‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 42 sur 175 · IS · texte numérisé non relu

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Fig. 6. — Morbidité mensuelle par pendant les années 1888 et 1889

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diarrhée (chiffres absolus) dans l'armée française, (Emprunté à la statistique médicale de l'armée

A. La diarrhée dans ses rapports avec la fièvre typhoïde et la dysenterie. — Ces notions sont bien faites pour dérouter ceux qui fondent, toute l'étiologie du catarrhe intestinal sur les vicissitudes météoriques et hygiéniques de la saison chaude. L'embarras augmente encore quand on envisage plus spécialement ces épidémies hivernales, qui sont véritablement des anomalies eu égard aux doctrines régnantes et qui ne sont rien moins que rares. Telle est celle qui dans l'hiver de 1844-45 affligea le 10'' régiment de chasseurs à Chartres, ainsi qu'une partie de la population civile. Tout en faisant la part dans l'étiologie au froid humide et aux brouillards de la saison, M. Narbotin, médecin du corps, incriminait surtout les grands travaux de terrassement qui étaient exécutés à ce moment à Chartres, en vue de l'établissement d'une machine hydraulique destinée à porter l'eau de l'Eure dans les différents quartiers de la ville. Dans le môme temps on bouleversait profondément le sol chargé de principes délétères autour et dans l'intérieur du quartier de Saint-Pierre, dans le but de niveler une très grande cour, de couper une portion du coteau voisin des bâtiments et de préparer l'emplacement des écuries à construire (3). Ces travaux constituaient une véritable aggravation des inaueuces morbigènes que subissait alors l'ensemble de la population, et M. Marbotin y voit la raison de l'extension exces-

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sive que prit la diarrhée dans la troupe. Cette iuterprétatioQ uous paraît d'autant plus plausible que la maladie épargna complètement la portion du régiment logée dans le deuxième quartier, où l'on n'avait pas remué un seul pouce de terrain.

Quatre années plus tard, en 1849, une épidémie de diarrhée simple doublée de symptômes dysentériques chez quelques-uns, sévit encore en plein hiver à Chartres au 13° régiment de chasseurs. M. le chirurgienmajor Cdambolle, chargé d'en étudier les causes, n'en trouva point d'autres que l'humidité de l'atmosphère et la situation des casernes dans les parties basses de la ville (4:).

Dans ces deux épisodes, la véritable nature de la diarrhée commence à être entrevue. Dans les deux suivants, son étiologie, si elle n'est pas rigoureusement précisée, est au moins nettement dégagée des influences banales auxquelles on la rapporte d'habitude, et envisagée comme celle des maladies spécifiques.

Vers la fin d'octobre 1869, arrivait à Tarbes le H" chasseurs, venant de Lunéville où peu de temps avant son départ il avait subi une épidémie de dysenterie sévère, qui s'était manifestée encore par quelques cas isolés pendant les fatigantes étapes de ce long parcours.

Dès son arrivée, il fut soumis à des corvées extraordinaires pour opérer l'enlèvement urgent des fumiers laissés par -le régiment qui l'avait précédé. Ces fatigants et insalubres travaux suscitèrent dans les premiers jours de novembre une diarrhée sérieuse qui devint bientôt générale et dégénéra en dysenterie chez quelques-uns. Vers le milieu du mois, cinquante hommes environ se présentaient journellement à la visite pour diarrhée aiguë, et toute aggravation dans les obligations du service ordinaire, tels que les marches militaires, la corvée de fourrage, la gymnastique! l'exercice d'embarquement des chevaux en wagons, etc., se traduisait par un excès de dix ou quinze malades à la visite du lendemain.

Au l-^'- janvier 1870, il y avait 120 hommes à l'hôpital, 21 à l'infirmerie, 180 à la chambre, tous atteints de diarrhée. Toute manifestation dysentérique avait disparu, mais dans le courant de janvier, 33 diarrhéiques présentaient des symptômes bien nets de fièvre typhoïde, et 10 d'entre eux succombèrent avec les lésions caractéristiques de cette affection.

