CHAPITRE VIII
NÉVUALGIE DU TESTICULE
La névralgie du testicule est une affection spéciale qui paraît due à un état particulier des nerfs qui pénètrent dans cet organe, élat dont nous ne connaissons pas encore les caractères anatomiques.
Comme les symptômes douloureux qui caractérisent cette affection paraissent tantôt se passer dans la glande elle-même, tantôt irradier sur le trajet des nerfs, certains auteurs, à l'exemple de A. Cooper (1) et de Curling (2), avaient cru devoir décrire deux affections différentes : l'une, qu'ils désignaient sous le nom de testicule irritable {ir/itabile testis), l'autre, à laquelle ils reconnaissaient une nature plus nettement névralgique à cause des irradiations qui ont lieu sur le trajet des nerfs du cordon.
Mais Gosselin a fait observer que ces deux affections se confondent complètement dans cei'tains cas, au point qu'il est difficile d'établir une distinction entre elles, et qu'une description isolée devient absolument impossible.
Plusieurs faits que nous avons pu observer, ainsi que la lecture des observations publiées, nous ont convaincu que la réflexion de Gosselin était parfaitement juste, et que, souvent, la nature intime de la névralgie nous échappe d'une façon absolue.
Étiologie. — Pour faire une étude complète de cet état douloureux de la glande séminale et de ses dépendances, il est utile d'établir une distinction entre deux grandes variétés qui diffèrent surtout par la cause ou l'origine de la douleur.
(1) Le trait, ch. du fongus test. Londres et Edimb., Montly Jour., 1848.
(2) A. Cooper, trad. Clîassaignac et Richelet, 1839, p. 444 à 449.
(3) Curling, trad. Gosselin, 1857, p. 443 à 455.
NÉVRALGIE DU TESTICULE
Tantôt la glande séminale est douloureuse sans présenter aucune altération apparente; ces faits sont les plus rares.
Tantôt, au contraire, il existe une lésion portant sur la glande ellemême ou sur des parties éloignées des organes sexuels.
Nous aurons donc à étudier trois classes de névralgies, au point de vue de leur origine et de la cause probable de cette affection.
1° Névralgie sans altération notable de la glande.
2° Névralgie symptomatique d'une lésion du testicule ou de son canal excréteur.
3» Névralgie symptomatique d'une lésion périphérique ou éloignée •du testicule.
1° i\éTpalgic sans altération de la g^lanile. — Parmi les caS de
névralgie du testicule qu'on peut observer, il existe une classe spéciale ■dans laquelle les douleurs ne paraissent être le résultat d'aucune altération appréciable du côté du testicule ou de l'épididyme. La glande séminale est bien le siège d'une douleur souvent localisée en un point, mais la disparition momentanée de cette douleur, les améliorations passagères, indiquent, qu'à ce niveau, il n'y a aucune altération constante. Dans ce cas, il y aurait donc une névralgie essentielle ou plutôt ne reconnaissant comme cause qu'une altération passagère et difficile à définir, et ce serait à elle que A. Cooper appliquerait ■spécialement l'épithète de irritabile testis.
Mais ces faits sont rares; aussi certains auteurs n'ont-ils pas craint de rejeter cette variété de névralgie, prétendant que toujours on trouvait une lésion appréciable du testicule, de l'épididyme ou d'une partie de l'appareil.
Gosselin nie presque absolument cette névralgie essentielle (1) ; dans les cas de névralgie qu'il a pu observer il a toujours trouvé une cause ■capable d'expliquer la douleur.
Telle est aussi l'opinion de Kocher (2). Cependant, A. Cooper et Curling citent des faits bien observés qui semblent rentrer dans cette catégorie. Curling (3) signale un testicule conservé au musée du collège des chirurgiens de Londres et qui fut extirpé par W. Blizard pour une névralgie rebelle ; ce testicule cependant paraissait sain.
Que devons-nous penser de cette contradiction? Dans quel camp ■devons-nous nous ranger?
