‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 3 sur 175 · II. — Délimitation du sujet · texte numérisé non relu

II. — Délimitation du sujet

Le cadre de ces recherches embrasse, d'après cet objectif, toutes les affections engendrées par des agents pathogènes venus du milieu ambiant. Le terme générique de maladies infectieuses leur a été justement imposé, pour marquer l'envahissement de l'organisme par une cause morbigène spécifique d'origine extérieure.

Vis-à-vis de ce groupe nosographique, il en existe un autre, qui joue dans la pathologie des agglomérations un rôle beaucoup moins important que lui : il se compose d'affections obscures encore dans leur origine, relevant de conditions individuelles difficiles à pénétrer, telles que les anomalies de la nutrition ou les dispositions héréditaires ; le diabète, l'albuminurie, la gravelle, les grandes névroses, les dermatoses, les phlegmasies chroniques de l'axe cérébro-spinal sont les entités les plus saillantes de cette série.

Mais c'est un groupe d'attente, appelé à se dissocier et à se fondre en partie dans le premier, à mesure que nos connaissances en étiologie se compléteront. La tuberculose, la scrofulose, présentées autrefois comme des spécimens de ces affections constitutionnelles, sont devenues des types de maladie infectieuse. La voie est ouverte, on ne s'y arrêtera pas. M. le D"" MicnoN a fourni récemment des témoignages sérieux en faveur de la contagion du cancer (1), et presque en même temps Scheurlen annonçait en avoir découvert le microbe (2).

On peut pressentir d'ores et déjà que certaines scléroses se rattachent à des processus infectieux depuis longtemps éteints, et enfin les deux diabètes eux-mêmes ont déjà été l'objet de recherches microbiologiques infructueuses à la vérité, mais qui seront certainement reprises.

Quoi qu'il en soit, ces affections qui restent toujours isolées, dont les racines sont dans l'organisme et non dans le milieu extérieur, seront naturellement écartées du cadre de ce livre ; elles sont du ressort de la clinique et non de l'épidémiologie.

Les véritables affections populaires, celles qui éprouvent les masses comme les individus, sont les maladies infectieuses. Les limites de ce groupe ont été singulièrement reculées dans ces dernières années, et certainement elles s'étendront encore dans l'avenir. Il n'y a pas bien longtemps que la pneumonie, la pleurésie, l'ictère, etc., étaient opposés aux maladies infectieuses comme des affections banales engendrées par les intempéries ; aujourd'hui personne ne doute plus de leur spéciffcité étiologique, et nous démontrerons bientôt que cette dernière appartient môme à ces affections

catarrhales, à ces pyrexies légères qui, depuis des siècles, sont mises sur le compte exclusif des météores.

Telle est la conceptiou qui tend à prévaloir actuellement. Elle est le Iruit des efforts accumulés dans la suite des temps, et surtout des merveilleuses découvertes qui les ont couronnés à notre époque.

Il est intéressant de suivre ce long travail à travers ses multiples péripéties. Nous essaierons d'y montrer brièvement comment nos devanciers ont compris l'origine des maladies, et sur quelles bases ils ont successivement édifié la nosographie étiologique.

Ces vues rétrospectives nous permettront d'apprécier les contributions apportées par les difïérents âges à la solution des graves problèmes soulevés ici, en même temps qu'elles nous mettront à même d'apprécier les immenses progrès réalisés dans cette voie durant ces vingt dernières années, progrès inaugurés et accomplis en grande partie par l'École française.

Page 1