L'épidémie s'éteignit dans le courant de février. Son historien (5) la rapporte au déplacement des fumiers, car ni la mauvaise qualité de l'eau, ni les émanations des latrines ne pouvaient être mises en cause. Elle épargna d'ailleurs les autres corps de la garnison, ainsi que la population civile Quelle qu'en ait été la cause véritable, les météores paraissent avoir été étrangers à sa genèse, et ce point est le seul qui nous importe en ce moment.

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Non moins significative sous ce rapport est l'épidémie de diarrhée observée à Arras ù la fin de l'hiver de cette môme année 1869 par M. le médecin-major Dnval. Dn l"'' au 31 mars, l'hôpital de cette ville reçut 63 sujets atteints de cette afiection qui dégénéra en dysenterie chez 12 d'entre eux. Tous ces malades provenaient d'un bataillon du génie et de deux bataillons du 33"= de ligne logés à la caserne dite Grand-Quartier. Les deux autres casernes, Héronval et la Citadelle, non plus que la population civile, ne fournirent aucun cas.

Il était difficile de rattacher une épidémie si localisée aux influences météoriques communes à l'ensemble des habitants civils et militaires. Du reste, le temps très froid qui régnait à ce moment devait prédisposer au catarrhe des bronches plutôt qu'à celui de l'intestin. Gomme d'ailleurs les hommes de tout âge et de tout grade étaient indistinctement atteints, on ne pouvait incriminer les diverses péripéties de la vie militaire. L'alimentation, d'autre part, devait être mise hors de cause, attendu qu'elle était la môme pour toute la garnison. Enfin, les locaux de la caserne atteinte ne laissaient pas plus à désirer au point de vue de la suffisance et de l'aménagement ([ue ceux des deux autres habitations militaires épargnées par l'épidémie.

Cette dernière devait nécessairement relever d'une cause d'insalubrité toute locale. M. Duval crut l'avoir trouvée dans la contamination des puits de la caserne par les eaux du Crinchon, petit ruisseau fangeux qui traverse la ville à laquelle il sert d'égout collecteur, et dont les eaux grossies et rendues stagnantes par des barrages établis en vue de travaux de canalisation à exécuter sur son parcours, ont dû filtrer à la faveur de ces conditions dans le sol crayeux sur lequel est bâtie Arras.

Cette interprétation s'appuie non seulement sur le goût et l'odeur particulière qu'avait contractés l'eau des puits incriminés, mais aussi sur la disparition complète et rapide de la diarrhée dès que sur la demande du service médical ces derniers furent fermés et leur eau remplacée par celle des fontaines publiques de la ville (6).

Rappelons enfin que dans les hivers de 1872 et 1873, le flux Intestinal fut la maladie dominante des troupes réunies dans les différents camps créés autour de Paris.

A Meudon, M. le D"" Sommeiller mentionne comme un fait digne de remarque que, malgré le froid, les maladies sont peu graves et plutôt intestinales que pulmonaires (7). A Satory, au 31« de ligne, le chiffre des diarrhéiques atteignait parfois jusqu'à soixante par jour (8). L'apparition de l'affection a coïncidé avec celle des premières neiges et son développement a vraisemblablement été favorisé par l'humidité des baraques insuffisamment couvertes et dépourvues de planchers (9). Çà et là, le flux

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intestinal s'accompagnait de fièvre et d'état typhoïde, et des cas de dothiénentérie avérée étaient signalés dans les diiléreuts corps de troupe éprouvés par la diarrhée.

