‹ Traité des maladies du testicule et de ses annexesChapitre 56 sur 126 · GRANDS KYSTES. — PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

GRANDS KYSTES. — PATHOGÉNIE

Curling, démontrent, au contraire, d'une façon absolument certaine, que l'on peut trouver dans la vaginale un liquide trouble, contenant des spermatozoïdes, mais en petite quantité. Paget et Curling supposaient qu'en pareil cas un kyste épididymaire coexistait avec l'hydrocèle et s'était spontanément rompu dans la vaginale. Sur la pièce de Curling on voyait, en eflet, trois petits kystes épididymaires intacts, saillants du côté de la vaginale, et un quatrième rompu (1).

L'analyse chimique, comme l'a montré M. Méhu, établit, entre le liquide des kystes de l'épididyme et celui de l'hydrocèle, des différences capitales.

Ils sont tous deux franchement alcalins. Mais tandis que le liquide de l'hydrocèle contient toujours non seulement de l'albumine coagulable, mais de la fibrine dissoute (v. Hi/di-ocèle), l'une et l'autre substance font à peu près complètement défaut dans le liquide du kyste. Le premier appartient au groupe des liquides dits séreux, qui ont la plus grande ressemblance avec le sérum sanguin, et sont manifestement d'origine inflammatoire (pleurésie aiguë, hydrothorax, ascite, hydarthrose, hygroina). Le second fait partie du groupe des liquides dits sévoides, dont la composition s'éloigne beaucoup de celle du sérum, et qui comprend encore le liquide céphalo-rachidien, celui des kystes hydatiques, l'humeur aqueuse de l'œil, etc. ; l'inflammation n'a rien à voir dans leur production (Méhu).

Pathogénie. — Pour expliquer d'une façon complète la pathogénie des grands kystes de l'épididyme, il faut évidemment rendre compte à la fois du mode de formation de la poche kystique et de la présence, souvent constatée dans le liquide contenu, d'animalcules spermatiques.

La théorie, proposée tout d'abord par Gosselin, répondait bien à cette double question. Il admettait que l'un des vaisseaux efférents du tes ticule se rompait à la suite d'une violence extéi'ieure; une petite quantité de sperme, s'échappant à travers la rupture, s'épanchait dans le tissu cellulaire voisin, et s'y enkystait en s'entourant d'une membrane formée aux dépens du tissu conjonctif; la surface interne de cette poche fournissait de la sérosité qui se mélangeait au sperme. Ainsi se formeraient les kystes de l'épididyme qui contiennent un liquide opalin chargé de spermatozoïdes.

(1) Roth C) a récemment soutenu que la pénétration des spermatozoïdes dans la vaginale résulterait plutôt de l'existence anomale, mais plus fréquente qu'on ne le croit, d'un vas aberrans, se détachant de l'épididyme et s'ouvrant directement dans la séreuse. Il a constaté sur le cadavre la réalité de cette disposition.

(*) Roth (M.), Ueber das Vas aberrans der Morgagni'schen Hydatidc {Arch. f. pathol. Artat. et Phys. Berlin, 1880, t. LXXXI, p. 47).

Gosselin a, depuis lors, abandonné cette manière de voir, qui manquait, comme il le reconnaissait lui-même, d'une démonstration rigoureuse. Il a fini par se rallier à l'hypothèse, adoptée en France par la plupart des auteurs, d'après laquelle le point de départ de ces tumeurs serait dans un débris persistant des canaux du corps de Wolfî.

Cette idée, indiquée pour la première fois par FoUin (1) dans son mémoire bien connu, reprise dans leurs thèses inaugurales par Marcé en France et Lorenz en Allemagne, a été plus nettement formulée encore par M. Verneuil (2) devant la Société de chirurgie ; elle est complètement acceptée par Broca, qui lui a donné tout le développement qu'elle comporte dans un intéressant chapitre de son Traité des tumeurs (3).

On sait que Follin a démontré que les débris du corps de Wolff, représentés chez la femme par le corps de Rosenmtiller, le sont chez l'homme par le vas aherrans de Haller, par quelques canalicules situés près de la tête de l'épididyme et peut-être par l'hydatide de Morgagni (4). Ces vestiges se présentent, chez l'homme comme chez la femme, sous forme de canalicules tapissés d'épithélium qui persistent toute la vie (5). Dans les deux sexes ils peuvent être le point de départ de kystes. Chez la femme, ce sont les kystes para-ovariens ; chez l'homme, les kystes de l'épididyme. Le kyste, dans l'un et l'autre cas, est primitivement séreux; la présence, chez l'homme, de spermatozoïdes dans le liquide serait, comme nous le montrerons plus loin, un incident de leur évolution.

Suivant une seconde hypothèse, qui a aussi vu le jour en France, bien qu'elle n'y soit pas communément admise, les grands kystes de l'épididyme résulteraient des dilatations partielles des canaux excréteurs du testicule. Ils appartiendraient, par conséquent, à la grande classe des kystes par rétention des produits de sécrétion, bien étudiés par Virchow.

Pour Kocher, la grande majorité des kystes de l'épididyme auraient cette origine. Il s'appuie pour soutenir cette opinion sur certains cas bien démontrés, dont quelques-uns constatés par lui-même, d'imper-

(1) Follin (E.), Recherches sur les corps de Wolff. Thèse de Paris, 1850, in-4, p. 46.

(2) Verneuil (A.), Recherches sur les kystes de Vorgane de Wolff dans les deux sexes {Mé)n. de la Soc. de chirurgie, 1857, t. IV, p. 58).

(3) Broca (P.), Traité des tumeurs. Paris, 1866, iu-8, t. II, p. 99 et suiv.

(4) L'hydatide de Morgagni serait, d'après une autre théorie, le reste du canal de Millier.

(6) Giraldès a montré, depuis, que l'on retrouvait au milieu des éléments du cordon un autre débris du corps de Wolff (le corps innominé) aux dépens duquel se forment certains kystes du cordon.

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