TOTAL
A. reporter • 12.696
Le Cilïre, qui r,pr6«ente la moilaUté de 20 .l 25 ans. est ,«Msém=,« le quart cl„ eh.lTre total des décès.
UKS FIliVRES CONTINUES
aussi rigoureusement subordonnée aux conditions locales que la malaria.
Tantôt les épidémies surviennent à l'époque de la recrudescence typhoïdique annuelle, à laquelle elles se substituent et sur laquelle elles l'emportent à la fois par le nombre des atteintes et celui des décc^ D'autrelois, elles éclatent avant ou après ce moment, et pour n'être point favorisées par la saison de prédilection de la dothiénentérie n'en sont pas moins sévères. Dans le premier cas, elles dénoncent un accroissement dans l'énergie des influences endémiques habituelles; dans le deuxième l'intervention d'un facteur patliogénique éventuel, tel que l'altération des eaux, le bouleversement du sol.
Dans chaque localité, elles sont soumises, ainsi que nous l'avons marqué plus haut, à une certaine périodicité dans leur retour. Ces oscillations tiennent à des causes obscures, peut-être inhérentes à la vie intime des germes morbides. Elles paraissent du moins très souvent indépendantes des conditions locales, puisque celles-ci ne varient guère au cours de cette évolution multiannuelle relativement courte, et ne varient surtout point avec une semblable régularité.
C). RÔLE DES INFLUENCES LOCALES : LATRINES, ÉGOUTS, CLOAQUES. — MURCHISON
ET BuDD. — Malgré ces réserves, les influences locales demeurent prépondérantes dans la genèse des épidémies urbaines. Leur haute signification est aflirmée par l'étroitesse de l'aire de ces dernières, qui se renferment d'ordinaire dans les limites d'un quartier de ville, d'un groupe de maisons, d'un lycée, d'une caserne, ou même d'un pavillon seulement d'une caserne.
Ce sont ces épidémies de maison qui ont tout d'abord fixé l'attention des médecins, et qui, avant que l'on ne connût la virulence des selles typhiques, ont fait rapporter la fièvre typhoïde aux émanations des collections fécales, puis, par extension, à celles des cloaques, des égouts négligés ou des foyers d'immondices quelconques. Murcuison fut, comme l'on sait, l'un des fondateurs de cette doctrine; et comme il est bien plus difficile dans les villes que dans les campagnes de rattacher l'épidémie naissante au fait précis qui en est le point de départ, il n'hésitait pas à admettre la genèse spontanée du miasme typhique au milieu de ces foyers putrides.
Il appartenait à son compatriote Budd de réformer cette doctrine pythogénique et de faire pressentir, si ce n'est de démontrer, l'inaptitude des matières putrides ou excrémentitielles banales à devenir par elles seules des foyers pathogènes.
En proclamant qu'un virus typhique était éliminé par les selles des
DE LA FIÈVRE TÏPlIOlUE
„,„.,des et que les fosses cVaisance, les lumiers, les cloaques ne cons u^n q^un milieu cVeosemencemeul et de cooservatiou de ce v,™ , "al tt V itablemont le p.-écurseur des idées contagionn.stes actuelle .
Tout oTs, la lumineuse notion du parasitisme latent, du réve.l pos- .ibll d s ° rmes qui dorment dans notre corps, au contact des sou.l ur
n 1 in roduis nt par l'air ou les aliments, nous ramène a certa ns 1 rds ver les idées de MoacusoN, mais en nous donnant d. la spontané une o.eeption diflérente de la sienne. C'est ainsi que les deux mededns Inglais ont eu le mérite d'entrevoir, il y a une trentaine d'années. H doub e origine que nos connaissances actuelles nous permettent d assigner à'aflévre typhoïde, ici, comme dans maint autre sujet, l'épidémioino-ie a devancé la bactériologie. "LereTemples de genèse de la fièvre typhoïde par les latrines on les
■ égou dans lesquels elles se déversent, ^^^n^^'^' ^;^^^:'^"Z\Z dicale. Sans doute, beaucoup d'entre eux sont discutables mais il en reste toujours un nombre considérable qui emportent la conviction.
Te es sont ces petites épidémies exactement limitées aux groupes de nersonnes faisant usage des mêmes latrines, ou celles qui surviennen p ndant les V "nges ou la réfection des fosses parmi les individus vivant fproxlitl de ce! dernières. Des travaux entrepris par le génie militaire ^ToZCmi pour réparer les latrines du 17« de Beziers. e^i
minèrent une petite épidémie rigoureusement circonscrite au pavillon situé à proximité des fosses (31). vA^rirmP à
En 1885, une petite épidémie se déclara au 3- chasseurs 1 Afrique, a Constantine. dans le pavillon le plus rapproche des latrines, et place directement sous le vent de celles-ci (32).
Fn 1883 et 1884 la fièvre typhoïde envahit chaque année a la même
tellement défectueuse, que la caserne eu
l'odeur infecte qui pénétrait dans les chambres, même pa. les portes lenêtreslerraées (33). ^ • minnf à «sps Drortor-
Enan, tout récemment, une ^P™— .^T 'L^^du lions, mais grave eu égard a sa lelhalite, se ^^^'^'""J
drao-ons à Sedan, et se localisa exclusivement aux malades qui s y 22 dragons a beaau, . , . ^ canalisation des eaux de cou-
fait écarter avec raison l'origine h^d'^'r^';^"''"^, 5?' "n 'tl t a™, semblable par les étroites limites de > épidémie. L inf cU on pa.^U v^ été causée par les émanations des latrines de ' '°'"™''"''' ™ ,',.„.. les hommes atteints se trouvaient particulièrement exposes. Ces latiines
avaient été utilisées récemment par un sujet dont l'aflectiou, développ.V tout d'abord sous le masque de la grippe, avait évolué ultérieurement en fièvre typhoïde (34).
Le mécanisme de l'infection dans ces cas n'est que trop facile à saisir Les matières fécales virulentes sont répandues dans les corridors et sur le sol des cours, puis transportées partoutpar les cliaussures. Converties en poussière par la dessiccation, elles sont soulevées par les courants d'air et mêlées à l'atmosphère des habitations. Quant aux émanations proprement dites des fosses, elles altèrent le milieu intérieur et préparent la réceptivité morbide Toutefois, le rôle de ces émanations ne se réduit pas toujours à celui d un facteur banal. Souvent, en effet, leur pénétration dans l'organism. équivaut a l'absorption des agents spécifiques eux-mêmes. Semblables aux émanations putrides des mares, dont le fond est mis à nu par le cura-e ou la chaleur, elles sont aptes à susciter par elles-mêmes la fièvre typhoïde en appelant à l'activité pathogène les germes latents de l'organisme Nous pourrions, en effet, citer maint exemple de manifestation locale de cette dernière survenue à l'occasion de vidanges de latrines qui n'avaient point reçu préalablement de selles virulentes, ou qui du moins n'en avaient point reçu depuis fort longtemps.
d). RÔLE DU soL. - Mais il s'en faut que les épidémies urbaines restent toujours aussi circonscrites. Il en est qui enveloppent des groupes de maisons, des quartiers tout entiers, et qui témoignent par cette extension a une partie de la ville, de la diffusion de la cause morbide. Si beaucoup de faits de ce genre rentrent dans la catégorie suivante, où le rôle de l'eau est incontestable, il n'en est pas de même d'autres, où la souillure de l'air par le sol est au moins probable.
Dans beaucoup de villes, on pratique, d'une façon plus ou moins générale, le tout au ruisseau ou à la rue. Les germes typhogènes, ainsi projetés sur le sol, y pénètrent toujours avec une extrême lenteur. A vrai dire, ils ne dépassent guère cette couche superficielle qui se concrète par la sécheresse, se fendille par la trépidation des rues sous le passage des voitures, se pulvérise par la circulation des hommes et des animaux et se soulève sous les courants aériens (35).
^ On conçoit que, malgré cette dispersion des poussières virulentes dans l'atmosphère, l'épidémie n'en reste pas moins limitée au sol infecté, la dissémination des germes s'effectuant toujours à de très faibles distances de leur foyer générateur.
Telle est, sans doute, la signification de l'épisode suivant. A la fin de l'année 1883, les fosses d'aisance du IS-^ de ligne à Castelnaudary ayant été affectées à un autre usage, les murs et la voûte intérieurs en furent
DE \A l'IKVBE TYMIOÏDIÎ
initiés et reci-épits, et tous les détritus provenant de ces travaux de Stut on et déménagement, mortier, terre, plâtras, imprégnés de ma- UéTs cales assurément virulentes (deux épidémies de f.évre ypl.o.de Ivàîeat eu lieu dans les trois années antérieures), furent employés au nivpllpment du sol de la cour. .
Les ene s d'uu pareil état de choses, dit M. Vid.l, médecn de la garuison ne dérent pas à se faire sentir. La caserne fut souillée de fond reomble par toutes les boues que les hommes entraina.ent avec les chaus mlsf une partie des débris des latrines fut de la sorte portée dans es cirmbr;s. Les recrues étant arrivées sur ces entrefaites, une ép.denue de fltvre typhoïde éclata tout aussitôt, due, ajoute notre collègue, « a la présence certaine de germes infectieux provenant du sol de la cour, on mieux de la fosse des anciennes latrines (36) , , ,
Il es des localités où, en raison d'habitudes traditionnelles, la couche superncielle du sol est ainsi souillée depuis des siècles par des déject.ons hur^ nés ; et comme, d'après les recherches de MM. Ga.Nca.. et Desc am eirpeut conserver vivant le bacille d'EB.axu près de six mors (37), el e eut' constituer un milieu de culture perpétuel, une ^'^^'-f^^^Z inépuisable d'agents infectieux '. C'est en partie a un pareil état de choses
à celles de M. G».«c„e», que ^tac'l e 'ph,q^^ ^„-,^^„^ sol que ne l'admet ce dernier »''.f ^'"î^^^^^^^^^ du bacille d'EBEBTii avec diiïé-
deu. ordres. Dans les unes, .1 "«''ï Isuite " u dans des cylindres de fer-blanc et rcnts échantillons de terre, »»' ™ ui toujours conslatée à des protondeurs
ZSSS ;uer;:mrie"de^.rd^rSSr:„tre.enu\ la surlace ou dans le iond de
'■'Tlï'res autres, i, se servait de djeetions ou d'o janes ^^^pW.-s Me),
sur diUérents points du ^''[^^^'^^^fZf Z de ' ulltîins t'elluriques naturelles de ses rpnts de la nappe d eau soutenaine, du ucc îieux de iesideSœ (Stolac et Konjica, en Herzégovine) Voici comment Fauteur formule ses ^-ésuUats defimtj s :
loDans le sol, les bacilles ne ^^^f^'^fJ^J^^^^^^ les .matières fécales, leur
20 Lorsque les bacilles lyphiques P^^acilles qui y sont ensemencés en suspen-
variations de la température ^^^^.^ i„
4" Répandus à la surface du sol, ei expuscs
'"^"ir'c^n'^e'Lnts dans Vbu.nectation qu'ils Inté^^^^^^^^^^^^^ euït^r;' °"
'T£:V.rrce"erttl':rnf t?.s"~^^^^ ou plongent les racines des
plantes. ^ .vnhiniips subissent une putréfaction lente, et que
7" Lorsque les cadavres en erre^s e s t ph.qu^ ^^J^ ^^.^^^ p^^,. „„^p,e
les microorganismes spéc.fKjues de oellL-ci y ont auu^^^^ sublimé), on peut
de l'enveloppement des parties avec du ^^^f'^^'^'^^^^^^
encore trouler des bacilles dans les «'IS^"^^,, ".^^^^^^^ 1891, Bd. XIII, p. 302.)
