CANCER. — MARCHE. DURÉE
Parfois les événements se précipitent bien davantage, ou, au contraire, prennent une allure beaucoup plus lente.
La première alternative est plus fréquente que la seconde. Il ne manque pas d'exemples de cancers du testicule, évoluant avec une extrême rapidité. Chez un malade dont la pièce a été présentée à la Société analomique, la tumeur avait atteint, en cinquante jours, le volume des deux poings. Dans un cas observé par Socin (de Bâle), on trouvait déjà des ganglions abdominaux trois mois après le début; dans un autre, des noyaux secondaires se montraient dans le foie, au bout de neuf mois seulement.
L'un de nous a vu deux jeunes gens, l'un de seize, l'autre de dix-neuf ans, mourir de généralisation au douzième mois et au treizième mois. L'un de ces malades avait été opéré au septième mois; il mourut aussi rapidement que l'autre; il s'agissait, dans ce cas, d'un sarcome embryonnaire.
Parfois ces cancers à marche i"apide s'accompagnent d'une sorte de réaction inflammatoire locale. Le malade rapporte d'ailleurs les accidents dont il souffre à un coup récemment reçu ; on croit tout d'abord n'avoir affaire qu'à une orchite traumatique.
Il en fut ainsi dans l'observation suivante de Lagrange (1). Un soldat encore jeune se contusionna la bourse droite; quelques jours après, le teslicule devint gros et douloureux. On crut à une orchite aiguë, mais, le volume allant en augmentant les jours suivants, on pensa à une tumeur maligne. Trois mois après le début, la castration fut pratiquée ; on reconnut un volumineux carcinome encéphaloïde et kystique en pleine voie de développement.
L'un de nous a pu observer un cas à peu près semblable; c'était chez un homme de trente-deux ans qui, à la suite d'une contusion -légère, vit son testicule gauche devenir douloureux, augmenter de volume et présenter tous les caractères d'une orchite aiguë, avec phénomènes généraux assez sérieux. Au bout de six semaines, le volume ayant augmenté au point d'atteindre celui du poing, et les caractères du cancer aigu n'étant pas douteux, on procéda à la castration. Il s'agissait d'un sarcome à petites cellules ayant débuté dans le voisinage du corps d'Highmore, s'infiltrant, pour ainsi dire, entre les tubes testiculaires et les étouffant.
Tel est encore un cas de Sydney Jones (2) observé chez un homme
(1) Lagrange, Carcinome du testicule à marche très rapide, ablation [Bull, de la Soc. anat. Paris, 1881, 4^ sér., t. VI, p. 575).
(2) Jones (S.), The Lancet, 1 mars 1885, t. I, p. 425.
de 21 ans. La tumeur, dont le début coïncidait avec un coup reçu, mesurait, au bout de 8 mois, 11 pouces 3/4 dans son plus grand diamètre. Elle fut enlevée ; sept mois plus tard, le malade mourait avec généralisation abdominale (sarcome à petites cellules).
Ces formes rapides se rencontrent, de préférence, chez les enfants et les hommes encore jeunes.
Plus rares sont les cas à évolution très lente, où la tumeur met plusieurs années à se développer. Cette marche, qui est presque la règle, comme nous le verrons, dans le squirrhe du testicule, s'observe aussi, mais exceptionnellement, dans le sarcocèle vulgaire, plus particulièrement chez les sujets ayant dépassé la cinquantaine.
Entre ces deux extrêmes se placent tous les degrés intermédiaires.
La forme suivante est fréquente : marche relativement lente pendant des mois, parfois pendant un an ou plus; puis poussée presque subite, qui double ou triple en quelques semaines le volume de la tumeur. Parfois à une poussée aiguë succède une période de calme, qui est elle-même suivie d'une poussée nouvelle. La tumeur progresse ainsi, par étapes successives, jusqu'à acquérir des dimensions énormes. Cette marche a, du reste, été souvent signalée dans les tumeurs cancéreuses en général, quel qu'en soit le siège ; il n'y a là rien d'absolument spécial au testicule.
Le squirrhe, disions-nous plus haut, est la seule des variétés anatomiques du cancer du testicule dont le diagnostic pourrait être établi avant l'ablation ; il mérite, à cet égard, une mention spéciale. M. Nepveu a donné un bon résumé des caractères qui permettent de le reconnaître.
C'est chez les vieillards qu'il a été le plus souvent observé. Il apparaît et se développe sourdement, sans produire ni gêne ni douleur. 11 est remarquable par sa dureté, vraiment caractéristique, et parle petit volume qu'il acquiert. La glande paraît à peine plus grosse qu'à l'état normal, parfois même elle semble s'atrophier; elle est alors réduite à une petite masse irrégulière, adhérente à la peau, qui présente, en somme, en raison de cette apparence extérieure, beaucoup d'analogie avec le cancer atrophique de la mamelle, si bien étudié par Velpeau. Le cordon spermatique serait, dans cette forme, assez souvent atteint (Curling).
Ce qui achèverait de caractériser le squirrhe du testicule, c'est l'extrême lenteur de son développement. Dans un cas observé par Dolbeau,