‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 118 sur 175 · RESTANT DE L ARMEE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

RESTANT DE L ARMEE ALLEMANDE

Septembre. Effectif. !j70,3;n) h. 7,76.) cas de fièvre typhoïde, soit 13,6 p. 1000, Octobre. . Elleclir. 602,040 b. 9,0)4 — i'6,9 —

Les difiérents corps qui ont formé l'armée de Sedan ont eu une morbidité rigoureusement proportionnelle à la durée de leur séjour respectif devant cette place. Ainsi les deux corps qui ont campé pendant une partie du mois de septembre autour de la forteresse ont eu une morbidité presque deux fois plus forte que celui qui a été mobilisé le lendemain de la bataille, et même trois fois plus forte que le C'' qui, bien que faisant partie de cette armée, n'est pas arrivé devant Sedan, s'étant dirigé sur Rethel dès le 28 août*.

La densité des agglomérations, réunies sur une surface territoriale limitée, exerce une influence équivalente à celle d'une occupation prolongée, le campement est d'autant plus redoutable qu'il est plus serré. C'est la rive gauche de la Moselle, où s'est massée la plus grande partie de l'armée allemande après les sanglantes batailles des 16 et 18 août, qui a fourni le plus de typhoïdiques ^

Les météores, la nature géologique du sol, le régime des eaux sont identiques pour les deux rives; ce qui différait, c'étaient les effectifs presque deux fois plus forts sur l'une que sur l'autre avec des surfaces de développement sensiblement égales.

Quant aux conditions de l'infection du sol, elles atteignent des proportions colossales. On peut en mesurer l'énergie par la pensée, si l'on se représente la masse énorme de souillures que répandent autour d'eux 240,000 hommes concentrés pendant deux mois et demi sur une surface de quelques milles carrés allemands, avec les chevaux et le bétail que comporte une pareille agglomération.

Il y a lieu tout d'abord de faire la part des matières excrémentitielles fournies par ces immenses rassemblements d'êtres vivants. On peut affîr-

1 Fréquence respective de la fièvre typhoïde dans les différents corps d'armée allemands, d'après la durée de leur séjour devant Sedan :

C corps d'armée; — n'est pas allé jusqu'à Sedan

2° corps d'armée (Bavarois) 1

50 ij. > ont quitté Sedan le 3 septembre.

Division de campagne wurtembergeoisc ) 4° corps d'armée J

Garde royale ? ont quitté Sedan le 0 septembre.

12° corps d'armée (Saxon) }

l.r corps d'armée (Bavarois) j , , , tembrc.

li" id. ' ^

{TyphUso Erkrankungcn n. Ruhr bci doi dcutschm Hcerm hn Kriegc gegen Frankrcich. Berlin, 1888, p. 168.)

«Armée de la rive droite, 12,1 p. 1000 d'effectif. — Armée de la' rjve gaucho, 26,9 p. 1000 d'effectif. {Ibid., p. 153.

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mer que celles de l'homme ne sont pas des souillures banales : elles sont le véhicule et l'agent de la dissémination de la graine morbide. Car il n'y a pas de, doute que les malades passent toujours la période initiale de leur affection au milieu de leurs camarades, et sôment ainsi partout cette graine, avant d'être recueillis dans les ambulances ou les hôpitaux.

Les déchets des abattoirs représentent une deuxième source d'infection du sol. On peut s'en faire une idée d'après un témoignage de la commission allemande chargée de la désinfection des champs de bataille de Metz. Au milieu du mois de mars 1871, cette commission trouva encore près de Gravelotte les détritus des abattoirs du 9= corps tout entier : ils recouvraient un quart d'arpent de terrain sur une épaisseur de deux pieds. Tout près de Courcelles, sur une prairie humide, elle constata un amas de lard et de pain pourris, mesurant 120 pas de long, 20 de large et 2 pieds de haut (103).

Mais qu'est cette cause d'infection en comparaison de celle des cadavres que reçoit le sol dans le voisinage des campements? Des documents officiels établissent que les Allemands ont enterré sous les murs de Metz, pendant les deux mois et demi de siège, 30,000 individus tombés sur les champs de bataille ou morts de maladies, dont 21,000 pour la rive gauche sur une surface de 3 milles carrés 1/2, et 9,000 pour la rive droite, sur une surface de 1 mille carré 1/2.

