‹ Traité des maladies du testicule et de ses annexesChapitre 78 sur 126 · CANCER. — SIGNES · texte numérisé non relu

CANCER. — SIGNES

petite orange, acquiert assez vite des dimensions beaucoup plus considérables. On peut dire qu'en moyenne, au bout d'un an, il semble gros comme le poing fermé d'un adulte. Cette limite est, dans certains cas, très largement dépassée. Nous avons fait représenter dans la figure ci-jointe (fig. 76) les organes génitaux d'un homme opéré par l'un de nous, chez lequel la bourse malade descendait jusqu'à mi-cuisse, en offrant un développement circonférenciel proportionné; vrai tesfi-

Fig. 76. — Cancer volumineux du testicule droit.

Cille de taureau, suivant une comparaison assez juste, et communément employée.

On a cité des cas où la tumeur pesait plusieurs kilogrammes. Récemment Le Garrec (1) présentait, à la Société de chirurgie, un sarcome du testicule du poids de 4 kilogrammes. On en a signalé de plus volumineux encore : celui observé par Johnson (Curling), par exemple (10 kilogr.).

(1) Le Garrec, Bullet. et Mém. do. la Société de chirurgie, 1884, u. s., t. X, p. 195.

Il est remarquable que, même dans ces cas extrêmes, la tumeur conserve une forme ovoïde qui ne s'éloigne pas sensiblement de celle d'an testicule normal. Cette apparence est plus nette encore lorsque l'augmentation de volume est moins considérable ; on croirait facilement à une simple hypertrophie inflammatoire ou diathésique de la glande. Bien souvent, cependant, des bosselures, toujours appréciables au palper avant de l'être à la simple inspection, modifient l'aspect général de la tumeur et lui impriment une certaine irrégularité de forme.

Le scrotum peut ne présenter longtemps d'autre altération, sensible à l'œil, que son état évident de distension, résultant de la présence de la masse sous-jacente ; la peau parait plus lisse et comme amincie. Assez rapidement cependant, elle est parcourue par des veines dilatées, bleuâtres, marque extérieure d'une gêne de circulation dans les parties profondes. Ce n'est que tardivement, à la période d'ulcération, que les enveloppes des bourses, atteintes elles-mêmes par les progrès du mal, deviennent adhérentes par places et finissent par faire partie intégrante du néoplasme. Certaines parties du scrotum sont violacées, rougeâtres; encore un peu, et une perforation se produira donnant passage à la masse incluse.

Par le palper, on apprécie la consistance de la tumeur et les inégalités de surface qu'elle peut présenter.

La règle est que le cancer du testicule, au moins pendant les premiers stades de son développement, offre une consistance sensiblement uniforme dans toutes ses parties. Dans quelques cas cependant, tout à fait au début, on peut découvrir dans la glande une induration limitée. Nous avons, à diverses reprises, pu constater ce fait chez des malades qui étaient venus nous consulter de bonne heure ; la marche ultérieure du mal, ou l'examen des parties après castration, ayant d'ailleurs toujours confirmé le diagnostic porté. Mais le plus souvent l'hypertrophie de l'organe, pendant toute la première phase de la maladie, est et demeure totale, sans bosselures ni indurations localisées.

La sensation perçue par la main n'a rien de caractéristique : masse plutôt dure que molle, ou du moins offrant une résistance élastique, ne donnant l'impression ni d'une tumeur franchement solide ni d'une collection liquide manifeste.

Souvent cependant, même à cette période, la fluctuation, à la partie antérieure de la tumeur, est évidente. Elle est due à l'épanchement d'un peu de liquide dans la cavité vaginale, demeurée en tout ou en

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partie libre d'adhérences. Mais il est facile de s'assurer que cette fluctuation est superficielle ; en déprimant avec le doigt la couche liquide, on perçoit nettement au-dessous d'elle l'existence d'une partie dure, qui n'est autre que la masse néoplasique sous-jacente. Gosselin avait depuis longtemps attiré l'attention sur ce signe qui, loin d'obscurcir le diagnostic, lui vient plutôt en aide; le contraste entre la sensation de franche fluctuation formée par la collection vaginale, et celle de dureté relative que donne la tumeur elle-même, ne laisse aucun doute sur la nature certainement solide de celle-ci.

Les inégalités de surface ou les différences de consistance que peut présenter le cancer testiculaire tiennent à diverses causes.

