‹ Traité des maladies du testicule et de ses annexesChapitre 75 sur 126 · CANCER · texte numérisé non relu

CANCER

(sarcome. — Variétés).

Langhans, pour que nous hésitions à faire de Fendothélium des vaisseaux la souche commune des productions sarcomateuses de la glande génitale.

Il est cependant possible que l'endothélium de la vaginale puisse, dans certains cas, être le point de départ d'une autre variété de sarcome. Nous verrons que telle est l'interprétation qui peut être donnée des faits, bien rares d'ailleurs, de sarcomes limités à la vaginale. (V. Tumeurs de la vaginale.)

11 est probable qu'il existe, dans le testicule comme dans d'autres organes entourés d'une séreuse, comme dans le cerveau par exemple, deux grandes variétés de sarcomes, le sarcome papillaire ou diffus né aux dépens de la séreuse, le sarcome périvasculaire résultant de la prolifération de l'endothélium ou du périthélium des Iractus vasculaires.

Mais, jusqu'à nouvel ordre, nos recherches en ce sens, ainsi que les descriptions fournies par les divers observateurs, ne nous permettent pas de conclure en ce sens.

On a recherché encore, pour le sarcome comme pour le carcinome du testicule, dans quelle région de la glande la néoplasie prenait naissance.

Nous ne possédons, à cet égard, aucune donnée- positive; ou plutôt les documents relatifs à cette question, réunis par certains auteurs, ont perdu toute valeur, depuis que l'on a dù reconnaître que la plupart des cas, désignés par eux sous le nom de sarcome, n'étaient autres que des carcinomes.

Nous ne saurions donc dire si la lésion débute par l'épididyme ou par le testicule lui-même. Le fait restera longtemps encore controversé, car les observations de sarcome du testicule sont rares. Plus rares encore ceux où la tumeur recueillie est assez jeune pour que son étude serve utilement à la discussion ; très rapidement les diverses parties de l'organe forment une masse commune où tout est confondu (1).

(I) La rareté même des cas de ce genre ne donne que plus d'intérêt à une obser- Yation de M. Trélat, présentée par M. Coudray à la Société anatomique [Bull, de la Soc. anat., 1882, 4" série, t. VII, p. 540. Rapport par Segond, ibid., 1883, 4'= série, t. VIII, p. 32). L'affection avait eu toutes les allures cliniques du cancer. L'examen macroscopique confirma cette impression, mais l'étude histologique de la production, exactement limitée à l'épididyme, ne put établir d'une façon précise s'il s'agissait d'un sarcome ou d'une simple lésion inllammatoire. M. Cornil n'en conclut pas moins, d'après les diverses circonstances du fait, à un Sarcome jeune de l'épididyme.

Variétés. — a. Fibro-sarcome. Myxo-sarcome. — Nous rapprochons ces deux variétés l'une de l'autre, parce que toutes deux sont caractérisées par les modifications survenues dans la substance intercellulaire de la tumeur.

Le fîbro-sarcome ou sarcome dur offre une consistance plus ferme que le sarcome médullaire, mais n'a cependant jamais la dureté du squirrhe. Dans un cas observé par l'un de nous, la tumeur était remarquable par son petit volume (fig. 72).

Au microscope, les cellules forment encore la partie principale de la tumeur, mais il existe entre elles un tissu intermédiaire évi-

Fig. 72. — Fibro-sarcome Fig. 73. — Alême tumeur (coupe),

(obs. personnelle).

dent. Il est nettement flbrillaire, prenant même par places l'aspect fasciculé.

Les cellules, habituellement volumineuses, ont l'apparence fusiforme, qui a été considérée comme propre à la tumeur dite fîbroplastique. On sait que cette disposition n'a rien de caractéristique; elle correspond simplement à une phase d'évolution plus avancée des tissus embryonnaires.

Dans le myxo-sarcome le tissu intermédiaire a tous les caractères du tissu myxomateux : masse transparente, amorphe, parsemée de grandes cellules conjonctives anastomosées entre elles. A l'œil nu, les parties franchement myxomateuses s'accusent par leur apparence, qui est celle d'une gélatine molle.

Les cas où cet état existe dans toute l'étendue d'une tumeur du testicule, dans lesquels, par conséquent, on devrait considérer le

CANCER. — (sarcome. — VARIÉTÉS). 597

néoplasme comme un mijxoine pur, sont excessivement rares. (V. Myxome.)

Presque constamment, il s'agit d'un sarcome reconnaissable, par places, à ses caractères habituels, avec mélange de parties ayant subi la transformation myxomateuse {sarco-myxome).