A ces morts, il faut ajouter les innombrables cadavres d'animaux enfouis sommairement dans les champs ou jetés simplement dans les fossés bordant les chemins. Dans les sanglantes luttes des 16 et 18 août, les Allemands seuls laissèrent sur le champ de bataille près de 3,000 chevaux, et, d'autre part, ils perdirent à la même époque plusieurs milliers de têtes de bétail enlevées par la peste bovine qui sévissait sur les troupeaux (104).

L'influence des cadavres, qu'à priori on ne saurait révoquer en doute, s'est affirmée d'une manière spéciale par la prédominance de la morbidité au milieu des troupes campées entre Novéant et Rezonville, dans le voisinage le plus immédiat des grands champs de bataille devenus de vastes champs de morts.

La putréfaction d'ailleurs de ces matières organiques de provenance si diverse devait s'effectuer d'autant plus activement que des pluies abondantes tombèrent en septembre et en octobre, et que le sous-sol imperméable de Metz devait entretenir dans les couches sous-jacentes l'humidité si favorable à cette décomposition.

C'est sur ce gigantesque foyer putride, qui n'a peut-être pas d'analogue dans l'histoire, que l'armée ennemie dut camper pendant plus de deux mois.

DES FIlWlU'S CONTINUES

N'est-ce poiut assez pour expliquer la formidable épidémie de fièvre typhoïde et de dyseuterie qui la décima', et u'est-ce point une démonstration véritablement grandiose de la haute signification étiologique des souillures du sol à l'égard de ces deux maladies ? Cette influence néfaste du sol a rayonné d'ailleurs dans les communes ambiantes, dont la morbidité et la mortalité furent triplées pendant le siège; et d'après les documents de la commission sanitaire, il est à présumer que les affections typhiques furent la cause principale de l'une et de l'autre.

11 serait téméraire de vouloir établir, au milieu de pareilles circonstances, le rôle respectif de l'air et de l'eau dans la genèse de l'épidémie. FiNKELNBURG a rapporté naguère, et les historiens du siège de Metz reproduisent d'après lui un épisode isolé, dans lequel l'infection se serait effectuée par l'intermédiaire de l'air atmosphérique. Nous sommes convaincu que ce mode de propagation a été général. Mais, d'autre part, le transfert hydrique des germes devait être inévitable, car il est difficile de croire à la pureté des eaux de consommation, si l'on songe que les puits creusés dans les camps sont exposés à recevoir les souillures de la surface du sol, entraînées par les eaux météoriques. Il est d'ailleurs une circonstance qui, sous les murs de Metz, a dû contribuer singulièrement à rendre dangereuses les eaux de consommation.

Les historiens de la fièvre typhoïde de l'armée d'investissement racontent qu'après les grandes batailles des 16 et 18 août, pendant lesquelles deux armées de plus de 400,000 hommes chacune, avec une cavalerie et une artillerie formidables, avaient campé plusieurs jours l'une en face de l'autre, les puits se trouvaient littéralement à sec. La pénurie d'eau continua d'ailleurs à se faire sentir parmi les Allemands, bien qu'à un degré moindre qu'en août, jusqu'à la fin du siège. Une pareille situation devait comporter les dangers que Gaffky attribue à l'abaissement de la nappe d'eau souterraine, à savoir l'aspiration par les pompes épuisées de l'eau imprégnant le sol dans leur voisinage. Les pluies ne firent pas défaut en septembre ni en octobre. Mais tandis que les eaux météoriques ont d'habitude un effet salutaire en délayant la nappe d'eau souterraine, elles suffisaient à peine ici à détremper la terre, et se trouvaient appelées vers les puits après avoir lavé les cadavres et s'être chargées de toutes sortes de souillures.

La haute puissance pathogène du sol ne doit point faire méconnaître ,les dangers des cantonnements qu'occupent les troupes immobilisées. Bien souvent l'influence délétère de ceux-ci ne le cède guère à celle des campements. Elle naît de l'entassement des hommes dans des locaux toujours

' Ces deux maladies représentent 43 p. 100 de la morbidité générale pendant septembre et octobre.

trop étroits, notamment dans les tentes qui sont des foyers d'insalubrité ; elle relève en un mot du méphitisme humain non moins redoutable que celui du sol.