ûber das Verhallen der Typhus- Bacillcn im Boden. Ai en. i. .
DKS FJÈVIŒS CONTINUES
que certaines villes du midi, notamment Toulon, doivent d'avoir ,Hô de tout temps si cruellement éprouvées par la dothiénentérie. On peut objecter sans doute, que les influences typhogènes sont ici complexes h qu'au rôle du sol il faut ajouter celui de l'eau. Mais il ne manque n-js d'exemples où l'enquête étiologique a pu justement mettre en cause la souillure de la surface du sol, à l'exclusion de celle des maisons ou d. l'eau de consommation.
Les couches profondes du sol ne sont pas moins dangereuses à l'occ-, sion que celles de la surface. A la vérité, le bacille typhique n'y a gnèi. été démontré directement jusqu'à présent; nous ne connaissons que les tentatives infructueuses de Gaffky à Wittenberg et de Fr.knkel à Berlin auxquelles il faut joindre les recherches, cette fois couronnées de succès' faites par Trydiî sur de la terre recueillie à la caserne de la marine de Copenhague. Mais, à défaut d'agents spécifiques, les couches profondes recèlent des souillures banales dont l'action, bien qu'indirecte dans la genèse de la dothiénentérie, n'en est pas moins dangereuse. Elles manifestent leur pouvoir typhogène au moment de l'ameublissement des terrains, alors que, . la profondeur devient surface à son tour . (Arnould, loi cit.). Maintes fois, les bouleversements du terrain urbain ont fait naître la fièvre typhoïde au milieu des groupes fixés dans le voisinage des travaux, comme ils suscitent parfois la malaria et l'ictère. Les faits signalés naguère par Daga à Nancy, par Perrote à Avranches (38), se sont renouvelés bien des fois dans ces dernières années.
A Montbrison, une épidémie se déclare dans la ville, à l'occasion de travaux de canalisation exécutés pour la construction des égouts. Dans la Corse, le D-" Zuccarelli constate que la fièvre typhoïde, fréquente pendant la construction du chemin de fer de Coste à Bastia, a disparu de la région depuis la cessation des travaux (39).
L'épidémie qui sévit à Mamers sur le 115= de ligne, de novembre 1887 à février 1888, coïncida avec fouverture de profondes tranchées dans toute l'étendue du terrain intérieur de la caserne, et en fut probablement la conséquence, car on ne put lui trouver d'autre cause.
En 1888, des travaux de terrassement effectués devant la caserne de Neufchâtel à Reims, en vue de l'établissement d'un égout, furent marqués par une épidémie sévère de fièvre typhoïde qui vint frapper le iSi" de ligne. De l'enquête faite à ce sujet par M. le médecin principal Weill (40), et des renseignements complémentaires que notre collègue a bien voulu nous adresser, il résulte que l'eau de consommation de ce régiment, la même que celle de la population civile, était irréprochable, que les latrines ne laissaient rien à désirer, et que le déplacement du sol était la seule circonstance étiologique à assigner à cette épidémie, qui d'ail-
leurs disparut dès que la trauchée de la rue fut comblée et le sol maea-
''""Nots croyons devoir citer eucore, à l'appui de l'origine tellurique les deux épisodes suivants, auxquels il serait ditacile, nous semble-t-il, mtibuer une interprétation dinérente. Durant les rao.s d'août, sepemb e octobre et nivembre 1888, la f.évre typhoïde sévit épidem.quemènt sm- la garnison de Clermont-Ferrand. Elle avait été précédée en ju.n et iuillet par de nombreuses diarrhées qui paraissent en avoir constitue la phase initiale. L'enquête démontra que l'eau potable est restée étrangère Tsa -^enèse. D'une part, en efiet, le bacille d'E3«vrn n'a pu être constate dansées échantillons envoyés au laboratoire du Val-de-Grâce ; et d autre part l'épidémie a frappé pour ainsi dire exclusivement deux corps de la ! rnison sur quatre, bien que tous fissent usage de la même eau al.menîai^e celle de fontaines de la ville. M. V...nao», qui a écrit une relation ntei;ssante de cette épidémie (41), pense que l'infection a eu heu par e poussières provenant du sol depuis longtemps fécalisé, et surtout du 0 pro ondément remué dans les grands travaux de terrassement exécutés pendant l'été. En efiet, un fossé long de plus de cent mètres et proond de chiq avait été creusé en vue de l'établissement d'un égout, dans 'aluerLyon, au voisinage immédiat des ce^rnes^ha^^^^^^ par les deux seuls corps éprouvés, le 36= d'artillerie et le d 'nto te^
Le deuxième épisode visé ici a eu pour théâtre la ville '^^'J'^^^^'^^ nour témoin et narrateur notre collègue M. le medecin-major Feancuet. ' a laTn des manœuvres de 1889, le 27' bataillon de chasseurs a pied étant ven:; occuper la nouvelle caserne de cette ^'He. ^ 'em^aussitôt, an milieu d'un état de santé satisfaisant, t a la P^^^^ abondantes, d'une triple épidémie de fièvre typhoïde, de nalaua et dltére, épidémie qui dura du « octobre 1889 au -^^^^'^J^;^ sol sur lequel s'élève la caserne venait d'être P^î^-^^ean ut fomlle . dix mille mètres cubes de terre avaient été déplaces par es ^^^^^^-J^J^ Tassement. L'explosion et l'évolution simultanées '^'^ ^'l l'^l^^l' dont les deux dernières sont justement attribuées au sol, ne P-^n^^f ^ nas témoiffua-e en faveur de la communauté de leur foyei d origine .1 Td mis trLin, l'enquête rigoureuse à laquelle -e a ce su, M FRANcnET le prouve, que les facteurs pathogéniques oïdmaircs de L~ïd:, tels q^e'la pollution de l'eau, nient le^ur-
menin-e sont dans l'espèce, restés étrangers a sa genèse, et que 1 infec 11 relluriqûe lemeure' en dernière analyse la seule cause a lui assi-
'"n est démontré que les courants descendants de P-'' P'^^f;»;, traînent pas les germes vers la profondeur. L'eau ne saurait les y amené.
DES I-'iriVIlES CONTINUES
"OU plus, car le sol est un filtre presque impénétrable aux bactéries 11 en résulte que les couches protondes de ce dernier reçoivent les souillures P hogènes non pas de la surlace, mais des fosses fixes ou des égouts no„ etanches, des pu.ts absorbants, puisards et bétoires, tels qu'il en exis dans beaucoup de localités. C'est d'une parcelle du sol, préLéc au vois d'EBctu" " P™"""'^-' T„v„. a extrait le bacill,.
Les agents typhiques se comportent sans doute vis-à-vis des parois d.. ces excavations comme ceux de la surface à l'égard des couches supérieures, c'est-a-dire que leur diffusion dans le sens horizontal rester , relativement limitée. Mais si le nombre des excavations est con de b le 1 infection n'en deviendra pas moins générale "«"me,
C'est ainsi que le sous-sol de bien des villes, notamment de celles dont la population est dense et dont l'hygiène a été négligée, a été converti en un vaste foyer typhogène, où les germes ont d'autant plus de chance de se conserver, qu'ils y vivent à une température favorabfe et qu'ils ne subissent pas, comme ceux de la surface, l'action destructive de la lumière et de la chaleur.
L'ensemble des observations épidémiologiques tend à prouver et
I exemple de certaines villes confirme, que le sol est d'autant plus apte a conserver, et peut-être à multiplier le germe typhique qu'il est plus riche en souillures. Mais nous avons tout lieu de croire que ce sol putride exerce aussi une influence générale adaptée à l'homme et non au parasite
II accroît l'énergie de celui-ci et diminue la résistance de celui-là II a-it spécifiquement par les poussières soulevées à sa surface et contenant^le bacille typhogène, et banalement par les émanations qui s'élèvent de tout foyer putride (Arnould).
Il n'est pas hors de propos de remarquer que certaine école bactériologique n'a pas dédaigné de s'appuyer sur ces données fournies par l'observation empirique. La fièvre typhoïde, et en général toutes les maladies mfecto-contagieuses, ne pourraient naître, selon elle, qu'à la faveur de l'action combinée de deux germes, l'un banal, originaire du sol, destiné à adapter l'organisme à la maladie, l'autre spécifique, mais impuissant à réaliser celle-ci sans le concours du premier. Telle est la théorie dihlastique, formulée il y a une dizaine d'années par Naegeli (4H). Elle n'est pas sans avoir reçu une sorte de sanction expérimentale des intéressantes recherches tentées depuis cette époque dans le domaine de quelques maladies infectieuses, notamment de celles qui ont été entreprises sur le tétanos par le professeur Vaillard.
Il est sans doute difficile de faire toujours la part exacte entre la souillure banale et la souillure spécifique. En pratique, cette distinction
est secondaire. Nous savons que clans les villes comme Toulon, Munich, î) ntzi^ la fièvre typhoïde a diminué avec l'établissement d'une bonne anali^;tion souterraine, qui permet de faire disparaître rapKle.nen les impuretés de la surface, et de prévenir les infiltrations putrides de la
^'Cotqu'il en soit, on comprend, d'après toutes ces observations, l'importance énorme attribuée par Pettenkof.r, d'une part à la porosité du soussol laquelle favorise l'imprégnation de celui-ci par les souillures tombées •i là surface d'autre part aux oscillations de la nappe d'eau souterraine oui apportent dans ces couches saturées de matières organiques l'humidité à la faveur de laquelle celles-ci deviennent des foyers putrides plus ou moins redoutables. Comme ces conditions hydrotelluriques ne se trouvent point réalisées partout, il en résulte que la fièvre typhoïde serait louioursune endémie rivée à des circonscriptions territoriales restreintes. Telle est la base de la doctrine localiste, défendue avec une infatigable persévérance et une verve incomparable par l'illustre professeur de Munich Elle a eu des adeptes dans tous les pays. En France notamment, elle a trouvé dans M. le professeur Teissier (de Lyon) un partisan convaincu Ce médecin distingué a constaté un rapport à peu près invariable entre les oscillations de la nappe d'eau souterraine à Lyon et les recrudescences de la fièvre typhoïde, les maxima de la courbe morbide correspondant toujours aux minima de la courbe hydrique (44).
