‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 27 sur 175 · DANS LES PAYS ISOLÉS · texte numérisé non relu

DANS LES PAYS ISOLÉS

Des considérations qui précèdent il est également aisé de dégager les raisons pour lesquelles les épidémies sont en général plus sévères dans les campagnes que dans les villes.

Dans les agglomérations urbaines, où les virus, toujours revivifiés par des sujets nouveaux, ne s'éteignent jamais, et sont favorisés dans leur dissémination par les contacts mille fois réitérés par jour des uns avec les autres, chacun est plus ou moins vacciné contre les maladies infectieuses, soit par les atteintes personnelles, soit par celles des ascendants, le plus souvent par les unes et les autres; vaccinations superposées, conscientes ou inconscientes, résultant les unes de maladies bénignes et graves, les autres de legs héréditaires. De pareils organismes auront une certaine force de résistance contre les germes répandus dans le milieu ambiant, ils seront adaptés à ce milieu, et le mot adaptation ne comporte, dans l'espèce, aucun sens mystérieux. Les maladies épidémiques ménageront un grand nombre et ne se montreront que sous une forme relativement bénigne chez les autres. Les cas mortels ou graves seront réservés aux étrangers dont l'immunité est nulle.

A la campagne, au contraire, les maladies infectieuses sont rares; aussi point de vaccination. Il en résulte que si un individu jeune encore, comme le conscrit, est transporté brusquement des champs où il a toujours vécu au sein de nos villes où il n'a jamais pénétré, il échappera rarement à la fièvre typhoïde ou aux fièvres éruptives qui prendront souvent chez lui une gravité insolite. Inversement, qu'un sujet atteint d'une

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de ces alïections vienne à s'introduire dans une localité rurale épargnée depuis de longues années, il suscitera une épidémie qui ne s'arrêter;, que lorsque la totalité de la population aura été frappée, et qui fera généralement un plus grand nombre de victimes que dans une ville, toutes proportions gardées.

De pareilles observations ont été relevées sur une plus vaste échelle au milieu des populations des climats extrêmes, qui par leur isolement des voies de communications restent parfois des périodes séculaires à l'abri de l'importation des germes virulents. La longue immunité des ancêtres paraît augmenter d'autant les prédispositions de leurs descendants ^ Nous avons déjà cité à ce sujet l'exemple des tribus indiennes anéanties par la variole et la rougeole que leur apportèrent les Européens à l'époque de l'occupation du Nouveau-Monde. Il en est de plus modernes.

En 1846, un marin apporte la rougeole aux îles Féroé, où cette maladie n'avait plus été observée depuis soixante-deux ans. Sur 7,782 habitants, 6,000 en furent atteints, et ceux qui furent épargnés étaient des vieillards qui avaient payé leur tribut à l'épidémie de 1784.

La rougeole était inconnue aux îles Fidji jusqu'au moment où leur cession à l'Angleterre les mit en contact avec les Européens. Elle y fut importée eu 1875 par un navire venant dé Sidney, et fit périr 40,000 indigènes sur 150,000.

Sans doute il faut attribuer à la misère, à l'absence de soins et de l'hygiène la plus élémentaire une part de cette morbidité et de cette mortalité excessives. Mais, cette part faite, il restera toujours une distance énorme entre les épidémies terribles de ces régions lointaines et celles de nos pays. C'est que sur notre sol, la rougeole est vieille de plusieurs siècles ; elle a imprégné de nombreuses générations, anéantissant les individus les plus sensibles à ses atteintes et vaccinant les autres. De cette longue sélection est sortie une race non pas réfractaire à son influence, mais infiniment plus résistante que les ancêtres (Duglaux, loc. dt., p. 200).

Il semblerait que cette lente stérilisation du terrain dût entraîner à la longue une immunité absolue. Il n'en est rien, car à côté des influences qui renforcent l'immunité, il y en a d'autres qui la diminuent : tels sont le changement de milieu, les excès, la misère, les vicissitudes de l'hygiène, les courants d'immigration enfin qui mêlent incessamment des éléments étrangers à la population autochtone, toutes circonstances qui ailaiblisfient la résistance organique à l'égard de toutes les maladies sans distinction.

De la combinaison de ces eflets inverses résulte une moyenne qui reste sensiblement constante au moins pendant une longue période d'années,

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et qui tienne milieu entre l'immunité absolue et la réceptivité excessive des populations épargnées jusqu'alors (Dua.ox, loc. «t., p. 201).

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