‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 119 sur 175 · SG · texte numérisé non relu

SG

'UJTIf

sjmjg-

sjqunaoj^

^qoT'O

es ' '

es

te

ea

es

om

co;

es

Js

or

es

hoï

es

vu

IS

eS

etS

si

dans une maladie qui confère l'immunité par une première atteinte. Mais, d'après ce même tracé,- la gravité des cas augmente avec le temps, la mortalité s'élève peu à peu, ce qui témoigne de l'énergie croissante des causes typhogènes et de la diminution progressive de la résistance des sujets réceptifs.

A l'iatérôt qui s'attache à ces recherclies, se joint un sentiment de double tristesse : tristesse patriotique, évoquée par la pensée de ce qui serait advenu des masses ennemies si gravement éprouvées sous les murs

SepiembrcX

-it

Fis 23 - Évolution de la lièvre tvphoïde et de la fièvre rémittente dans l'armée anglaise, ^' pendant "a guerre de Crimée. Morbidité rapportée à 1,000 hommes d'effectif. Fièvres continue et typhoïde. Fièvre rémittente.

de Metz par les deux épidémies de dothiénentérie et de dysenterie, si le sort de la vaillante armée française n'avait pas été entre les mains d'un chef dont la mémoire sera à jamais flétrie; les épidémies ne sont-elles pas souvent les avant-coureurs de la défaite? tristesse professionnelle inspirée par la conscience des difficultés presque invincibles qu'opposent à l'hygiène tant et de si formidables causes de maladies.

Les facteurs typhogènes, en efiet, que nous avons mis en relief, sont inhérents aux conditions de la guerre; leur puissance est centuplée par les immenses agglomérations d'hommes que nécessitent les Itit es modernes, et par la constitution môme de ces agglomérations où 1 élément jeune et réceptif est beaucoup plus largement représenté qu autrefois Si l'hygiène lutte déjà difficilement contre les influences typhogènes relativement restreintes des villes, que peut-elle contre celles de ces vastes campements où des centaines de mille hommes, sans compter les animaux, se pressent dans un périmètre étroit, où d'ailleurs la prophylaxie, déjà précaire eu égard à l'étendue et à l'énergie des foyers infec-

^28 DES FIÈVIIES CONTINUES

tieux, vient encore se briser le plus souvent contre les inexorables nécessités de la guerre ? .

Il n'en Importe pas moins de retenir les enseignements qui se dégagent de ces terribles leçons de l'expérience; ils tiennent dans ces quelques mots que nous nous plaisons à emprunter à l'élégant et intéressant récit que M. le médecin-major Delmas nous a donné de la guerre du Sud- Oranais en 1881 : « Les avantages indiscutables de la vie au grand air ne devront sous aucun prétexte détourner un seul instant l'attention des pathologistes militaires des menaces permanentes de contamination tellurique aussi fatale que rapide, et des dangers d'un encombrement bieu autrement facile dans l'étroite atmosphère d'une tente que dans l;i chambre relativement spacieuse d'une caserne. » (109.)

D. Contagion. — La contagion, si marquée au milieu des populations des campagnes, est assez effacée dans les villes pour qu'elle ait pu y être contestée, et pour que nous nous soyons dispensé d'en parler dans notre précédent chapitre. Mais nous la retrouvons dans les groupes militaires, dont les aptitudes pathologiques touchent de si près à celles des populations rurales. Son rôle est vraisemblablement considérable en temps de guerre, mais elle est commune à toutes les situations de la vie du soldat. La transmission plus ou moins directe de la fièvre typhoïde aux sujets qui vivent au contact des typhiques, est admise depuis longtemps par tous les médecins de l'armée. Il n'est pas un d'entre nous qui ne puisse citer des exemples de contagion observés chez nos infirmiers employés près des typhoïdiques, ou chez des malades couchés près de ces derniers. Si cette transmission a pu être contestée par des médecins éminents comme Andral et Louis, c'est que la population civile intra et extra-hospitalière des grands centres est bien moins réceptive que nos jeunes soldats qui, venant des localités rurales où la fièvre typhoïde ne se montre qu'exceptionnellement, ne jouissent pas de cette immunité relative que confèrent l'atteinte des ascendants et le séjour prolongé dans les foyers d'endémicité. Dans les grands hôpitaux civils d'ailleurs, les malades ont, la plupart, passé l'âge qui prédispose à la dothiénentérie, ou ils y ont été rendus réfractaires par une de ces atteintes frustes qui passent inaperçues, mais qui n'eu assurent pas moins la préservation pour l'avenir. On sait combien diffèrent, au point de vue de la transmissibilité de la fièvre typhoïde, les populations rurales, vierges de toute atteinte depuis de longues années, et les habitants des villes, dont les générations s'imprègnent successivement du poison typhique. Ce contraste se trouve reporté sur les hôpitaux civils et militaires des grands centres. II donne la clef des divergences d'opinions exprimées sur ce sujet par les médecins pratiquant dans ces deux milieux.

