CANCER. — TRAITEMENT
été faites pour amener, par des moyens indirects, la disparition du mal. Une seule méi*ite que l'on s'y arrête un instant, à savoir : la ligature de Varlère spermatique , faite dans le but d'atrophier le néoplasme (1).
Harvey (2) fut le premier à faire un essai en ce sens. Dans son ouvrage sur la génération, il dit avoir plusieurs fois traité avec succès les tumeurs du testicule par la ligature ou la section de l'artère spermatique. Mais, comme le fait remarquer Broca, il semble bien qu'il n'ait qu'une seule fois obtenu, par ce moyen, une guérison complète; car il a soin de dire que, dans d'autres cas, l'efficacité de la ligature s'est bornée à rendre plus facile l'extirpation ultérieure de la tumeur.
L'idée et ce commencement d'exécution passèrent complètement inaperçus. Divers chirurgiens, au commencement de ce siècle, songèrent, il est vrai, à appliquer la ligature des artères à la cure des goitres, des tumeurs érectiles, voire même du cancer des os (A. Cooper) ; mais ce fut Maunoir qui, le premier, sans connaître les faits d'Harvey, essaya de nouveau de faire atrophier une tumeur de testicule, désignée par lui sous le nom de sarcocèle, par la ligature des artères du cordon (3). Ses deux premières opérations lui donnèrent le résultat qu'il cherchait; mais il ressort de la lecture de ses observations que les tumeurs ainsi traitées, considérées par lui comme cancéreuses, n'étaient, en réalité, que des testicules tuberculeux (Broca). 11 reconnaît, du reste, que l'on ne peut, par sa méthode, guérir les fongus médullaires du testicule, affection à ses yeux plus grave que le cancer, et aussi incurable par l'extirpation que par toute autre méthode.
Maunoir n'eut pas d'imitateurs. Ce n'est que dans ces derniers temps (1875) que M. Lannelongue eut l'occasion de mettre en pratique la méthode du chirurgien de Genève (4). C'était chez un homme de 47 ans, entré à l'infirmerie de Bicêtre, porteur d'une tumeur de nature douteuse, dont le début remontait à un an, et qui avait fini par acquérir le volume du poing. A la suite de la ligature de l'artère spermatique, la tuméfaction diminua progressivement au point d'être
(1) V. à ce sujet un intéressant chapitre de Broca {loc. cit., t. I, p. 429), auquel nous empruntons la plupart des détails qui vont suivre.
(2) Harvey (G.), Exercitationes de generalione anunalium. Londres, 1651, in-4'', p. 63 (Exercit. 18, quinta ovi inspeclio).
(3) Maunoir (C.-Th.), Nouvelle méthode de traiter le sarcocèle sans extirper le testicule. Genève, 1820, in-8.
(4) Lannelongue (0.), Tumeur du testicule traitée et guérie par la ligature de l'artère spermatique (Gaz. des tiôpit. Paris, 1875, a" 4, p. 25).
réduite, au bout de 8 mois, à une nodosité grosse comme une noix. M. Lannelongue, en raison même du bon résultat obtenu, malgré la marche rapide du mal et certains caractères cliniques qui étaient ceux du cancer, est porté à croire qu'il s'agissait là plutôt d'un simple testicule syphilitique. Le traitement spécifique, tenté à deux reprises, était cependant resté sans effet.
Il ressort avec évidence de ce qui précède que la ligature de l'artère spermatique, lorsqu'elle a donné quelque résultat favorable, n'avait pas été appliquée à des tumeurs manifestement malignes. Elle doit, selon nous, être absolument rejetée de la thérapeutique du cancer vrai du testicule (1).