Ces citations, dont nous pourrions aisément grossir le nombre, montrent combien il serait inexact d'attribuer toujours la diarrhée aux influences météoriques et hygiéniques de la saison chaude et de l'opposer à ce titre à la bronchite. Ce qui réduit d'ailleurs le rôle de ces influences à leur juste valeur et fait pressentir l'intervention de causes tout à fait spéciales, c'est la limitation des épidémies à une partie d'un corps ou d'une caserne, bien que la garnison tout entière subisse l'action des influences générales habituellement incriminées en pareil cas. Toutes les épidémies d'hiver rapportées plus haut sont en même temps des exemples d'épidémies circonscrites à une fraction de la population militaire, et ce caractère appartient à la plupart des faits réunis dans notre dossier. C'est ainsi entre autres qu'en septembre 1883, une diarrhée aiguë épidémique se répandit à Rouen dans le 73° de ligne occupant la caserne de Léveillé, sans atteindre les autres troupes de la garnison. Cette localisation du mal n'a pas laissé de préoccuper le médecin du régiment, M. Weil, qui n'a pu lui assigner d'autre cause que l'encombrement momentané de la caserne où affluèrent du jour au lendemain huit cents réservistes à répartir entre quatre chambrées (10). Enfin le flux intestinal qui se manifesta en septembre 1883, à Vernon, et que M. ScmNDLER rapporta à l'usage d'une eau de puits polluée par des infiltrations, se limita à la compagnie d'ouvriers d'artillerie dont il atteignit le dixième de l'eflectif (11).

On remarquera cette tendance à attribuer la diarrhée épidémique aux causes généralement invoquées dans l'étiologie des maladies infectieuses; elle se retrouve dans presque tous les documents militaires que nous avons sous les yeux. Peu de nos collègues s'y contentent des simples facteurs météoriques. M. Duval à Arras et M. Schindler à Vernon incriminent l'eau de boisson, M. Marbotin à Chartres s'en prend au bouleversement d'un sol notoirement insalubre, M. Weil enfin accuse la souillure de l'air des chambrées par le miasme humain. En un mot, ce sont les facteurs pathogéniques habituels de la fièvre typhoïde ou de la dysenterie qui sont presque toujours mis en avant. Et cette interprétation est d'autant plus fondée, que tantôt l'une, tantôt l'autre de ces aflections est représentée par quelques unités éparses au milieu du groupe d'individus éprouvés par la diarrhée. Dans l'épidémie de Chartres, en 1844, plusieurs hommes furent envoyés à l'hôpital avec les symptômes de la fièvre typhoïde confirmée, et quelques-uns succombèrent à cette aflection. Dans celle d'Arras, 12 sujets sur 63 présentèrent des selles muco-sanglantes. Par certaines phases de son évolution clinique, celle de Vernon a justement mérité d'être rap-

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prochée de la fièvre typhoïde. Nombre d'épisodes de ce genre ont donné lieu à des observations semblables.

N'est-il pas légitime d'en conclure que le catarrhe intestinal y correspond à des épidémies abortives de fièvre typhoïde ou de dysenterie, d'autant plus que cliniquement, des degrés intermédiaires le rattachent étroitement dans tous les cas au type classique de chacune de ces affections?

Au reste, c'est un fait généralement reconnu dans l'épidémiologie militaire, que les diarrhées et les embarras gastriques fébriles sont bien souvent associés ensemble, et que les premières ne laissent pas dans ces cas de se compliquer çà et là de courbatures, d'insomnie êt de fièvre, symptômes qui établissent leurs affinités avec la maladie régnante. En 187S, une épidémie grave de fièvre typhoïde sévit de juillet à octobre sur le ei'' de ligne à Toulon. M. Petit, médecin-major du régiment, a eu la bonne inspiration d'établir comparativement les tracés de la marche de la dothiénentérie confirmée, de l'embarras gastrique fébrile et de la diarrhée simple pendant la période épidémique : le parallélisme des trois graphiques que nous avons sous les yeux témoigne de la communauté d'origine de ces différents processus (12).

B. La diarrhée dans ses rapports avec le choléra. — Une troisième origine que les faits assignent dans maintes circonstances à la diarrhée, se rapporte à l'influence cholérique, toujours présente dans nos garnisons. Du moins, pourrions-nous citer de nombreuses épidémies où le flux intestinal a été aggravé chez certains individus par des vomissements au début, des crampes fugaces, une cyanose légère, de la tendance à la réfrigération périphérique, en un mot par un état choléroïde qui dans quelques cas s'est élevé jusqu'au choléra algide classique.