D1-: I.A ni^VUK TYPIIOÏUK

Si la trausmissioQ aérieaue des gennes a pu être contestée dans les milieux typhogènes envisagés plus haut, elle ne saurait l'être dans nos salles de malades. L'atmosphère seule peut assurer ici leur transport. 1 ne s'agit sans doute point d'imputer ce dernier à l'air expire qui est bactériologiquement pur, ni d'incriminer les émanations fournies parles déjections au moment de leur émission, ces émanations ne pouvant rien contenir de pathogène. Mais lorsque ces matières sont desséchées sur es lin-es, la literie, le plancher ou d'autres objets que la négligence des o-ardes leur a permis de souiller, elles deviennent poussière. C'est sous cett- forme qu'elles sont entraînées par les particules organiques, telles que les fibres végétales du linge ou les villosités des couvertures auxquelles elles adhèrent, et finalement introduites dans les voies respiratoires par l'air, ou dans les voies digestives par l'intermédiaire des aliments et des boissons sur lesquels elles se déposent.

Ce mode de transmission, tout à fait identique à celui de la tuberculose, témoigne que le virus typhique, tel qu'il est fourni par les selles, n'a point à subir une élaboration complémentaire dans le sol ou les milieux équivalents pour devenir pathogène. La nécessité de cette phase intermédiaire se soutiendrait d'ailleurs difficilement devant ces faits précis où l'eau de source, polluée directement par les selles typhiques, apporte en quelques heures la fièvre typhoïde aux populations. Du reste, cette génération alternante répond à une théorie et non à des faits rigoureusement établis par l'observation ou l'expérimentation.

Il serait intéressant de connaître si la virulence des sécrétions intestinales persiste au delà de l'échéance du processus typhique, comme celle de la salive survit à l'évolution de la pneumonie; et, dans l'affirmative, combien de temps les selles conserveraient ce caractère.

Nous agitons cette question chaque fois que nous envoyons dans leurs familles des convalescents de fièvre typhoïde. Elle n'est point résolue par des recherches directes. En pratique cependant, il n'est point venu à notre connaissance que ces militaires soient devenus une source de dangers pour leur entourage. Ce danger pourtant a pu être créé à un autre titre, à une époque où l'on désinfectait moins rigoureusement qu'actuellement les vêtements des malades. Les vêtements, et surtout le linge souillé, par les excrétions de ces derniers, ont été accusés maintes fois d'avoir été des agents de propagation active, témoins les faits rapportés jadis par M. Colin, et un autre plus récent observé dans la garnisou d'Oldenbourg, où la persistance de la fièvre typhoïde dans un régiment d'artillerie a pu être attribuée au port de vêtements, spécialement de culottes de cheval, et à l'usage d'objets de literie qui avaient servi antérieurcmént aux typhiques (110). Au reste, il y a longtemps que Grib-

1>KS FIÈVniiS CO.NTl.NUI'S

SINGER a rendu attentif à la fréquence des fièvres typhoïdes chez le. blanchisseuses des hôpitaux.

