CANCER. — ÉTUDE CLINIQUE
si Ton ne tient compte, pour établir la proportionnalité, que des cancers développés chez l'homme (1).
Ce dernier résultat peut être rapproché de celui de W. Baker (2), qui sur oOO cas de cancer en compte 14 siégeant aux testicules, soit exactement 2,8 p. 100.
Si l'on veut bien rapprocher de ces chiffres (3) ceux qui, d'après les mêmes auteurs, expriment le degré de fréquence du cancer de l'utérus (15 p. 100 d'après d'Espine, 30 p. 100 d'après Sibley), ou du cancer du sein (8,3 p. 100 d'après d'Espine, 36,7 p. 100 d'après Sibley, 33,8 d'après Baker), on se fera une idée plus exacte encore de la rareté relative du cancer du testicule.
C'est là, en somme, le seul point que nous ayons voulu mettre en relief. Nous ne pensons point, en effet, que l'on puisse, de ce qui précède, tirer aucune conclusion sur la fréquence absolue du cancer du testicule. Les difl'érences considérables que l'on a pu constater entre les documents statistiques, reproduits ci- dessus, montrent que l'on ne doit leur accorder qu'une valeur très approximative. II n'en reste pas moins que, parmi les néoplasmes du testicule, le cancer est le plus fréquemment observé.
Côté atteint. — Il est rare que le cancer du testicule envahisse simultanément ou successivement les deux organes. Vidal (de Cassis) avait même soutenu que le fait seul de la bilatéralité de la lésion permettait d'affirmer qu'elle n'était pas de nature cancéreuse. C'était aller trop loin. Gosselin avait déjà fait remarquer qu'il existe des faits bien observés (Denonvilliers, Demarquay) de cancer développé à la fois dans les deux testicules. D'autres faits semblables ont été publiés depuis lors. Ces cas sont cependant exceptionnels; ils se rapportent probablement toujours à des sarcomes. Il n'en reste pas moins que, de règle, le cancer du testicule, et tout particulièrement le carcinome, est unilatéral.
Nous ne chercherons pas si le testicule droit est plus souvent
(1) Les chiffres exacts de la statistique de Sibley sont les suivants :
Total des cas de cancer observés 5'20
Dont : chez la femme 415 )
chez l'homme 105 i
Ce sont les cancers du sein (191) et de l'utérus (156) qui élèvent à ce point le total des cas de cancer chez la femme.
{1) Baker (W. M.), Contribution to the statistics of cancer (Medico-c/tirurgic. Transactions, Londres, 18G2, t. XLV, p. 389.
(3) Nous laissons à dessein de côté la statistique de Lebert qui, de l'aveu de l'auteur lui-même, ne peut servir à juger de la fréquence comparative du cancer. Lebert fait remarquer, en effet, qu'il s'est surtout attaché à recueillir des observations rares, présentant un certain intérêt anatomique.
affecté que le gauche, et inversement. La question est sans importance et nous ne trouvons point d'ailleurs, dans les auteurs, d'éléments suffisants pour y répondre.
Age. — On s'accorde, en général, à reconnaître que le cancer du testicule se développe à une époque moins avancée de la vie que les autres cancers. L'âge moyen de la vie, entre trente et quarante ans, parait être celui où il se montre de préférence.
Le tableau suivant que nous empruntons ii Ludlow (1) donne une assez bonne idée de la fréquence relative du cancer du testicule suivant
l'âge :
Avant ràge de 5 aus 5 cas.
De 15 à 20 ans 1 —
De 20 à 30 ans 11 —
De 30 à 40 ans 22 —
De 40 à 50 ans 6 —
De 60 à 70 ans 6 —
On voit par là que, très rare chez les adolescents puisque, sur 51 observations Ludlow n'en a relevé qu'une seule se rapportant à des sujets de quinze à vingt ans, il n'est pas inconnu dans l'enfance. L'un de nous, à propos d'un fait personnel que nous avons déjà eu occasion de citer, a pu en réunir jusqu'à 30 cas empruntés à divers observateurs, total qui représente, il est vrai, tous les faits de ce genre publiés dans une période de soixante-dix ans (2).
La plupart de ces petits malades sont des enfants en bas âge. Dans plus de la moitié des faits, c'est au cours de la première année et souvent dans les six premiers mois de la vie, que le mal a débuté; parfois même il paraît remonter à la naissance. De un à deux ans, les cas sont encore relativement nombreux; de trois à quatre ans, ils deviennent très rares; à partir de cet âge, ils sont absolument exceptionnels. On est porté à se demander si cette circonstance ne vient pas à l'appui de l'hypothèse de l'origine embryonnaire de certaines formes, au moins, du cancer du testicule.
Les vieillards seraient proportionnellement moins souvent atteints. On cite les cas où le cancer du testicule se développe chez des sujets ayant dépassé la soixantaine.
Le tableau, donné par Kocher dans la dernière édition de son livre
(1) Curling, Oiwr. cité, trad. franc., p. 388.
(2) Mouod (Ch.), Le cancer du testicule chez les enfants [Le Progrès médical, Paris, 1884, p. 427 et suiv., et Leçons de clinique chirurgicale, Paris, 1884, iu-S", p. 77). On trouvera dans notre Index bibliographique l'indication de tous les cas qui nous ont servi à rédiger ce travail; nous y avons joint ceux qui nous avaient alors échappé, ou qui ont été récemment publiés.
