II. — Dans la population militaire
A. Dans les garnisons. — Les facteurs pathogéniques mis en relief par l'étiologie classique se sont toujours imposés aux préoccupations des médecins des garnisons. Dans leurs relations sur les causes des épidémies régimentaires, ceux-ci ont signalé depuis plus d'un demi-siècle le méphitisme des fosses d'aisance, l'infection du sol souillé par les infiltrations putrides, les rigoles à ciel ouvert, la mauvaise canalisation et l'engorgement des égouts, les travaux de terrassement ou de canalisation entrepris en temps inopportun, le voisinage des cimetières et leur situation plus élevée par rapport à la caserne (Lunéville), l'insalubrité générale des villes (Caen, Troyes, Toulon, etc.), enfin, surtout dans ces derniers temps, la mauvaise qualité de l'eau, notamment à Paris, à Angoulême, à Gompiègne, etc. Mais ils ont dû bien des fois fixer leur attention sur d'autres facteurs, méconnus ou relégués au deuxième plan sur des théâtres d'observation autres que les milieux militaires.
, a). E>(coMBREMENT. — C'est ainsi qu'ils ont dénoncé fréquemment l'encombrement , des casernes parmi les causes de la fièvre typhoïde. Nous pourrions, pour faire valoir son rôle, ajouter beaucoup de témoignages récents . à .ceux qui se trouvent réunis dans le beau travail de M. le professeur Colin. En octobre 1883, , une épidémie grave éclata aux deux forts de Vin-
cennes, 8 jours après l'arrivée des réservistes qui, d'ailleurs, y éciiappèrenl à peu près complètement; elle lut brusquement arrêtée par l'évacuation du casernem.ent (82)
En 1887, la garnison de Compiègne est fortement atteinte. La plupart des cas reviennent au 5" dragons, où l'épidémie se déclara le 5 novembre, au milieu d'un état sanitaire parfait, sous l'iulluence d'un encombrement produit par l'arrivée des recrues et l'appel des territoriaux. Elle s'éteint à la fin du mois, peu après le départ de ces derniers. Pendant ce temps, le 54« de ligne, qui occupait la même caserne et buvait la même eau (Oise) que le 5° dragons, mais qui était beaucoup plus spacieusement logé que ce dernier, n'a eu que deux malades (83).
M. le professeur Arnould fait justement remarquer que l'encombrement doit être envisagé à la fois sous le rapport de la densité et de la force numérique des groupes, car le danger réside tout aussi bien dans les grandes agglomérations que dans l'installation des individus dans des locaux insuffisants.
Il résulte en effet des tableaux dressés par M. l'inspecteur Dauvé que la moyenne de la morbidité typhoïde s'élève avec le nombre des habitants de la même caserne, avec le chiffre de la garnison dans une même ville, et avec le chiffre de la population 'de la ville. Les vieilles casernes sont relativement moins éprouvées que les bâtiments neufs, dont la population est d'ordinaire plus nombreuse au sens absolu.
Il est à peine besoin d'ajouter qu'il est loin de notre pensée d'accuser l'encombrement de créer la fièvre typhoïde ; nous n'avons pas à nous défendre d'un pareil reproche. Mais on ne peut méconnaître qu'il rend son explosion imminente, soit en vivifiant la graine, éparse dans le milieu ambiant ou recelée par nos cavités, soit en affaiblissant vis-à-vis d'elle rorganisme qui fléchit fatalement au contact d'un air souille. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de mesurer encore la puissance de ce facteur dans d'autres milieux que les casernes, notamment à bord des navires.
b) ÉPIDÉMIES DE CHAMBRÉES. - Ou obscrvc asscz fréquemment dans les casernes des séries de cas répartis sur une période relativement courte, et provenant tous ou presque tous d'une seule chambrée. Cette localisation du mal à un n-roupe d'individus qui ne se distinguent de la collectivité tout entière que plrce qu'ils vivent dans une pièce commune, accuse la formation d'un foyer infectieux circonscrit à cette dernière. Depuis longtemps, les médecins d'armée dénoncent l'insalubrité du plancher des chambres, et notamment le danger de l'accumulation entre les fentes et dans l'entrevous de poussières organiques où viennent échouer tous les germes pathogènes ou autres qui tombent sur le sol. La littérature médicale militaire mentionne
DES FIIÏVHES CONTINUES
m certain nombre de petites épidémies de fièvre typhoïde qui ont pu ,Hre attribuées à cette source d'infection, car elles sont survenues pendant la réfection des planchers et se sont limitées aux groupes d'individus exposés à- respirer les poussières soulevées par cette opération. , C'est ainsi qu'en 1884, cinq cas de dothiénentérie, sur lesquels deux mortels, se succédèrent rapidement dans deux chambres du fort de Romaio ville, pendant qu'on y exécutait des travaux de réparation aux planchers (84).
De mars en mai 1885, sept cas de fièvre typhoïde, dont un décès se produisirent successivement à la caserne Saint-Paul à Verdun. Les hommes atteints appartenaient tous au 87^ de ligne; ils habitaient des chambres séparées, mais donnant, à des étages différents, sur un même escalier. La petite épidémie respecta, au contraire, les soldats du 54-^ qui occupaient le même casernement, mais avaient à leur disposition des escaliers différents de ceux du 87^. L'épidémie s'en prenant exclusivement à ce dernier régiment, ne pouvait être attribuée ni aux eaux de consommation, ni aux latrines, ni aux fatigues, car tout était commun aux deux corps, à l'exception des locaux habités. M. Salle n'a pu lui assigner d'autre cause que la réfection du plancher d'une des chambres occupées par le 87% et le dépôt momentané des déchets au pied de l'escalier desservant les chambrées où s'étaient déclarés les cas de fièvre typhoïde (85).