Dans le fibro- comme dans le myxo-sarcome on peut, sur les tumeurs encore jeunes, constater que le tissu néoplasique s'est développé entre les canalicules et non dans leur cavité.

b. Cysto-sarcome. — « Il est probable », disent Cornii et Ranvier,

Fig. 74. — Sarcome-kystique Fig. 75. — Même tumeur (coupe),

(obs. personnelle}.

« que l'on a confondu, sous le nom de sarcome kystique du. testicule, des tumeurs aussi dissemblables par leur marche que par leur structure; une analyse bien faite conduira sans doute à établir entre elles des distinctions importantes. »

Nous ne pouvons que souscrire à ces paroles. Nous avons déjà montré en traitant du carcinome et nous verrons, quand nous étudierons la tumeur kystique du testicule, combien la question est obscure, et le diagnostic anatomique, dans les cas de ce genre, difficile. Nous

avons dit que clans le carcinome vrai on pouvait rencontrer de véritables kystes tapissés d'épithélium ; on verra, d'autre part, que certaines tumeurs kystiques de la glande séminale, presque exclusivement constituées par des kystes, méritent une place à part dans le cadre des tumeurs testiculaires. Il semble bien qu'une dernière catégorie de productions kystiques du testicule ne soit autre que des sarcomes modifiés.

Dans le sarcome kystique, disent les auteurs que nous venons de citer, le tissu fibreux ou sarcomateux, fasciculé par places, embryonnaire en d'autres points, parsemé souvent d'îlots de chondrome, ou mélangé à des parties en voie de transformation myxomateuse, est interposé aux tubes séminifères et aux kystes. Ceux-ci sont de volume variable depuis un grain de chènevis jusqu'à une noisette, et sont remplis d'un liquide séreux ou colloïde. Ils sont tapissés à leur surface interne d'un épithélium qui se détache et remplit la cavité kystique, en subissant la dégénérescence muqueuse. De leurs parois végètent des excroissances papillaires revêtues d'épithélium. L'épithélium de ces kystes est formé tantôt de cellules plates, tantôt de cellules cylindriques, ou bien encore de cellules cylindriques à cils vibratiles.

Nous avons personnellement observé un fait de ce genre (fig. 74). Il n'est pas douteux pour nous que les tumeurs, répondant à la description qui précède, méritent le nom de sarcome kystique.

c. Sarcome angioplastique. — ■ Il a été établi que certaines tumeurs, autrefois décrites sous le nom de cancer hémaiode, devaient être rangées parmi les sarcomes.

L'un de nous a eu occasion d'observer un fait de cet ordre, dont l'étude détaillée, faite de concert avec le D' Malassez, a été publiée dans les Archives de Physiologie (1). La tumeur du testicule était trop altérée pour pouvoir être soumise à l'examen microscopique: mais il était facile d'étudier dans les ganglions lombaires, où le mal s'était propagé, la nature et l'évolution du processus morbide.

A l'œil nu, le tissu pathologique paraissait constitué par une masse pulpeuse de coloration rougeâtre, évidemment vasculaire, avec foyers hémorrhagiques et points caséeux disséminés.

Au microscope, la tumeur était surtout remarquable par la présence, à côté d'éléments sarcomateux plus ou moins volumi-

(1) Malassoz et Monod, Sur les tumeurs à myéloplaxes (sarcomes angio-plastiques) {Arch. de physiol. norm. el pathol. Paris, 1878, 2^ sér., t. V, p. 375, pl. 24 et 25).

CANCER. — (sarcome. — VARIÉTÉS). • • b99

neux, de grandes masses protoplasmiques à noyaux multiples, plaques à noyaux multiples ou myéloplaxes de Robin, cellules géantes de Virchow.

L'existence de ces grandes cellules, dans une tumeur évidemment sarcomateuse, montrait, une fois de plus, que la tumeur dite à myéloplaxes ne constitue pas une variété spéciale de néoplasme, mais n'est qu'une forme particulière de sarcome. La présence de ces éléments dans une tumeur des parties molles établissait, d'autre part, qu'ils n'appartiennent pas exclusivement, comme on l'a dit, aux tumeurs d'origine osseuse.