Mais pour établir une relation de cause à effet entre deux faits aussi évidemment disparates, il faudrait que leur coïncidence fût constante. Or il s'en faut qu'il en soit ainsi; c'est ce qui résulte des recherches de quelques-uns des élèves mêmes de Pettenkofer, de celles de Port sur a fièvre typhoïde dans les casernes de Munich, de celles de Sovka sur la marche comparée de cette maladie dans diverses villes La doctrine de Pettenkofer est d'ailleurs incompatible avec la mobilité des foyers typhogènes que nous avons mise en relief au début de ce chapitre. Néanmoins comme toute doctrine qui s'appuie sur l'observation et non P^s seulement sur des idées spéculatives, elle renferme un grand fond de vente : abstiaction faite de ses interprétations hypothétiques sur la génération alterne de l'agent typhique, elle a eu le grand mérite de faire ressortir, en etiologie typhoL, le rôle du méphitisme tellurique si complètement oublie par les partisans de la contagion exclusive.
e) RÔLE DE L'EAU. - Mais ce n'est pas seulement le sol dont la salubrité'se trouve compromise par les groupes humains fixés ^ sa surface^ Les souillures peuvent atteindre l'eau qui sert à la ^«^^"^-^^ f avoir été longtemps controversé, le rôle de l'eau a pris, dans ces deinieis
IJES FIÈVRIiS CONTINUES
temps, une imporLfince prépondérante dans l'étiologie de la fièvre typlioïdo et c'est dans les villes surtout que ce rôle a pu être précisé.
La nappe d'eau souterraine qui alimente nos puits est protégée contre les infiltrations impures de la surface par le sol qui la recouvre, et dont on connaît la merveilleuse puissance filtrante. Mais les eaux souillées de la rue peuvent arriver dans la nappe aquifère par les crevasses, les brèches natu relies du sol, et directement dans les puits par l'orifice de ces derniers
La souillure profonde du sol est également capable d'altérer la purcl des eaux souterraines. Sans doute, l'eau, en filtrant à travers le sol s. débarrasse de ses germes. Mais les communications entre les récipients d'immondices et la nappe aquifère sont le plus souvent directes • les fosses ou les égouts non étanches, aidés de quelques crevasses, laissent arriver sans difficulté les déjections dans cette dernière. Dans les villes ou le puits et la fosse sont gémellés, la brièveté du trajet empêche l'eau de se dépouiller de ses impuretés dans le cheminement de celle-ci à celui-là.
L'eau de source elle-même, qui est bactériologiquement à peu près pure (Pasteur et Joubert), peut recevoir des souillures à son émergence, dans les galeries de captage, ou sur son parcours, par suite d'avaries occasionnées aux réservoirs destinés à la contenir jusqu'à sa destination. Il n'est pas impossible même qu'elle soit spécifiquement altérée à son émergence, quand elle a filtré à travers des terrains composés d'éléments grossiers ou fissurés. C'est ainsi que les épidémies du Havre de 1887 et 1888, ont été attribuées par MM. Brouardel et Thoinot à la pollution de la source de Gatillon par l'épandage des tinettes de vidanges sur le plateau de Gainneville, qui recouvre la nappe aquifère d'où naît cette source. L'émergence de celle-ci étant à la cote 39 et le plateau à la cote 88, une épaisseur de filtre de 49 mètres sépare la surface du plateau de la nappe aquifère; mais l'eau filtre à travers trois assises de terrains crétacés, et ces couches sont fréquemment fissurées (45).
L'eau de source peut encore être contaminée, lorsque l'épaisseur de terrain qui recouvre la nappe aquifère d'où elle procède n'est pas assez épaisse pour filtrer complètement les eaux de la surface, surtout si on pratique l'épandage de matières fécales sur cette dernière. C'est à cette double circonstance que MM. Brouardel et Ciiantemesse ont attribué l'endémicité de la fièvre typhoïde parmi les troupes de la marine à Lorient. Les eaux de source qui alimentent les établissements de l'arsenal sont souillées déjà au point de captage. Jolies jaillissent en effet de un à trois mètres au-dessous d'une plaine sur laquelle on déverse deux fois par an les tinettes de la ville, recélant certainement des germes typhiques (4G).
La transmission par l'eau des germes de la fièvre typhoïde est attestée par deux séries de preuves. La première comprend les faits où l'analyse
DE L.\ FIKVllE TYPHOÏDE 383
haclériologique a démontré positivement l'existence du bacille d'Emm-ni dans les eaux soupçonnées. Dans la deuxième sont réunis les épisodes ou ces dernières ont pu ôtre à bon droit incriminées, mais où la sanction bactériologique manque, soit que l'analyse des eaux n'ait pas été pratiquée, soit qu'elle ait abouti à un résultat négatif.
a) rreuus bactériologiques. -Les preuves bactériologiques sur lesquelles s'appuie la doctrine de l'origine hydrique de la fièvre typhoïde sont aujourd'hui assez nombreuses. Nous énumérerons rapidement celles dont cette doctrine s'est réclamée dès le début.
La première en date est due au docteur iMoers, chirurgien du cercle de Mulheim-sur-Rhin. Dans une ferme à Liebourg, où il y avait eu de la ■fièvre typhoïde en 18G4 et en 1865, quinze personnes furent atteintes de la môme maladie d'octobre 1884 à la fm de mai 1885. L'auteur trouva les bacilles typhiques dans l'eau du puits qui avait été souillée directement par les matières débordant des fosses d'aisance (47).
Quelque temps après, le docteur Ivan Michael découvrit aussi les bacmes typhiques dans l'eau d'un puits de la commune de Grossburgk ; l'analyse en fut faite dans le laboratoire du professeur Joiine, à Dresde (48).
La petite ville de Klosternenbourg, voisine de Vienne, est placée dans d'excellentes conditions hygiéniques; elle n'avait subi aucune épidémie depuis plusieurs années, lorsqu'on juin 1886, la fièvre typhoïde se déclara dans sa garnison. L'épidémie dura un mois environ, et atteignit dans cet intervalle 321 soldats, soit plus de la moitié de l'effectif (600 hommes) .
Le docteur Kowalski, ayant, par Une enquête minutieuse, mis hors de cause la nourriture, la canalisation, le surmenage, le sol, l'importation, fu amené à accuser l'eau potable. Des sept puits de la caserne, un seul servait à la consommation journalière, les six autres étaient fermés Or, au mois de mai, l'eau de ce puits changea de goût et deviat trouble : 1 analyse chimique pratiquée aussitôt, ayant donné des résultats satisfaisants, on continua à s'en servir. Un capitaine qui, avant cette analyse, faisait venir l'eau de la ville, se mit à faire usage de celle du puits, lui, sa femme, ses enfants et la domestique. Toutes ces personnes furent successivement atteintes par la fièvre typhoïde; puis celle-ci se propagea aux hommes du casernement. L'épidémie resta limitée à ce dernier, et elle cessa dès qu'on fit fermer le puits incriminé. M. Kowalski trouva dans son eau un nombre considérable de bacilles typhiques qui ont dû y pénétrer, selon lui, par le sol ou par l'intermédiaire des égouts voisins dont les parois
n'étaient pas étanclies (49). . ,.oK;io;f
En octobre de la môme année (1886), une famille pauvre qui habitait Paris depuis deux ans, fut prise de fièvre typhoïde dans le quartier de
384 DES FIÈVRKS COiNTI.NUIiS
Ménilmontaut où hi maladie régnait depuis deux mois. Cinq persouuc. sur sept furent atteintes. Des analyses bactériologiques pratiquées pijr MM. Dreyfus-Brissac, WmAL et Cmantemesse, sur l'eau d'une borne-fujjtaine de Ménilmontaut à laquelle les malades s'étaient alimentés, y dénioutrèrent la présence du bacille typhique (oO).
Celui-ci fut également trouvé, vers la môme époque, par MM. Ciianti.- MESSE et WiDAL, daus l'eau du trop fameux puits de Pierrefonds, servant aux usages domestiques d'un groupe de maisons dans lesquelles venait d'évoluer une épidémie de fièvre typhoïde, restreinte par le nombre des | cas, mais tristement célèbre par celui des victimes (31). :
En septembre 1887, la fièvre typhoïde s'abattit sur le 37« de ligne, à j Nancy, épargnant les autres troupes de la garnison. Le i"' bataillon de j ce corps fut éprouvé au point qu'il dut quitter la caserne pour occuper le j baraquement du plateau de Malzéville. L'eau, dont ce bataillon faisait j usage, était infectée par le bacille typhique, qui faisait au contraire défaut j dans l'eau alimentant le 3"^ bataillon resté indemne (52). j
Au cours d'une épidémie qui sévit à Lunéville, en décembre 1887, le 18° de dragons paie un tribut plus large que les autres troupes. Il s'alimente aux bornes-fontaines qui débitent l'eau de la Meurthe, tenue depuis longtemps en suspicion ; l'analyse microbiologique y révèle la présence du bacille typhique; on y trouve, en outre, un excédent considérable de matières organiques. Le 7° de dragons, consommant de l'eau de source, était épargné par la maladie régnante ; les gelées l'obligent à avoir momentanément recours aux bornes-fontaines à eau de Meurthe : peu de temps après, trois hommes sont atteints par la fièvre typhoïde (o3).
Et de semblables constatations vont dès lors en se multipliant de jour en jour. C'est M. PoucnEi qui trouve le bacille d'EBERin dans l'Yonne, à Joigny; M. Thoinot, dans l'eau de Seine recueillie eu amont du pont d'Ivry (54); M. Roux, dans l'eau de boisson du lycée de Quimper, à l'occasion de l'épidémie qui régna dans cet établissement en 1888 (oo).
Nous n'avons garde d'oublier, dans cette énumération, les résultats des nombreuses analyses faites au Val-de-Grâce par M. Vaillard. Ils sont dans l'espèce d'un grand poids.
A Cherbourg, les troupes de la marine subissent annuellement, du chef de la fièvre typhoïde, une mortalité deux fois plus forte que celles de la guerre (6,3 p. 1,000 annuellement pour les premières, et 2,9 pour les secondes). Or les premières boivent l'eau polluée de la Divette, tandis que les secondes sont alimentées par de l'eau de source et de l'eau pluviale.
