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Myxome

Le myxome pur du testicule est très rare. C'est habituellement sous forme de sarco- et d'enchondro-myxome (tumeurs mixtes) que le tissu myxomateux se rencontre dans les tumeurs du testicule.

Le fait suivant de M. Trélat, bien observé par M. Brun, alors son interne, et présenté par lui à la Société anatomique, n'en offre que plus d'intérêt (1).

Un jeune homme de 17 ans, bien constitué, d'une santé parfaite, portait depuis deux mois, dans le côté gauche du scrotum, une tuméfaction qui, après s'être développée lentement pendant six semaines, avait subitement, en vingt-quatre heures, notablement augmenté de volume. La tumeur était grosse comme les deux poings; la fluctuation était des plus nettes ; la transparence absolument absente. Tout se réunissait pour faire porter le diagnostic auquel on s'arrêta, celui d'hématocèle, développée dans le cours d'une vaginalite chronique.

(1) Brun (F.), Myxome du testicule diagnostiqué hematocèle vaginale [Bullet. de la Soc. anat., 1878, 4" s., t. III, p. 523). — Rapport par Quénu {ihid., 1879, 4^ s., t. IV, p. 435).

TUMEURS DIVERSES. — MYXOME.

Un drain passé dans la tumeur ne donna cependant pas issue à une goutte de liquide. Quatre jours plus tard, la castration fut nécessitée par la l'éaction très vive qui suivit cette première intervention. On put ainsi reconnaître qu'on avait affaire à une tumeur solide régulièrement ovoïde, contenue dans l'albuginée et développée en pleine glande. A la coupe, cette masse parut tout entière composée par un tissu blanchâtre, tremblotant, rappelant par son aspect le tissu du cordon ombilical.

L'examen histologique, fait avec soin par M. Rémy, démontra la nature myxomateuse de cette production. Elle était exclusivement constituée par une substance amorphe, transparente, au milieu de laquelle étaient semés sans ordre des éléments figurés, cellules rondes et cellules fusiformes, de tissu conjonctif. Des vaisseaux nombreux parcourent la tumeur; ils n'ont d'autre paroi que l'épithélium plat supporté parla substance amorphe; aussi sont-ils rompus en beaucoup d'endroits, d'où des hémoirhagies disséminées. Il n'est pas question des tubes séminifères. La transformation du parenchyme paraît avoir été complète.

Le malade de M. Brun guérit facilement; deux mois plus tard, il se portait encore bien, sans trace de récidive.

Dans un second cas rapporté par Breus (de Vienne) (1), qui a été aussi considéré comme un exemple de myxome vrai du testicule, la marche fut toute différente. La tumeur, développée chez un homme de 40 ans, n'avait été reconnue que dix semaines avant la mort. Celle-ci survint avec tous les signes d'une généralisation viscérale. A l'autopsie, on constata que le tissu néoplasique avait pénétré dans les veines du cordon, et s'était étendu, par la veine spermatique droite et la veine cave, jusque dans les cavités du cœur. Des noyaux, d'origine évidemment embolique, furent découverts dans les poumons (2).

Nous n'avons pu nous procurer qu'une courte analyse d'un fait signalé par G. Romano (3), dans son mémoire sur le fongus testiculaire. Une de ses observations a trait à un cas de « myxome ulcéré et végétant du testicule ». Nous n'avons aucune raison de douter de l'exacti-

(1) Breus (K.), Ueber einen innerhalb des Venensystems bis in dus llerz gewucherten Hodentumor (Wien. med. Wochensch., 1878, n" 28, p. "61).

(?) On peut se demander si, dans ce cas, comme dans celui de Waldeyer rappelé par Kocher, dans lequel il y avait aussi pénétration du tissu muqueux dans les veines, il ne s'agissait pas plutôt d'une tumeur mixte du testicule ; il résulte en effet de l'examen fait par Waldeyer que la tumeur était une combinaisou de myxome, de sarcome, d'enchondrome et de kystome.

(•3) Romano (Cl.), Del fungo benigno e degli allri neoplasmi del iesticolo che assumono la forma di excrescenza fungoïde [Morgagni Disp., 1873, p. 297 et 403).

tude du diagnostic porté. Ce mode de terminaison du myxome a été indiqué, pour le myxome du sein, par Virchow (1) ; ce dernier fait remarquer que le véritable fongus qui se forme en pareil cas a souvent fait prendre ces productions pour des sarcomes et des cancers.

Mention doit encore être faite ici d'une intéressante observation de M. Richon (2), communiquée à la Société de chirurgie sous le titre de Myxome kystique du testicule (3). Il serait peut-être même permis d'y joindre quelques-uns des cas qui ont été rangés, à tort, dans le groupe des tumeurs kystiques (maladie kystique) du testicule (4) ; mais l'examen liistologique des pièces n'est pas ordinairement rapporté avec assez de détails pour qu'il soit possible d'en établir à distance le diagnostic anatomique exact.

