MÉCANISME DE LA GUÉRISON
Les procédés par lesquels l'organisme triomphe d'un ennemi qui en tient toutes les positions sont bien divers. Leur étude constitue un des sujets les plus élevés de la pathologie générale et des plus intéressants de la thérapeutique. Il est de ceux qui ont le plus préoccupé la bactériologie, elle y a apporté des contributions lumineuses, mais il reste encore bien des lacunes à combler.
Rappelons tout d'abord qu'il existe une catégorie de microbes que le sang à lui tout seul peut tuer par sa composition chimique. Les anaérobies ne peuvent vivre au contact de l'oxygène. Quelques gouttes d'une culture du vibrion septique insérées sous la peau font périr l'âne ou le cheval en cinq ou six jours; une dose deux cents fois plus forte injectée dans les veines ne tue pas ces animaux. L'oxygène du sang est donc à l'occasion une arme défensive pour l'organisme.
Les cultures artificielles nous ont appris, d'autre part, que les milieux agités sont défavorables à la vie des microbes. On peut en inférer que le mouvement du sang s'oppose à la multiplication de ces derniers et devient ainsi un auxiliaire dans la lutte contre eux. En effet, ce n'est pas dans le sang lui-même que les microbes pullulent, on sait combien il est difficile de les y déceler pendant la vie, mais dans les organes producteurs de ce liquide, la rate, les ganglions lymphatiques, la moelle des os, qui témoignent toujours par des lésions précoces et profondes de leur imprégnation par les germes infectieux.
La concurrence vitale entre les cellules animales et les microbes prête sans doute aussi dans maint cas une assistance efficace à l'organisme. L'activité nutritive des premières s'exerce naturellement aux dépens des
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seconds, et son énergie devient une garantie contre eux. Mais si elle vient à se ralentir, surtout si elle s'arrête, ce sont les microbes qui l'emportent, comme le démontre l'élégante expérience de M. Chauveau. On sait qu a la suite de l'opération du bistournage, qui a pour but de priver le testicule de toute irrigation sanguine par la torsion de son pédicule pratiquée sans entamer la peau, la glande échappe à la suppuration et subit simplement la régression graisseuse. Mais si, avant l'opération, on a injecté dans le sang des agents putrides, ceux-ci produiront rapidement la gangrène dans l'organe dont les éléments ont cessé de vivre.
Mais tous les agents infectieux ne sont pas des anaérobies, et la concurrence que leur oppose l'activité nutritive des cellules animales ne saurait être qu'un moyen de défense accessoire.
Appliquant au milieu organique les enseignements fournis par nos bouillons de culture, on a supposé que les bactéries meurent spontanément dans nos humeurs, parce qu'elles se rendent elles-mêmes leur développement impossible, soit par l'accumulation de leurs produits de décomposition qui exercent sur eux une action toxique, soit par les emprunts qu'elles font au corps de certaines substances dont la suppression convertit ce dernier en un milieu nutritif impropre. Mais la facilité avec laquelle l'organisme même malade élimine ses poisons ou répare ses pertes, enlève toute base sérieuse à cette double théorie de l'intoxication des microbes par euxmêmes, ou de l'épuisement du terrain.
On a cru résoudre la difficulté en faisant intervenir l'élimination en nature des micro-organismes par la peau, et surtout par les reins et l'intestin.
En ce qui concerne les reins, il est certain que les microbes ont été parfois observés dans les urines. Kocn (41), Stuaus et Ciiamberland (4^) y ont trouvé les bactéridies du charbon ; Kannenberg (43) les spirilles de la fièvre récurrente; Piulipowicz (44) le bacille de la tuberculose, de la morve, du charbon et le microcoque de l'endocardite ulcéreuse. Mais il reste douteux, surtout depuis les recherches de WYSsoKOwiTscn (45), si dans ces différents faits les reins ont été exempts de toute altération de structure ; cette incertitude enlève à cette élimination toute portée véritablement physiologique, c'est-à-dire générale.
L'élimination des microbes pathogènes par l'intestin a été observée par Emmericii et Buciiner (46). Mais sur ce terrain encore Wyssokonviïscii {loc. cit.) croit pouvoir affirmer, d'après ses recherches de contrôle, que le passage à travers la paroi intestinale ne saurait avoir lieu qu'à la faveur de lésions locales déterminées par les microbes. Au reste, il est peu probable que l'élimination intestinale, si elle a lieu, puisse véritablement concourir à la guérison, puisqu'il est certain que dans un grand
nombre de cas les bactéries pathogènes pénètrent par le tube digestif, et que, capables à ce titre de redevenir envahissantes sur place, elles pourraient rentrer par la porte de sortie.