Sans vouloir trancher complètement cette question, car l'investiga-
(1) Trad. Curling, p. 448.
(2) In Pitha et Billroth, 2e édition, 1887, art. Testicule.
(3) Loc. cit., p. 451.
tion des affections testiculaires ou péri-testiculaires est toujours délicate, difficile et peut laisser passer inaperçues quelques lésions très minimes, nous dirons que cette forme, malgré sa rareté, existe quelquefois.
Un malade, que nous avons longtemps examiné et suivi, nous a présenté un exemple très net de cette maladie essentielle, qui a disparu à la suite de l'emploi des douches.
Mais ce qui nous permet d'admettre cette forme de névralgies, malgré sa rareté, c'est la constatation de celte affection chez des jeunes enfants présentant les attributs de l'hystérie chez l'homme.
M. Charcot a le premier étudié quelques-uns de ces faits, à propos desquels l'un de nous a fait une communication devant la Société de chirurgie (1).
Chez ces enfants, la douleur testiculaire pouvait être comparée à celle qui existe chez certaines femmes hystériques au niveau de l'ovaire. Ceux qui présentent cette variété de névralgies offrent tous les attri-buts ordinaires de l'iiystérie : aneslhésie cutanée limitée; diminution du champ visuel ; anesthésie du pharynx, etc.
La douleur du testicule peut, chez eux, être le point de départ d'un awa, qui provoque des accès hystériques parfaitement caractérisés.
Les froissements et surtout les pressions portant sur le testicule luimême produisent, au niveau de l'organe, une douleur violente, angoissante, et peuvent entraîner des crises nerveuses.
Sur ces malades, nous avons observé également que la peau du scrotum était le siège d'une sensibilité très vive, superficielle, et que les moindres attouchements provoquaient une contraction du crémaster.
Il est probable que la connaissance de ces faits éveillera l'attention sur cette variété de névralgie du testicule, et que les exemples de cette curieuse affection se multiplieront ; c'est cette considération qui nous a engagés à les signaler avec quelques détails.
On pourrait aussi rapprocher de ces faits certaines observations dans lesquelles le testicule était devenu douloureux par le fait de contractions brusques du crémaster, affection qui a été décrite sous le nom de : Bétraction spasmodique du testicule.
Cet accident se rencontre ordinairement au moment du coït ou d'un effort, et provoque une douleur très vive par le choc brusque du testicule contre l'anneau inguinal externe. Ordinairement cette douleur est passagère comme la cause qui l'a produite et le testicule redescendu
(1) Terrillon, De la 7iévralgie du testicule et de ses rapports avec l'hystérie chez l'homme (Bull, et mém. Soc. de ch., 188G, p. 797).
NÉVRALGIE DU TESTICULE
à sa place n'est plus douloureux. Mais, à côté de ces cas, il en existe d'autres dans lesquels cette contraction du crémaster s'est transformée en véritable contracture qui a été assez tenace pour rester permanente pendant quelques heures ou quelques jours; on cite même un cas où cet état dura près de cinq mois, pendant lesquels le crémaster contracturé maintint le testicule dans cette situation vicieuse. La douleur serait alors à peu près continue et durerait autant que persiste la contracture et la compression du testicule, qui en sont la cause principale.
A côté de ces faits nous pouvons citer ceux publiés par Lœver (1). Cet auteur a décrit un état particulier du crémaster qui se contracte alternativement et se détend de façon à faire monter et descendre le testicule avec rapidité. Les mouvements d'ascension provoquent un état douloureux du testicule qui rappelle la névralgie avec irradiation le long du cordon. Lœver a donné à cette affection le nom de orchichorée ou danse du testicule.
Cette affection se rencontrerait surtout chez les enfants nerveux et prédisposés ou se livrant à l'onanisme avec excès. Cependant, la masturbation, difficilement avouée par les malades, asouvent été indiquée à tort comme causant les névralgies. Ici, la névralgie semble due à une excitation trop vive ou trop prolongée des glandes séminales. Peut-être pourrait-elle rentrer dans la classe des névralgies par troubles généraux, comme ceux de l'hystérie.