C'est à cette circonstance que M. le médecin-major Collignon rapporte la difïérence si considérable de la mortalité par dolhiéneutérie entre les
DE lA FIÈVRE ïYrilOiUE 385
deux corps de troupes. Effectivement, les eaux de la Divette, analysées ■ui Val-de-Gràce par M. le professeur Vaillard, out donné 3,400 germes par centimètre cube; et parmi beaucoup d'espèces diverses, cet habile et consciencieux observateur a réussi à séparer et à cultiver en colonies le bacille d'EBEivni. « Il ressort de ces constatations, dit-il, en terminant son rapport, que l'eau de la Divette est souillée de la manière la plus «rrave par des matières fécales provenant de typhoïques. » ^ Ce qui corrobore les déductions très légitimes de M. Collignon, c'est que d'une part, une demi-compagnie de la guerre, casernée au Val-de-Saire, et obligée à ce titre de consommer l'eau de la Divette, fournit toujours une proportion exceptionnelle de fièvres typhoïdes; et que, d'autre part deux manifestations épidémiques soudaines et courtes ayant été .observées en février et mai 1888 au fort de Querqueville, où l'on consomme habituellement des eaux pluviales, l'enquête prouva qu'à ces deux époques, l'eau de la citerne venant à manquer, on avait apporté au fort, par le bâtiment-citerne de la marine, de l'eau de la Divette. Les deux petites épidémies auraient éclaté une dizaine de jours après ces
apports d'eau souillée.
Au mois de décembre 1888, après quelques cas isolés observes depuis le commencement de l'année, la fièvre typhoïde se déclara brusquement à Bouro- dans la population civile et militaire, frappant tous les groupes alimentés par la canalisation de Lent, et ménageant les maisons et les établissements qui emploient exclusivement l'eau de la nappe locale L'enquête faite à ce sujet par MM. les D- Passerai et Aubert (S6) fit connaître de nombreuses causes de pollution des sources de Lent dans les galeries de captage, et c'est encore notre collègue M. Vaillard, qui découvrit dans les échantillons de l'eau suspecte la présence du bacille
d'EBERTH ' . . X •
Enfin, pour n'omettre aucun fait essentiel dans cet inventaire, nous citerons encore l'épidémie récente de Melun. , , , ,
Au commencement de 1889, la fièvre typhoïde, absente pendant toute l'année précédente au 1- chasseurs en garnison dans cette ville, fit brusquement son apparition dans ce corps. L'épidémie dit M Lelong, éclata tout d'un coup, comme un coup de foudre, à la date du 10 février. Elle se propagea très rapidement, mais limita ses atteintes a deux escadrons et à deux fractions d'escadron logés dans les mêmes bâtiments,
.T . r • Une vintPPPssante relation que M. Aubert a publiée de cette épidémie, ce judi- '.Toutefois, dans 1 '"^«'^^'^f ! 1,^^^ hydrique, fait remarquer que, pendant que cieux observateur b.e« qu^^ , 19 kilomètres de Bourg,
1 épidémie sôv ssait à Bo n!,^ eue reffna^^^ j.^,^ consomme
;L\rrr.i;crî.toi^»a:i;p. -'visr^f ■ " ' " " ""°
générale favorisant l'éclosion des germes typhiques dans la région.
et coDsommant de l'eau prise à trois puits dénommés puits U nord et sud, et puits R. Pas un seul cas ne fut observé dans le grand bâtiment A où l'on boit une eau de provenance diiïérente. Quelques individus ordonnances et employés de salle d'armes, furent atteints, bien que n'habitant pas les bâtiments où sévissait l'épidémie; mais l'enquête apprit qu'ils avaient ingéré de l'eau des puits incriminés. Cette eau, que toutes les circonstances de l'épidémie désignaient aux soupçons du médecin, fut envoyée au Val-de-Grâce, où l'analyse bactériologique y démontra le présence du bacille d'EuERTu.
La détermination du bacille d'EBERxn dans l'eau est entourée de grandes difficultés théoriques et pratiques. La similitude entre ses caractères morphologiques et ceux d'espèces voisines rend les recherches décevantes, et doit mettre en garde contre les conclusions hâtives. D'autre part, les analyses portant nécessairement sur une parcelle minime de liquide, il se peut que celle-ci ne renferme pas de germes, bien que l'eau mise en cause en contienne. Enfin, l'impossibilité d'inoculer la fièvre typhoïde aux animaux enlève à l'expertise un moyen de contrôle des plus précieux.
Aussi, dans bien des circonstances, l'analyse bactériologique est-elle restée stérile, bien que les présomptions les plus fondées pesassent sur l'eau examinée. Pour ne citer que les échecs des plus habiles, rappelons que Gaffky a vainement cherché son bacille dans l'eau, et même dans la fosse d'aisance de la caserne de Wittemberg à propos de l'épidémie qui a été l'occasion de son beau travail. M. Goantemesse n'a pas été plus heureux dans ses analyses de l'eau du Saint-Laurent, au Havre (o7).
M. RiETScn était convaincu que l'épidémie du camp du Pas-des- Lanciers avait eu pour moyen de dissémination l'eau de la Font-Marignane souillée des déjections des typhoïsants; et pourtant, toutes les recherches de l'habile bactériologue de Marseille pour y découvrir le bacille d'EsERTH restèrent infructueuses (58).
Bien que, d'après l'enquête officielle, l'épidémie de Hambourg, en 1885, dût être attribuée à la consommation de l'eau municipale, le docteur Simmonds ne put déceler, dans cette dernière, l'agent infectieux de ladothiénentérie (59).
Enfin, nous savons que parmi les nombreuses analyses bactériologiques qui ont été faites au Val-de-Grâce, sur des échantillons d'eau envoyés de province à l'occasion d'épidémies de garnison, il en est un certain nombre qui ne donnèrent que des résultats négatifs, bien que les circonstances relevées par les recherches étiologiques faites sur place accusassent formellement l'eau de boisson.
Bien que ces insuccès empruntent une certaine importance au renom
Dli LA nnVRE typhoïde 387
de ceux qui ont eu à les enregistrer, ils ne sauraient prévaloir contre les faits positifs. En eux-mêmes, ils ne témoignent que de l'extrême difdculté de ce genre de recherches, ils ne sauraient porter atteinte à la notion étiologique qui est en cause.
P). Preuves épidéniiologiques. — Nous croyons d'ailleurs qu'à défaut de la certitude bactériologique, l'origine hydrique de la fièvre typhoïde peut être fondée sur des preuves épidéniiologiques. Les faits qui prétendent à une semblable interprétation, doivent réunir les conditions suivantes : l'éclosion soudaine et en quelque sorte simultanée de cas plus ou moins nombreux; 2" la limitation de l'épidémie, au moins au début, à un groupe d'individus buvant l'eau d'une provenance déterminée, •source, puits, conduites d'eau, etc., avec cette réserve que l'intervalle écoulé entre le moment de la pollution et celui de l'apparition des premiers cas morbides ne soit pas trop long ; 3'' la constatation effective de la souillure des réservoirs de cette eau par des matières excrémentitielles contenant des déjections de typhiques ; 4° la certitude que le groupe éprouvé par la fièvre typhoïde, partage avec la partie de la population épargnée par elle, toutes les autres conditions hygiéniques relatives au sol, aux météores, à l'alimentation, à l'habitation, et qu'il ne s'en distingue que ■par l'usage de l'eau impure; 5° la cessation de l'épidémie avec la fermeture du réservoir incriminé, condition qui n'a de valeur, suivant la •remarque du professeur Arnould, qu'autant que l'épidémie n'a pas duré assez longtemps pour épuiser la réceptivité du groupe et s'éteindre ainsi d'elle-même, et qu'elle ne cesse pas trop brusquement.
HiRScn rapporte un certain nombre de faits qui réunissent à peu près ces diverses conditions. Telles sont les épidémies de Stuttgard en 187î2, ■de Berne en 1873-74, d'un pensionnat de Mansfield (Pensylvanie) en 1874, de Gunnislake en 1876, de Caterham et de Red-Hill en 1879, de Nabburg (Haut-Palatinat) en 1880.
C'est dans les centres urbains secondaires, où les recherches étiologiques sont favorisées par l'étroitesse relative du champ d'observation, ■que les faits de cet ordre sont plus faciles à saisir. Tel est entre autres l'épisode dont fut témoin le D'' Bourrée à Ghâtillon-sur-Seine, et qui est consigné dans le rapport général de l'Académie de médecine sur les épidémies qui ont régné dans l'année 1884. L'état sanitaire était excellent dans cette ville, quand tout à coup, dans les premiers jours de décembre 1883, éclate sur ses divers points une épidémie de fièvre typhoïde, qui atteint en quelques jours une centaine de personnes n'ayant eu aucune communication les unes avec les autres, et appartenant à toutes les classes •de la société.
388 DLS FIKVRES CONTINUES
La brusque soudaineté de son apparition et sa rapide dissémiiiatiou accusaient une cause générale inhérente à la ville et commune à tous leg quartiers. Or, on avait remarqué que le début de la maladie avait coïncidé avec la distribution d'eau provenant d'un nouveau réservoir, construit pendant l'été et récemment mis en usage. Les conduits de ce dernier avaient été ouverts à la ville vers le 20 novembre, et les premiers cas de fièvre typhoïde furent signalés vers le 4 décembre, c'est-à-dire quinze jours après que tout le monde faisait usage de l'eau de la nouvelle canalisation.
L'enquête établit que des ouvriers Italiens venant de Noiron, où régnait la fièvre typhoïde, avaient été employés à la confection du réservoir, que plusieurs d'entre eux, atteints de cette affection pendant l'exécution des travaux, avaient été vus, déposant leurs déjections dans l'excavation, quelques jours seulement avant l'arrivée de l'eau. Seloa le D'" SiREDEY, cette épidémie reconnaîtrait certainement pour cause l'adultération de l'eau par des matières fécales provenant de dothiénentériques (60). Il serait en effet difficile de lui assigner une autre origine.
En 1886, raconte notre collègue M. Haun, le 184'- de ligne de Màcon, fut atteint, au retour des manœuvres d'automne, d'une petite épidémie de fièvre typhoïde qui se limita à une seule compagnie, la '6" du l*''" bataillon. Cette compagnie n'avait été ni plus fatiguée, ni autrement nourrie que le reste du régiment pendant les manœuvres. Mais du 20 au 26 septembre, elle resta campée sur la partie basse du boulevard des Perrières, toul; près du ruisseau de l'Abîme qui sert de réservoir à la plupart des cabinets d'aisance du village de Flaie et à ceux de la caserne du Bel-Air. Beaucoup d'hommes trouvèrent plus commode de puiser l'eau de consommation à la rivière voisine, que d'aller la chercher aux bornes-fontaines de la ville, comme il avait été prescrit. Trois semaines plus tard, lorsque la compagnie eut été réintégrée dans sa caserne, elle vit se développer coup sur coup dans son sein de nombreux cas de diarrhée, d'embarras gastrique fébrile et de fièvre typhoïde classique. Sévissant exclusivement sur le groupe d'individus qui avaient consommé de l'eau de l'Abîme, ces manifestations morbides ne purent être rapportées qu'à cette circonstance, d'autant plus que l'eau de ce ruisseau est tenue pour justement suspecte (61).