Des observations semblables furent faites un peu plus tard dans la ■même caserne par M. le médecin-major Boucher. Du 7 au 27 novembre 1886, 5 hommes du bataillon de forteresse du 94'' entrèrent à l'hôpital pour fièvre typhoïde, et deux d'entre eux succombèrent. Cette petite épidémie, qui disparut aussi brusquement qu'elle vint à naître, respecta complètement le bataillon du 43" logé dans le même bâtiment. Or, il s'est trouvé encore que quelques-uns des locaux occupés par le 94" et desservis par des escaliers spéciaux (n°^ 3, 4 et 5), avaient subi des réparations dans les planchers au début d'octobre, c'est-à-dire dans le mois qui précéda l'apparition du premier cas de fièvre typhoïde, tandis que dans les chambres du 43", desservies parles escaliers 1 et 2, il n'avait été effectué aucun travail de démolition.
Enfin, en 1888, du 8 au 18 septembre, 3 sujets furent admis coup sur coup à l'hôpital pour fièvre typhoïde au premier septénaire. Ils faisaient partie d'un groupe d'individus qui avaient été particulièrement exposés, du 6 au 15 août précédent, aux poussières soulevées par l'enlèvement des planchers sur une surface de quelques mètres carrés (86).
Dans ces deux derniers faits, pas plus que dans le premier, les causes ordinaires de la fièvre typhoïde telles que l'eau souillée, l'encombrement, les fatigues, le surmenage, ne pouvaient être incriminées, car l'hygiène et les
DE Ik F1ÈVI\E TYPHOÏDE '^^T
obligations professionuelles étaient exactement les mômes pour toute la population de la caserne. Il en fut encore ainsi dans l'épisode suivant.
Au printemps de 1889, une petite épidémie de fièvre typhoïde éclata au --2"^ deligneà Granville. Elle resta localisée au casernement du 3°bataillon et -éprouva surtout la 4" compagnie, qui iournit les 3 premiers cas et comptd S décès sur un total de 8 atteintes. Après avoir éliminé, par une analyse rigoureuse, les facteurs pathogéniques ordinaires, M. Laval, médecin-major de l^" classe, chef du service, dut s'en prendre également à l'infection des planchers de la 4« compagnie du S'' bataillon, et les considérations qu'il présente à ce sujet rendent son opinion très plausible (87).
Du reste, la souillure spécifique des poussières a été démontrée directement par l'es recherches bactériologiques dont elles ont été l'objet dans certains cas.
Tryde, à l'occasion de l'épidémie qui frappa la caserne de la marme a Copenhague, a trouvé le bacille typhique dans une parcelle de terre prélevée sous le plancher du lit où reposait le premier marin atteint (88).
Le typhus abdominal, ayant plus spécialement éprouvé pendant plusieurs années les troupes de la caserne de Hammermann, à Zitomir (Russie) malgré tous les moyens de désinfection employés pour enrayer le mal' les poussières du sous-plancher de cette caserne furent soumises à l'examen bactériologique en 1889. Il se trouva qu'un gramme de poussière renfermait quatorze millions de microbes, et parmi eux on put déceler la présence du bacille typhique (89).
A ces témoignages si précis, il nous plait d'ajouter le fait suivant, que notre collègue, M. le médecin-major LnERiTiER de Cdezelle, a bien voulu nous communiquer. Du 15 au 20 décembre 1891, six cas de fièvre typhoïde se développèrent dans un seul pavillon du quartier d'Aboville, à Poitiers. La qualité de l'eau n'ayant pu être mise en cause, on analysa les poussières recueillies sur le plancher du pavillon infecté, poussières qu on soupçonnait avoir été souillées par des parcelles de matières fécales apportées des latrines en réparation par les chaussures des hommes. L analyse bactériologique qui en fut faite par M. Liieritier de Chezelle, y décela la présence du bacille d'Eberth, et cette constatation fut confirmée ultérieurement par le professeur Vaillard, à qui les poussières incriminées furent soumises. Ajoutons que l'existence du bacille d'Eberth dans les latrines de la caserne d'Aboville n'avait rie;i de surprenant, car une grave épidémie de fièvre typhoïde avait sévi dans ce bâtiment .pendant l'hiver de 1889-1890. (Communication écrite de M. Lderitier de Chezelle).
Quelle que soit d'ailleurs l'interprétation pathogénique qu'on leur applique, ces manifestations épidémiques, limitées à des groupes restreints d'une grande collectivité, méritent d'être méditées par ceux qui hxent
uniquement leur attention sur le sol ou l'eau, dont l'action morbigèue est nécessairement plus ou moins diffuse.
c). Cas spoRADiQUEs. — Nous en dirons autant des faits isolés, qui s'observent dans la plupart de nos garnisons, et qu'il est souvent bien difficile de distinguer de ces épidémies restreintes.