En mars 1864, de nombreuses diarrhées se manifestèrent brusquement au 98° de ligne, à Strasbourg, se compliquant chez quelques-uns de crampes dans les mollets et de vomissements prolongés. Comme l'épidémie ne s'étendit pas au delà du 98% elle fut attribuée par M. le médecinmajor Aron à des causes toutes locales, et notamment aux eaux impures de la caserne Finkmatt, exclusivement occupée par ce corps (13).

Vingt ans plus tard, en juillet et en août 1884, le même régiment subit une épreuve semblable à Saint-Etienne. Sur un effectif de 800 hommes environ, près de 140 individus furent atteints pendant ces deux mois d'une diarrhée sévère qui, chez plusieurs, dégénéra en un véritable choléra, sans entraîner toutefois de décès (14).

Pendant ses manœuvres de 1886, le 137° de ligne, de Fontenay-le- Comte, eut 125 hommes atteints de diarrhée, dont quelques-uns présen-

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tèrent en môme temps des symptômes cholériques menaçants. Celte épidémie fut rapportée par le médecin du corps à la consommation d'une eau suspecte, et au passage des troupes à travers des localités éprouvées par la cholérine (15).

Ces traits étiologiques et cliniques ne suiïisent-ils pas à fixer la nature du tlux intestinal? Ne pouvons-nous, d'après eux, assimiler celui-ci à un choléra atténué dans son expression symptomatique ? Nous le croyons fermement, parce que cette interprétation est acquise depuis longtemps aux diarrhées qui précèdent et accompagnent les épidémies cholériques, ainsi qu'à celles qui, apparaissant dans les foyers épargnés par la pandémie régnante, témoignent par quelque trait fugace, mais caractéristique, de leur étroite connexion avec cette dernière, dont elles sont véritablement la forme abortive. Ces manifestations frustes du fléau ont été observées dans toutes les épidémies.

Dans l'été de 1844, alors que le choléra sévissait sur plusieurs points de l'Algérie, des diarrhées nombreuses, simples ou choléroïdes, éclatèrent dans beaucoup de corps d'Afrique, entraînant la mort dans quelques cas qui ne différaient que par des nuances très légères du choléra asiatique (16).

Dans le cours du troisième trimestre de 1849, à l'époque où le fléau s'appesantissait pour la deuxième fois sur notre pays, des épidémies de diarrhée aggravées par des symptômes de cholérine étaient signalées dans de nombreux corps, entre autres dans le 8° régiment de chasseurs à Limoges (17).

En 1884, pendant que le choléra sévissait aux portes d'Avignon, la garnison de cette ville, sans présenter un seul cas de cette aflection, fut éprouvée par une diarrhée rebelle, laissant à sa suite une faiblesse hors de proportion avec la bénignité apparente de la maladie. Chez certains sujets, d'ailleurs, on nota soit des vomissements, soit des tendances au refroidissement.

Enfin, à la même époque, la diarrhée simple ou accompagnée de symp" tômes suspects, régnait épidémiquement dans la plupart des garnisons du midi, qu'elles eussent ou non le choléra confirmé, notamment à Nîmes, Carcassonne, Cette, Montpellier, Tarascon, etc.

On objectera, sans doute, que les diarrhées qui se rapportent au choléra épidémique ne sont pas comparables à celles qui se rattachent par quelque trait symptomatique, le vomissement, les crampes, etc., au choléra dit nostras ; qu'elles ne sauraient servir de témoignage dans ce débat, puisque ce dernier choléra est météorique, tandis que l'autre seul est infectieux. Cet argument ne nous touche point, parce que nous croyons à l'identité de nature des deux choléras, et, par conséquent, à la pernia-

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nence au milieu de nous de la cause spécifique qui engendre^cette afiec- Lus ses deux formes sporadique et épidémique séparées, à tort selon nous, par la doctrine.

C De la diarrhée dans la population civile. - Si nous avons visé iusqu'ici plus spécialement la diarrhée dans l'armée, c'est qu'elle y est l'indisposition la plus commune, et que dans ces foyers limites elle se prête plus facilement aux investigations étiologiques.