Cette remarque n'est pas applicable à l'observation de M. Richon. Il ressort en effet d'une note étendue rédigée par le D'^ Kiener, auquel fut confié l'analyse histologique de la tumeur, que celle-ci était presque exclusivement constituée par un tissu myxomateux, développé entre les tubes séminifères, qui sont à la fois refoulés et dissociés: en certains points, le tissu néoplasique pénètre en bourgeonnant dans les cavités résultant de la dilatation de quelques-uns de ces tubes. Par places, le tissu muqueux est condensé, devient plus fibreux et plus riche en cellules, et donne naissance à quelques îlots rares et circonscrits de cartilage. Les tubes séminifères sont, les uns, simplement atrophiés, d'autres sont dilatés et forment les kystes très nombreux épars dans la tumeur.

Il s'agissait donc bien, dans ce cas, d'un myxome du testicule. Les kystes et les quelques noyaux cartilagineux disséminés dans la masse néoplasique pouvaient n'être considérés, pour la détermination de sa nature, que comme des éléments secondaires.

Il est facile de déduire de ce qui précède une courte histoire anatomique et clinique du myxome du testicule. Au point de vue anatomique, le fait de M. Richon établit que dans la glande séminale, comme au sein (Virchow), le tissu myxomateux prend naissance dans le tissu

(1) Virchow (R.), Traité des tumeurs, trad. franc. Paris, 18GT, t. I, p. 428.

(2) Richon, Myxome kystique du testicule consécutif à une viotente contusion. Castration, aucun indice de récidive ni de généralisation, deux ans et quatre mois ptus tard, in Huit, et Mém. de la Soc. de dur., Paris, 1883, u. s., t. IX, p. 130.

(3) Voy. aussi Poland (A.), Cystic myxoma of testis, in Guy's Hosp. Reports, Londres, 1871, t. XXI, p. 498. — Un fait de Lebert : Tumeur fibro-cotloide du testicule et de l'épididyme (Traité d'anal amie pathol. génér. et spéc, Paris, 1861, t. Il, p. 471. — Atlas, pl. CXLIX, fig. 3 à 8) appartient peut-être à la même catégorie.

(4) Couche (E.), Mém. cité, v. en particulier sa première et sa seconde catégorie de tumeurs kystiques.

TUMEURS DIVERSES. — MYXOME. 669

interstitiel du parenchyme entre les tubes glandulaires. De ceux-ci les uns s'atrophient et disparaissent, les autres se ditatent et donnent naissance à des kystes. Si la première de ces deux altérations l'emporte sur la seconde, on aura sous les yeux la forme observée par M. Brun, dans laquelle on ne trouvait pas trace de tissu testiculaire [myxome en masse). Si, au contraire, les dilatations des tubes sont plus nombreuses, le tissu aura une apparence kystique (myxome kystique) (1).

Mais dans l'un et l'autre cas la tumeur sera caractérisée par la présence du tissu muqueux, tissu du cordon ombilical, dont elle paraît essentiellement constituée.

C (iniquement , le myxome du testicule peut ne se révéler par aucun signe particulier. Dans le cas de M. Richon, la tumeur avait tous les caractères d'un sarcome vulgaire. Il en était tout autrement, on l'a vu, dans celui de M. Brun. Ce dernier fait montre qu'à la rigueur il serait possible, au moins après une ponction exploratrice, de porter un diagnostic exact. Lorsqu'on effet on trouvera réunis ces trois caractères : absence de transparence, fluctuation évidente et, cependant, résultat négatif de la ponction,., on aura le droit de songer à un myxome du testicule.

Le pronostic du myxome du testicule serait relativement favorable, si l'on s'en rapportait exclusivement au fait de M. Richon ; deux ans et quatre mois après la castration il n'y avait pas apparence de récidive. Ce cas est malheureusement isolé. Dans celui de M. Brun, le temps écoulé depuis l'opération au moment où l'observation était publiée, n'était pas suffisant pour que l'on pût encore augurer de l'avenir. On a vu, d'autre part, la marche rapidement mortelle survenue chez le malade de Breus.

Le pronostic doit donc être au moins très réservé. Il est probable, en effet, que, comme les myxomes hétéroplasiques en général (Virchow), le myxome du testicule, s'il demeure parfois une affection purement locale, peut aussi avoir toute l'allure des tumeurs les plus malignes.

L'intervention chirurgicale sera donc aussi prompte et aussi radicale que possible. A ce prix, pour le myxome du testicule, plus souvent peut-être que pour le cancer, elle pourra avoir un résultat permanent.

(1) Nous reproduisons ici, sur le mode de production de ces kystes, l'interprétation adoptée par le docteur Kiener dans le cas de M. Richon, réservant la question de savoir, si les cavités, qui caractérisent la forme kj'stique du myxome, ne pourraient pas se former en dehors de toute participation des tubes et suivant le processus dont il a été question plus haut (V. Carcinome, Maladie kystique).

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