée. Jules Cloquet, qui présenta une observation intéressante de gynécomastie devant l'Académie de médecine, montra que l'élément glandulaire n'entrait en rien dans l'hypertrophie de l'ensemble, et qu'il y avait là simplement une accumulation graisseuse localisée.

M. Horteloup (2), dans sa thèse d'agrégation, croit qu'après l'atrophie du testicule, l'hypertrophie mammaire n'est que le résultat d'un trouble général de l'économie avec infiltration graisseuse localisée. Il s'appuie pour défendre cette opinion sur ce fait que l'hypertrophie peut survenir chez des individus qui n'ont aucune lésion des organes génitaux et chez lesquels l'élément glandulaire n'avait aucune raison pour s'hypertrophier. Cependant, des faits bien observés prouvent que la glande peut être envahie elle-même.

M. Lereboullet donne une explication très rationnelle de cette anomalie apparente, qui consiste dans l'hypertrophie mammaire survenant tantôt sans cause appréciable au moment de la puberté, tantôt par le fait d'une atrophie testiculaii-e :

« On peut aisément comprendre que ces hypertrophies se produisent, quand on songe que, chez l'enfant nouveau-né, l'état anatomique et physiologique de la glande mammaire est, en beaucoup de points, comparable à celui que l'on doit observer, pendant la lactation, chez la femme adulte, et que, très fréquemment à l'époque de la puberté, on voit les seins augmenter de volume et devenir très sen-

(1) Path. externe, t. V, p. 66G.

(2) Des tumeurs du se'm chez l'homme. Th. de conc. Paris, ISTÎ.

sibles. Cependant, quand on voit l'hypertrophie mammaire survenir, non à l'époque de la puberté mais longtemps après, aussitôt après l'atrophie de l'un ou des deux testicules, on ne peut plus prétendre qu'il n'y ait pas une relation directe entre les deux phénomènes. L'hypertrophie mammaire est la conséquence de l'atrophie du testicule. Il y a entre ces deux phénomènes une relation de cause à effet, relation qui se trouve établie par les observations d'un assez grand nombre de médecins. »

D'après Faneau de la Cour (1), l'atrophie du testicule chez les tuberculeux produit l'impuissance et provoque l'apparition des symptômes du féminisme.

L'atrophie sénile a pour effet des troubles de sécrétion du sperme qui sont probablement en rapport avec les désordres que nous avons étudiés du côté des tubes spermatiques. Duplay (A.), en 1862 f2), fit un travail important sur les modifications que subissent les spermatozoïdes sous l'influence de l'âge. Ils subissent des altérations dans leur forme et la longueur de l'appendice ; leur volume diminue également.

Nous n'avons pas trouvé d'indications sur la chute delà barbe après l'atrophie des glandes séminales, ainsi qu'elle survient quelquefois à la suite de la castration, d'après Godard et d'après lord Macarthey, qui observa des cas de castration en Chine.

(1) Du féminisme et de Vinfinlilisme chez les tuberculeux. Th. de Paris, 1871.

(2) Recherche sur le sperme des vieillards [Arch. gén. de méd., t. XXX, 1862).

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