Il est rare d'ailleurs, comme le lait remarquer le professeur Arnould dans un important travail (90), que ces cas, dits sporadiques. méritent absolument ce nom. Ils forment le plus souvent des séries, des groupes, dont les quelques unités éparses sur une période relativement 'courte', imposent la pensée que leur simultanéité n'est pas fortuite, mais qu'elles sont unies ensemble par la communauté, d'origine et non par le jeu du hasard.
D'habitude, ces petits groupes qui se rattachent si étroitement à l'épidémicité, et qui représentent l'état endémique de la fièvre typhoïde, ne comptent guère dans les documents ou les débats scientifiques. Ils sont perdus pour l'étiologie, qui puise plus volontiers ses enseignements aux grandes bourrasques épidémiques ; celles-ci seules ont le privilège de préoccuper l'opinion publique et de provoquer des enquêtes approfondies.
Ces petites séries, qui d'ailleurs sont souvent remarquables par leur forte léthalité proportionnelle, sont cependant dignes de fixer l'attention de l'épidémiologie. Leur cause est souvent plus saisissable que celle des épidémies proprement dites, du moins dans les casernes où l'on établit des statistiques localistes. Ce sont, en quelque sorte, les graines des épidémies à venir, et peut-être, comme le remarque le professeur Arnould, si l'on tenait compte de ces symptômes avant-coureurs, serait-on plus réservé dans la tendance actuelle à attribuer les grandes explosions à quelque cause accidentelle, aussi extraordinaire que précise. « Telle ville est envahie un jour par une épidémie de fièvre typhoïde viole nte ; on en recherche la cause, et l'on découvre quelque part la contamination, ou même seulement la possibilité d'une contamination de l'eau potable par des matières fécales provenant de typhoïsants. C'est fort sagace, et nous ne prétendrons jamais que le mélange d'immondices à l'eau de boisson soit chose indifférente. Mais peut-être que déjà, dans les années précédentes, des cas sporadiques par petits groupes accusaient, dans cette ville, la souillure des milieux, favorable à la conservation et à l'éclosion des germes. Comme d'année en année, dans ces conditions, la souillure ne fait d'ordinaire que s'accroître et les germes que se multiplier, cela serait, à la rigueur, suffisant pour comprendre que le groupe de cinq ou six cas de l'année dernière se convertît eu une sévère épidémie à la saison suivante. Il serait sage de tenir compte des signes antérieurs et de la situation com-
plexe au lieu de se bornera ne considérer qu'un accident, assez isolé dans les temps et dans l'espace, dont l'absence n'a pas empêché mille autres épidémies de se produire. » {Loc. cit., p. 749.)
Ces observations sont bonnes à méditer, à l'occasion de ces épidémies de casernes, mentionnées dans toutes nos statistiques, auxquelles les investigations les plus minutieuses, dirigées dans tous les sens, n'ont pu attribuer de cause précise.
Les cas sporadiques indiquent la permanence des germes dans les casernes; ce sont, à l'égard de ces derniers, comme autant de passages successifs, au moyen desquels la graine s'entretient et se ralïraichit sans cesse. Elle sera dès lors toujours prête à faire une épidémie si quelque infraction à l'hygiène vient à renforcer l'infection des milieux, ou multi- . plier les individus réceptifs en affaiblissant les économies humaines.
cl). De la réceptivité. Rôle de la fatigue. Manoeuvres. — La réceptivité est en effet un facteur important, dont la haute signification s'impose au médecin d'armée plus qu'à tout autre, et dont il est peut-être plus facile d'apprécier la valeur dans les milieux militaires que dans la population civile.
La recrudescence typhoïdique constante du commencement de 1 année coïncide toujours avec les premières fatigues qui marquent la période d'instruction des jeunes soldats, et c'est une notion généralement admise par les médecins de l'armée que cette coïncidence n'est pas fortuite.
Ce rôle de la fatigue s'affirme à chaque instant dans la vie militaire, et s'impose vraiment aux préoccupations du médecin. Les épidémies éclatent volontiers aux approches des inspections générales, ou le travail est toujours poussé activement et quelquefois jusqu'au surmenage.
Il n'est pas une année où l'on ne signale le développement de la fièvre typhoïde dans tel ou tel corps, dix à vingt jours après le retour des grandes manœuvres (91). Si dans certains cas, on a cru pouvoir admettre l'infection des hommes dans des cantonnements suspects, comme dans l'intéressant épisode rapporté par M. Favier (92), il s'en faut qu il en ait toujours été de même. A Embrun, la dothiénentérie naît tout a coup au milieu du -14^ bataillon de chasseurs, à l'issue des manœuvres de montagne (93). A Marseille, elle éprouve le 7« bataillon de chasseurs, a la caserne Saint-Charles où elle est endémique, après le retour de ce corps de ses opérations dans les Alpes (94).
De pareilles observations abondent dans les rapports d inspection annuels de nos collègues, et ce serait véritablement fermer les yeux a l'évidence que de nier l'étroitesse du lien qui rattache l'efiet a la cause supposée.
On pourrait arguer que ces épidémies, survenanl après les manœuvres d'automne, se rattachent aux causes générales qui régissent les recrudescences habituelles dans cette saison. Il n'en est rien, car le surmenage les produit à toutes les époques de l'année. En 1881, par un mois de juiu très ardent, la petite garnison d'Avesnes fut atteinte d'une grosse épidemie qui éclata pendant que les troupes faisaient le voyage d'Avesnes à Landrecies et inversement, pour les exercices de tir à grande distance dans» la forêt de Mormel (9S).
