TUMEURS. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
soit sur place, soit dans les ganglions abdominaux. La nature histologique de la tumeur enlevée n'éclaire même pas toujours sur son degré de gravité. On a vu, en effet, certaines productions considérées jusqu'alors comme de nature bénigne, telles que l'enchondrome ou certaines tumeurs kystiques, se comporter à la façon des néoplasmes de la plus mauvaise nature. D'autres, au contraire, qui, parleur structure histologique, autorisent le pronostic le plus grave, échappent parfois, contre toute attente, à la loi, pour ainsi dire fatale, de la récidive. De là pour le clinicien une nouvelle source d'embarras.
Reconnaissons cependant que des efforts, qui n'ont pas toujours été vains, ont été faits pour établir entre les diverses tumeurs du testicule des distinctions cliniques correspondant aux variétés anatomiques récemment découvertes. Mais cette étude, faute de documents suffisants, n'a pu encore être conduite assez loin pour que l'on puisse déjà songer à reconnaître, au lit du malade, chacune des formes dont le microscope a révélé l'existence.
Il ne faut point, au reste, s'attendre à rencontrer dans le testicule des types aussi tranchés que dans d'autres régions. Dans les organes génitaux de l'homme, comme dans ceux de la femme, les néoplasmes sont presque toujours atteints par des dégénérescences diverses, colloïde, angiomateuse, kystique, à l'époque où l'on pratique l'examen, après ablation ou après la mort. Ces altérations du type primordial sont presque la règle dans la plupart des tumeurs du testicule et en altèrent assez profondément la constitution pour qu'il soit difficile de porter un diagnostic précis. Il faut ajouter qu'il est fréquent de rencontrer, dans les glandes séminales, des tumeurs complexes que nous décrirons sous le nom de tumeurs mixtes, dont il est souvent plus malaisé encore de donner une bonne définition.
Est-il possible, du moins, en se plaçant à un point de vue purement anatomique, de grouper ces diverses productions suivant une classification rationnelle?
L'un de nous, dans un travail écrit en collaboration avec le D' Arthaud (1), a fait une tentative en ce sens, en se fondant sur la double notion de la structure et de l'étiologie des néoplasies testiculaires. Partant de l'hypothèse bien connue aujourd'hui, et bien près d'être démontrée, de Cohnheim sur l'origine embryonnaire des tumeurs en général, nous avons été conduits à nous demander si cette théorie pathogénique n'était pas applicable aux tumeurs de la glande sémi-
(1) Monod (Ch.) et Arthaud (G.), ConsidércUions sur la classification ties tumeurs du lesLicule [Revue de chirurgie. Paris, 1887, t. VII, p. iGi).
nale, et ne permettait pas d'éclaircir quelques points obscurs ou difficiles de leur histoire.
Pour certaines d'entre elles, l'hésitation n'est pas possible. Personne ne met en doute l'origine embryonnaire des tumeurs que l'on peut réunir sous le nom de tératomes et qui comprennent les inclusions fœtales et les kystes dcrmoides. Nous discuterons en temps et lieu les diverses hypothèses émises sur le mode exact de développement de ces tumeurs. Nous aurons même à nous demander si les tératomes appartiennent bien au groupe des tumeurs testiculaires proprement dites. 11 nous suffit pour le moment de savoir que, pour quelquesuns d'entre eux du moins, la théorie qui place leur point de départ dans un vice d'évolution des feuillets blastodermiques semble ne pouvoir être sérieusement contestée.
Or, il ressort de l'étude de leur constitution anatomique que les trois feuillets blastodermiques doivent participer à leur formation. On comprend qu'il en soit ainsi, si l'on admet qu'ils prennent naissance dans les premiers jours de la vie embryonnaire, au moment de la formation des organes génitaux, c'est-à-dire à une époque où Ton peut constater, dans la région caudale de l'embryon, une fusion presque physiologique des trois feuillets. Cette circonstance est, on le conçoit, éminemment favorable à la scission et à la séparation d'une masse isolée, composée d'éléments empruntés à chacun d'eux. On trouvera donc plus tard dans ces tumeurs complètement développées, soit du tissu conjonctif et musculaire, si les lames du feuillet moyen sont comprises dans l'invagination, soit du cartilage si les protovertèbres ont participé à l'inclusion, soit encore des débris épithéliaux à type cylindrique ou pavimenteux suivant que l'endoderme ou l'ectoderme auront été intéressés.
11 n'existe à cet égard, selon nous, entre les tératomes contenant plusieurs types de tissus et les kystes dermoïdes simples du testicule qu'une différence de degré qui est sans importance, et qui ne nous interdit pas de rapprocher ces deux variétés de tumeurs l'une de l'autre (1). Il est possible, en effet, de trouver entre elles, par l'ana- Jyse minutieuse des observations, tous les intermédiaires depuis le téralome le plus com.pliqué en apparence, jusqu'au kyste dermoïde vulgaire, réduit, semble-t-il, à une paroi dermo-épidermique limitant une cavité à contenu pilo-sébacé. Presque toujours, dans la tumeur la
(1) Nous laissons de côté, dans cette discussion, les tératomes plus compliqués encore, mieux appelés tumeurs organoïdes qui, comme nous le verrous, doivent être assimilés aux monstruosités doubles.