GRANDS KYSTES. — ANA.TOMIE PATHOLOGIQUE
Nous verrons plus loin que ces relations étroites entre le kyste et les conduits excréteurs du testicule peuvent rendre compte de la présence de spermatozoïdes dans le liquide contenu.
Le kyste sous-épididymaire e?t ordinairement unique et uniloculaire. Il n'est pas rare, cependant, qu'autour d'une tumeur principale soient groupées d'autres plus petites, de volumes inégaux ; l'ensemble figurant un kyste multiloculaire (fig. 30). En réalité, toutes ces cavités restent indépendantes les unes des autres. La poche principale est simple, unie à sa surface et sans cloisonnement. Il est assez rare d'y rencontrer des brides saillantes; plus rare encore de trouver plusieurs cavités secondaires communiquant ou non entre elles. Curling cite cependant et figure un exemple de cette disposition.
La structure de la paroi kystique est très simple. Elle se compose de deux couches, une tunique fibreuse ordinairement assez mince, qui peut cependant, à la longue, acquérir une notable épaisseur, et un revêtement épithélial. Celui-ci est, dans les tumeurs anciennes, constitué par des cellules pavimenteuses aplaties, disposées sur une seule couche ; dans les kystes jeunes, l'épithélium est cylindrique, à cellules étagées en plusieurs couches (Hochenegg).
b, liitiiiide contenu. — ■ Le liquide contenu présente habituellement des caractères tout particuliers, qui donnent à ces kystes une place à part, parmi les tumeurs des bourses.
Il e>;t parfois séreux, transparent et ne difTère pas de celui d'une hydrocèle ordinaire. Le plus souvent il est gris, opalin ; et lorsqu'on l'examine au microscope, on reconnaît qu'il contient une quantité plus ou moins considérable de spermatozoïdes. La teinte opaline est d'autant plus accentuée que les spermatozoïdes sont plus nombreux.
Parfois le liquide est blanc laiteux, cette coloration paraît due à la présence de gouttelettes graisseuses en suspension.
Ajoutons enfin, pour ne rien oublier, que dans des cas assez rares, observés par d'autres et par nous-mêmes, les kystes de l'épididyme fournissent, à la ponction, un liquide absolument aqueux, limpide comme le cristal de roche, semblable à celui que contiennent certains kystes para-ovariens. Nous verrons quelle interprétation il convient de donner à ces faits.
En dépit de ces diverses exceptions, la règle est que le liquide des grands kystes de l'épididyme contienne des spermatozoïdes, d'où le nom de kystes spermatiques, souvent donné à ces tumeurs.
Nous avons déjà dit que, cependant, même dans celles qui méritaient ce nom, la présence des éléments du sperme n'est pas constante. Il
peut arriver que, constatés à une première ponction, ils fassent défaut à une seconde; ou bien encore que, manquant lors de la première intervention, ils apparaissent seulement plus tard. Ces cas sont exceptionnels. Le plus souvent le liquide est dès l'abord spermatique, et demeure tel, pendant toute la durée de l'affection .
Ce sont les plus gros kystes qui contiennent le plus habituellement des spermatozoïdes ; ils sont parfois en nombre prodigieux, cachant tous les autres éléments de la préparation. Dans les kystes de petit ou de moyen volume, le liquide est assez souvent séreux (Gosselin); circonstance qui a fait supposer que les éléments spermatiques ne pénétraient que secondairement dans la tumeur (v. Pathogénie).
Les spermatozoïdes des kystes de l'épididyme peuvent avoir tous les caractères de ceux des voies séminales. Ils sont normalement constitués, très vivaces et ont, lorsqu'on examine le liquide à l'état frais, des mouvements à peu près semblables à ceux dont ils jouissent dans le sperme éjaculé. Souvent, et cela surtout lorsque le kyste est ancien et a subi quelque altération, les spermatozoïdes ont encore l'apparence normale, mais ils sont immobiles. D'autres fois, enfin, ils sont réduits en fragments plus ou moins distincts ; on arrive cependant habituellement à reconnaître ceux qui correspondent à la tête et dont l'aspect est caractéristique.
La découverte des spermatozoïdes dans certaines collections des bourses est due à Liston (1843) (1). On ignorait encore, à cette époque, les conditions dans lesquelles le phénomène se produisait. C'est à Gosselin que revient le mérite d'avoir montré que les spermatozoïdes ne se rencontrent pas indifféremment dans toutes les tumeurs liquides du scrotum, mais seulement dans les kystes de l'épididyme.
Il semble bien cependant que, dans quelques cas très rares, le liquide de l'hydrocèle vaginale vulgaire peut en contenir.
Nous ne tiendrons pas compte, pour établir ce fait, des observations recueillies sur le vivant, d'après l'examen des liquides retirés par la ponction. Il peut arriver, en effet, que le trocart en pénétrant dans une hydrocèle vaginale atteigne en même temps un kyste épididymaire voisin, et que la présence des spermatozoïdes dans la vaginale s'explique par cette communication purement accidentelle.
Deux pièces recueillies sur le cadavre, l'une par Paget, l'autre par
(1) A Liston, et non à Velpeau, comme on l'a cru pendant longtemps; Broca (*) a parfaitement établi ce point de priorité. Presque en même temps que Liston, un autre chirurgien anglais, Lloyd, signalait le même fait.
(') Broca (P), Traité des tumeurs. Paris, i866, ia-8, t. II, p. 29.