La poussée épidémique qui s'est produite aux sapeurs-pompiers en décembre 1887, a été attribuée au surmenage résultant de la diminution de l'effectif au départ de la classe. Le service fut alors doublé et les jeunes soldats soumis à un entraînement rapide, afin d'être mis le plus tôt possible au courant de leurs dures obligations (96).
Mais, contrairement à toute attente, la fièvre typhoïde apparaît aussi au milieu des corps de troupe qui ont abandonné momentanément leur garnison pour manœuvrer dans la plaine ou la montagne. Nos archives eu contiennent de nombreux exemples. Sans doute, les hommes s'infectent parfois dans les cantonnements qui leur sont assignés, comme le mentionne entre autres Dumas dans son rapport annuel de 1884-85 (97) ; mais dans beaucoup d'épisodes, et dans une partie de ceux de Dumas lui-même, l'absence de la fièvre typhoïde dans les villages occupés par les groupes atteints, est spécifiée d'une façon toute particulière. C'est ainsi que trois divisions de cavalerie, manœuvrant sans repos du 20 août au 3 septembre 1881 dans le triangle formé par le bourg de Bengy, celui de Néronde et le camp d'Avor, ont fourni dans ce court intervalle neuf cas de fièvre typhoïde qui était alors complètement éteinte dans la garnison de Bourges et les environs. Des neuf malades, six appartenaient aux régiments du ressort du gouvernement de Paris (98).
Nul doute que la vie au grand air et l'activité physique n'exercent sur l'homme une influence heureuse, et notamment sur les groupes eu imminence et môme en incubation de fièvre typhoïde, comme l'ont prouvé depuis longtemps les merveilleux résultats du campement dans la prophylaxie de celte dernière.
Mais quelque prudent, méthodique et progressif que soit l'entraînement dans ces conditions, il est facile de le dépasser, au moins à l'égard des chétifs ou de ceux qui sont momentanément affaiblis, et de transformer un exercice salutaire en un véritable surmenage.
Rien ne montre mieux le rôle de la fatigue dans la genèse de la fièvre typhoïde que les intéressantes observations faites pendant trois années consécutives sur le 12*= bataillon de chasseurs, par M. le médecinmajor LÈQUES.
Notre collègue nous apprend que les manœuvres alpines s'étant prolongées chaque année davantage, de 1883 à 1886, la fréquence annuelle .de la fièvre typhoïde a été exactement proportionnelle à la durée de ces pénibles opérations dont il nous trace un tableau vraiment saisissant.
En 1883, les manœuvres durent quatre-vingt-trois jours (28 mai au 18 août). Un seul cas de fièvre typhoïde est observé au mois d'août, et les fièvres gastriques sont rares. Mais les embarras gastriques simples motivent de nombreuses exemptions de service.
En 1884, le bataillon tient la montagne pendant quatre-vingt-six jours (du 2o mai au 18 août) ; durant cette période, on enregistre deux fièvres typhoïdes, six fièvres gastriques et quatorze embarras gastriques simples.
En 1885, ayant un programme plus chargé, il manœuvre durant cent quatre jours (du 26 mai au 4 septembre) et compte treize cas de fièvre typhoïde, dont sept en juin et six dans la première moitié d'août; cinq fièvres gastriques, dont quatre en juin et une en juillet; enfin trenteneuf embarras gastriques, dont dix en juin, quatorze en juillet et quinze en août. Après la rentrée du bataillon à Lyon, dix-sept hommes sont encore atteints de cette dernière affection.
Enfin, en 1886, les exercices de la montagne se prolongent cent -huit jours (du 30 mai au 14 septembre). Dix-sept fièvres typhoïdes se déclarent pendant les manœuvres : quatre du 10 au 31 août, treize du l'^'' au 9 septembre, deux de ces dernières sont mortelles. En outre, on note en juin douze embarras gastriques simples; en juillet cinq embarras gastriques simples ou fébriles et de nombreuses diarrhées; en août, trentesix embarras gastriques fébriles ou simples et beaucoup de diarrhées ; enfin du l'^'' au 9 septembre, trois fièvres gastriques et treize embarras
gastriques simples.
Ces intéressantes observations non seulement démontrent, mais nous font mesurer en quelque sorte les efîets du surmenage eu égard à la fièvre typhoïde. Ces effets ont été surtout manifestes dans la dernière épreuve imposée au bataillon, celle de 1886. M. Lèques a pu les suivre pas à pas, depuis juin, où la fatigue engendra des embarras gastriques smiples et des diarrhées, jusqu'en août où apparut la fièvre typhoïde; celle-ci atteignit ensuite son plus grand développement dans le commencement de septembre, au moment du dernier effort nécessité par les manœuvres de division. Ajoutons, comme particularité intéressante, que les deux cent vingt réservistes qui vinrent participer à ces dernières, sans avoir subi les fatigues antérieures, furent complètement épargnés par la maladie
régnante (99). .
