II. — Des véhicules du contage
Le typhus se propage, comme la variole ou l'iuiïuenza, par les rapports plus ou moins directs avec les malades, ou le contact des vêtements et autres objets qui ont été à leur usage.
L'air atmosphérique paraît être le véhicule le plus ordinaire du contage. Du moins la transmission de lit à lit a-t-elle été souvent observée au début des deux ;épidémies de Crimée, notamment par Haspel (76). Or, cette propagation si régulière dénonce comme véhicule très probable du virus la couche d'atmosphère qui enveloppe le générateur, puisque les malades immobilisés dans leur lit n'avaient aucun contact direct avec le typhique. Si l'infection leur avait été communiquée par les infirmiers ou les médecins qui les soignaient, la maladie, au lieu de progresser dans l'ordre des numéros des lits, se serait certainement répandue d'une manière plus irrégulière dans l'ambulance. De pareilles observations, bien entendu, ne peuvent être relevées qu'au moment où le typhus fait irruption dans une salle. Plus tard, quand celle-ci a été souillée sur tous les points, on le voit apparaître partout.
Lorsque la transmission comporte une certaine distance, elle s'effectue le plus souvent par l'intermédiaire des effets provenant des malades. De nombreux exemples témoignent du danger auquel on s'expose à manipuler les objets qui leur ont appartenu. On cite souvent celui qui est rapporté par Pringle. En 1743, alors que l'armée anglaise faisait la guerre en Allemagne, on dirigea sur Gand un certain nombre d'individus atteints de la fièvre d'hôpital, puis on donna à un ouvrier de cette ville à réparer un paquet de tentes qui avaient servi à couvrir ces malades. Cet homme et vingt-trois de ses compagnons qu'il avait associés à son travail, furent bientôt pris de cette fièvre, et dix-sept de ces derniers succombèrent. Et cependant, aucun de ces ouvriers n'avait eu des rapports avec les malades et le typhus n'existait pas à Gand à cette époque (77).
Gaultier de Claubry fut témoin d'un fait analogue, mais moins dramatique, en 1809, dans un hôpital de Valladolid affecté aux prisonniers Anglais. Les capotes dans lesquelles, faute d'autres fournitures, ces malheureux étaient demeurés enveloppés pendant leur maladie, avaient été, après la mort de la plupart d'entre eux, entassées dans un magasin, où elles furent inventoriées au bout de quelques jours par un jeune
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homme qui n'avait jamais mis les pieds à l'hôpiLal. Celui-ci passa une journée à déployer et à manier ces eiïets, et bientôt il fut pris d'un typhus d'une grande violence (78).
Des observations semblables ont été relevées dans les épidémies plus récentes. A l'armée d'Orient, les infirmiers employés à manipuler les vêtements ou les couvertures des typhiques furent assez souvent atteints, sans avoir pénétré dans les salles de malades (79). En Algérie, le caporal du vestiaire de l'hôpital du Dey qui s'occupait des bardes des Arabes, au mois de février 1868, fut une des premières victimes du typhus (80). Des buandiers en furent atteints à la même époque à Orléansville et à Blida. A Breslau, en 1869, les blanchisseuses qui lavaient le linge des typhiques eurent beaucoup à souffrir (81), et il en fut de môme dans l'épidémie de Berlin (1873) (82) et dans celle de Saint-Pétersbourg (1874-7o) (83) du personnel auquel incombait le soin des vêtements des malades. Il semble même que l'attouchement des effets contaminés ne soit pas indispensable pour assurer la contagion. M. Coantiîmiîsse raconte, que dans la dernière épidémie de Lille, une femme bien portante et qui n'avait eu aucun rapport avec des malades, subit une atteinte de typhus une dizaine de jours après qu'elle eut assisté, en simple curieuse, au transport dans la voiture à désinfection d'une paillasse qu'une typhique venait d'abandonner pour entrer à l'hôpital (84).
Il est certain d'autre part que les murs et le mobilier des salles peuvent retenir le germe comme le font les tissus. Pendant la guerre d'Orient, le typhus s'est réveillé maintes fois dans des locaux ou des établissements qui ne contenaient plus de typhiques, mais qui en avaient reçu antérieurement. Il en fut de même en Algérie. La contamination par les locaux fut notamment observée à Orléansville et à Blida.
Enfin la transmission paraît s'effectuer dans certains cas par des personnes saines. Un exemple très probant en a été noté par Nordt dans l'épidémie survenue à Gederu (Hesse) en 1872-73 (85),