Critique de la doctrine hydrique. — Toutefois, on ne saurait montrer trop de rigueur dans l'interprétation de faits semblables. Il en est que l'étiologie hydrique compte parmi les plus probants, et dont la signification, malgré tout, reste douteuse. Telle est par exemple l'épidémie de l'orphelinat de Halle, en 1871, qui cessa immédiatement après la. sumnession de l'eau suspecte. Immédiatement/ L'effet est trop prompt pour ne pas
laisser plauer le doute sur la cause qu'on lui attribue. La durée de l'incubation de la fièvre typhoïde est d'environ deux septénaires. On a donc bu impunément l'eau suspecte pendant les quinze jours qui ont précédé sa prohibition!
D'autre part, dans l'épidémie si souvent citée de Caterham, u s esi écoulé un an entre le moment où une eau a été contaminée par les déjections d'un typhoïdique, et celui où la maladie s'est déchaînée sur le o-roupe d'individus qui la consommaient. Il ne faudrait pas beaucoup d'arguments de ce genre, dit M. Duglaux, pour mériter à la théorie qui les emploie le reproche de Pettcnkofer : obscurité et arbitraire (62).
Il est encore d'autres témoignages, souvent cités en faveur de l'origine hydrique de la fièvre typhoïde, et qui, tout en ayant une grande valeur à cet égard, sont cependant justiciables d'une certaine réserve.
Oue de fois, par exemple, cette doctrine étiologique ne s'est-elle pas . prévalue de la rareté de la fièvre typhoïde à Vienne, depuis que cette ville est pourvue d'eau de source! Il est certain que cette maladie a diminue dans la capitale de l'Autriche depuis 1874, c'est-à-dire depuis que l'eau de source a remplacé l'eau du Danube, et que réapparaissant sous la forme épidémique en 1877, elle a sévi surtout dans les arrondissements que l'on dut rendre momentanément au régime de l'eau du Danube, par suite de la congélation des hautes sources.
Mais si nous consultons le tableau graphique n^ 2 de M. Mosnv 63) représentant la mortalité annuelle à Vienne par fièvre typhoïde de 1851 à 1886 nous voyons que celle-ci commence à diminuer dès lbo9, époque d'où date la réfection des égouts, qui, par suite de leur non-étancheite, laissaient filtrer leur contenu dans le sol et vraisemblablement aussi dans les puits. Dans sa confiance en elle-même, l'étiologie hydrique peut arguer que ces travaux ont épuré l'eau de consommation autant qu ils on assaini le sol, et que c'est avant tout à l'amélioration cel e-la qu i faut attribuer les heureux changements survenus dans 1 état sanitaire
"^^l^est "toutefois une observation qui ne s'accorde guère avec cette interpréîation. La mortalité par fièvre typhoïde, dans les --ons pourvi^^^ d'eau de source, a peu varié de 1874 à 1882, tandis que V^-^^^^^ Intervalle elle s'est abaissée de 3,11 à 0,69 dans celles qui en sont privées.
Tpart les recrudescences de 1875 et 1877, l'endémie cl-uiue progressivement de 1874 à 1882 dans les groupes qui ^«^^^ ^^/^^ Danube, et par une singulière ironie, elle y est moins fréquente 1 end^^^^^ les années 1881 et 1882 que parmi les habitants qui n'en ^-^—^[^^l' 11 s'en faut donc qu'il y ait un P'^rallélisme rigoureux e t e les modifications introduites dans le régime de l'eau de boisson, et les peu
péties survenues corrélativemeiit dans l'endémie typJioïde Notons php que la ville de Vienne a suln clans tons ses quartL'rp n^^^^^^^^ derniers mois de l'année 1888, une augmentation générale de la fi typho.de, une véritable épidémie, plus sévère par le nombre des att nt que par ceha des décès. Or, il a été noté que l'eau y est restée coiZt tement étrangère, car au moment de son explosion'on ne btvai dep " neuf mo.s que l'eau des Hautes-Sources, à laquelle on dut ub ti er C
TZil ''''''''''' -"-ci cessât
D'autre part on a souvent fait valoir, en faveur du rôle typho'.ène de eau, les recrudescences périodiques de la fièvre typhoïde dans le^ quar tiers de Pans qu. sont momentanément soumis au régime de l'eau de Sdn .
Plus d une fois, il a été possible d'établir le parallélisme entre le chiffre de la consommation de l'eau de rivière par quartier et celui de la
-y mars 1889, M. Cornil a lu, au nom de MM. Cfiantemesse et Wid.l une note dans laquelle ces deux médecins établissent que les épidémie's de fièvre typhoïde, a Paris, en 1882, 1885, 1886 et 1887, coïncidaient avec la substitution de l'eau de Seine, de Marne, ou de l'Ourcq, à l'eau de Vanne ou de la Dhuis dans les distributions du service public '
MM CiiANTEMEssE et WiDAL empruntent leurs preuves à deux sources.
1 Au chiffre des entrées pour fièvre typhoïde dans les hôpitaux de Pans d après le bulletin de la statistique municipale. Ce document fait connaître, qu'en 1885, 1886, 1887, le nombre des admissions pour cette maladie, dans les hôpitaux civils, a augmenté brusquement douze ou quinze jours après qu'on eut substitué momentanément l'eau de rivière a l'eau de source, et inversement, le nombre des cas est retombé à la moyenne normale, une ou deux semaines après qu'on eut recommencé à donner l'eau de Vanne.
2° Au travail dans lequel notre collègue, M. le D-" Régnier, examine 1 influence des eaux d'alimentation sur le développement de la fièvre typhoïde, dans les difl'érentes casernes de sapeurs-pompiers en 1882 et 1885. L'approvisionnement de ces casernes en eau de source a, eu effet, dimmué d'une manière considérable la proportion des fièvres typhoïdes.
D'après les recherches de Régnier, si l'on réunit en un groupe toutes les casernes de pompiers recevant de l'eau de l'Ourcq, de la Marne ou de la Seine, on trouve en 1882, pour un effectif de 1343 hommes, 129 cas de fièvre typhoïde, soit 9,6 p. 100. Dans les deux casernes recevant de
n.,!.^!lf ''"^ "^'^"^T '^''''I"^ ^^''"'^ la Vanne et de la Dliuis sont insuffisantes
pour les besoins de la population, l'administration les remplace par de leau de rivière (Seine, Marne ou Ourcq).
DE \A FIKVllE TYPHOÏDE 391
l'eau de la Vanne (J.-J. Rousseau et Grenelle), la morbidité est Prôs de dix fois moindre, soit 1,33 p. 100. Ces clùiïres se confirment en '1«85; les neuf casernes recevant les eaux de la Vanne et de la Dhuis comptent 1,9.) de fièvre typhoïde pour 100 hommes d'effectif, tandis que les deux seules casernes alimentées encore en eau de Seine fournissent 7 cas pour 100 hommes d'effectif (64).
Ce qui fortifie la signification de ces chifires, c'est la répartition mensuelle des cas de fièvre typhoïde de cette année, comparée aux modifications subies par le régime des eaux. Du 9 au 26 juin, on distribue l'eau de rivière, après avertissement officiel. Or, le nombre mensuel de typhoidiques qui a oscillé entre 1 et 7 de janvier à juin, s'élève brusquement à 14 en juillet, pour retomber au chiffre de 1 à 7 les cinq derniers mois • pendant lesquels on ne consomme que de l'eau de source.
Ces observations ont assurément une valeur considérable ; peut-ôtre cependant ne sont-elles pas toutes également probantes. Il n'est du moins pas démontré que l'aire de dissémination de la fièvre typhoïde se soit toujours confondue exactement avec celle de la distribution momentanée de l'eau de rivière. C'est ainsi qu'en 1886, celle-ci fut substituée à l'eau de source dans certains quartiers de Paris, du 20 juillet au 7 août. Les entrées dans les hôpitaux pour fièvre typhoïde passèrent brusquementde 40 par semaine (18 au 24 juillet) à 136 (1- au 7 août^, pour retomber ensuite à 80 du 15 au 21 août. Mais M. Bechmann fait remarquer a ce sujet, que la substitution d'eau n'ayant été faite que dans trois arrondissements, l'augmentation en question a porté cependant non seulement sur ces derniers, mais aussi, et même davantage, sur les dix-sept autres qui continuaient à être desservis par l'eau de source (65).
Néanmoins, de pareils faits, dont chaque jour d'ailleurs vient grossir le nombre, sont des témoignages imposants en faveur du rôle de 1 eau dans la genèse de la fièvre typhoïde. Les réserves que comportent quelques-uns ne portent aucun préjudice au fond de la question ; elles demontren simplement que l'eau, pour être un moteur pathogène des plus puissants de la dothiéneutérie, n'en est pas cependant le facteur etiologique exc usif Il faut bien en effet qu'il y ait encore d'autres sources d infection, d autres voies de transmission du germe typhogène, puisque cette maladie diminue mais ne disparaît pas avec la substitution de l'eau de source a l eau de rivière. Quelque importance que puisse avoir l'eau de consommation l'étiologie de la fièvre typhoïde ne saurait se désintéresser de / hygiène générale des localités. Le mode d'évacuation des matières fécales, la construction des maisons, le sol avec sa canalisation souterraine s imposent toujours à l'attention de l'épidémiologiste. ne sont point d^^^ quantités négligeables dans la lutte contre la cruelle endémie des villes ,
il y a eu en eiïet, dans ces dernières années, des épidémies retentissantes qui se sont refusées à se plier à l'étiologie hydrique pure
L'épidémie qui éclata à Wiesbaden, en I880, est attribuée tout d'abord a l'eau de boisson, pourtant de l'eau de source amenée du Miinzber- I a commission médicale, chargée d'en rechercher la cause S n'eut pa^'s do peine à redresser cette erreur, en montrant qu'un certain nombre de rue^ étaient restées indemnes, bien qu'on y consommât l'eau incriminée que d'autres continuaient à être éprouvées après qu'on v eut cessé d'en 'faire usage. Mais elle découvrit de graves lacunes dans l'hygiène, entre autres une insuffisance notoire de la canalisation souterraine et des procédés employés pour l'éloignement des matières fécales (66).
L'épidémie de Liège en 1883-84 (67), celle de Bordeaux en 1887-88 (68) ont été, comme celle de Wiesbaden générales, et n'ont pu, pas plus que cette dernière, être imputées à l'eau de boisson. L'infection du sol par les souillures typhiques a été mise en avant pour celle de Liège.