Des faits semblables ont été souvent relevés par les médecins des bataillons alpins. Tout récemment, M. Frangoet a démontré dans son
^2 DES FIÈVRES COÎSTINUES
excellent travail, cité plus haul, que les poussées de lièvre typhoïde q„i ont été notées dans le 27" bataillon de chasseurs à l'occasion de chacun.de ses manœuvres alpines pendant les années 1888-89-!)0, ont été indr pendantes [de l'eau, du sol, de l'encombrement, et n'ont pu être rapportées à une autre cause que le surmenage.
Pour comprendre ces faits, sans recourir à l'hypothèse inadmissible de la spontanéité ou de l'auto-infection, il faut considérer que le soldat^ non seulement trouve la graine typhique à la caserne quand il y entre! mais qu'il l'emporte aussi quand il en sort : il ne saurait en êtrj autrement. Les cas sporadiques que nous avons visés plus haut sont des témoignages irrécusables de la permanence de l'agent morbide au milieu des habitations militaires. Quand on voit, dit le professeur Arnould, chaque mois un ou deux bommes d'une caserne pris de fièvre typhoïde ou d'embarras gastrique fébrile, il n'est guère douteux que d'autres n'aient respiré ou avalé quelques uns de ces microorganismes toujours vivants autour de tous. Chez ces derniers seulement, la semence est tombée sur un terrain actuellement stérile. Elle ne sera point perdue pour cela : impropre aujourd'hui, ce sol pourra demain devenir favorable à cette graine qu'il conserve à l'état virtuel, comme il en recèle tant d'autres, le pneumocoque, le streptocoque, qui végètent silencieusement dans les replis de l'organisme, attendant un moment propice pour devenir envahissants. C'est souvent un changement insignifiant, en apparence, dans la constitution des humeurs ou du contenu de l'intestin qui fera éclore la cause de la dothiénentérie.
Au reste, il n'est même pas nécessaire de considérer en pareil cas le développement de la dothiénentérie comme l'effet tardif d'une infection antérieure, s'il est vrai, comme tout semble le démontrer, que certain saprophyte du colon constitue la souche de l'agent infectieux, et que la moindre anomalie dans la constitution des humeurs ou dans les fonctions de l'intestin, suffit à modifier les attributions biologiques de ce parasite inoffensif et à en faire un organisme doué d'une haute puissance pathogène.
Essayer de trouver pour tous les cas de fièvre typhoïde un germe d'origine extérieure, introduit dans l'organisme par l'air ou par l'eau, juste à point, c'est-à-dire quelques jours avant les manifestations morbides, c'est courir souvent la chance de recherches stériles ou s'exposer à aboutir à des résultats décevants.
A notre sentiment, le microbisme latent est une des notions les plus suggestives dans l'étiologie de la fièvre typhoïde : il donne la clef de bieu des obscurités de son histoire. C'est à lui que doivent être rapportés la plupart des faits qui ont servi à fonder jadis la doctrine de la spontanéité, et plus récemment celle de l'auto-infection.
L'interprétation du rôle de la fatigue dans ces dilïérentes conditions ne présente point de dimcultô sérieuse. Eu diminuant la résistance organique et enaltérant les humeurs par des produits de déchet, elle crée la prédisposition morbide et fait sortir de son inaction un germe auquel les milieux souillés de matières excrémentitielles sont si propices. Le rôle de la fatigue reçoit d'ailleurs la consécration expérimentale des ingénieuses recherches de MM. Nocard et Roux, Ciiarrin et Roger, que nous avons citées plus haut (p. 48-49). Mais, sans sortir du domaine de l'observation, nous pouvons la fonder sur les enseignements fournis par l'histoire de la fièvre typhoïde dans les camps et les guerres. C'est sur ces nouveaux théâtres que l'altération du milieu intérieur, déterminée par les grandes infractions de l'hygiène, témoigne de toute sa puissance pathogène.
B. Dans les camps. — Il y a pour nos soldats une situation intermédiaire entre la paix et la guerre, c'est celle des camps temporaires et permanents. Les recherches étiologiques y sont fructueuses, parce qu'elles n'ont pas à se préoccuper des facteurs multiples qui les obscurcissent ou les troublent dans les grands centres.
• a). Constance de son apparition. — L'histoire médicale des camps en l^rance, aussi loin que les documents à notre disposition nous permettent de la poursuivre, met toujours en relief les mêmes maladies dominantes, et parmi elles, la fièvre typhoïde nous apparaît comme une des plus constantes et des plus sévères par la morbidité et la mortalité.
En 1841, le camp de Compiègne, assis sur la rive gauche de l'Oise et comportant un efïec tif de 18,000 hommes environ, fournit du 7 août au 17 octobre 688 malades, dont 194 fièvres typhoïdes.
Sur 380 malades admis aux ambulances ou aux hôpitaux du camp de la Gironde, de juillet à septembre 1846, il y eut 1^28 cas de fièvre typhoïde ou d'embarras gastrique fébrile.
Au même camp en 1848, on compta, pendant la période d'occupation de l'été, 23 fièvres typhoïdes avérées avec 9 décès, et 76 cas inscrits sous les noms d'embarras gastrique ou de gastrite.
- Le deuxième camp de Boulogne, qui fut occupé pendant plus de deux ans, et dont l'effectif mensuel oscilla entre 13,000 et 35,000 hommes, compta 1,575 cas de dothiénentérie sur lesquels 526 décès.