On a aussi signalé d'autres causes banales de la névralgie du testicule, telles que la goutte, les troubles digestifs (Brodie), mais ces faits sont rares et difficiles à expliquer.
3° Mévral^ie symptoniatiquM «l'une lésion «lu testicule ou «le sou
con«iuit excréteur. — A. Altération de l'épididyme. — Il est certain qu'un grand nombre des cas de névralgies succède à l'inflammation de l'épididyme d'origine blennorrhagique ou uréthrale. Cette inflamrnation, qui se termine par la formation d'une nodosité très appréciable, entretient une irritation locale, laquelle se manifeste quelquefois par une douleur persistante, irradiée, très pénible.
Les névralgies, qui s'établissent au niveau de l'induration, persistent et l'épididyme se rapproche de cet état douloureux que nous avons » étudié à propos de l'épididymite aiguë, et qui a motivé la dénomination d'épididymite à forme névralgiqup .
Celle-ci peut avoir précédé la névralgie chronique dont nous nous
(1) la Deutsch Klin., 18G8.
im MALADIES DU TESTICULE ET DE SES ANNEXES.
occupons actuellement ou bien cette dernière peut s'établir d'emblée longtemps après la guérison de l'inflammation aiguë. On s'accorde généralement à considérer cette névralgie comme le résultat de l'oblitération des voies séminales au niveau du nodule qui persiste dans la queue de l'épididyme et à la rétention de sperme qui en est la conséquence.
Langenbeck a beaucoup insisté sur cette cause, car il a vu un cas dans lequel la névralgie était due à l'épaississement de l'épididyme, à l'induration de la queue de cet organe, et aux adhérences de la vaginale à son niveau.
Humphrey cite un fait dans lequel l'origine avait été uo abcès de l'épididyme.
Brodie a vu un homme chez lequel existait une petite induration de l'épididyme, et qui éprouvait une douleur vive quand on touchait cette partie. La marche et le moindre froissement provoquaient la même douleur.
Enfin, Kocher parle d'un homme de cinquante-cinq ans qui portait au niveau de la tête de l'épididyme une petite tumeur dure (fibrome ou névrome), laquelle était le point de départ d'une névralgie très intense.
Des tumeurs fibreuses de l'épididyme peuvent avoir le même effet. Souvent ces tumeurs sont complexes et formées de muscles lisses (myomes) ou d'un mélange de tissu fibreux et musculaire (léiomyomes).
Nous avons été témoins d'un cas de cette nature opéré par l'un de nous (i). Il s'agissait d'un fibro-myome de l'épididyme provoquant des douleurs qui cessèrent après l'ablation.
M. Méricourt (2), en 1885, avait signalé des faits analogues avec névralgie ; il s'agissait de léio-myomes.
Les kystes de l'épididyme et la spermatocèle, s'accompagnent parfois aussi de névralgie. Dans ces cas, l'excitation génitale et l'érection provoquent l'apparition ou l'augmentation des douleurs, ce qui fait croire que la rétention du sperme était une des causes de la douleur.
Nous avons cité ces exemples pour montrer que des affections diverses du conduit excréteur peuvent produire de la névralgie ; mais ces causes peuvent être plus multipliées et plus complexes que celles que nous avons indiquées.
Lorsque la cause existe au niveau de l'épididyme, on peut souvent la constater facilement. Cet organe lui-même dans toute son étendue
(1) Terrillon, Fibro-myomes de l'épididyine. In Congres de chirurgie, 1885, p. 582. — Paris, 1886.
(2) Méricourt, Léio-myomes de l'épididyme {Revue de médecine, Paris, 1886).
NÉVRALGIE DU TESTICULE
ou seulement au niveau du point exact où se trouve la petite tumeur, est le siège de la douleur vive qui irradie du côté du cordon.