Des exemples nombreux en sont consignés dans l'histoire de la guerre américaine, et les Allemands en ont encore fait la cruelle expérience sous les murs de Metz et surtout de Paris, Finkelnburg rapporte que sur la rive droite de la Moselle, les maisons closes où s'entassaient jour et nuit les soutiens des avant-postes, où il n'y avait ni ventilation, ni propreté, ni soins hygiéniques d'aucune sorte, où s'accumulaient peu à peu des masses énormes de matières excrémentitielles, ces maisons devenaient des foyers épidémiques plus redoutables encore que les camps des environs. Ce médecin fait remarquer que ces foyers ne correspondaient point à des groupes faisant usage d'un même puits ; leur distribution était rigoureusement subordonnée au degré d'encombrement de ces habitations, parmi lesquelles celles des avant-postes d'Orly, d'Augny et de Marly surtout constituaient des lieux d'infection des plus énergiques (105).

Mais sous les murs de Metz, cette source d'infection était relativement restreinte à côté de celle du sol, parce que le feu des grandes batailles avait détruit presque tous les villages des environs; quelques habitations isolées restaient seules debout; elles étaient affectées aux ambulances et aux différents services de l'armée.

Il en fut tout autrement sous les murs de Paris. L'ennemi trouva à s'installer dans les nombreux centres d'habitation qui entourent la capitale, et on sait de quelle façon il en usa. Mais les maisons, les villas abandonnées, les baraques élevées sur divers points, étaient loin de suffire à une armée si nombreuse. Regorgeant d'hommes, devenant d'autant plus insalubres que les rigueurs de la saison obligeaient ces derniers à fermer hermétiquement toutes les ouvertures, ces refuges devinrent plus funestes à leurs habitants que ne l'eût été le bivouac lui-même : en peu de temps ils dégénérèrent en de redoutables foyers d'infection et de contagion. C'est ainsi qu'en plein hiver, la fièvre typhoïde se répandit dans l'armée d'investissement, dont l'état sanitaire avait été assez satisfaisant jusqu'à son immobilisation devant la capitale.

De sorte qu'après avoir éprouvé sous les murs de Metz toute la puissance typhogène du sol imprégné de déjections, nos ennemis purent mesurer sous Paris celle non moins redoutable du méphitisme de l'encombrement. Ces deux situations, identiques au point de vue de la guerre, mais que des conditions climatériques opposées ont rendues si diflérentes bien qu'également funestes au point de vue de l'hygiène des habitations, sont comme deux vastes expériences, bien faites pour mettre en relief

la haute signification du méphitisme du sol et de l'encombrement daus la genèse de la fièvre typhoïde.

Il est à peine besoin d'ajouter, qu'indépendamment de l'infection tellurique créée par les agglomérations, la configuration pliysique du sol des campements ne reste pas indifférente à l'expansion de cette redoutable épidémie de guerre. Toutes choses étant égales d'ailleurs, les terrains bas ou déprimés, où s'accumulent les eaux et les matières organiques, sont plus funestes que les hauteurs et les pentes. C'est ainsi que les troupes de l'armée d'investissement qui occupaient les plateaux de Versailles, de Saint-Germain, d'Argenteuil , eurent une morbidité presque deux fois moindre (1,25 p. 100) que celles qui, formant la partie orientale du cercle d'investissement, tenaient la plaine humide où viennent converger les trois rivières de la Seine, de la Marne et de l'Ourcq (12,26 p. 100). Les médecins allemands n'ont trouvé d'autre cause à cette inégale répartition de l'épidémie que la différence dans les conditions physiques du sol à l'est et à l'ouest de la Seine (106),

Une armée mobile est moins éprouvée par la dothiénentérie que les troupes de siège. Bien que subissant moins énergiquement que ces dernières l'influence délétère du sol, elle y est cependant constamment exposée dans ses campements journaliers. Cette source d'infection peut même devenir très puissante, lorsque ses différentes fractions sont dans l'obligation d'occuper successivement un camp déjà infecté, nécessité qui s'impose souvent dans les guerres longues, et avec les armées nombreuses. L'histoire des dernières luttes abonde en épisodes de ce genre.