Mais ses explosions épidémiques ne sont rien moins que rares dans les populations urbaines et rurales, comme en témoignent les mémoires de l'académie de médecine et les beaux comptes rendus de M. Biîsnier a la Société médicale des hôpitaux de Paris. Elle a fourni à nos confrères des villes et des campagnes maintes fois l'occasion de noter ses affinités avec les maladies mentionnées plus haut.

De tout temps, les diarrhées, qui surviennent pendant le règne du choléra, ont été tenues pour suspectes ; et, d'autre part, il ne manque pas d'épisodes où le dévoiement s'est imposé comme une forme atténuée de la dysenterie ou de la fièvre typhoïde.

En 1871, une épidémie de diarrhée sévit pendant quatre mois dans l'arrondissement de Lannion (Côtes-du-Nord). M. IcD^Levidan, qui rend compte de cet épisode à l'Académie, ne s'explique point sur sa cause, mais il mentionne que, dans plusieurs cas, le flux intestinal a pris une forme dysentérique (18).

En novembre et décembre 1878, pendant des froids très rigoureux, de nombreuses diarrhées étaient observées dans quelques quartiers de Paris. Le mouvement fébrile et les symptômes d'embarras gastrique dont elles se compliquaient parfois suffiraient à la rigueur pour les rattacher à la fièvre typhoïde (19).

Dans ces dernières années. Christiania a été affligée d'une véritable épidémie de diarrhée aiguë, parfois fébrile, que les médecins de la ville ont attribuée à la souillure accidentelle des eaux de boisson survenue à la suite de la dégradation des aqueducs (20). Cet épisode est identique au précédent, ainsi qu'à celui de Vernon, et éveille comme eux la pensée qu'il s'est agi d'une épidémie de lièvre typhoïde abortive.

Enfin, il n'est peut-être pas hors de propos de rappeler que dans les anciennes annales épidémiologiques, on trouve maint exemple de ces diarrhées à origine hydrique, associées à la dysenterie ou à la fièvre putride.

Dans l'histoire de la constitution médicale de Paris pour l'année 1779, Geoffroy, après avoir mentionné qu'on traitait encore beaucoup de diarrhées et de dysenteries en novembre, ajoute cet intéressant détail :

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« J'ai observé pendant la dernière moitié de ce mois (novembre) que pendant que les diarrhées diminuaient dans le reste de la ville, elles étaient fréquentes et beaucoup plus communes dans le quartier du Luxembourg et dans le quartier Saint- Jacques, Cette dilïérence me frappa; et, après en avoir cherché la cause, j'ai cru pouvoir l'attribuer au changement d'eau. Les habitants de ces quartiers usent ordinairement pour boisson de l'eau d'Arcueil qui est dure et resserrante. Pendant quelque temps on a travaillé aux canaux d'Arcueil qui ne fournissaient plus d'eau, et dans cet intervalle, les habitants de ces quartiers ont été forcés de boire de l'eau de Seine, à laquelle ils ne sont point si accoutumés, et qui d'ailleurs dans cette saison est fort sale et boueuse ; ce qui la rendait encore plus relâchante. Aussi ces diarrhées ont-elles été dissipées facilement en corrigeant la mauvaise qualité de l'eau, soit par une simple ébullition, soit en y faisant cuire une petite quantité de riz. > (21)

Le môme observateur, après avoir rendu compte des diarrhées et des dysenteries qui régnèrent avec une grande fréquence à Paris en janvier 1785, émet à leur sujet les réflexions suivantes : « Peut-être ontelles été augmentées (les diarrhées et les dysenteries) et entretenues par les immondices qu'on a jetées en quantité dans la rivière pendant ce mois et le mois suivant. C'était dans la Seine qu'on vidait les neiges, après les avoir ramassées dans les rues et dans les places; mais avec la neige se trouvaient les immondices de toute espèce, les ordures, les fumiers et toutes les saletés des rues, au point que ces matières infectes formaient dans la rivière une longue traînée noire qu'entraînait le courant de l'eau. De plus, une pareille opération si contraire à la santé des citoyens, se faisait principalement le long des quais de l'île Saint- Louis, dans le haut de Paris, au-dessus de la pompe de Notre-Dame, qui fournit de l'eau à la plus grande partie de la ville, dont les habitants se trouvaient abreuvés d'une eau sale, infecte et dégoûtante. Il n'est donc pas étonnant qu'une pareille boisson ait pu donner naissance à tant de diarrhées et de coliques, qui souvent se guérissaient, en ayant seulement soin de faire bouillir l'eau pour l'épurer, avant que d'en user. Les dysenteries et les diarrhées ont continué pendant le mois de février, comme en janvier (22). »