En automne de 1890, une épidémie de fièvre tvphoïde se manifesta dans la caserne de la Part-Dieu à Lyon. C'est après une accalmie à peu près complète de sept ans, que la vieille endémie s'est réveillée dans ce bâtiment qui en avait si souvent subi les atteintes; et cela en dépit de l'installation des filtres Ghamberland fonctionnant régulièrement et donnant une eau exempte de microbes pathogènes, ainsi que l'ont démontré les analyses bactériologiques. L'origine de cette épidémie n'a pu être nettement établie. Mais il est certain que l'eau y est restée complètement étrangère (69).
Une enquête rigoureuse conduisit à une conclusion semblable à l'égard de l'épidémie qui éprouva le 94^' de ligne à Bar-le-Duc, de décembre 1891 à février 1892. MM. les médecins-majors Grivet et Lechaudel, qui en ont été les historiens, font même ressortir que malgré l'adduction d'eau de source à Bar-le-Duc en 1886, la mortalité typhoïde n'a pas diminué dans cette ville depuis cette époque. Ils ajoutent que, d'après M. Gelly, médecin des épidémies de l'arrondissement, l'endémie typhoïde de Bar-le-Duc serait due à l'insuffisance du réseau d'égouts de la ville et à la non-étanchéité des latrines (70).
Si le régime des eaux avait, dans la genèse de la fièvre typlioïde des villes, l'influence absolue que quelques entliousiastes voudraient lui assigner, cette maladie devrait disparaître promptement à la suite de l'adduction d'eau de source. Nulle part pourtant, pas môme dans les centres où cet heureux changement a été suivi des eflets les plus salutaires, ceuxci se sont manifestés brusquement. Partout, l'amélioration a été lente à
' Pettenkofer, de Lanoenbeck, FnESENius, Leitz, Baumeister, Hl-eppe, P.agexstecher, Pfeiffer et WiBEi..
.e produire. A DanUig, par exemple, pourvue d'eau pure IbbJ e mouvement rétrograde de la fièvre typhoïde commence à la vénté a cette date, mais il se prolonge, avec diverses alternatives, pendant une longue
suite d'années. , .
Cet eiïacement progressif de la cruelle endémie urbaine, confronte avec 1, suppression brusque de la cause qui lui est attribuée, témoigne que celle-ci ne suffit pas à Tétiologie de celle-là. Il dénonce plutôt un facteur pathogénique qui ne peut perdre son activité qu'à la longue, comme le sol, dont l'assainissement complet exige toujours de nombreuses années. Imprégné de longue date de matières organiques qui l'ont adapté à la culture du bacille typbique, il ne peut devenir brusquement stérile pour ce dernier, alors même qu'on le soumet à un drainage efficace. C'est ainsi que la diminution de la fièvre typhoïde à Dantzig s'est dessinée franchement, non pas immédiatement après l'adduction d'eau de source (1869), mais avec la construction du réseau d'égouts (1872), ainsi que le démontre le dia
Fig. 19. — Évolution du typhus abdominal à Dantzig, de 1865 à 1886.
Chiiïi'C absolu des décès par an.
(Pettenkofer, Der epidemiolog. Theil des Berichls ûber die Thâlîgkeil der, zur Erforschung der Choiera, im Jahre 1883 nach .^gyplen u. Indien entsamten deulschen Commission , S. 28.)
gramme ci-joint établi par Pilttenkofer.
(V. fig. '19.)
L'histoire de la fièvre typhoïde a
Munich, pendant la période de 1856
à 1887, n'est pas moins propre à nous
montrer le rôle respectif du sol et de
l'eau dans sa genèse. Cette maladie a été pour la capitale de la Bavière ce que le
choléra fut toujours pour Calcutta : une véritable peste. Or, le graphique de Pettenkofer ci-joint, montre qu elle y diminue progressivement depuis 1856, malgré l'accroissement de la population. (V. fig. 20.) ^
En 1881, elle est tombée au niveau le plus bas qu'elle eut jamais atteint jusqu'alors, et dont elle ne s'est plus guère écartée depuis. Est-ce à l'usage d'une eau pure qu'il faut faire honneur de cette lente et profonde décroissance? Certes, peu de cités ont fait autant de sacrifices que la ville de Munich pour avoir de l'eau de source, quoique la « Tnnckwassertheorie » n'y soit pas en faveur. Mais il serait injuste d'attribuer exclusivement le déclin de l'endémie au changement introduit dans le régime de
39i DKS FIÈVRES CONTINUES
l'eau de cousommatioD, comme on peut en juger par les renseignemeuU suivants.
Jusqu'en 1865, ou ne huvait à Municli que l'eau fournie par les puil?^ particuliers, et les deux canalisations royale et municipale alimentées p;iides puits appartenant à la ville et quelques sources de la rive droite de l'isar.
Eu '18()5, l'approvisionnement habituel étant devenu insullisanv, od
Fig. 20. — Diagramme montrant l'i^volulion du typlius abdominal à Municli, de 1856 à 1887.
' Chiffre absolu des décès par typhus abdominal par an.
Décès sur 100,000 habitants.
— Oscillations de la nappe d'eau souterraine. (Pettenkofer. Der epidemiologische Theil des Berichts ûber die Th'àligkeil der, zur Erforschung der Choiera im Jalire 1883, nach yEgypten u. Indien gesamten deutsch. Commission, p. 28'.)
amena à Munich les eaux de source captées à Thalkirchen. La canalisation fut baptisée du nom de Peïtenkofer, en témoignage de reconnaissance publique pour la part prise à l'édification de cette œuvre par
* Partie épidémiologique du rapport sur les actes de la commission allemande, envoyée dans l'année 1883 en Eg^yptc et dans les Indes pour y étudier le choléra.
DE LA FIÈVRE TYI'IIOJ Dli 395
l'illustre hygiéniste. Elle fut mise en exploitation le 11 juin 18()(), mais bientôt elle cessa de répondre aux besoins croissants de la ville.
Aussi/dès 1870, la municipalité fit-elle commencer les travaux de captation des sources de Manj>[all, qui jaillissent à 30 kilomètres de Munich. Ce grand ouvrage fut terminé en 188B, et depuis le 20 août de cette année, il fournit de l'eau à la plus grande partie de la ville. L'ancienne canalisation municipale, à l'exception du Chàteau-d'Eau de Petticnkofer, est hors d'usage. Mais la canalisation royale continue à distribuer de l'eau à un certain nombre de rues.
Assurément, cette substitution d'une eau pure à une eau plus que suspecte, n'a pas été étrangère à la rétrogradation de la fièvre typhoïde. Mais Pettenkofer démontre sans peine que la plus large part en revient à l'assainissement du sol et des maisons. La canalisation, en effet, qui porte son nom, fut mise en exploitation en 1866; or, ce n'est que l'année suivante que le niveau de la fièvre typhoïde s'abaisse, pour se relever aussitôt et atteindre un de ses maxima^les plus élevés, en 1872. En 1883, les eaux de source de Mangfall remplacent celles des anciennes pompes municipales ; mais dès 1881, à la suite de travaux de drainage souterrains en cours d'exécution depuis 1875, la fièvre typhoïde était tombée au minimum le plus faible qu'elle eût jamais atteint et dont elle ne s'est plus départie depuis. Enfin, voici le trait décisif de cette intéressante enquête. La vieille canalisation royale, qui charrie de l'eau de la nappe souterraine, la même que celle qu'elle distribuait il y a quarante ans, et qu'on accuse d'avoir engendré tant de fièvres typhoïdes de 1830 à 1863, cette canalisation a continué à fonctionner, et elle fonctionne encore aujourd'hui (1887) à côté des réseaux distribuant de l'eau de source. (Elle est la propriété de la liste civile du roi.) Or, la fièvre tvphoïde a diminué dans les maisons qui reçoivent l'eau de cette vieille canalisation, exactement dans la même proportion que dans celles qui sont alimentées par les hautes sources
Il n'y a pas eu, tant s'en faut, de corrélation absolue entre les différentes phases de décroissance de l'endémie typhique, et les modifications subies par le régime des eaux. L'épuration du sol et la protection assurée a celui-ci contre les infiltrations fécales paraissent avoir eu une action plus décisive. De 1856 à 1860, en effet, des règlements de police sanitaire prescrivent de rendre étanches les fosses d'aisances, toutes fixes à cette époque. Ils n'étaient que trop justifiés, puisqu'ils provoquèrent un mécontentement général chez les propriétaires, qui faisaient valoir que jusqu alors les fosses se vidaient spontanément dans le sol poreux delà ville.
• Il n'est pas inopportun de faire remarquer que cette eau des conrluites royales était encore diSibuée en 1887 dans 114 rues, soit 871 maisons, qu. dans le recensement de 188.> contenaient 23.302 habitants.
''i06 DKS FJÈVIIES CONTINUES
Puis, de 18S8à 1887, on construisit 7^ kilomètres d'égouts; à partir de 1860, on draina soigneusement les eaux de pluie et les eaux ménagère^ des maisons vers la canalisation souterraine ou le fleuve. Eufin, en 187«, l'établissement de l'abattoir général fit disparaître de la ville plus de 800 petits abattoirs particuliers, dont les déchets s'accumulaient dans les maisons, sur la voie publique, dans les latrines et finalement dans le sol (7lj.
D'après Sûyka, ce qui s'est passé à Munich au point de vue de la diminution de la fièvre typhoïde dans ses rapports avec le drainage du sol, équivaut presque à une expérience,
« Rien n'est plus commun que ce raisonnement : voilà une ville qui de telle année à telle année a réformé sa canalisation d'eau, renoncé à ses puits, etc. ; elle s'est donné des eaux de source, et depuis ce moment la mortalité par fièvre typhoïde y est à l'état de décroissance. C'est le po.sl hoc, ergo propter hoc que nous avons visé plus haut et qui ne vaut pas mieux que tout à l'heure. On n'aurait le droit de rattacher l'un à l'autre les deux changements survenus, que s'ils avaient été les seuls accomplis dans l'intervalle. Or, il y a eu bien d'autres transformations produites dans la ville en môme temps que celle de la canalisation d'eaux potables. En améliorant le régime des eaux, on améliore en général le système des égouts. Pendant les périodes assez longues que doivent embrasser les statistiques, à moins d'être sans valeur probante, il y a eu dans le bien-être des habitants, dans les opérations de voirie bien des modifications auxquelles il serait tout aussi juste d'attribuer la diminution de la léthalité qu'à l'arrivée d'eaux plus pures. Souvent on se décide à ces grands travaux après une grave épidémie qui enlève tous les individus faibles et laisse les autres plus ou moins vaccinés. L'amélioration qu'on observe peut être tout autant le fait du changement dans la population que du changement dans les eaux. » (DuGLAux, loc. cit.)