B, Altérations du testicule. — A la suite d'une orchite, on peut voir survenir aussi un état névralgique de la glande; ainsi Genandert (1) raconte qu'un homme de vingt-cinq ans qui avait été atteint d'orchite double avait eu à la suite une névralgie du testicule. Il éprouvait la sensation qu'aurait fourni le testicule serré et comprimé violemment avec une corde; après le coït, la douleur devenait moindre. Des applications locales de glace sur le scrotum, pendant trois jours, diminuèrent cette douleur qui finit par disparaître.
Des lésions anciennes du testicule amènent souvent la même lésion. Ainsi Y atrophie, surtout celle qui succède au traumatisme, provoque quelquefois un état névralgique rebelle à tous les traitements, et qui pousse les malades à demander l'ablation du testicule.
Curling cite le cas d'une névralgie survenue chez un jeune homme à la suite d'une atrophie du testicule causée par une inflammation traumatique. L'ablation fut pratiquée à cause du caractèi'e rebelle de l'affection, et on trouva l'épididyme induré et fibreux.
L'un de nous (2) dans un cas déjà cité, a eu l'occasion d'enlever également un testicule atrophié et qui était remonté dans l'anneau inguinal, où il s'était fixé. L'inflammation de cet organe était survenue à la suite d'un effort. Il provoquait des douleurs vives sous l'influence du moindre attouchement, de la mai^che , et des mouvements de la cuisse correspondante. Le testicule enlevé était atrophié et fibreux; l'épididyme, encore reconnaissable, était moins altéré que la glande ellemême.
Enfin, parmi les altérations bizarres constatées sur des testicules atteints de névralgie, nous trouvons un cas de Parker (3), dans lequel l'extirpation du testicule fut pratiquée pour une névralgie persistante; on trouva comme lésion une ossification complète de la tunique albuginée.
3° Mévralgîes syiuptomatiques de lésions périphériques ou éloignées tiu testicule. — Les causes de la névralgie du testicule, qui ne résident pas dans cet organe lui-même, mais sur des parties périphériques, sont nombreuses, et la plupart agissent sur des nerfs qui sont en connexion directe avec cette glande ou qui s'anastomosent avec ces derniers.
(1) Genandert, la Gaz. médic. de Lyon, 1867. Observât, d'irritabile testis.
(2) Terrillon, Annales des organes génito-urinaires, 1885.
(3) Parker, In South Car. Ass. Charleston, 188G, p. 70.
Nous verrons plus loin que ces connexions nerveuses sont bien démontrées par le trajet de la névralgie.
Le varicocèle joue un rôle assez fréquent comme cause de la névralgie du testicule; c'est cette douleur qui engage souvent les malades à demander le secours de la chirurgie. 11 est vrai qu'ici on rencontre quelquefois une lésion du testicule qui est en partie atrophié et altéré.
Le traitement chirurgical du varicocèle, quel que soit le procédé employé, amène une guérison de la névralgie et du varicocèle; les exemples en sont nombreux.
Une hydrocèle a quelquefois le même effet, et la névralgie peut être intense et assez rebelle. Pitha cite un cas de disparition de l'état névralgique, après le traitement et la guérison de l'hydrocèle par l'incision.
On a cité aussi des faits de névralgie dus au développement de corps étrangers dans la vaginale.
Mais, à côté de ces lésions périphériques au testicule ou assez voisines de lui pour influencer l'organe directement, on trouve des causes plus éloignées, et qui ont leur effet sur lui par l'intermédiaire du système nerveux, ce sont de vraies névralgies par hradiation.
Les maladies du rein jouent un rôle principal dans cette classe, et cela s'explique par les connexions intimes entre le système nerveux des deux organes.
Ainsi, la colique néphrétique s'accompagne souvent d'une douleur irradiée du côté du testicule, celui-ci devient sensible spontanément ou à la pression, au moindre frottement. En même temps le crémaster se contracte et attire le testicule vers l'anneau inguinal.
Cet état est ordinairement passager et disparaît quand la cause a cessé et que le calcul est descendu dans la vessie.