Au début l'épididyme, dont on devra toujours rechercher la situation, pourra former à la partie postérieure de la tumeur une saillie distincte, reconnaissable à sa continuité avec le cordon. Mais de bonne heure il se confond avec la masse principale, et ne peut plus être retrouvé.

Plus tard, c'est dans l'épaisseur même du néoplasme que l'on découvrira des points plus durs, alternant avec des parties molles, sensations dues, soit à des ruptures vasculaires et aux épanchements sanguins qui en sont la conséquence, soit à des ramollissements partiels du tissu morbide, soit au contraire à l'existence de parties fibreuses et cartilagineuses, formant des nodosités que le doigt reconnaît aisément. A mesure que l'affection progresse, de véritables bosselures, molles le plus souvent, se dessinent à la surface du testicule ; elles correspondent le plus souvent à des formations kj-^stiques, ou simplement à des points où l'albuginée, jusque-là intacte, se laisse •envahir, ou, du moins, cède sous la pression de l'active prolifération qui se poursuit au-dessous d'elle.

La tumeur soulevée paraît lourde à la main. Ce caractère n'a pas cependant, comme l'a très bien montré Nélaton (1), au point de vue de la distinction à établir entre les tumeurs solides et liquides des bourses, toute l'importance que l'on pourrait croire. La différence qui peut ■exister entre elles n'est pas telle qu'il soit possible de tirer de ce signe, au lit du malade, aucune conclusion de valeur sur la nature de la tuméfaction.

C'est aussi par la palpation, en explorant avec soin les parties, que l'on pourra constater que la douleur testiculaire caractéristique disparaît promptement.

(1) Nélaton (A.), Poids spécifique des tumeurs du testicule {Arcli. générales de médecine, Paris, 1857, 5^ sér., t. X, p. 738, et Éléments de pathologie chirurgicale, Paris, 1X58, t. V, p. 564).

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On comprend qu'elle persiste tant qu'une certaine portion de la glande ou seulement son appareil excréteur demeurent intacts: mais cette période dure peu. Ce n'est pas celle, du reste, où le malade s'inquiète de son étal et vient demander secours.

La conservation de la sensibilité testiculaire est donc rarement observée, et ne peut que rendre le diagnostic plus difficile. Sa disparition constitue, au contraire, un bon signe de l'envahissement de la glande par le néoplasme.

Les symptômes fonctionnels du cancer du testicule se réduisent souvent à peu de chose. Tout peut se borner à ceux qui ont été signalés comme phénomènes de début, et qui ne font que s'accentuer davantage : tiraillements dans les aines, dans les reins ; sensation de pesanteur, et par suite, gêne plus ou moins notable de la marche.

Les douleurs dites lancinantes font le plus souvent défaut. Ce n'est pas cependant que l'afTection soit habituellement indolente. Le testicule peut être seulement sensible à la pression et aux froissements, sensibilité qui peut de bonne heure éveiller l'attention du malade. D'autres fois, plus ou moins rapidement, ce sont de véritables et vives souffrances, pouvant revêtir une forme névralgique ; souffrances ou bien locales, ou bien se propageant à distance dans l'aine, aux lombes, parfois à la hanche ou dans la cuisse. Dans quelques cas elles siègent presque exclusivement dans la région des reins. Elles augmentent par la marche, par les efforts; mais, fait intéressant, le repos ne suffit pas à les faire complètement disparaître.

L'étude de la lésion locale sera toujours complétée par celle de Vétat des parties voisines.

Nous avons déjà parlé de l'aspect de la peau et des modifications qu'elle peut subir à la longue.

Nous avons dit aussi qu'un épanchement facilement reconnaissable pouvait se faire dans la cavité vaginale. Cette hydrocèle symptomatique, qui a été étudiée avec soin par M. Boursier dans une thèse intéressante, est ordinairement peu abondante. Elle tend même à disparaître spontanément avec les progrés de la lésion testiculaire, soit que la vaginale ait été perforée et envahie par la néoplasie, soit que les adhérences provoquées par la lésion sous-jacente, gagnant en étendue, finissent par oblitérer la séreuse. 11 n'est pas rare, à la faveur précisément de ces adhérences, de rencontrer des épanchements partiels, ormés dans les parties de la vaginale demeurées libres. Ces collections limitées et nettement fluctuantes peuvent être prises pour des

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