CANCER. — ÉTIOLOGIE.
— et qui présente cet intérêt que les 37 cas rassemblés par lui se rapportent à des cancers vrais, histologiquement démontrés — confirme les résultats qui précèdent. Il arrive, en effet, à cette conclusion que, 28 fois sur 37, la tumeur s'est développée chez des sujets âgés de vingt-cinq à quarante-cinq ans. Deux fois seulement les malades avaient dépassé la soixantaine (1).
Hérédité. ~ ■ L'influence de l'hérédité, communément admise, par analogie avec ce que l'on observe pour le cancer d'autres régions, est, pour le testicule, loin d'être démontrée. Lebert, dans 7 cas où les renseignements donnés permettaient cette recherche, a vu que, dans un seul, l'hérédité avait pu jouer un rôle plus ou moins évident. Nous sommes arrivés à une conclusion analogue dans nos recherches sur le cancer du testicule chez les enfants : dans un seul cas, sur les 30 réunis par nous, l'influence héréditaire parut pouvoir être mise en cause (2).
Traumatisme. — L'action du traumatisme a été discutée. Il est certain que, bien souvent, les malades attribuent à un coup, à une contusion, à un froissement quelconque, l'origine de leur mal. Mais, comme toujours, en pareil cas, l'on peut se demander si la violence subie n'a pas seulement attiré l'attention sur une lésion qui existait déjà.
Il nous a paru cependant que, particulièrement chez l'enfant, le traumatisme avait pu, sinon provoquer l'apparition de la tumeur, du moins en activer le développement.
Au reste, pour ceux qui partagent les vues de Cohnheim sur l'origine des tumeurs, il n'est pas irrationnel d'admettre qu'une violence extérieure puisse favoriser l'éclosion d'un germe inclus à la période embryonnaire, qui, sans cette cause déterminante, aurait pu rester plus longtemps improductif.
On s'expliquerait de même, chez l'adulte, l'action non seulement des traumatismes, mais celle des fatigues exagérées et surtout des excès vénériens, dont l'influence a paru, dans certains cas, très réelle.
Kocher n'hésite pas à reconnaître que le traumatisme joue parfois un rôle important dans le développement du cancer du testicule. 11 a
(I) Avant 20 ans 0
Entre 20 et 30 ans 11
— 30 et 40 ans 18
— 40 et 50 ans 2
— 50 et 60 ans 4
— 60 et 70 ans 2
Total ~TÎ
(2) Obs. d'Hutchinson [Transcicl. of the j.alhol. Soc. ofLondon, 1857, t. VIK, p. 280).
pu, 6 fois, constater que la tuméfaction de la glande avait nettement succédé à un coup porté. L'un de ces cas est le suivant : un homme de trente et un ans reçoit dans les bourses un coup de pied de cheval : douleur vive qui va croissant; le lendemain, tuméfaction et augmentation de température locale ; au bout de quinze jours, le testicule est gros comme un œuf; castration. Il faut ajouter que, depuis sept ans, la glande était de ce côté plus grosse que du côté opposé; mais la tuméfaction restait stationnaire.
Nous rapporterons plus loin une observation de Lagrange, dans laquelle le gonflement du testicule, succédant à un coup, marche avec une telle rapidité que la castration doit être pratiquée au bout de trois mois. On avait cru tout d'abord à une orchite traumatique aiguë. Il s'agissait, en réalité, d'un carcinome.
L'action du traumatisme, en pareil cas, ne parait pas douteuse. On aura toujours, par contre, de la peine à établir celle qu'il convient d'attribuer à la syphilis ou à une blennorrhagie antérieure.
Pour admettre, en effet, la transformation d'un testicule syphilitique en cancer, il faudrait établir que la tuméfaction qui a précédé l'évolution du néoplasme était bien de nature spécifique, ce qui sera presque toujours impossible. Plus rares encore sont les cas où le cancer du testicule paraîtra succéder, d'une façon certaine, à une épididymite blennorrhagique.
Symptomatologie. — Le premier phénomène qui frappe le malade atteint de cancer du testicule est l'augmentation de volume de la glande. Presque toujours il accuse aussi une sensation de tiraillement et de pesanteur, qui contribue à attirer son attention du côté de la bourse malade. Le plus souvent il s'inquiète peu de cet état et ne demande aucun conseil. Se fùt-il, au reste, adressé à un médecin, que celui-ci, à cette période du mal, aurait été obligé de suspendre son jugement et d'attendre l'apparition de signes plus caractéristiques.
Ceux-ci ne tardent pas à se montrer. La lésion s'affirme de plus en plus et se présente dans la grande majorité des cas avec les caractères suivants.
A la vue, l'augmentation de volume est encore le fait prédominant. Elle est, on le comprend, très variable : variable avec l'âge de la maladie et probablement aussi avec les formes anatomiques auxquelles on a affaire, certaines ayant une allure plus rapide que d'autres.
Toujours est-il que le volume du testicule atteint, qui, pendant un certain temps, ne va pas au delà de celui d'une grosse bille ou d'une