Mais quelquefois il persiste et peut rester stationnaire et même prédominer quand des calculs irritent d'une façon continue les bassinets ou l'uretère.
On a vu des cas dans lesquels la douleur testiculaire, irradiée du côté du cordon, était tellement prédominante que la douleur rénale passait inaperçue et que la colique néphrétique était méconnue.
Le même phénomène peut se passer dans certaines néphrites aiguës et douloureuses, avec irradiation dans le testicule.
Les affections de la vésicule séminale ont le même retentissement. Nous avons vu un cas de vésiculite aiguë qui s'accompagnait d'une douleur vive du côté du testicule.
NÉVRALGIE DU TESTICULE
La rétention du sperme dans cet organe a la même influence, mais passagère et ne durant qu'autant que la rétention.
Les maladies de la prostate présentent les mêmes conditions de propagation.
Ultzmer (cité par Kocher) a constaté une véritable névralgie testiculaire ou au moins une sensibilité très vive de cet organe, lorsque le cathéter atteignait la portion prostatique de l'urèthre.
Les irritations vives et permanentes de la muqueuse de l'urèthre peuvent avoir la même influence; ainsi, Réveillé-Parise signale un cas fort intéressant , dans lequel la névralgie avait apparu subitement dans le testicule et le cordon, avec sensation d'angoisse et des vomissements; elle reparaissait à intervalles périodiques à trois mois de distance. Elle cessa par la sortie par l'urèthre d'une petite pierre qui avait amené deux accès de rétention d'urine en quinze jours.
Nous signalerons aussi les cas de névralgies ilio-scrotales(Ghaussier) avec irradiation dans le testicule, et qui semblent être des névralgies essentielles d'un rameau nerveux.
Enfin, la hernie inguinale, surtout quand la pelote du bandage qui sert à la maintenir est mal supportée, peut donner lieu aussi à une névralgie s'irradiant dans le testicule.
Stymptômes de la névralgie tlu testicule. — LeS symptômes de la
névralgie du testicule sont assez variables ; il est difficile de les ramener, par la description, à un type uniforme; cependant, il est possible d'indiquer les principaux caractères de cette affection.
Ordinairement le testicule est très impressionnable à la moindre pression ; le froissement le plus léger, le simple contact des vêtements, sont vivement ressentis par le malade. Une position vicieuse du testicule, même dans le décubitus horizontal, suffit pour réveiller la douleur. Ainsi, quelques malades ne peuvent dormir sans se coucher du côté opposé à la partie malade dans la crainte que le testicule sain, reposant sur l'autre, ne presse sur lui et ne provoque une douleur insupportable.
Souvent l'impression du froid ou du chaud à la surface du scrotum exaspère cette sensibilité, et les changements atmosphériques semblent avoir eux-mêmes une influence manifeste.
Lorsqu'on palpe la partie malade, on ne peut le faire qu'avec une grande circonspection, car le moindre attouchement est très douloureux.
Mais ce qui frappe le plus dans le résultat de cette exploration.
c'est que ce n'est pas toute l'étendue de l'organe qui est le siège ou le point de départ de cette douleur. Ordinairement, ainsi que l'a fait remarquer Cooper, un seul point quelquefois très limité est le siège de la douleur, et ce point siège tantôt sur le testicule, tantôt sur l'épididyme. Ce dernier organe est ordinairement sensible dans toute son étendue, quand il est le point de départ de la névralgie.
Le malade éprouve aussi une sensation de pesanteur et de plénitude très marquée; il lui semble que l'organe est engorgé et tendu.
Le coït a une inflaence qui diffère beaucoup suivant les malades; ainsi, les uns, comme un malade de Cooper (1), éprouvent un soulagement momentané après le coït, mais ce soulagement est suivi d'une exacerbation assez vive pendant les jours suivants; d'autres au contraire, accusent une exacerbation marquée chaque fois que le coït est pratiqué.