Dans ses recherches sur la pathologie du camp de Châlons, pendant les huit premières années de l'occupation (1857^1864), Coffres trouve que chaque année la fièvre typhoïde a taarqué son passage. Elle a déterminépendant cette période 105 décès, c'est-à-dire les 2/8 dès décès géné-
Ea 1869, au camp de Laimemezan, un eJIectif de 8,956 hommes a compté, daus l'espace de deux mois 128 fièvres typhoïdes ou continues, sur lesquelles 17 décès.
Eufin, dans les camps permanents qui ont été établis autour de Paris après la guerre de 1870-1871, les fièvres continues de toute gravité ont él.' très nombreuses et ont figuré dans les relevés statistiques comme la causr principale des envois de malades aux hôpitaux (100).
Il n'est pas un campement de quelque durée qui n'ait été marqué par un nombre plus ou moins considérable de cas de fièvre typhoïde. Partout où les hommes, originaires de nos garnisons, viennent à planter leurs tentes, ils subissent les atteintes de cette maladie, et il serait vraiment, fastidieux de multiplier ces citations. La fièvre typhoïde apparaît au milieu d'eux, alors même qu'ils occupent des emplacements vierges de toute souillure antérieure. Elle est indépendante de la constitution physique ou géologique du sol; elle naît sur les falaises de Boulogne comme sur les landes de la Gironde, sur le sol crayeux de la Champagne comme sur le plateau humide de Lannemezan ou sur les bords de l'Oise; en un mot, elle surgit dans les conditions climatiques et topographiques les plus opposées.
b). Pathogénie. — Cette constance de l'apparition de la fièvre typhoïde loin des foyers infectieux des grands centres, et au milieu de conditions mésologiques qui sembleraient devoir s'opposer à son développement, mérite d'être méditée. Elle ne s'explique guère qu'en considérant l'homme lui-même, et non pas l'eau ou le sol, comme le support et le véhicule de la graine morbide. Absorbée dans la garnison avant le départ, ou vivant normalement dans l'intestin, cette graine restera silencieuse jusqu'à ce que le terrain qui lui sert de support devienne fécond. La façon dont la fièvre typhoïde naît dans les camps porte un témoignage très plausible en faveur de cette interprétation. Ce n'est pas, en effet, au bout de quinze ou vingt jours d'occupation qu'on l'y voit naître, comme s^il s'agissait d'une maladie en incubation au moment du départ, ou d'une transmission par des individus déjà atteints à l'arrivée. Elle n'apparaît guère avant six semaines, dans la dernière période de l'occupation, alors que les hommes, au moins les moins résistants, sont épuisés par des labeurs rudes et continus, et surtout par les maladies telles que la diarrhée et la dysenterie, qui préludent régulièrement à l'éclosion de la fièvre typhoïde. Les chaleurs de la saison et l'encombrement des tentes peuvent apporter leur redoutable complicité aux autres facteurs et aggraver le mal. Il va sans dire qu'une fois né, celui-ci aura devant lui toutes les chances de pouvoir se propager par les voies ordinaires, par la contagion, par l'eau de boisson contaminée et surtout par l'infection du sol, qu'il est à peu pr^s
DE \A FIÈVIIE TYniOÏUE '^'^
impossible de protéger contre les souillures des selles, les malades n'étant jamais hospitalisés dès le premier jour de leur alîection. Il en résulte que le sol devient pathogène à un double titre : avec les évacuations des typhiques, il reçoit l'agent spécifique qu'il cède ensuite aux véliicules habituels de ce dernier, l'air et l'eau ; et par les déjections qu'y déposent les hommes qui s'agitent à sa surface, il expose ces véhicules à recevoir des souillures banales qui, introduites dans l'organisme par le poumon ou l'intestin, ajoutent leurs funestes effets à ceux du surmenage.
Quoi qu'il en soit, ce rôle s'accuse surtout dans les camps qui deviennent permanents. Goffres, dans ses recherches sur la pathologie du camp de Châlons durant les sept premières années de l'occupation, a noté l'augmentation progressive, d'année en année, du chiffre de décès par fièvre typhoïde, comme le fait ressortir le tableau suivant :
Avvt-irc DÉCÈS OBSERVATIONS
.\NNLES ^QQQ ,j j-efl-ectif.
18o8. . . . 0,3- gjjjffj.e anormal, en rapport avec les événements
1859. . . . 0,85 ] (le guerre d'Italie.
Cette lente aggravation de l'endémie est évidemment en rapport avec l'infection croissante du sol, car l'assainissement ultérieur de ce dernier a eu pour prompt résultat une diminution marquée de sa fréquence.
Rien n'est plus instructif, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, que ce qui s'est passé au camp du Pas-des-Lanciers en 1886. L'histoire médicale de ce camp, qui nous a été conservée par M. le médecin principal Duceemin, témoigne de l'importance du rôle que la fièvre typhoïde peut assumer en pareille circonstance, et des conditions particulières qui président a sa
''l'est un mois après l'ouverture du camp que la fièvre typhoïde se déclare • ce sont d'abord des embarras gastriques fébriles, des fièvres remittentes, dont le nombre s'accroît chaque jour, en même temps que le caractère tvphique se prononce de plus en plus. 1 , - ,
Bientôt l'épidémie est constituée : elle ne cesse qu'avec la levée du camp vers le 20 juillet, après avoir frappé 1,500 hommes sur un effect.l detbOO c'est-à-dire le 1/6, avec une mortalité de 7 p. 100 des malades.
