Myome
Sous le nom de myome du testicule on trouve décrites dans les auteurs deux variétés de tumeurs : des myomes à fibres lisses (liomyomes), des myomes à fibres striées (rhabdo-myomes).
Les premiers ont toujours été rencontrés au niveau de l'épididyme ou du cordon, et ont été considérés comme se développant aux dépens des fibres musculaires du canal de l'épididyme, de celles du canal déférent, ou peut-être aux dépens du crémaster interne. Ces tumeurs seront étudiées plus tard au Chapitre des Tumeurs du cordon.
Nous ne nous occuperons ici que des myomes à fibres musculaires striées dont les connexions avec la glande testiculaire sont, au moins en apparence, infiniment plus étroites.
Si l'on s'en rapporte à ce qui a été écrit sur ce sujet, les observations de myomes à fibres musculaires striées seraient relativement fréquentes.
D'après Nepveu et Kocher, par exemple, ilfaudrait ranger dans cette catégorie les faits de Schuh (1), de Billroth (2), de Senftleben (Langenbeck) (3), de Nepveu (4) aussi bien que ceux de Rokitansky (o), et de Neumann (6).
Mais il est facile de s'assurer, en remontant aux sources, que, dans la plupart de ces cas, il s'agit non de myomes, mais de tumeurs diverses du testicule, dans lesquelles on a découvert des fibres musculaires striées, circonstance qui a frappé les observateurs et les a portés à faire connaître ces cas rares (7). Ces faits rentrent, dans la catégorie de ces tumeurs mixtes du testicule dont nous avons fait mention
(1) ?,c\m\i, Pathologie u. Thérapie der Pseudoplasmen. Vienne, 1854, p. 182 et suiv. (Schuh rapporte lui-même le fait dont il parle, sous le nom de sarcome).
(2) Billroth (R.), ^ui' Entwickelmigsgeschichte iind chirurgischen Bedeutung des Hodencgstoids, 2o article : Ein Hodencystoid mit quergestreiflen Muskelfasern [Virchow's Arch., Berlin, 1855, t. VIII, p. 43:f).
(3) Senftleben (H.), Zur Casuistik seUener Geschwiilste. [1 obs. de Langenbeck rapportée sous ce titre : Cancroides Hodenojstoid mil verschiedenartigen Gewebstypen [Virchow's Arch., Berlin, 1858, t. XV, p. 336 (344,i.]
(4) Nepveu (G.), art. Myome testiculaire, in Mémoires de chirurgie. Paris, 1880,. io-8, p. 505.
(5) Rokitansky (C), Ein nus quergestreiften Muskelfasern constituiries Aftergebilde [Schtnidt's Jahrb., 1849, t. LXlV, p. 209 (210)).
(6) Neumann (E.), Ein Fait von Myoma striocelLulare am Hoden [Virchow's Archiv,. Berlin, 188G, t. CIII, p. 497).
(7) Nous en dirons autant de deux tumeurs décrites par Talavera (Thèse citée^ p. 9 et suiv.), qui ne sont autres, comme le reconnaît l'auteur lui-même, Tune qu'un épithéliotne kystique, l'autre qu'un sarcome, dans lesquelles les fibres musculaires striées, bien que nombreuses, jouaient le rôle d'éléments accessoires.
TUMEURS DIVERSES. — MYOME. 671
plus haut, et qui peuvent renfermer les éléments et les tissus les plus divers (1).
Nous ne retenons, en somme, que les deux observations de Rokitansky et de Neumann, qui paraissent bien se rapporter à des myomes vrais du testicule. Le fait de Nepveu est trop brièvement mentionné par son auteur pour qu'il puisse servir à la discussion. Il se borne, en effet, après de courtes considérations sur les myomes testiculaires, à dire « que, dans un cas examiné par lui, la tumeur était composée de faisceaux de fibres striées, gros comme une plume d'oie, et paraissait dériver du crémaster interne. »
Dans l'observation de Rokitansky, il s'agit d'une tumeur du testicule, qui paraissait s'être développée, dans l'espace de quatre mois, chez un jeune homme de dix-huit ans. L'opération pratiquée, on trouva comme encastrée dans l'albuginée, en rapport étroit par conséquent avec le testicule, sain d'ailleurs, et paraissant former comme une couche superposée à la glande, une tumeur, blanche à la coupe, d'aspect fasciculé, de consistance ferme et élastique. Au microscope, quel que fût le point oîi l'on prit une parcelle de tissu, on y découvrait des fibres musculaires striées évidentes, semblables aux fibres musculaires du cœur, et, en outre, quelques fibres conjonctives et élastiques, mais en proportion beaucoup moindre.
Le fait de Neumann est très analogue. Chez un enfant de trois ans et demi, se développe en quelques mois une tumeur du testicule qui atteint le volume d'une noix. Cette production était fermement unie à l'albuginée et à la vaginale au niveau du pôle inférieur du testicule. L'épididyme n'avait avec elle que des rapports assez lâches, et elle était séparée de la glande séminale par toute l'épaisseur de l'albuginée. A la coupe, le tissu néoplasique se montre blanc pâle, fasciculé, de consistance élastique. Au microscope, on y découvre des fibres musculaires striées, les unes normales, les autres variqueuses, et entre elles des faisceaux de cellules, irrégulièrement disposés et de formes diverses.
Nous avons tenu à rapporter ces deux faits avec quelques détails; car là se borne l'histoire des myomes dits du testicule.
Pour ce qui est de l'origine de ces tumeurs, Neumann croit, en raison du siège de celle qu'il a observée à l'extrémité inférieure du testicule, c'est-à-dire au niveau du point d'attache du gubernaculum testis,
(I) V. sur le même sujet le mémoire de Virchow : Ueber Makrog/ossie und pathologische Neubildung quergestreifter Muskelfasern(Vircliow's ^rc/i., Berlin, 1854, t. VII, p. 126).
que c'est dans les débris de ce guhernaculum qu'elle a dû prendre naissance. 11 estime aussi, après nouvel examen du fait de Rokitansky, que la tumeur a dû, dans ce cas encore, avoir le même point de départ.
Pour nous il nous semble que des faits de ce genre viennent singulièrement à l'appui de la théorie, exposée plus haut, de Cohnheim sur l'origine des tumeurs. 11 nous parait bien plus rationnel d'admettre, en pareil cas, l'inelusion, à la période embryonnaire, d'éléments musculaires distraits du feuillet moyen du blastoderme, qui ont plus tard poursuivi leur évolution. Le jeune âge des sujets, trouvés porteurs de ces tumeurs, vient à l'appui de cette hypothèse.