Le 23° régiment, est-il dit dans la relation de la guerre américaine, jouissait d'un état sanitaire excellent, bien qu'ayant eu à subir de grandes fatigues, lorsqu'il vint à occuper un campement abandonné par un régiment confédéré qui y avait été sévèrement éprouvé par la fièvre typhoïde. Dans l'intervalle des six semaines qui s'ensuivirent, le tiers de son effectif, c'est-à-dire 300 hommes environ, furent atteints de cette affection et 22 succombèrent (107).

Enfin, il nous souvient que dans les premiers temps de l'expédition de Tunis, tous les corps de troupe venant de France qui se succédaient dans les campements provisoires et infectés de la Goulette, fournirent constamment un certain nombre de lyphoïdiques avant d'être dirigés sur les colonnes expéditionnaires en formation.

D'autre part, c'est dans les armées mobiles que se manifestent plus spécialement les funestes conséquences du surmenage aigu, eu égard au développement de la fièvre typhoïde.

Les marches forcées, les efforts extraordinaires nécessités par des

opérations dont la prompte exécution seule assure le succès, ont été marqués maintes fois par un redoublement de la fréquence de la fièvre typhoïde. Dans la campagne de 1870, le 3" régiment d'infanterie wurtembei-eois, qui n'avait compté que 3 fièvres typhoïdes durant le mois d'août, vit "tout à coup le chiffre des atteintes s'élever à 93 au cours du mois de septembre. Ce brusque changement ne put être rapporté par le médecin du corps qu'à la circonstance suivante.

Après la bataille de Sedan, cè régiment reçut l'ordre d'escorter un transport de prisonniers jusqu'à Pont-à-Mousson, et de rallier ensuite, en toute célérité, la division à laquelle il appartenait. Ce corps accomplit sa mission presque sans trêve ni repos; chaque jour fut marqué par des marches forcées qui se prolongèrent jusqu'au milieu de la nuit. Ouand il rejoignit sa division à Meaux, il avait fait 455 kilomètres en treize jours et demi, c'est-à-dire 35 kilomètres par jour, n'ayant eu que quarante-huit heures de répit dans cet intervalle. C'est peu de jours après que la fièvre typhoïde éclata avec violence dans le régiment (108).

Mais, quelque puissantes que soient les conditions typhogènes de la guerre elles n'en restent pas moins subordonnées à l'action des saisons : elles élèvent le niveau de l'épidémie, mais n'en règlent point la marche générale. Le tracé allemand nous montre que, malgré la persistance et l'aggravation de ces influences jusqu'en janvier 1871, l'épidémie n'en fléchit pas moins à son heure habituelle, c'est-à-dire vers le mois de

novembre (v. p. 418). ,

La marche de la fièvre typhoïde pendant les quatre premières années de la guerre américaine, fait merveilleusement ressortir cette action prédominante de la saison (fig. 22).

Les seuls écarts que l'on y remarque, ceux des deux premières années, durant lesquelles la maladie s'est maintenue presque constamment a un niveau élevé, sont imputables à des circonstances étrangères a la guerre elle-même, notamment aux levées réitérées d'hommes amenant incessamment dans les camps des milliers de jeunes gens éminemment réceptifs. Le tracé qui représente la marche de la fièvre typhoïde dans l'armée anglaise en Crimée témoigne dans le même sens. La recrudescence considérable de mars 1855 coïncide avec l'augmentation des eflectifs portés de 50 000 à 90,000 hommes. Ces oscillations rappellent les recrudescences provoquées dans les garnisons par l'arrivée des contingents

annuels (fig. 23). , ,

Par la régularité de cette marche, la fièvre typhoïde se sépare donc de la diarrhée et de la dysenterie, qui, étroitement liées aux vicissUudes de la guerre et à la lente déchéance des organismes, tendent a s allrancnii

DES FJÈVRES CONTINUES

des inlluences saisonnières et à s'accroître avec la durée de la lutte. Si les effectifs ne sont pas renouvelés dans de larges proportions, sa fréquence diminue plutôt qu'elle n'augmente d'année en année, comme le montre le tracé de la guerre américaine; ce qui ne surprendra personne

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