Une analyse pénétrante des conditions pathogeniques a amené M DucJràrrpporter cette épidémie à l'auto-infection. Notre collègue son opinion sur la manifestation tardive du mal (un mois après 1 ouvei turc
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du camp) et sur l'abseuce d'épidémie daus les corps de troupe au moment où ceux-ci ont quitté leurs garnisons respectives, double circonstance qui, dans l'esprit de ce médecin distingué, devait éloigner l'idée df l'importation.
Il est certain que, pendant toute la première période de l'occupation, les hommes subirent des fatigues exceptionnelles occasionnées par une installation difficultueuse, et des travaux d'instruction indispensables pour atteindre la cohésion et l'unité d'action avec des éléments si divers. Les conséquences de ce surmenage furent aggravées encore par l'élévation de la température, ainsi que les difficultés et l'insuffisance de l'alimentation. Mais quelque profondes qu'aient été les modifications subies par l'organisme sous l'empire de ces conditions, elles n'ont pu créer la dothiénentérie de toutes pièces. La spontanéité se réduit, ici comme ailleurs, au réveil de germes latents sous des influences Inhérentes à la vie des camps, influences que notre collègue a brillamment mises en relief (101).
En résumé, l'enquête qui précède dénonce l'organisme humain comme le foyer d'origine de la fièvre typhoïde, et le sol comme l'agent de sa propagation.
Nous n'éprouvons aucun embarras à reconnaître que cette étiologie n'a point la rigueur de celle qui se fonde sur des analyses bactériologiques précises. Mais si elle n'est pas de nature à forcer la conviction, elle n'en laisse pas moins subsister le fait important de la constance d'apparition de la fièvre typhoïde, et par suite de la fixité des causes typhogènes au milieu des camps. A ce titre, ces causes s'écartent de celles des épidémies urbaines dont le caractère éventuel accuse le plus souvent des facteurs pathogéniques accidentels. En théorie, nous accusons l'homme d'être le véhicule des germes et le sol l'agent de leur dissémination. En pratique, nous ne perdrons pas de vue que, si le campement est le refuge le plus sûr contre, la fièvre typhoïde, il en devient d'autre part le foyer générateur s'il se prolonge et si l'hygiène en est défectueuse : il crée dans ces cas tous les dangers qu'il est appelé à conjurer.
C. Dans les armées en campagne. — a). Importance de son rôle d.^^ns TOUS LES TEMPS ET TOUS LES LIEUX. — L'cudémicité de la fièvre typhoïde dans les camps, en temps de paix, fait pressentir le rôle de cette maladie au milieu des armées en campagne.
Çé rôle est considérable. Dans l'opinion accréditée pendant longtemps que le typhus tacheté était le véritable typhus de guerre, on a pu dire que la dothiénentérie avait pris place seulement daus les temps récents parmi l'es maladies des armées en campagne, et l'on cite la guerre amé-
licaiae comme marquant la première date de ses manifestations dans un pareil milieu.
Cette croyance ne nous parait pas justifiée. Les caractères cliniques ou anatomo-pathologiques de la fièvre typiioïde se reconnaissent dans quelques uns des types morbides décrits par des médecins qui ont suivi les armées dans les guerres du siècle dernier. A quelle entité, par exemple, rapporter la rémittente d'automne ou des camps de Pringle, cette fièvre qui se montrait en tous lieux, soit dans les camps, soit dans les garnisons, qui prenait d'emblée un caractère continu, n'exposait point aux rechutes ni aux obstructions viscérales et ne cédait nullement au quinquina ? Qu'étaientce que ces dysenteries observées par Lorentz à Vesel, dans l'armée du Bas- Rhin pendant la campagne de 17S7, où l'on trouvait à l'autopsie les intes- • tins grêles, foyer principal de la maladie, gangrenés en partie ou en totalité, les ganglions mésentériques obstrués et le gros intestin communément vide et gonflé d'air (102)?
Il nous est impossible de méconnaître dans ces esquisses, quelque iD-Complètes qu'elles soient, les traits du typhus intestinal, noyé dans les fièvres palustres ou dans les dysenteries putrides.
11 est plus facile encore de retrouver la fièvre typhoïde dans les guerres de la première moitié de ce siècle. Sous le premier empire, les fièvres bilieuses et putrides sont mentionnées à côté du typhus exanthématique. Du témoignage de tous les médecins français et anglais, elle a été associée à ce dernier pendant l'expédition de Crimée; elle a été, avec les fièvres palustres, la maladie dominante de celle de' la Lombardie en 1859. En un mot, à aucune époque, les armées en campagne n'ont échappé à ses atteintes.
Il est vraisemblable cependant qu'elles en sont plus éprouvées depuis le commencement du siècle, depuis que leurs effectifs, élevés à des chiffres qu'ils n'avaient jamais atteints jusqu'alors, comprennent beaucoup plus d'individus jeunes, c'est-à-dire plus réceptifs qu'autrefois.
C'est ainsi que l'armée américaine a compté, du l'^' mai 1861 au juin 1866, sur un effectif moyen de 431,237 hommes : 75,368 cas de fièvre typhoïde, dont 27,056 décès; 11,898 cas de fièvre continue, dont 147 décès; et 49,871 cas de fièvre typho-palustre, dont 4,059 décès.
