CANCER. — LÉSIONS MICROSCOPIQUES (SARCOME
alvéolaire est facile et a été souvent faite. Pour l'éviter on s'appuiera non seulement sur le caractère des cellules, qui sont embryonnaires dans le sarcome, épithéliales dans le carcinome — distinction qui est parfois difficile à établir, — mais surtout sur ce fait, que, dans le sarcome, il est toujours possible de démontrer entre chacune des cellules l'existence d'une certaine quantité de substance intercellulaire, très peu abondante parfois, mais indubitable (Langhans).
Cette substance, dans les formes tout à fait molles da sarcome, en particulier dans le sarcome à cellules rondes, peut être tellement réduite qu'en réalité les cellules paraissent directement juxtaposées.
Les cellules du sarcome du testicule sont ou petites, rondes, assez régulières de forme, ou allongées en fuseau. Suivant que l'une ou l'autre de ces variétés prédomine, le sarcome est dit embryonnaire [rondo-cellulaire] ou fusiforme; celui-ci est beaucoup moins fréquent que celui-là.
Il n'est pas rare de trouver, en même temps que ces deux formes de cellules, d'autres éléments beaucoup plus volumineux, à plusieurs noyaux, véritables plaques à noyaux multiples. Parfois enfin les cellules du sarcome affectent, au moins par places, une forme polyédrique, qui rappelle celle des cellules épithéliales du carcinome, ce qui contribue à augmenter les difficultés de diagnostic dont nous avons déjà parlé.
Les vaisseaux qui parcourent la tumeur sont ordinairement volumineux, à parois minces, en contact direct avec les cellules. Il n'y a rien là qui soit particulier au sarcome du testicule. Ils peuvent être assez abondants pour donner à la tumeur l'aspect d'une production vasculaire.
Langhans, en étudiant de plus près les rapports des cellules et des vaisseaux dans quelques cas de sarcome du testicule, a pu constater une disposition intéressante. Le tissu de la tumeur, riche en cellules, se subdivisait en îlots tantôt arrondis, tantôt allongés, espacés les uns des autres par un tissu conjonctif lâche; au centre de ces îlots se montrait la coupe d'un gros vaisseau sanguin, dont la tunique externe était amincie, tandis que l'endothélium était manifestement épaissi (fig. 69).
Nous verrons, dans un instant, l'importance que cette disposition périvasculaire peut avoir au point de vue de l'histogenèse de ces productions.
Dans la grande majorité des cas, on ne retrouve pas dans la tumeur trace du parenchyme testiculaire. Lorsqu'il est en partie conservé, on constate que la néoplasie s'est développée dans l'intervalle des tubes testiculaires. Ceux-ci sont séparés les uns des autres par des espaces beaucoup plus considérables qu'à l'état normal, et paraissent disparaître peu à peu devant l'envahissement du tissu nouveau, formé dans leur voisinage. Ils se présentent habituellement sous l'aspect de fragments isolés, reconnaissables à leur forme etàl'épithé-
Fig. 69. — Sarcome du testicule. Disposition péri-vasculaire du tissu néoplasique
(d'après Laughans).
lium qu'ils contiennent. Leur paroi propre se confond plus ou moins avec le tissu néoplasique. La lumière du canal est cependant respectée ; elle renferme des cellules épithéliales, qui sont ou simplement augmentées de volume et de nombre, ou déjà en voie de dégénérescence graisseuse (Kocher, Nepveu).
Au niveau de l'épididyme l'apparence est analogue. Le tissu morbide occupe l'intervalle qui sépare les canaux épididymaires. Le contenu de ceux-ci est en voie d'hyperplasie manifeste; quelques-uns sont véritablement bourrés d'épithélium (Nepveu). Cette hyperplasie paraît précéder la disparition complète du conduit.
Est-il possible de tirer des constatations qui précèdent quelques
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conclusions sur le mode de développement du sarcome testiculaire?