Bref, on tend généralement à admettre aujourd'hui, conformément aux conclusions des recherches de WYSsoKOwrrscii, FLiicGis, et contrairement aux dénégations de Trambusti, Maffucci (47) et Sguweitzer (48), que l'issue des bactéries à travers le rein, l'intestin, la peau, ne peut avoir lieu qu'à la faveur d'accidents déterminés par la maladie, tels que des phlegmasies, des ulcérations, des infarctus (49). Ces organes ne se laissent point traverser par les microbes quand ils sont sains ; ils servent à la dépuration chimique et non à l'élimination des micro-organismes.
Il n'en reste pas moins certain, les expériences de WvssoKOwrrscn {loc. cit., p. 3) et de Fodor (50) l'établissent, que tous les microbes, même les pathogènes injectés dans le sang, disparaissent de ce liquide au bout de quelques heures. Ils seraient fixés et vraisemblablement détruits, d'après le premier de ces observateurs, par les cellules endothéliales vasculaires et les corpuscules conjonctifs de la rate, du foie et de la moelle des os. Bien que Wissckowitsch dénie toute action phagocytique aux leucocytes du sang, et qu'il se montre peu favorable à la doctrine de METScnNUiOFF, ses recherches n'en établissent pas moins qu'il y a lutte entre les cellules fixes du corps et les micro-organismes, lutte dans laquelle ce sont tantôt les premiers, tantôt les seconds qui l'emportent. L'aptitude des tissus vivants à détruire ou à atténuer les microbes est d'ailleurs établie par des preuves irrécusables. Les expériences de MetscnNiKOFF (51) et de Lubarscu (52) démontrent en effet que des fragments de tissu charbonneux, insinués dans le grand sac lymphatique de la grenouille, y perdent promptement leut* virulence.
En réalité, le phagocytisme intervient encore après que les microbes sont répandus dans tout l'organisme; il s'exerce dans la profondeur des tissus, comme à la porte d'entrée. Mais il faut bien avouer que, réduit à lui-même, il est désormais impuissant à assurer la guérison.
Dès l'abord, en effet, il peut être contrarié dans son action. Il résulte des recherches de M. le professeur BoucnARD et de ses élèves que les agents pathogènes, du moins certains d'entre eux, tels que le bacille pyocyanique(53), celui du charbon symptomatique (54), le microbe du choléra des poules, le prodigiosus et quelques saprophytes, sécrètent entre autres des substances qui empêchent la dilatation des vaisseaux en paralysant l'appareil vaso-moteur, et s'opposent par suite à la diapédèse. Ils se trouvent ainsi soustraits à l'action phagocytaire des leucocytes et peuvent se développer en toute liberté. Que l'on admette ou non l'interprétation de
M. Bouchard, toujours est-il que ces microbes élaborent des substances qui favorisent leur pullulatiou dans l'organisme.
On comprend ainsi ce fait, en apparence paradoxal, que les produits solubles d'un microbe pris en bloc, comme ceux du bacille pyocyanique, qui, grâce à leur propriété vaccinante, empêcbent le microbe de produire la maladie quatre jours après l'injection, aient une action toute différente quand on les introduit dans le corps de l'animal, soit au moment môme de l'inoculation, soit très peu de temps avant ou après cette dernière. En empêchant alors la diapédèse, ils accélèrent la marche et accroissent la gravité de la maladie, ils la rendent possible alors qu'elle ne devrait pas se développer, soit en raison de l'exiguïté de la dose de virus inoculé, soit à cause de l'état réfractaire de l'animal. Ils triomphent en effet de l'immunité, de l'immunité naturelle aussi bien que de l'immunité acquise.
On s'explique d'autre part comment les perturbations nerveuses, les commotions physiques et morales, les fatigues, les veilles, le chagrin, toutes circonstances si propres à troubler le dynamisme vasculaire, deviennent si souvent l'occasion du développement ou de l'aggravation des maladies infectieuses (Bouchard).