Nous avons, de plus, à propos de ce fait intéressant, montré la signification morphologique de ces éléments singuliers, que l'on peut rencontrer dans les tissus normaux et pathologiques les plus divers, et, en particulier, dans les tissus vasculaires en voie de développement. Nous avons fait voir les relations qui existaient entre ces cellules et les capillaires sanguins. Nous avons pu conclure de l'examen de nos préparations que, comparables aux cordons angioplastiques de Rouget, aux cellules vaso-formatrices de Ranvier, les cellules à noyaux multiples n'étaient autres que des vaisseaux en voie de développement et arrêtés dans leur évolution.

De là le nom de sarcome angioplastique que nous avons proposé de donner à cette tumeur.

Il est certain que bien des tumeurs vasculaires, tumeurs dites sanguines, fongus et cancer hématode, appartiennent à la même catégorie que la précédente.

d. Sarcome névroglique. — Nous ne connaissons qu'un seul fait de sarcome névroglique du testicule, recueilli dans le service de M. Verneuil par Cauchois (1). Il mérite, en raison de sa rareté même et de l'intérêt à la fois anatomique et clinique qu'il présente, plus qu'une simple mention.

La tumeur développée, semblait-il, en six semaines, à la suite d'un effort, chez un homme de 64 ans, avait été prise pour une hydrocèle avec épaississement de la vaginale. Une ponction faite ne ramena que du sang et plusieurs flocons d'un tissu mou, pulpeux, cérébriforme . On se décida, au bout de quelques jours, à inciser largement la vaginale. La cavité séreuse se montra remplie de sang rouge brun, mélangé à des concrétions d'aspect analogue aux débris pulpeux fournis par la ponction. La tunique vaginale elle-même était épaissie; le

(1) Cauchois (Ch.). Sarcome névroglique du testicule et de la tunique vaginale, etc. [BuUet. de la Soc. anat., Paris, 1872, sér., t. VII, p. 289),

testicule paraissait intact. Il semblait donc qu'on eût afTaire à une hématocèle. Toutefois la nature des productions spéciales susdites parut suspecte, et M. Yerneuil crut plus sage de réséquer une grande partie de la tunique vaginale et de la faire examiner au microscope.

Cet examen, pratiqué au laboratoire du Collège de France, permit à M. Ranvier de conclure que le tissu pathologique présentait « les « caractères de ce que Virchow a décrit dans les centres nerveux sous « le nom de gliomc mou, sarcome névrogiique de Cornil et Ranvier, « tumeur à myélocites de Robin. »

En présence d'un semblable diagnostic anatomique, M. Verneuil n'hésita pas à faire subir au malade une opération plus radicale, consistant dans l'ablation complète de la glande qui avait été laissée en place. Le parti était sage, car, en fendant le testicule, on trouva qu'il était transformé en un tissu blanc, avec noyaux de substance molle, pulpeuse, ayant au microscope les mêmes caractères que le néoplasme de la vaginale.

Il est tout à fait exceptionnel de rencontrer, en dehors des centres nerveux, et particulièrement au testicule, des tumeurs de ce genre. Cornil et Ranvier (1) font, au reste, très justement remarquer que le gliome mérite à peine une place à part dans le cadre nosologique; qu'il n'y faut voir qu'une variété de sarcome, présentant, par places, une tendance à l'organisation dans le sens de la névroglie.

e. Sarcome mélanique. — Nous rappellerons que les tumeurs mélaniques du testicule sont habituellement secondaires. Elles sont de même structure que la tumeur primitive. Les observations de ce genre sont si rares qu'il est impossible de dire si le sarcome mélanique se généralise plus souvent au testicule que le carcinome. On sait, du moins, que la transformation mélanique paraît plus fréquente dans le sarcome que dans le carcinome.

Mode de propagation. Généralisation. — Il est admis, et le fait est généralement vrai, que le sarcome se propage de proche en proche. Cette règle se vérifie habituellement pour le sarcome du testicule, la tumeur récidive sur place après ablation, le tissu pathologique gagne le long du cordon et forme une tumeur inguinale. Plus tard elle peut se généraliser, et l'on trouve, à l'autopsie, des noyaux secondaires dans les viscères, poumon, foie, cerveau, etc.

Mais il serait inexact de dire que le système lymphatique et ganglionnaire soit toujours respecté. Nous avons cité plus haut un cas

(l) Cornil et Ranvier, Manuel d'Histol. pathoL, 2" èdit., Paris, 1884, t. I, p. 1G5.

CANCER. — (tumeurs MIXTES). 601

obsei'vé par nous où les ganglions lombaires dégénérés formaient une énorme tumeur de récidive. Le fait est relativement fréquent pour les formes molles du sarcome, qui ont toute la malignité du carcinome et parfois même, nous l'avons vu, une certaine analogie de structure.

Page 1