Celle-ci du moins paraît évidente, à savoir, que le contenu épithélial du tube séminifère ne prend aucune part à la formation de la tumeur. Le tissu néoplasique se développe dans l'intervalle des tubes. Ceux-ci portent pendant un temps la trace d'une irritation de voisinage; puis ils finissent par disparaître devant les progrès du mal. Langhans a pu, dans un cas, surprendre l'envahissement du tube, sous forme de petites cellules rondes, semblables à celles qui constituaient la masse de la tumeur, pénétrant dans le canal séminifère, entre son épithélium et sa tunique propre.
Mais cette donnée toute négative ne l'ésout pas la question du point de départ anatomique du sarcome.
Les hypothèses qui ont été émises à ce sujet ont varié avec celles qui ont eu cours sur le mode de développement du sarcome en général.
Tant que l'on a admis, sans conteste, l'origine conjonctive du sarcome, on était porté à croire que le sarcome du testicule prenait naissance dans le tube séminifère, non aux dépens de son épithélium, ce qui n'est pas admissible, mais des éléments conjonctifs de sa tunique propre.
Un fait constaté par Langhans est en contradiction avec cette manière de voir. Il a pu voir en eflfet, dans un cas, que la paroi des tubes, loin de disparaître, comme cela aurait dû advenir si le tissu nouveau s'était formé dans son épaisseur, était non seulement bien conservée, mais encore manifestement épaissie. Il en conclut avec raison que le point de départ du sarcome n'est pas dans la paroi des tubes séminifères, que la disparition de ceux-ci est secondaire, et ne survient qu'à une phase plus avancée du mal.
Ses observations n'ont pu, au reste, le conduire, sur le point en litige, à une conclusion définitive. Pour nous — en tenant compte, d'une part, des recherches récentes qui tendent de plus en plus à établir l'origine endothéliale du sarcome, et d'une autre part de la tendance remarquable, découverte par Langhans lui-même, qu'affecte dans certains cas le tissu néoplasique à se grouper autour des vaisseaux comme d'un centre, — nous pensons qu'il convient de généraliser le fait et de considérer le sarcome du testicule comme dérivant de l'endo- Ihélium vasculaire.
Le groupement périvasculaire du sarcome a été aujourd'hui trop MoNOD ET Terkillon. 38
souvent signalé (1) pour qu'il ne nous soit permis de voir, dans cette disposition, autre chose qu'une simple coïncidence, et il convient, Il notre avis, d'en déduire, à l'exemple de Waldeyer, de Recklinghausen et de leurs élèves, la nature endothéliale des cellules du sarcome.
Cette idée qui est aujourd'hui à peu près généralement admise pour les sarcomes des séreuses, pour les sarcomes mélaniques de la choroïde et d'autres encore, nous semble devoir être étendue aux tumeurs conjonctives du testicule.
Les relations intimes, signalées par l'un de nous entre les cellules angioplastiques du sarcome à myéloplaxes et les vaisseaux de la tumeur, nous paraissent trop en accord avec la description de
(1) Nous reproduisons ci-contre deux figures empruntées à M. Pîlliet {*), montrant la disposition des vaisseaux et des cellules dans uu sarcome périvasculaire de l'encéphale. On sera frappé de la ressemblance qui existe entre l'une de ces figures
B'ig. 70. — A, vaisseaux très dilatés et remplis de globules rouges; B, cellules volumineuses groupées en collerettes à deux pu plusieurs rangs autour des vaisseaux ; C, substance blanche du cerveau.
Fig. 71. — A, lumière d'un vaisseau; B, couche de cellules volumineuses, situées immédiatement en dehors du vaisseau, et se continuant par toutes les transitions avec la couche suivante; C, couche de cellules beaucoup plus petites et plus serrées ; D, couche de désintégration granuleuse.
et celle que nous avons empruntée à Langhans (fig. 69), dans laquelle cet auteur représente le groupejnent périvasculaire des cellules, découvert par lui dans un sarcome du testicule.
{') Pilliet (A.), Arch. de jilujsiologie, 1887, 3" série, t. X, p. 579, pl. XX.