Mais si le microbe est capable de ravir à l'organisme, provisoirement du moins, un de ses moyens de défense naturel, le phagocytisme lui en confère un autre qui, pour ne pas être inné, n'en est pas moins efficace : l'état bactéricide des humeurs et des solides, c'est-à-dire la propriété de tuer les microbes, ou du moins de ralentir leur multiplication, d'entraver leur nutrition et d'amoindrir leur fonction.
Cette notion est fondée sur l'expérience si suggestive de M. Charrin. Chez un lapin inoculé avec de petites doses de bacille pyocyanique virulent, et qui présente la forme latente et curable de l'infection, ce savant prélève chaque jour une goutte de sang qu'il dépose sur la gélose nutritive. Pendant les premiers jours, la culture est riche en pyocyanine; puis, dans les cultures suivantes, le bacille qui se développe encore ne produit plus la pyocyanine, mais seulement un pigment verdâtre qui ne se laisse pas dissoudre par le chloroforme. On arrive enfin à des atténuations de la fonction chromogène et en môme temps de la fonction virulente tell ement'prof ondes, qu'il faut de nombreuses cultures, faites sur des milieux très riches, pour rendre au microbe ses fonctions perdues.
Cet état bactéricide des tissus et des humeurs, qui est actuellement établi pour cinq microbes, le bacille pyocyanique (Charrin et Roger), la bactéridie du charbon (Gamaleia), le bacille du charbon symptomatique, le vibrion du choléra (Zasslein), et celui de METSCuNUiOFii' (Behring et
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Nissen), cet état bactéricide est déterminé par des produits solubles sécrétés par les microbes. Mais, contrairement à toute prévision, l'action de ces substances ne paraît pas s'exercer directement sur ces derniers, car, comme nous le verrons tout à l'heure, elle persiste après leur élimination par les urines (BoucnARo); elle s'eflectuerait par l'intermédiaire des cellules, qui, imprégnées par elles, dévient de leur type nutritif normal, élaborent la substance organique solide et liquide d'une façon nouvelle et la rendent bactéricide.
Cet état qui ne se manifeste qu'au bout de quelques jours après le début de l'affection (au quatrième jour pour le bacille pyocyanique), persiste pendant toute la durée de celle-ci. Mais, dès qu'il est établi, les microbes pullulent avec moins d'activité, leur nombre diminue et leur virulence s'alïaiblit, les poisons sécrétés en moindre abondance parviennent à s'échapper par les émonctoires ; les troubles fonctionnels s'atténuent, la diapédèse réprimée jusqu'alors par les matières solubles surabondantes reprend son essor, et le phagocytisme achève de détruire des germes déjà atténués par l'état bactéricide.
Le phagocytisme et l'activité nutritive spéciale conférée aux cellules par les substances vaccinantes, tels paraissent être, d'après l'état actuel de nos connaissances, les procédés normaux de la guérison (Boucuard).
L'organisme toutefois dispose encore de quelques autres moyens qui, pour avoir une portée moins grande, suffisent cependant, à l'occasion, pour conduire au même résultat.
Dans ses recherches sur les lésions déterminées par l'infection aspergilienne, Rtbbert a pu se convaincre que les leucocytes contribuent à détruire ou à rendre inofïensifs les champignons pathogènes, non seulement en les dévorant, mais encore en formant autour d'eux un véritable rempart qui les isole du reste du corps et entraîne leur dégénérescence par privation de sucs nutritifs (55).
Ces notions sont applicables à certaines phlegmasies circonscrites qui se terminent par la suppuration, telles que le panaris et le furoncle. Les leucocytes qui affluent investissent de toutes parts, répriment et affaiblissent les microbes que la suppuration qui ne tarde pas à se former entraîne sans peine au dehors.
Elles conviennent encore aux inflammations chroniques qui ont pour résultat d'enlvyster les produits pathologiques, et de préparer leur élimination au dehors. Tel est le mode de guérison des tuberculoses locales ; après l'organisation de la ceinture fibreuse autour du foyer, les portions nécrosées entraînent au dehors les microbes morts ou affaiblis, comme le fait le flot purulent dans les phlegmasies aiguës.
Ces moyens sont bien secondaires par rapport à ceux qui ont été énoncés
plus haut. Mais ils peuvent éventuellement apporter un concours utile à l'économie qui ne dédaigne aucun auxiliaire dans sa lutte contre les microbes.
