INFECTIEUX. — MÉCANISME DE LA GUÉRISON
a). Fixation dans les voies aérienniîs supérieures des microbes charriés PAR l'air. — Tout d'abord, les investigations directes démontrent et les expériences de Hildenbrandl (35) confirment qu'une grande partie des
DES AGENTS P/VTIIOGÈNES 3»
micro-organismes suspendus dans l'atmosphère sont retenus dans le nez, la bouche, le gosier, par une sorte de filtration de l'air pendant son passade à travers ces cavités anfractueuses. Cette épuration serait presque absolue dans les conditions ordinaires de la respiration.
b). Protection assurée par l'intégrité des téguments externe et interne. — Il est certain, d'autre part, que sans solution de continuité ou sans troubles momentanés de la nutrition ou de la circulation, la peau et les muqueuses ne se laissent pas facilement traverser par les agents morbigènes. Toutefois, cette dernière voie peut servir de porte d'entrée à certains microbes pathogènes, même lorsque l'épithélium pulmonaire et intestinal est intact. Les bacilles de la tuberculose passent des alvéoles pulmonaires dans le tissu interstitiel du poumon, de la cavité intestinale dans les couches profondes de la muqueuse (36). Pour faire naître le choléra des poules chez des animaux réceptifs, il suffit de leur faire ingérer des aliments arrosés avec la culture de l'agent infectieux.
Néanmoins, l'aptitude de ce dernier à triompher de l'intégrité du tégument interne est contrebalancée par des actes divers d'une haute signification dans la lutte contre les microbes.
C). RÔLE DÉFENSIF DU MUCUS BRONCIiïOUE ET DES SÉCRÉTIONS INTESTINALES. —
C'est ainsi que dans l'appareil pulmonaire, ceux-ci sont exposés à être englobés et éliminés par le mucus; dans le tube intestinal, ils subissent l'action destructive des ferments de la digestion. Le rôle du suc gastrique, à cet égard, a été mis en évidence dans les intéressantes recherches de MM. Straus et WuRTZ (37), et notamment dans la réalisation du choléra expérimental due à Kocn et à ses élèves. Des cultures du bacille virgule, que l'on fait ingérer à des animaux sains, ne produisent pas de manifestations morbides. Mais si l'on supprime l'action du suc gastrique en le neutralisant préalablement avec les alcalins, ou en introduisant directement la culture dans l'intestin, les symptômes cholériques ne tardent pas à apparaître, surtout si l'on administre en même temps un peu d'opium qui empêche la migration trop rapide des micro-organismes à travers l'intestin (38).
d). Phagocytose. — Mais le rôle fondamental dans la défense appartient à la phagocytose, c'est-à-dire à cette aptitude innée ou acquise des cellules migratrices et fixes du tissu conjonctif à englober, digérer et détruire les microbes (Metsciinikoff). Dans cette lutte, l'avantage reste aux phagocytes s'ils sont à môme d'absorber beaucoup de microbes, tandis que ce sont ces derniers qui triomphent s'ils ne sont pas attaqués par les pliogocytcs (39). Cette action défensive commence au seuil môme de l'organisme.
Ou connaît en eiïet l'efficace protection assurée aux téguments internes contre les microbes par l'activité pliagocytaire qui s'exerce incessamment sur toute leur étendue. Il est démontré que les micro-organismes saprophytes et pathogènes (streptocoques, microcoques capsulés des pneumonies) qui habitent normalement les cavités respiratoire et digestive, et qui tendent incessamment à passer de la surface vers la profondeur à travers l'épithélium intact, sont arrêtés, saisis et détruits par les cellules lymphatiques, sentinelles vigilantes qui émigrent constamment en sens inverse, de la profondeur vers la surface. Cette migration est surtout active sur les points où le revêtement épithélial se laisse facilement traverser sans effraction par les microbes, c'est-à-dire au niveau des alvéoles pulmonaires, des amygdales, des plaques de Peyer, etc. Les micro-organismes que l'on trouve morts et inclus dans les leucocytes au sein des couches profondes de la muqueuse intestinale portent témoignage de cette incessante destruction (40).
Ce phagocytisme normal, une des manifestations les plus saisissantes et les plus objectives de l'effort curateur spontané de la nature médicatrice, peut être entravé dans ses différents actes par des causes variables, notamment le froid, les influences nerveuses dépressives, etc. Alors naissent ces maladies aiguës, fébriles, ces phlegmasies infectieuses dites spontanées, angines, bronchites, pleurésies, pneumonies, diarrhée, etc. ; affections que l'ancienne médecine, ignorante de la cause première, ne pouvait rapporter qu'à des influences banales parmi lesquelles les météores tenaient le premier rang.
Il est à peine besoin d'ajouter que l'altération préalable des épithéliums multiplie les chances d'infection : la bronchite ouvre la porte au contage de la rougeole ou au bacille de la tuberculose, la gastro-entérite simple à l'infection typhique ou dysentérique.
Quand les microbes ont réussi à pénétrer, avec ou sans effraction des surfaces cutanée ou muqueuse, dans les tissus sous-jacents, ils suscitent de la part de l'organisme une réaction locale qui est encore une véritable défense. Les liquides affluent, et avec eux les cellules migratrices attirées par les produits de sécrétion des microbes. Ces éléments cernent de toute part les agents envahisseurs, les emprisonnent d'abord entre eux, puis bientôt les font pénétrer dans leur propre substance et les digèrent. Il n'est pas jusqu'aux corpuscules fixes du tissu conjonctif de la région qui ne prennent une part active à ce travail de destruction.
Souvent les choses en restent là. C'est du moins ce que nous pouvonsconstater pour certaines affections dont les germes s'introduisent par la peau, comme le charbon chez l'homme. Les bactéridies sont toutes détruites dans la pustule qui se développe au point d'inoculation, elles sont
repoussées aux frontières de l'économie : la lutte se borne à un combat d'avant-poste.
D'autres fois une partie seulement des micro-organismes subit la destruction sur place; les autres sont charriés jusqu'aux ganglions lymphatiques voisins, où ils peuvent séjourner plus ou moins longtemps, libres ou incorporés aux cellules, sans manifester leur présence; mais s'ils réussissent à se multiplier, ils finissent par franchir la barrière ganglionnaire, et à se répandre dans le sang. Dès lors, la défense s'organise dans le corps tout entier, la lutte s'engage sur toute la ligne. La victoire peut encore rester aux éléments organiques; mais si le microbe est plus puissant qu'eux, il continue à se multiplier, l'infection s'accroît incessamment, et la mort devient inévitable.