Ces symptômes locaux s'accompagnent très souvent de douleurs irradiées qui remontent sur le trajet du cordon et des nerfs spermaliques, atteignent la région lombaire et peuvent envahir plusieurs des troncs nerveux voisins, ilio-lombaire, obturateur, crural. L'irradiation s'étend quelquefois à tous les nerfs du plexus qui sont en connexion avec les filets qui se rendent aux organes atteints.
M, Mauriac a particulièrement insisté sur ces névralgies secondaires et il a décrit avec soin leur caractère, leur marche et les points douloureux qui les caractérisent.
L'attitude des malades, surtout dans la station debout ou lorsqu'ils marchent, est souvent caractéristique. Le corps fortement penché en avant, ils tiennent les jambes écartées et marchent lentement et avec précaution; souvent même ils portent instinctivement la main au niveau du scrotum pour protéger les parties malades; cette courbure en avant est encore exagérée quand la névralgie irradie dans les lombes.
Un caractère spécial qui accompagne quelquefois la névralgie est la contracture du crémaster; celui-ci, en se contractant, entraîne le testicule en haut, près de l'anneau inguinal externe.
Quand cette contraction n'est pas permanente, elle se produit quelquefois brusquement sous une influence variable. Enfin, on voit quelquefois cette contracture réflexe tellement accentuée, qu'elle se produit par le simple attouchement du scrotum, de la peau des parties voisines ou de la racine de la cuisse, lorsque le malade est debout.
(1) Loc. cit., p. 442.
NÉVRALGIE DU TESTICULE
Un des caractères de cette affection, qui lui est commun avec les névralgies des autres organes ou des autres régions, consiste dans les variations qui se présentent dans les phénomènes douloureux.
Ceux-ci procèdent souvent par crises, qui surviennent soit spontanément, soit sous l'influence d'une cause légère, telle qu'une pression ou un simple froissement. Le malade éprouve alors, souvent presque instantanément, une douleur intense, excruciante, qui irradie dans l'aine et les lombes, et le force à s'étendre, à cesser toute occupation, souvent à prendre une position spéciale, seule capable de le soulager légèrement.
Les crises sont souvent tellement violentes, que la face devient grippée, le malade est anxieux, pousse des gémissements et est en proie à une véritable torture.
Cet état peut durer un temps variable, depuis quelques minutes jusqu'à plusieurs heures.
Heureusement, les crises ne sont pas toujours aussi violentes, et elles se bornent à des douleurs vives et irradiées, qui diminuent après quelques minutes, pour laisser dans le testicule une sensation de pesanteur assez pénible.
Enfin, la névralgie présente presque toujours des rémissions, quelquefois même des arrêts complets, pendant lesquels le malade se croit guéri et complètement débarrassé. Dans quelques cas, ces rémissions consistent simplement dans une diminution telle des symptômes, que le malade n'est que légèrement incommodé.
Mais la moindre cause, un froissement, un écart de régime, le coït exagéré, suffisent pour ramener la névralgie avec son cortège ordinaire de phénomènes si pénibles.
Marche et pronostic. — La marche et la durée de cette névralgie sont absolument variables, comme les caractères cliniques qu'elle nous présente ordinairement.
Elle est remarquable par ses intermittences et ses rémissions. Lorsqu'elle est marquée par des crises, celles-ci reviennent à intervalles variables, ou au contraire avec une certaine régularité, surtout si elles sont sous l'influence de l'impaludisme, ainsi que cela a été constaté.
En général, c'est une maladie rebelle, résistant à la plupart des traitements employés, et pouvant durer des mois et des années, sans que le malade éprouve un soulagement réel et surtout une guérison durable.
L'état général est vivement impressionné par cet état de soulTrance MoNOD ET Tf.rrillon. 33
considérable, et souvent si pénible, surtout quand on tient compte de l'état moral qui accompagne toujours les maladies de l'organe de la génération.
Aussi les malades maigrissent, des troubles dyspeptiques surviennent, accusant ainsi une perturbation profonde, et les malheureux patients arrivent à réclamer une opération radicale qui seule est capable de les soulager.