Ces judicieuses réflexions de M. Dqclaux s'appliquent à Munich, à Dantzig, à Vienne, à beaucoup de villes en un mot dont l'expérience est si souvent invoquée en faveur de l'origine hydrique de la fièvre typhoïde.
En insistant sur ces faits, notre intention a été de montrer que l'endémie typhoïde des centres urbains ne se prête pas à la simplification étiologique si séduisante de la théorie en vogue, et que l'observation aflranchie des préoccupations de l'école, assigne au sol un rôle non moins important qu'à l'eau dans sa genèse. Cette réserve n'est point pour porter préjudice à la haute signification attribuée à cette dernière par l'étiologie. Il demeure certain que dans un grand nombre d'épisodes, l'aire d'expansion de la maladie recouvrait presque exactement l'aire de distribution d'une même eau, et cette étroite corrélation entre les deux faits porte témoignage de l'action prépondérante ou exclusive exercée par cette dernière. Nous
DE L.\ FlÈVBlî TÏPnOlIllî
,vous môme la coaviction ciuo c'est se faire uue idée trop étroite du iWe i e rea .. que de uevoir dans eelle-ei qu'uu simple vélueule de 1 geu yp , Tue. Celui-ei d'ailleurs n'y a été trouvé qu'e.ceptionneUe.nent e rs quand la f.évre typhoïde avait éclaté ou même d-P-"' ^ * ouditious telles qu'on pouvait légitimement .se demander Si 1« ^"^'0 ' r Ué de l'eau L „,alade ou du n.alade à l'eau. 11 nous P»-' P» moins douteux que les méfaits de l'eau sale soient toujours imputables . la présence d'agents spécifiques. Les connaissances que ■^«"«J'™- " ^ biolO"ie du bacille typhique, permettent de supposer que 1 eau putude se m-ète", la conservation et peut-être à la multiplication de ce dernier; mais nous ne manquons pas de motifs non plus pour croire au rôle de la souillure bm.le de l'eau. En introduisant violemment la putridité dans le milieu intérieur, elle crée l'adaptation des individus vis-à-vis des germes qu, neuvent Exister dans l'organisme à l'état latent, ou dn moins y avoir ete Sduits par un antre véhicule que l'eau. Bien que M. TiiomoT soit pa V nu àloler le bacille d'EBBKrn des eaux de rivière recueillies en amont de Paris, nous serions tout disposé à admettre que c est a la faveur ces souillure banales que se produisent les recrudescences de fi^evr
yphOicte à Paris dans les quartiers où l'on distribue momentanément 1 eau de rivière. Le rôle général de l'eau sale, a dit M. l'inspecteur A™o » n étiôlogie typhoïde, est aussi évident et considérable que son rôle devehi-
cnle de germe est obscur et limité.
^ /) Le lut et les aliments solides vÉmcoLES de l'agent tïpuooè.ve. - Au danger créé par la consommation d'une eau impure, il faut ajouter celui quoi mp-t à l'occasion l'usage d'autres boissons alimentaires, aux-
parKEL.y ('18^») à Wortlnng- (comte de Sus e^^^^^^^^^^
les plus récentes à notre connaissance, et aussi les piub i
faveur de cette origine. . . ^ . „no Hp mrP^; cas snora-
A Dunkerque, ou ne voyait depuis vingt ^■'^Z ^^/f '^'^'J'^, diques de fièvre typhoïde, lorsque sarvmt eu « ™ ' ,
épidémie. Elle sévit exclusivement dans des "-'-" ^f " e P^é-
prenaient leur lait dans la même vacherie, et frappa les enfants piel. rence aux grandes personnes. .\ h i.-e une enquête
Le docteur Reumaux, amené par ces circonstances a fane une enqu
-^^8 DES Fl H VU lis COMl.NUKS
dans l'établissement suspect, trouva près d'un puits servant aux usages domestiques une fosse à fumier, dont le fond était à deux mètres au-des.sus du niveau d'eau de ce dernier. L'enquête établit en outre que la fille du laitier venait d'avoir la fièvre typhoïde, et que ses déjections avaient été jetées sur le fumier; d'où l'on put déduire rationnellement l'infection de l'eau du puits, et subsidiairement celle du lait recueilli dans des réservoirs qui avaient été nettoyés avec cette eau (74).
RoTi[ vient de rapporter un fait semblable. L'enfant d'une laitièn. ayant contracté la fièvre typhoïde, 11 personnes sur 14, qui achetaient leur lait chez cette femme, furent atteintes à brève échéance de la même maladie. Toutes avouèrent qu'elles avaient consommé le plus souvent le lait non bouilli. Aucun autre cas de fièvre typhoïde ne fut constaté à ce moment dans la localité (75).
Enfin, la statistique médicale de l'armée pour l'année 1890, produit un épisode auquel son témoin et son historien, M. le médecin-major Bounaix, n'hésite pas à attribuer la signification des deux précédents. En septembre et octobre 1890, une petite épidémie de fièvre typhoïde, qui atteignit dix-sept hommes et causa trois décès, se déclara brusquement au 5« escadron du train, à Fontainebleau. Ce corps n'avait subi aucun surmenage, et il occupait un quartier dont les conditions hygiéniques étaient irréprochables. Des batteries d'artillerie, qui partagent avec le train ce casernemeut, n'eurent d'ailleurs aucun malade. L'enquête établit ,que la fièvre typhoïde régnait au village voisin d'Avon, qu'un laitier de cette localité, fournisseur du quartier Lariboisière, avait eu la fièvre typhoïde, ainsi que sa femme, puis cinq de ses clients, enfin que tous les malades du train avaient plus ou moins consommé de; son lait. Cet individu débitait celui-ci près du poste, à la porte du quartier, dont il s'était vu interdire l'entrée antérieurement, pour avoir été soupçonné de mouiller sa marchandise. De l'eau fut recueillie avec toutes les précautions voulues à son puits, voisin d'un fumier, et soumise à rexamen bactériologique. On y chercha en vain le bacille typhique; mais on y compta 17,000 germes par centimètre cube, parmi lesquels pullulait le bacterium coli commune. Nous croirions volontiers que le lait mouillé avec une pareille eau a été apte à transmettre la fièvre typhoïde (76).
Personne, bien entendu, ne songe à mettre le lait lui-môme en cause : le danger serait dans l'eau qu'on y ajoute, ou du moins dans celle qui sert à laver les réservoirs destinés à le recueillir. La relation de cause à effet dans les épisodes rappelés plus haut, est fondée sur la distribution des cas morbides qui ne s'observent que dans les familles desservies par la môme ferme, sur la constatation dans cette ferme de la souillure de l'eau du puits par des déjections typhiques, enfin sur la prédominance des atteintes
Chez les femmes et les enfants qui consomment plus spécialement du lait non bouilli.
Quelle que soit la valeur de ces preuves, elles ne suHisent pas a nssurer péremptoirement aux faits visés ici la siguilication qu'on leur 'utribue Du moins devra-t-on toujours s'efiorcer d'appuyer celle-ci sur i'examen bactériologique du lait, qui d'ailleurs, d'après Wolfiiugel, SiMMONDS et Bagenoff, serait un bon milieu de culture pour le bacille
d'EBERTH.
Les aliments solides pourraient sans doute être accidentellement souillés par les déjections typbiques, notamment les végétaux qui poussent dans des terrains où l'on pratique l'épandage des matières fécales. Toutefois nous ne connaissons pas de faits qui confirment cette présomption. Rien ne démontre en effet que les épidémies d'Andelfîngen et de Ivloten, en supposant qu'elles se rapportent à la fièvre typhoïde, ce qui n'est pas prouvé soient imputables à la viande consommée par les victimes. Sur ce terrain de nouvelles observations sont nécessaires. L'étiologie actuelle exige qu'en pareil cas les aliments suspects soient soumis à une analyse bactériologique minutieuse.
g). Autres causes. - Indépendamment de la souillure du sol et de l'eau d'autres facteurs typhogènes sont encore souvent cités dans l'étiolocvie'de la fièvre typhoïde des grands centres. Telles sont les mauvaises conditions hygiéniques des villes ou des habitations, la malpropreté, la misère et l'agglomération de certaines fractions de la population. Nous apprécierons la valeur de ces différents facteurs sur un autre théâtre, dans l'armée, où elles acquièrent souvent une signification prépondérante Nous ne les mentionnons ici que pour faire pressentir dès maintenant la multiplicité des circonstances qui président au développement delà dothiénentérie, et qui assignent à cette maladie une étio ogie bien autrement complexe que celle qui se résume dans la doctrine bacillaire. Si les chances d'explosion de la dothiénentérie étaient subordonnées uniquement à celles de l'adultération spécifique de l'eau, c'est-à-dire livrées au hasard d'un accident, on s'expliquerait difficilement son évolution si régulièrement saisonnière, qui est un des traits les plus saillants de son histoire, et à laquelle nous devons une mention spéciale.
h) Rapports de la fièvre typhoïde avec les saisons. — Les rapports de la fièvre typhoïde avec les saisons sont en effet soumis à des règles assez précises II résulte des consciencieuses et intéressantes recherches de MM Besnier, Colin, Hirsch, Murcuison, Marc d'EspiNE, qu'à Pans, comme dans toutes les villes et dans tous les pays où la fièvre typhoïde règne en permanence, elle subit, dans la période estivo-automnale, une exacer-
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balion constante, variable dans son degré, mais immuable dans sa régularité chronologique.
C'est eu automne que le nombre des décès par fièvre typhoïde est le plus élevé, c'est au printemps qu'il tombe à son minimum. Soumise à la même loi que la mortalité, la morbidité atteint constamment son apogée vers la fm du troisième trimestre. Pendant la période décennale 1872-1882, sur 100 typhoïsants traités annuellement dans les hôpitaux de Paris, on en compte 40 pour l'automne, 27 pour l'hiver, 18 pour l'été et 15 pour le printemps. La même loi s'applique encore au rapport qui relie le nombre des malades à celui des décès. C'est en été et au commencement de l'automne, que les malades atteints de fièvre typhoïde succombent en plus grand nombre, tandis que le chifire des cas bénins augmeute au printemps. Cette différence dans la gravité de l'affection suivant les saisons, ne doit pas être omise lorsqu'on juge les méthodes thérapeutiques employées contre elle (77).
Souvent, la lente décroissance des mois de l'hiver est suivie d'un léger mouvement ascensionnel de la maladie en mars et en avril, notamment à Paris, où il est presque constant. Mais cette poussée momentanée ne tarde pas à s'apaiser, et le déclin, inauguré pendant l'hiver, se poursuit jusqu'en juin et juillet.