Ces derniers faits, et d'autres que nous avons déjà mentionnés plus haut montrent le rôle qu'il y a plus de cent ans déjà l'on assignait à l'eau dans la genèse des maladies populaires.

Quoi qu'il en soit, ces documents établissent que dans tous les groupes de la population, la diarrhée se rattache par les liens les plus étroits aux grandes maladies infectieuses à détermination intestinale, que, loin d'y être invariablement subordonnée à certaines influences saisonnières, elle

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peut se montrer indistinctement en hiver comme en été, et que souvent elle est manifestement provoquée par l'un des agents excitateurs les plus puissants des maladies infectieuses les plus répandues, par l'eau de boisson impure. En un mot, dans ses manifestations épidémiques surtout, elle se confond souvent par son origine avec la fièvre typhoïde, la dysenterie et le choléra dont elle représente une expression atténuée, une forme abortive. Elle a, vis-à-vis de ces affections, la môme signification que l'angine catarrhale à l'égard de la scarlatine et de la diphtérie.

Cette conclusion repose sur les rapports cliniques et étiologiques que le catarrhe intestinal présente dans mainte circonstance avec ces trois endémo-épidémies de nos pays. Mais elle n'implique pas qu'elle doive toujours recevoir cette interprétation.

Loin de moi, en effet, la pensée de rattacher toutes les diarrhées aux trois affections que je viens de viser. Ce serait renfermer ce processus dans des limites beaucoup trop étroites et donner une idée bien incomplète de sa pathogénie.

D. De la diarrhée idiopathique. — 11 y a des diarrhées qui reconnaissent des causes propres, auxquelles l'hygiène prophylactique a le devoir de s'intéresser autant qu'aux causes infectieuses proprement dites, d'autant plus que si elles ne sont point la fière typhoïde, la dysenterie ou le choléra, elles y conduisent en créant vis-à-vis de ces maladies l'imminence morbide.

Leur physiologie pathologique ne laisse pas que d'être obscure. Elle est cependant accessible à l'analyse par quelques-uns de ses côtés, grâce aux recherches récentes sur les transformations anormales auxquelles le contenu de l'intestin est sujet et sur les conséquences possibles de ces troubles de la digestion.

a). Diarrhée par vice d'alimentation, — Tout aliment qui n'est pas intégralement digéré, c'est-à-dire transformé en chyle par les diastases intestinales, subit, dans ses portions attaquées par ces dernières, de véritables fermentations, dont les agents sont des organismes saprophytes originaires de la bouche ou fournis par les substances ingérées elles-mêmes, et qui ont résisté à l'action du suc gastrique. Ce n'est pas à dire que ces agents ne puissent apporter un concours utile à la digestion. MM. Duclaux (23) et ViGNAL (24) ont démontré qu'indépendamment de leur rôle de ferment, ils sécrètent des diastases identiques à celles de l'organisme, et ajoutent ainsi leur action à celle des dissolvants physiologiques. Mais ils élaborent aussi des substances toxiques, et lorsque la digestion régulière est incomplète, ils s'emparent des portions restées intactes, et, y développant des transformations d'ordre chimique, produisent par eux-mêmes et par

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les décompositions qu'Us déterminent, des matières acides, putrides, des alcaloïdes toxiques, des leucomaïnes, etc. Par leur passage dans le sang, ces poisons provoquent des troubles généraux divers, entre autres la fièvre, et par leur action locale, l'irritation de la muqueuse, les altérations dans •la sécrétion et enfin la diarrhée. Le flux intestinal est une des manifestations les plus constantes et les plus caractéristiques de ces états morbides. On sait que celui qui le premier a vu les bactéries dans l'intestin, LEuwENnoECK, avait déjà reconnu leur multiplication dans la diarrhée.