Dans cette enquête sur les péripéties du conflit entre les microbes et l'organisme, nous avons négligé deux facteurs qui ne laissent pas d'avoir une importance de premier ordre dans l'issue de la lutte, c'est l'aptitude morbide et le degré de la virulence. Le moment est venu d'en indiquer la signification.
§ 8. — DE l'aptitude morbide ou réceptivité
Les êtres vivants présentent des réceptivités et des immunités particulières à l'égard des virus. Telle espèce contracte par contagion naturelle une maladie qu'une autre ne prendra qu'à la suite de l'inoculation; puis, à côté de ces deux espèces, il s'en trouve qui, à l'égard de cette affection, sont réfractaires à la fois à l'infection naturelle et à l'infection expérimentale. D'autre part, la réceptivité d'une maladie pour une espèce diffère notablement suivant les temps et les lieux. Enfin chaque épidémie porte témoignage des innombrables variations que présente l'aptitude morbide chez les individus d'un môme groupe. Bien qu'exposés tous à la même cause morbifique, les uns résistent à l'infection, les autres plient sous ses étreintes, et, parmi ceux-ci, que de différences dans la gravité et dans la forme des atteintes !
Ces modes de réaction si divers sont subordonnés à des circonstances multiples qui ne sont pas inaccessibles à l'analyse. Nous relèverons les plus saillantes d'entre elles.
Certaines maladies sont spéciales à l'enfance, telles que les varicelles ; d'autres, comme la fièvre typhoïde, appartiennent plutôt à l'adolescence. Il en est qui sont de toutes les époques de la vie, comme la pneumonie.
La pathologie expérimentale a rencontré des faits semblables. Le jeune âge renforce la réceptivité du cobaye et des oiseaux pour le charbon. Inversement, l'embryon du poulet est plus résistant que l'adulte au choléra aviaire (Mafucci), et le charbon symptomatique s'inocule difficilement au jeune veau (Arloing).
Comme la composition des milieux intérieurs varie avec les principales périodes de la vie, et que les microbes sont extrêmement sensibles aux moindres changements de ces milieux, les aptitudes morbides si diverses depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse n'ont pas de quoi nous surprendre,
elles assignent un rang important à l'âge dans l'étiologie des maladies infectieuses.
Des dyscrasies chroniques ou accidentelles peuvent également rendre le milieu humoral pins réceptif à l'égard des germes morbides. C'est ainsi que des désordres profonds et intimes de la nutrition ne se révèlent souvent que par l'aptitude à contracter certaines maladies infectieuses : les diabétiques sont sujets à la pneumonie et au furoncle, les constitutions chétives à la tuberculose, les arthritiques au cancer. Le rôle de ces prédispositions, qui sont la plupart héréditaires, est tel que l'ancienne médecine eu a fait des maladies latentes, les diathèses. Dans l'état actuel de nos connaissances, la diathèse correspond plutôt à un tempérament morbide qu'à une maladie définie. A ce titre, les catarrhes des muqueuses respiratoire et digestive, qui naissent éventuellement sous l'empire des vicissitudes des météores et de l'hygiène, et qui ouvrent la porte à la phtisie, à la fièvre typhoïde, au choléra, ne sont que des diathèses accidentelles et transitoires. Chez l'homme bien portant, la résistance à l'infection est très grande. Cependant, certaines maladies infectieuses semblent atteindre de préférence les sujets forts et vigoureux; mais on reconnaît souvent par un examen attentif, que ces faits n'échappent pas à la règle générale, ils la confirment plutôt, car c'est ordinairement après avoir subi quelque influence déprimante, tels que le refroidissement, le surmenage, une impression morale vive, ou avoir présenté quelque trouble de la digestion que ces individus tombent malades. La bonne santé est la meilleure garantie contre la maladie. Le moyen le plus sûr d'éviter celle-ci, c'est de bien se porter (Boucuard),
La prédisposition créée par ces différents états réside vraisemblablement dans une altération chimique des humeurs, altération dont le rôle pathogénique est d'ailleurs démontré par les résultats observés à la suite de l'injection de substances chimiques dans les tissus. L'acide lactique diminue la résistance au charbon symptomatique (06) et au tétanos, et M. LiLO (o7) a fait perdre aux rats leur immunité contre le charbon, et aux souris leur résistance à la morve, en communiquant à ces animaux un diabète expérimental par l'injection de phloridzine.
