‹ Traité des maladies du testicule et de ses annexesChapitre 80 sur 126 · CANCER. — MARCHE. DURÉE · texte numérisé non relu

CANCER. — MARCHE. DURÉE

des observateurs, est le peu de retentissement que le cancer du testicule, pendant une période souvent assez longue, peut avoir sur l'état général. Certains malades même, porteurs d'une tumeur d'un notable volume, conservent toutes les apparences de la santé. Ce n'est que lorsque les ganglions abdominaux sont envahis, et surtout lorsque les viscères sont atteints à leur tour, que l'état cachectique se déclare.

Les phénomènes qui le caractérisent ne présentent rien de spécial; c'est, comme pour les autres cancers de l'économie, la pâleur de la "face, la décoloration générale des téguments, leur teinte jaune pâle, tous les signes d'une extrême anémie. L'inappétence, la faiblesse grande et de plus en plus accentuée, souvent de l'insomnie, provoquée ou non par les souffrances, complètent le tableau clinique.

Souvent, même après une castration hâtive, les signes d'une cachexie progressive, indiquant la généralisation du néoplasme, se montrent avant que les ganglions lombaires puissent être sentis par la palpation.

Marche. Durée. — La marche du cancer du testicule est variable. Les différences que l'on observe à cet égard dépendent, sans doute, de la diversité des formes anatomiques du mal. Mais les distinctions que l'on peut faire entre celles-ci, au lit du malade, ne sont pas assez précises pour que l'on puisse en tenir compte dans l'étude de l'évolution de la maladie. Nous demeurerons donc, comme nous l'avons fait jusqu'ici, dans des termes généraux, et nous nous contenterons d'indiquer, avec les auteurs classiques, l'allure habituelle du cancer du testicule. Seul le squirrhe prêtera à quelques considérations particulières (1).

11 est de règle d'assigner au cancer du testicule trois périodes : l'une de début, l'autre de maladie confirmée, la troisième de généralisation et de cachexie, qui peut aussi être celle d'ulcération.

La période de début est celle où la tuméfaction de l'organe, peu accentuée et ne causant encore aucune douleur véritable, n'attire guère l'attention du malade. Sa durée est évaluée à un an environ. En

(I) Il est bien rare que le cancer du testicule succède à un cancer du scrotum gagnant en profondeur et envahissant la glande sous-jacente par voie de continuité. Curling dit, dans la première édition de son Traité, et répète, dans la quatrième, qu'il ne connaît pas un seul exemple de cette marche du mal. Deux observations de Hamilton (de Dublin) (*), dans lesquelles il dit avoir constaté la dégénérescence du testicule, consécutive à un épithélioma de la peau des bourses (cancer des ramoneurs), méritent donc au moins une mention.

(*) Hamiltoa (de Dublin), The Dublin journal of medic. science, 187b, t. LIX, p. 278

d'autres termes il arrive souvent que les malades peu soigneux, ou peu disposés à se préoccuper de leur santé, tardent pendant un an à venir demander conseil.

Il en est autrement lorsque, la lésion ne cessant de progresser, le testicule atteint et dépasse le volume d'une hydrocèle ordinaire, et surtout lorsqu'à cette altération évidente se joignent de réelles souffrances. C'est la deuxième période ou période de maladie confirmée, celle où le malade sollicite en général une opération radicale, et où le chirurgien, la lésion paraissant encore locale, n'hésite pas à la lui accorder. Cette période peut durer, elle aussi, toute une année. C'est, en effet, au cours de la seconde année, à partir du début, que la plupart des castrations ont été pratiquées (1).

Ce temps écoulé, la dernière période ou période de cachexie commence. Nous verrons plus loin jusqu'à quel point l'ablation du testicule peut en retarder l'apparition. Nous supposons en ce moment que le mal a été abandonné à lui-même. Fatalement alors, si la vie se prolonge, les téguments envahis, puis ulcérés, finissent par donner passage à des végétations, véritable fongiis cancéreux , à surface anfractueuse et déchiquetée, fournissant un liquide séro-sanguinolent, souvent fétide.

11 est rare cependant que Ton assiste à cette dernière phase de l'affection. Le plus souvent, les malades sont emportés auparavant par la propagation du mal aux ganglions et aux viscères.

La repullulation locale soit dans le cordon, soit dans la cicatrice, soit plus exceptionnellement encore dans la peau du scrotum, n'est, en effet pas fréquente. 11 nous a été facile cependant d'en réunir quelques cas (2).

C'est, en général, au commencement ou au cours de la troisième année que la terminaison fatale survient. Paget assignait au cancer du testicule une durée moyenne de vingt-trois mois.

Telles sont la marche et la durée habituelles du cancer du testicule.

(1) Les chiffres donnés par Rocher clans la dernière édition de son traité ne modifient pas sensiblement nos conclusions. Recherchant, chez 32 malades, le temps écoulé entre le début du mal et la première consultation demandée au médecin, il établit que, 14 fois, cette première visite eut lieu avant le douzième mois; 11 fois, dans les six mois qui suivent; soit en somme 25 fois, 18 mois après le début, au plus tard; 7 fois seulement au bout de la 2«, -3^, 4« et même 6" année.

(2) Voy. Moxon, Trans. of the pathol. Soc. of London. Londres, 1870, t. XX, p. 157 {Récidive dans le scrotum). — Jlaunoir, Bullef. de la Soc. anat., Paris, 1873, 3" sér., t. VIII, p. 33 (Récidive dans la cicatrice). — Pirotais (de Fougères), Gaz. dés hôpit. Paris, 1873, n" 194 (Récidive dans la plaie). — De Vischer (Ch.), Bullet. de la Soc. de médec. de Gand., jauv. 1875 (Récidive dans les ganglions de l'aine). — Moutard-Martin, Bullet. de la Soc. anat. Paris, 1876, ¥ sér., t. 1, p. 96 (Récidive dans la cicatrice).

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