Que les fonctions digestives soient troublées, l'alimentation restant normale, ou que celle-ci devienne vicieuse chez un individu digérant bien, les conséquences seront les mômes. Dans un cas comme dans l'autre, les ingesta subiront des transformations anormales. A plus forte raison ces dernières se produiront-elles lorsque ces deux facteurs pathogéniques se trouveront réunis. Or les conditions de l'existence ne se prêtent que trop souvent à leur réalisation. L'hygiène de l'intestin chez beaucoup de sujets est assujettie à des vicissitudes non moins grandes que celles de leur habitation : l'auto-infection intestinale chez eux est aussi commune que l'infection par les agents morbides répandus dans les milieux ambiants.

Le régime de certains groupes d'individus reste invariablement le même toute l'année. Cependant l'activité des fonctions digestives portée à son summum en hiver, s'abaisse et languit sous l'influence dépressive des chaleurs. Il en résulte qu'en été, l'alimentation devient excessive eu égard à l'aptitude fonctionnelle amoindrie de l'intestin; les ingesta échappent en partie aux forces digestives, et livrent aux ferments parasitaires qui se multiplient énormément dans ces cas une plus grande quantité de matières putrescibles (Duclaux et Vignal). N'est-ce pas là une des principales sources de la diarrhée estivale, à laquelle les populations privilégiées échappent en grande partie par une adaptation instinctive du régime alimentaire aux conditions créées à l'organisme par la saison ?

Les actes digestifs sont d'autant plus exposés à ces perturbations, qu'aux écarts ou aux vices du régime s'associe souvent l'usage immodéré des boissons qui, en délayant les sucs gastro-intestinaux, amoindrissent leur valeur physiologique et laissent d'autant plus de prise aux germes de la putréfaction.

Les eaux d'ailleurs, sans être spécifiquement altérées, sont souvent nuisibles par elles-mêmes, c'est-à-dire par les micro-organismes vulgaires qu'elles renferment. Ceux-ci peuvent susciter les fermentations intestinales ou les renforcer lorsqu'elles sont déjà en cours. On sait, d'autre part, que ces saprophytes de l'eau se multiplient dans une énorme proportion par les températures élevées (25), de telle sorte qu'une eau qui

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est iaoffensive en hiver, peut devenir nuisible en été sans avoir été souillée à nouveau. Nous avons la conviction que beaucoup de diarrhées d'été relèvent uniquement de l'ingestion d'eau saturée de micro-orga-

"''Le^dévoiement résulte quelquefois aussi de l'absorption par les voies respiratoires des gaz de la putréfaction. Les émanations putrides fournies par les foyers de décomposition ont été en effet maintes fois accusées de produire la diarrhée. II est sans doute assez difficile d'établir comment elles arrivent à impressionner l'appareil gastro-intestinal. Leur action cependant paraît réelle. Aux témoignages fournis par l'épidémiologie, on peut ajouter les observations journalières de la diarrhée d'amphi- ■ théâtre, et surtout les expériences de Parker qui a provoqué l'entérite chez le chien en le soumettant à une atmosphère imprégnée de gaz des fosses d'aisance. Ces faits ne permettent pas de mettre en doute la nocuité de ces derniers et leur influence pathogénique sur l'intestin ('J6).

Enfin, il faut bien admettre, dans beaucoup de cas, que le brusque refroidissement du ventre, en troublant par action réflexe les sécrétions du tube digestif, peut apporter un concours efficace à la transformation vicieuse de son contenu, et par suite au développement du flux du ventre.