Il est logique d'admettre que les vêtements d'individus sains lorsau'ils viennent à être souillés de déjections typhiques, sont tout au'ssi dan, reux. Mais nous ne possédons pas d'exemple précis de cette transmis sion par une tierce personne demeurée indemne. Il en existe sans dont ' et peut-être beaucoup de faits, dont l'origine reste inconnue, naissent-ils dé cette manière. ^

§ 6. — LA FIÈVRE TYPHOÏDE EN ALGÉRIE I. — Histoire, extension et fréquence,

La fièvre typhoïde a eu de singulières péripéties en Algérie Après avoir été rare dans les premières années de l'occupation, elle s'est manifestée peu à peu dans les colonnes expéditionnaires et dans les centres urbains. Puis, prenant de plus en plus d'importance dans ces derniers elle a fini par devenir une des maladies les plus communes de la population civile et militaire de la colonie.

Sa rareté de 1830 à 1840 forme un des traits les plus saillants de la pathologie algérienne de cette époque. Elle a inspiré, comme on le sait à l'ingénieux Boudin la doctrine de l'antagonisme entre elle et la malaria.'

Cette opposition entre les premiers temps et l'époque actuelle ne tient pourtant pas à des causes mystérieuses. Les raisons en sont mentionnées formellement dans les rapports officiels des médecins en chef de l'époque. Dans les premiers temps de la conquête, l'armée d'Afrique se composait, pour la majeure partie, de vieux soldats affranchis des prédispositions morbides de la jeunesse, réfractaires par conséquent à la fièvre typhoïde. Celleci se multiplie à partir du moment où, les grandes expéditions militaires étant terminées, les troupes s'installèrent dans leurs garnisons respectives et s'accrurent des dépôts, refuges des jeunes soldats que l'on avait jusqu'alors maintenus en France, comme incapables de supporter l'effort des grandes luttes.

Les campagnes de Tunisie et du Sud-Oranais ont réuni, dans les mêmes temps et les mêmes lieux, l'enseignement que comportent ces deux périodes successives, en nous rendant témoins, d'une part de l'immunité relative à l'égard de la fièvre typhoïde des troupes sédentaires de l'Algérie, et d'autre part des ravages produits par cette maladie parmi les jeunes soldats hâtivement envoyés de France pour former les corps expéditionnaires.

Quoiqu'il en soit, la fièvre typhoïde est signalée partout à dater de 1840 environ, dans les rapports officiels comme dans les mémoires publiés par les médecins d'Afrique ; et les études spéciales qui lui sont consacrées jusqu'en 1880 portent témoignage qu'elle n'a cessé de s'accroître dans cet intervalle.

Il résulte des recherches que l'ancien directeur du service de santé du 19" corps, M. l'inspecteur Widal, a fait faire au commencement de 1888 dans les archives des hôpitaux de l'Algérie (registres d'entrées et de décès), et d'autre part des chiffres consignés dans la statistique de l'armée, dont la publication remonte à 1866, qu'on ne saurait mettre en doute l'évolution ininterrompue de la fièvre typhoïde depuis 1840 dans les principales villes de l'Algérie, ni son extension progressive du littoral aux dernières limites du Tell.

Importée par les troupes, comme la méningite cérébro-spinale, le choléra, elle s'est avancée peu à peu avec les conquêtes de la civilisation jusque dans les postes les plus éloignés du littoral, jusque dans les oasis situées aux confins du désert.

Les documents statistiques précis, aussi loin qu'ils nous permettent de remonter dans le passé, nous montrent la fièvre typhoïde s'accroissant sans cesse à côté de la fièvre paludéenne qui décline au contraire d'année en année.

Cette évolution en sens inverse des deux maladies a été mise en évidence par nous, il y a bien longtemps, pour la ville de Constantine. Le tracé qui représente la mortalité mensuelle par fièvre palustre dans cette localité, de 1861 à 1867, circonscrit de beaucoup celui delà lièvre typhoïde pour la période correspondante, tandis que les deux courbes qui se rapportent à la période de 1871 à 1877 occupent une position inverse (112). 11 était probable que ce fait n'était point particulier à Constantine.

Si l'on envisage, en effet, l'Algérie tout entière, on constate que dans ces dernières années, les décès par fièvre typhoïde ont notablement augmenté d'année en année, tandis que la mortalité par paludisme a au contraire progressivement diminué.

Page 1