A. Cooper raconte que trois fois il a consenti à faire des castrations, malgré son opinion, mais poussé à cette nécessité par l'état de souffrance de ses malades, et surtout par la crainte de voir survenir des accidents généraux graves ou d'apprendre que le suicide aurait été la dernière ressource de ces malheureux.
Un de nous (1) a été conduit à pratiquer une castration dans un cas de névralgie. Il est vrai de dire qu'ici le testicule était atrophié à la suite d'une orchite traumalique, et que la névralgie s'était établie après l'atrophie. Le malade guérit complètement.
Malgré ces cas extrêmes on signale un certain nombre de guérisons, même pour des névralgies longtemps rebelles ; guérisons qui restent définitives.
Un fait curieux rapporté par Curling, et dont un de nous a pu recueillir un exemple, consiste dans l'apparition tardive, c'est-à-dire quelques mois après le début de la maladie, d'une induration de l'épididyme, s'accompagnant même de phénomènes inflammatoires locaux. Nous aurons à discuter plus tard la cause de cette tuméfaction.
La névralgie du testicule est une affection qui, par elle-même, n'est pas grave, mais elle peut avoir une influence sur l'état général du malade, et surtout sur son état moral, non seulement à cause de la souffrance qu'il éprouve, mais aussi et principalement à cause de la nature de l'organe qui est le siège de la névralgie.
L'absence de sommeil, ou dans quelques autres cas, l'impossibilité de marcher ou de faire un mouvement, maintient les malades dans un état précaire et les affaiblit.
Enfin, le caractère rebelle de cette maladie est particulièrement remarquable; aussi le malade épuise-t-il tous les remèdes possibles, et souvent même en arrive à demander la castration.
Traitement. — Le nombre des traitements employés contre cette affection est difficile à préciser, car il en est de la névralgie du testi-
(1) Terrillon, Ann. des org. génito-urin., 1885.
NÉVRALGIE DU TESTICULE
cule comme de toutes les névralgies rebelles; tout a été essayé, mais la guérison n'a que rarement couronné ces essais.
Cependant, au milieu de ce chaos, il est utile d'indiquer les principaux moyens employés, et principalement ceux qui semblent avoir eu pour résultat soit un soulagement, soit une guérison durable de la maladie. Nous laisserons de côté les médications internes consistant dans l'emploi des substances généralement considérées comme antinévralgiques, telles que le sulfate de quinine, la morphine, l'aconitine, etc., lesquelles ont pu servir d'adjuvant pour le traitement, mais n'ont pas donné, par elles seules, des résultats suffisants.
Il ne s'agira donc ici que des applications locales.
Le repos et la position horizontale constituent le meilleur moyen de soulagement pour les malades, qui sont quelquefois obligés de garder cette position pendant des semaines, et même des mois, sous peine de voir survenir une exacerbation de leurs douleurs. La position du testicule lui-même a une grande importance, car son poids, en tiraillant le cordon, suffit souvent pour produire une augmentation de la douleur et une recrudescence de l'affection.
On doit aussi veiller à la liberté du cours des matières fécales, car nous savons que souvent les fèces accumulées dans l'S iliaque compriment les nerfs qui se rendent au cordon et produisent de la douleur. Le passage des gaz en abondance dans le gros intestin peut avoir la même influence. 11 est donc nécessaire d'atténuer autant que possible cette cause de douleurs.
Les applications locales ont eu souvent un effet favorable, soit pour calmer la douleur pendant quelque temps, soit même pour amener la guérison après un emploi méthodique et prolongé.
Les corps réfrigérants ont surtout été recommandés par A. Cooper, Curling et autres; les compresses trempées dans l'eau glacée, le nitrate de potasse enfermé dans une vessie, et surtout la glace pilée ont donné souvent des résultats merveilleux.
Ces applications calment ordinairement la douleur, après quelques instants, quelquefois après avoir procuré une exacerbation légère.
Pendant tout le temps que dure cette réfrigération, la douleur disparaît et le bien-être persiste pendant plusieurs heures, quelquefois plusieurs jours après la cessation.