Ces considérations sur l'influence combinée de la chaleur et de l'alimentation vicieuse dans la genèse de certains catarrhes intestinaux, trouvent un. appui solide dans l'histoire de la diarrhée infantile qui fait tant de ravages dans la première enfance. Si, dans certains cas, elle est déterminée par un bacille spécial, chromogène, bien étudié dans ces derniers temps (27), elle reconnaît le plus souvent pour cause, comme la diarrhée estivale des adultes, les vices de l'hygiène alimentaire.

En efiet, les enfants qui reçoivent le sein y échappent presque toujours; ceux qui sont nourris au biberon, alimentés ou sevrés prématurément, en sont à peu près les seuls victimes, et le nombre des atteintes est d'autant plus considérable que la température ambiante est plus élevée. La diarrhée infantile, en eflet, est une maladie saisonnière qui suit avec un parallélisme presque parfait les variations de la température. D'après M. CoMBY, à l'intéressant mémoire duquel nous empruntons ces renseignements (28), elle détermine à Paris une mortalité trois fois plus forte en été qu'en hiver. Elle ne peut cependant pas être attribuée à la chaleur seule, puisqu'elle ne frappe que les enfants privés du sein ou sevrés trop tôt. On ne peut que se rallier aux conclusions formulées à ce sujet par M. CoMBY. En hiver, le lait consommé par les enfants nourris au biberon fermente peu et reste un aliment passable. En été, au contraire, il subit rapidement la fermentation lactique et devient par cela môme déjà un agent irritant pour l'intestin ; il se charge en outre de nombreuses colo"*

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uies microbiennes qui proviennent des biberons mal entretenus et dont la nocuité c\ l'égard des voies digestives ne paraît pas douteuse. L'action de la chaleur est tout à fait indirecte comme dans la diarrhée des adultes. Enfin, à ces dangers de l'allaitement artificiel, il faut joindre ceux de l'alimentation excessive et grossière (panades, pain, vin, etc.), que les mères pauvres et ignorantes imposent à des enfants dont les sucs gastro-intestinaux ne sont pas encore élaborés en quantité ni en qualité suffisantes.

Le lait altéré, et à plus forte raison les aliments ordinaires employés prématurément, fermentent, se putréfient et donnent naissance à des produits chimiques divers, dont beaucoup ont une action cathartique plus ou moins énergique sur l'intestin. Parmi eux, on cite une ptomaïne très énergique, le tyrotoxicon qui, administré à faible dose au chat, fait naître chez lui tous les symptômes du choléra infantile avec des lésions du tube digestif identiques à celles qu'on observe chez les enfants.

Il est à remarquer que, lorsque ces accidents sont une fois développés, le lait de bonne qualité lui-même se décompose rapidement dans l'intestin et entretient le dévoiement, au même titre que les aliments les plus indigestes.

Nous avons tenu à citer ces observations si précises sur la diarrhée du premier âge, parce que cette affection éclaire véritablement la physiologie pathologique de la diarrhée estivale des adultes, et qu'elle corrobore l'interprétation que nous en avons donnée plus haut. Au fond, nous estimons que ces deux maladies n'en font qu'une, déterminée de part et d'autre par l'altération putride des ingesta. Si elle est si meurtrière pour la première enfance, c'est qu'ici les infractions au régime sont, toutes proportions gardées, bien plus profondes et la résistance organique bien moins grande que chez l'adulte.

Enfin, si l'on exigeait un dernier témoignage en faveur du rôle de l'alimentation dans la genèse de la diarrhée, on le trouverait certainement dans la constance avec laquelle cette maladie apparaît au milieu des populations faméliques et dans son endémicité dans les prisons et les bagnes. On ne peut guère, dans ces cas, lui assigner d'autre cause que l'alimentation grossière ou insuffisante. Ce facteur étiologique a été invariablement mis en avant par tous les historiens des grandes famines, et sans remonter bien haut, nous rappellerons que la diarrhée, qui fut la maladie la plus commune et la plus caractéristique chez les Arabes faméliques en '1867, a reçu des médecins de l'armée d'Afrique le nom significatif d'entéro-colite de misère (29). Ce n'est pas le moment d'insister sur ces faits, nous leur donnerons plus tard les développements qu'ils comportent.

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