Dans la population militaire des garnisons, il y a en général deux maxima : l'un, le plus considérable, qui s'étend d'août à octobre, correspond à la période des manœuvres et à l'exacerbation saisonnière habituelle de la maladie ; l'autre qui ouvre l'année, coïncide avec l'augmentation brusque des effectifs et la période critique de l'acclimatement des jeunes soldats à la vie militaire. Cette dernière recrudescence est plus ou moins marquée suivant les années; elle a été presque insignifiante en 1885, et s'est élevée très haut en 1886. (Voir la fig. 24, p. 433.)
Si rien n'est plus simple que d'apprécier le rôle de la saison en bloc, il est malaisé de préciser l'action de chaque agent météorologique eu particulier. Nous possédons pourtant à ce sujet quelques données qui méritent d'être prises en considération.
«). Action de la température. — La prédominance de la fièvre typhoïde en automne dans les climats tempérés, la constance de ses recrudescences estivales dans les pays chauds (voir plus loin), assignent à l'élévation de la température un rôle incontestable dans sa genèse. Mais ce rôle n'est pas absolu. De la comparaison d'un grand nombre d'épidémies survenues sous l'empire de conditions météréologiques variables, Hmscn a conclu qu'il n'existe pas de rapport constant entre l'élévation de la température et la gravité ou la fréquence de la dothiénentérie, ce qui prouve que cette influence peut être suppléée par d'autres.
DE LÀ FIRVRE TYrHOÏUIÎ
S) Action de la sécheresse. - Tout en faisant la part de la chaleur, on accorde en général un rôle plus important à l'état hygrométrique de l'air et du sol. Depuis longtemps, les épidémiologistes ont fait ressortir la fréquence des épidémies dans les années de sécheresse, notamment dans les années dont l'automne est précédé d'étés chauds et secs. Dans ses observations comprenant une période de quinze ans (1846-1860), MuECHisoN a noté que la fièvre typhoïde prenait constamment une fréquence et une gravité insolites après les étés marqués par la chaleur et la sécheresse. D'autre part, les recherches consciencieuses poursuivies à Lyon par M. Annequin pendant les années 1874-75-76, ont montré que les oscillations épidémiques ont été constamment en rapport avec l'élévation de la température et la prédominance de la quantité d eau évaporée sur la quantité d'eau tombée (78). Enfin, M. Besnier, de son côté, a insisté sur la sécheresse de l'été qui a précédé la grave épidémie de 1876, à Paris (79).
..). Action de la pluie. - Si la chaleur et la sécheresse favorisent l'évolution de la fièvre typhoïde, probablement en pulvérisant la surtace du sol plutôt qu'en abaissant la nappe d'eau souterraine, il ne faudrait pas croire que les conditions météorologiques inverses aient constamment des résultats opposés. Souvent, les pluies, survenant après une période de chaleur intense et prolongée, semblent avoir fourni des conditions favorables à la propagation des germes typhogènes.
Pendant l'épidémie qui sévit à Clermont-Ferrand , du mois de juillet 86 au mois de janvier 87, MM. Cdibret et Augerias ont trouve un rapport constant entre l'abondance des pluies et le nombre des entrées a l'hôpital notées peu de temps après la chute de ces dernières. Ces observateurs attribuent cette corrélation au transport, parles eaux pluviales jusqu'aux eaux de boisson, des matières infectieuses déposées dans le voisinage des fosses d'aisances (80).
Il résulte également de l'enquête faite en 1887 par MM. Brouardel et Cuantemesse sur les épidémies de fièvre typhoïde à Lorient, que chaque pluie abondante qui survient après l'épandage de l'engrais humain sur le sol d'où jaillissent les sources de Peuvern, du Colombier et de Belle- Source, est suivie, un mois après, d'une épidémie de fièvre typhoïde dans les casernes de l'Arsenal (81).
Ces données contradictoires indiquent que le rôle de la sécheresse et de la pluie doit varier suivant les circonstances. La première, en pulvérisant les couches superficielles du sol, favorisera nécessairement le transport par l'air des germes typhiques qui ont pu être répandus à sa surface Le- pluies modérées, en humectant ces couches, contribueront à la multiplication et à l'exaltation de la virulence des agents typho-
gènes;. Eulin, les pluies abondantes sont susceptibles d'entraîner derniers vers les puits ou les réservoirs qui contiennent l'eau destinée à la consommation.
Quoi qu'il en soit de ces interprétations, les rapports que la fièvre typhoïde présente avec les saisons dans les grands centres ont une importance pratique considérable. Quand, par exemple, la rémission printauiôre habituelle est peu marquée, on peut prédire une épidémie plus ou moins sévère pour l'automne suivant. C'est ce qui eut lieu entre autres dans l'année 1882, à Paris. Dès le mois d'août, M. Ducastel signalait à la Société médicale des hôpitaux l'élévation excessive, dans le dernier trimestre, de la mortalité par fièvre typhoïde, et il exprimait l'appréhension que cet accroissement fort inquiétant ne continuât à suivre sa marche progressive. C'est ce qui eut lieu effectivement. (Quinquaud, loc. cit.)
Conclusion. — Les recherches écologiques auxquelles a donné lieu la fièvre typhoïde urbaine amènent à attribuer, cette affection à deux sources principales d'infection : le sol et l'eau.
Cette double origine a suscité deux doctrines étiologiques rivales, qui depuis longtemps divisent les épidémiologistes en deux camps, les partisans respectifs des; provenances hydrique et tellurique de l'agent typhogène. Les controverses nées de cette scission ont rempli ces vingt-cinq dernières années, et malgré la découverte du bacille d'EBERin-GAFFKY, l'entente est loin de se faire.
Nulle part la division n'est aussi tranchée qu'en Allemagne : deux chefs d'école illustres, appuyés sur des disciples enthousiastes, y soutiennent, l'un la « Grundwassertheorie », c'est-à-dire la genèse de la fièvre typhoïde par l'action combinée des souillures du sol et des oscillations de la nappe d'eau souterraine; lautre, la « Trinkwassertheorie >, ou la propagation pure et simple de l'agent typhogène par l'eau de boisson, accidentellement adultérée par les matières excrémentitielles des dothiénentériques.
Si les rivalités ont été si ardentes, c'est que la discussion était une des formes de la lutte toujours ancienne et toujours nouvelle entre le passé et le présent, entre l'étiologie d'autrefois et l'étiologie d'aujourd'hui, en un mot entre les miasmes et le microbe.
La doctrine de Pettenkofer est en rapport avec l'époque où elle fut conçue. On en était alors au rôle nosologique des miasmes, de ces principes insaisissables, susceptibles de se répandre dans l'atmosphère et d'impressionner simultanément des populations entières. Les relations de la fièvre typhoïde avec le niveau des eaux profondes n'avaient rien de mystérieux. C'est en humectant périodiquement les détritus organiques
UE LA ïl\ù\[\E TYPHOÏDE '^^'"^
accumulés dans les couches superficielles du sol, que les oscillations de la nappe d'eau souterraine conféraieui; à celui-ci son aptitude pathogène. De la décomposition au contact de l'eau laissée et de l'air appelé dans ces couches par l'abaissement du niveau, résultaient des matières volatiles, des miasmes pestilentiels pour toute la région soumise à ces influences.
Si l'on écarte cette interprétation purement hypothétique, toute la théorie de Piîttenkofer repose sur une coïncidence, — et encore n'est-elle pas générale, — entre deux faits disparates : le développement de la dothiénentérie, et les variations du niveau des eaux profondes. Son fondement est le fameux : Post hoc, ergo propter hoc qui a déjà conduit à tant de conclusions décevantes dans les sciences d'observation.
Mais, d'autre part, l'origine hydrique n'est pas si sûre d'elle-même pour oser embrasser toute l'étiologie de la dothiénentérie. La diminution même de celle-ci après l'adduction d'eau de source laisse planer desdoutes sur le rôle exclusif de l eau dans ce changement, quand on constate que cette diminution est des plus lentes et des plus irrégulières.
Comme il arrive fréquemment dans ces interminables controverses, les faits examinés sans parti pris donnent raison aux uns et aux autres ; ils condamnent seulement l'exagération, c'est-à-dire l'exclusion de l'une des doctrines au profit de l'autre. Si nous nous méfions avec raison de l'eau de boisson, nous avons d'autre part des motifs trop fondés pour redouter l'influence spécifique et banale du sol. La souillure de l'eau constitue sans doute un facteur typhogène de premier ordre dans les grands centres, et l'on conçoit que par sa simplicité et sa précision, cette étiologie ait d'emblée séduit le plus grand nombre, et soit devenue pour beaucoup la formule pathogénique la plus générale de la fièvre typhoïde.
Personne n'est plus convaincu de l'importance du rôle de l'eau dans la genèse de la fièvre typhoïde que nous, qui suivons, depuis plusieurs années, les nombreuses analyses bactériologiques des échantillons d'eau qui sont envoyés de tous les points de la France, par ordre de M. le ministre de la guerre, au Val-de-Grâce, à l'occasion de chaque épidémie de garnison. Mais, tout en rendant un hommage sincère et mérité aux généreux efiorts tentés dans ces derniers temps pour assurer aux centres populeux une eau de consommation irréprochable, nous ne croyons pas que ce progrès, si grand qu'il soit, suffise à l'extinction de la cruelle endémie de nos villes. Nulle part, peut-être, le sentiment de cette insuffisance ne s'est aflirmé aussi hautement que dans l'armée, où, tout en apportant au régime des eaux de consommation des améliorations dont les effets salutaires ont valu à M. le ministre de la guerre des témoignages publics de gratitude, le Service de Saùté poursuit sans trêve ni relâche les autres facteurs typhogènes. ir est,, eh effet, peu de maladies dont les
^Oi DES FIÈVRKS CONTINUES
cpnditious patliogéoiques soient plus variées et plus complexes. Pour les embrasser toutes, il ne suffit pas d'étudier la dolliiénentérie sur les bords de la Seine, il faut la suivre à travers les principales conditions où peuvent se trouver placés les groupes humains, et comparer les enseignements que donne l'observation dans ces milieux divers.
Les médecins de l'armée, appelés à pratiquer dans les multiples situations de la vie militaire, dans les casernes, les camps, les expéditious, les guerres, sont mieux placés que tous autres pour se livrer à udc enquête si compréhensive, et ils n'y ont pas failli, ainsi qu'en témoignent leurs nombreux travaux sur cette matière, et entre tous, les œuvre, classiques des professeurs Colin et Arnould.
Dans les paragraphes suivants, nous chercherons à dégager des faits relevés dans ces foyers d'observation spéciaux, les notions complémentaires qu'ils.viennent apporter à l'étiologie de la dothiénentérie.
L'histoire de la fièvre typhoïde, comme celle de la malaria, témoigne hautement de la nécessité d'envisager les maladies épidémiques dans toutes les circonstances de temps et de lieu où elles sont susceptibles de se produire, si l'on veut arriver à une connaissance approfondie de leurs causes.