Mais il faut surveiller avec attention l'emploi de ce moyen, afin d'empêcher la congélation du scrotum ; aussi doit-on avoir soin d'interposer entre la vessie remplie de glace et la peau plusieurs doubles de linge.
Le chlorure de méthyle, employé avec succès par le D'' Debove pour les névralgies, peut trouver ici une heureuse application.
Il est très rare que les malades ne soient pas soulagés par ce moyen, qui procure souvent la guérison, quand il est employé avec persistance.
Les révulsifs variés, tels que vésicatoires, teinture d'iode, emplâtres vésicants, etc., ont aussi amené des améliorations notables, et doivent être recommandés.
Une application de six à douze sangsues sur le trajet du cordon a donné aussi des résultats rapides; certains malades ne pouvaient être soulagés que par l'emploi de ce moyen.
L'électricité, appliquée sous forme de courants continus, faibles, doit aussi être employée dans quelques cas. Elle a donné à l'un de nous une réussite complète, une guérison permanente dans un cas rebelle. Il suffît, pour cela, d'appliquer sur la région scrotale un des pôles, l'autre étant placé sur la région lombaire. Deux à quatre couples de Bunsen suffisent pour produire un effet lent.
Enfin, un grand nombre d'autres moyens ont été essayés avec succès, et sont recommandés par leurs auteurs; mais il ne faut pas toujours s'attendre à un succès certain dans tous les cas.
Dernièrement Hammond (1) a publié deux cas de guérison par un procédé original qu'il a, le premier, employé. Il s'agit d'une compression énergique des éléments du cordon au niveau du pubis, au moyen d'une pelote maintenue appliquée avec une bande de caoutchouc. L'application a duré quinze minutes ; le soulagement a été immédiat et durable, malgré l'intensité de la névralgie.
L'auteur croit que cette compression locale suffit pour briser ou altérer la plupart des tubes nerveux des nerfs qui se rendent au testicule, et produire ainsi un ébranlement salutaire. On pourrait donc comparer ce qui se passe ici, avec l'effet produit par l'élongation brusque d'un nerf, laquelle agit si manifestement sur certaines névralgies traumatiques ou essentielles. Cette opération n'a pas été essayée, mais nous pensons qu'elle pourrait rendre des services.
Pour ce qui est de la castration, c'est un moyen radical qu'on peut appliquer quand le testicule est atrophié ou malade.
Doit-on suivre l'exemple de Cooper qui a enlevé des testicules, sur la demande du malade? Nous ne le pensons pas.
Il faut tout d'abord s'attaquer à la cause de la névralgie quand on a pu la reconnaître. Si des phénomènes inflammatoires persistent dans
(1) Sf-Louis Courier of medicine, mai 1880. Sur un nouveau traitement de la névralgie du testicule.
NÉVRALGIE DU TESTICULE
les nodosités de la queue de l'épididyme, il faudra agir par la compression.
Pour les nodosités de l'épididyme, on a employé Félectrisation qui semble avoir donné quelques bons résultats.
Si on soupçonne la présence d'un petit kyste de l'épididyme, on pourra le ponctionner avec une aiguille de la seringue de Pravaz et injecter quelques gouttes de liquide irritant, pour amener l'oblitération de ce kyste. Mais s'il existe une tumeur dure, fibreuse, un lio-myome sur cet organe, il ne faut pas hésiter à enlever cette cause locale de la névralgie. On obtiendra ainsi une guérison, comme nous l'avons vu chez un de nos malades.
Dans le varicocèle, la ligature par tous les procédés connus, ainsi que l'enroulement des veines, ont donné des guérisons; on suppose que ce résultat est dû à la destruction des nerfs compris dans la ligature.
Nélaton a proposé la section des nerfs du cordon, opération délicate, qui peut donner une amélioration momentanée ; mais souvent les nerfs se ressoudent, et la névralgie peut reparaître. Il faudrait alors réséquer une portion assez étendue des nerfs pour avoir un résultat plus durable.
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