Soit 137,137 cas de fièvre typhoïde simple ou compliquée de malaria, dont 31,552 décès.
D'autre part, du 16 juillet 1870 au l*^'' juin 1871, l'armée allemande, de 815,000 hommes environ, a compté 74,205 cas de fièvre typhoïde (y compris les fièvres gastriques), sur lesquels 8,904 décès. La dothié-
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DES FIÈVUES CO.NTINUES
nentérie et la dysenterie y ont été les maladies dominantes; elles y ont constitué la moitié de la morbidité générale. La première de ces maladies y a été trois fois plus fréquente qu'en temps ordinaire, comme cela ressort d'une façon saisissante du tracé ci-contre (fig. 21).
Enfin, eu 1878, la fièvre typhoïde a été une des principales causes de morbidité et de mortalité dans les armées russes qui opéraient sur le
Danube et dans le Caucase, et parmi les troupes autrichiennes qui vinrent occuper la Bosnie et l'Herzégovine.
Les conditions génératrices de la fièvre typhoïde au milieu des armées en campagne sont celles des camps, mais agrandies, élevées à leur plus haute puissance par les inéluctables nécessités de la guerre.
Il n'y a pas de cadre plus grandiose ni d'enseignement plus saisissant pour l'étude de cette affection, que l'histoire pathologique des armées américaine et allemande, pendant les dernières guerres.
Les documents qui se rapportent à la dothiénentérie viennent seulement d'être publiés.
C'est à ces vastes sources de renseignements que nous puiserons les éléments de ce chapitre.
AoiU
Septembre.
Octobre-
Pecembre- 1
Février \
Aoril
Fig. 21.
h). Pathogénie. — La fièvre typhoïde naît constamment au sein de toutes les agglomérations, quelles que soient la nature de leurs opérations respectives, la configuration physique, la structure géologique, la profondeur de la nappe aquifère du sol où s'accomplissent les événements de la guerre. Quels que soient le chiffre des effectifs et l'étendue des lignes, il n'est pas une fraction de l'armée qui ne subisse ses atteintes. Ces épidémies partielles sont d'ailleurs indépendantes les unes des autres; elles naissent constamment, qu'il y ait ou non des rapports de contact entre les différents groupes.
— . . Morbidité mensuelle moyenne
par fièvre typhoïde dans l'armée prussienne, pendant les années 1867-
— — Morbidité mensuelle dans l'armée allemande tout entière pendant la guerre 1870-71.
(Les unités morbides sont rapportées à 1,00U iiommes d'efTeclif.)
DIS LA FIKVIIE TYP1I0ÏDI5 ''^^
Cette ubiquité de l'épidémie ne permet pas de la rattacher à quelqu'une de ces circonstances accidentelles, si souvent invoquées dans les villes; il s'agit ici de facteurs étiologiques constants, évidemment inhérents aux conditions fondamentales de la guerre, et atteignant dans ce milieu une incomparable puissance.
Toute épidémie suppose une graine et un terrain de culture.
On n'éprouvera pas d'embarras pour trouver la première. Quand plusieurs centaines de mille hommes, tous originaires des grands centres, se mettent en mouvement, on admettra sans peine qu'ils emportent avec eux le germe de la fièvre typhoïde, dont l'endémicité dans la plupart des corps est attestée par des manifestations sporadiques incessantes, et souvent même par des explosions épidémiques au moment de la mobilisation (armée allemande).
A défaut d'ailleurs de l'agent infectieux tout prêt à entrer en action, chaque homme porte dans les replis de son organisme des germes inofîen- , sifs, mais susceptibles de devenir typhogènes à la faveur des conditions
créées par la guerre.
Quant au milieu de culture, la recherche en est bien simplifiée, il ne saurait y en avoir d'autre que le sol. Dans leurs bivouacs, leurs campements, les armées y répandent la graine typhique, si elle ne s'y trouvait déjà auparavant, et le fécondent au moyen des déjections fournies par les masses compactes dont elles se composent. A la contamination spécifique s'ajoute la souillure banale, si propre à créer la réceptivité des êtres qui s'agitent à sa surface. C'est par l'homme que la fièvre typhoïde naît, c'est par le sol qu'elle se répand. Nulle part celui-ci ne témoigne aussi nettement de son aptitude à multiplier et à propager le germe morbide, c'est dans les guerres qu'il donne la mesure de sa haute puissance typhogène.
L'influence tellurique s'aflirme d'ailleurs d'une manière saisissante, bien qu'indirecte, par l'inégale répartition de la fièvre typhoïde dans les différentes fractions de l'armée.
C'est dans les grandes guerres surtout que l'infection d'un camp est en raison directe de la durée de son occupation, ainsi que nous l'avons déjà établi plus haut. Les troupes allemandes, retenues de longs mois sous les murs de Metz et de Paris, ont été bien plus éprouvées par la fièvre typhoïde que les corps mobiles qui faisaient pendant le même temps une guerre active au nord et au centre de la France , ainsi qu'en témoignent les tableaux comparatifs suivants :
AnXlEE DE METZ
Septembre. EfTecUf. 242,92311. 4,698 cas de fièvre typhoïde, soit 19,3 p. 1000. Octobre. . Effectif. 238,817 h. 7,909 - 33,1 -
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