A cet ordre de faits, on peut rattacher les prédispositions créées vis-àvis d'un microbe pathogène par l'introduction dans le sang de l'animal de substances élaborées par d'autres parasites, môme inoiïeusifs. M. Roger (08) communique un charbon symptomatique mortel aux lapins en leur injectant, en môme temps que le bacille de cette aiïectiou, des cultures vivantes ou stérilisées du bacille prodigiosus, et Vaillard et Vincent ont rendu de la môme façon possible l'infection par le bacille de NinoLAïER (59). Enfin, M. BouciiAHD pense que dans beaucoup de cas la résorption des substances
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sécrétées par les microbes du tube digestif favorise les poussées furonculeuses, car l'antisepsie met un terme à l'éruption (60).
Dans tous les temps, la médecine empirique a attribué au froid, au traumatisme, au surmenage, à la misère physiologique le pouvoir de faire naître les maladies infectieuses. L'étiologie actuelle est loin de repousser ces enseignements du passé, elle a mis en pleine lumière la baute signification de ces influences banales, et, au nom de l'expérience, leur a assigné le premier rang parmi les causes prédisposantes.
Pasteur a mis en relief d'une manière saisissante l'action du froid, eu créant par son influence la réceptivité de la poule pour le charbon; plus récemment, Ciiarrin a fait voir que le refroidissement diminue la résistance du cobaye à la maladie pyocyanique (61), et Platania qu'il rendait les animaux plus réceptifs à l'égard du pneumocoque (62). Enfin, M. BoucuARD pense avoir démontré qu'il favorise la pénétration dans l'organisme de microbes qui vivent à la surface des muqueuses.
Non moins intéressantes sont les expériences faites sur le rôle du traumatisme et de son action dépressive sur les tissus. Le virus du charbon symptomatique, suffisamment atténué pour être inofïensif pour le cobaye, le tue si on l'injecte dans une masse musculaire préalablement contusionnée (NocARD et Roux, loc. cit.).
Platania {loc. cit.) constate que les cobayes, porteurs d'une lésion aseptique de la plèvre et du poumon, résistent moins aux pneumocoques de Friedlànder introduits dans la trachée que dans les conditions normales.
Enfin, chez un cobaye roulé pendant quatre heures dans une cage d'écureuil, le choc traumatique et la dépression nerveuse causés par la frayeur ont entraîné une véritable invasion microbienne dans le sang (Gearrin et Roger).
Les résultats observés à la suite de l'énervation font du reste saisir sur le vif l'infiuence pathogénique que crée le traumatisme, en vertu de l'action inhibitoire qu'il exerce sur le système nerveux et la nutrition. Ciiarrin et Ruffer (63), ayant sectionné le nerf sciatique d'un côté chez la grenouille, injectent dans les deux cuisses une même quantité de culture virulente du bacille pyocyanique. La tuméfaction qui s'ensuit est plus forte dans le domaine du sciatique coupé que de l'autre côté. Hermann (64) résèque une portion d'un des sciatiquesau lapin ; puis, après la cicatrisation de la plaie, il pratique une injection intra-veineuse d'une culture de staphylocoque albus. Celle-ci provoque des arthrites, des ostéomyélites, qui se localisent presque exclusivement dans le membre soustrait à l'action nerveuse. Enfin l'observation de M. Féré (65) est à cet égard d'autant plus instructive qu'elle a été faite sur l'homme. Ce médecin vaccine sur les deux bras des hémiplégiques qui avaient été inoculés avec succès quelques années aupa-
ravant : des boutons de fausse vaccine se développent avec une prédominance marquée du côté paralysé.
Le surmenage est une sorte de traumatisme des muscles et des articulations, aggravée par la souillure des milieux intérieurs résultant de l'excès de production de substances chimiques excrémentitielles. Les médecins militaires, habitués à voir surgir la fièvre typhoïde, la dysenterie après les marches forcées, les opérations fatigantes, ont depuis longtemps dénoncé son rùle que Cdarrin et Roger ont mis en relief dans le cadre restreint mais précis d'une expérience de laboratoire. Ils ont démontré en effet que des rats blancs, que l'on surmène en les faisant travailler dans un tambour, acquièrent une réceptivité spéciale pour le charbon bactérien et symptomatique.
Enfin le rôle pathogénique de l'appauvrissement de l'organisme, si constamment dénoncé par la morbidité et la mortalité excessive des prisonniers et de tous les groupes voués à l'insuffisance du régime, ce rôle lui-même a reçu la sanction de l'expérience. Les pigeons affaiblis par l'inanition contractent plus facilement le charbon que lorsqu'ils reçoivent une nourriture suffisante (66). Les pneumocoques de Friedlander, injectés dans la trachée ou la plèvre du chien, ne se retrouvent dans le sang que lorsqu'on a fait subir préalablement à l'animal une saignée copieuse (67). Enfin les moutons succombent plus rapidement au charbon quand l'infection a été précédée d'une spoliation sanguine abondante (68).
Loin de rayer de l'étiologie ces causes banales si justement incriminées par une longue observation, les doctrines nouvelles en confirment la valeur et en éclairent le mode d'action. Ce sont elles qui préparent la réceptivité, qui réveillent de leur sommeil les germes recélés dans l'organisme, tels que le pneumocoque, les bacilles d'EBERxii et de Lôffler. Ce rôle, qu'elles remplissent vis-à-vis du parasitisme latent a fait naître jadis la notion de la spontanéité morbide, ou du moins celle de la genèse des maladies infectieuses par des causes banales. Pratiquement, cette conception conserve toujours sa valeur, car c'est en écartant ces causes banales que l'hygiène prophylactique aura chance de prévenir l'explosion des maladies infectieuses dans les groupes soumis à leur influence.
Mais les prédispositions créées par l'âge, les diathèses, les circonstances accidentelles, sont modifiées à chaque instant par l'immunité relative ou absolue que nous opposons aux maladies infectieuses.
§ 9. — DE l'immunité L'immunité constitue le minimum de la prédisposition; elle est la
MALADIES ÉPIDÉIIIQUES. ,
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dernière arme défensive de l'organisme contre l'infection, et assurément la plus puissante. Qu'elle soit naturelle ou acquise, c'est-à-dire conférée par une première atteinte, elle n'est ni absolue ni invariable. Le ■chien adulte résiste au charbon qui tue l'animal jeune. On sait combien cette maladie est funeste au mouton de France, tandis que celui d'Algérie y est réfractaire. La poule normale lui résiste, elle est emportée par elle quand elle est refroidie.
Dans une même race, l'immunité varie suivant les individus. Il y a des -enfants qui résistent à la vaccine, comme on voit de temps à autre un lapin se montrer réfractaire à l'inoculation charbonneuse. Mais cette résistance n'est pas nécessairement définitive : une inoculation qui a échoué aujourd'hui peut réussir plus tard; des modifications inappréciables :subies dans l'intervalle par les humeurs suffisent à expliquer ces différences d'une période à l'autre.
L'immunité acquise comporte également des réserves. La variole, la rougeole, la fièvre typhoïde peuvent récidiver chez le même individu. On •oppose généralement aux maladies immunisantes un autre groupe d'affections infectieuses qui ne posséderaient point cette propriété, qui augmenteraient même les chances d'atteintes ultérieures, telles seraient la pneumonie, la diphtérie, l'érysipèle, la blennorrhagie, etc.
Nous croyons, avec M. le professeur Bouchard, que cette séparation n'a rien d'absolu ; très vraisemblablement, ces maladies à récidive confèrent une immunité relative, elles rendent l'organisme réfractaire pour un certain temps seulement ; c'est du moins la conclusion qui ressort du processus même de la guérison. Quand la diphtérie marche vers une terminaison heureuse, cette évolution ne tient pas à la diminution de la virulence du germe, puisque celui-ci peut encore se transmettre à ce moment et donner lieu à une maladie aussi grave que la première. La guérison ne peut s'expliquer que par l'augmentation de la résistance du sujet.
L'état de ce dernier, au déclin de la maladie, constitue donc une véritable immunité. Ce n'est assurément qu'une immunité passagère, souvent seulement locale, comme celle produite par le gonocoque qui se jette sur Jes jointures quand l'uréthrite guérit. Mais enfin, il y a immunité.
A côté des immunités générales et persistantes, il en est donc qui sont restreintes comme durée et comme étendue : l'immunité en un mot •comporte plusieurs espèces et de nombreux degrés.