III. — Herpès zoster
Il est une autre fièvre vésiculaire que nous ne pouvons ne pas mentionner à l'occasion de la fièvre herpétique, car elle s'en rapproche beaucoup, c'est l'herpès zoster, ou zona.
Il importe de distinguer le zona ou les éruptions zostériformes, symptomatiques de lésions nerveuses directes ou de lésions ganglionnaires produites par des compressions, des dégénérescences diverses, et le zona maladie ou zona idiopathique.
Ce dernier se montre sporadiquement, ou il se déploie en petites épidémies sur lesquelles Cazenavk (4), Bazin (S), Hardy (6), avaient naguère déjà fixé l'attention, et qui ont été signalées à nouveau dans des temps plus récents par FiscnER (7), Neumann (8), Landouzy (9), Kaposi (10), et Weiss (11). Ces épidémies ne sont pas sans subir l'influence saisonnière, car elles surviennent ordinairement au printemps et en automne, a l'époque des variations brusques de l'atmosphère auxquelles elles ont été généralement attribuées.
DES PYREXIES SAISONNIÈRES ^69
Pourtant la spécificité da zona zoster avait déjà été entrevue par d'andeus observateurs, notamment par Lorry, qui faisait valoir en sa faveur la eoutaoiosité de cet exanthème, et parmi les dermatologistes modernes par HvRDY%t Neumann {loc. cit.), qui avaient été surtout impressionnés par l'unicité du processus. En 1883, M. Landouzy {loc. cit.) lui attribue résolument ce caractère : il voit- dans le zona primitif ou fièvre zoster une maladie générale, infectieuse, caractérisée anatomiquement par la lésion d'un ganglion nerveux, et cliniquement par une éruption vésiculeuse disposée sur le trajet du nerf.
Les arguments à faire valoir en faveur de cette conception ont été formulés par M. Landouzy dans une excellente leçon clinique, et développés deux ans après dans la dissertation inaugurale d'un de ses élèves, M. le D'- Boulanger (12). Depuis cette époque, plusieurs dermatologistes, notamment Kaposi (13) et Torok (14), ont défendu la même thèse, sans rien ajouter à la démonstration magistrale du médecin de Paris.
Malgré les insuccès des recherches bactériologiques et des inoculations tentées avec le contenu des vésicules par Pfeiffer (15), nous croyons sans arrière-pensée à la nature infectieuse de cette affection, car elle possède tous les attributs des maladies générales : des troubles généraux comme prodromes, l'évolution cyclique, l'immunité conférée par une première atteinte, l'aptitude à devenir épidémique, la périodicité et la gravité variable de ces épidémies, enfin, jusqu'à la contagion elle-même, si l'on peut s'en rapporter à quelques faits, à la vérité contestables, relevés par Trousseau (16), Erb (17), et Sch/Effer (18).
Bien que ces caractères ne se présentent pas tous avec la même netteté, la même évidence que dans beaucoup d'autres affections, ils sont cependant réels. Il en est d'ailleurs un qui est plus marqué que dans mainte autre maladie infectieuse et qui a une signification décisive, c'est l'immunité presque absolue conférée par une première atteinte : la récidive est moins à redouter encore dans le zona que dans les fièvres éruptives; rien ne montre mieux que ce trait l'imprégnation générale de l'organisme par la première attaque.
En résumé, l'unicité, l'épidémicité, l'évolution cyclique du zoster sont des caractères étiologiques et cliniques qui, à défaut de preuves bactériologiques, suffisent à le classer parmi les maladies infectieuses.
Si sa spécificité ne nous laisse pas de doute, il n'en est pas de môme de ses rapports avec la fièvre herpétique. On sait les ingénieux rapprochements établis par Parrot entre les deux maladies, et Tôrôk et Epstein (19) inclinent même à admettre l'identité de leur nature. On ne manque effectivement pas de raisons pour appuyer ces vues : telles sont la grande similitude de leurs caractères cliniques, la coexistence dans une môme salle
"0 DES MALADIES DITES SAISONNIÈRES
d'herpès zoster et d'herpès labial ou facial (Tôrôk, loc. cit.); l'angine herpétique elle-même est souvent unilatérale et susceptible, selon toute vraisemblance, d'une interprétation pathogénique identique à celle de l'herpès intercostal.
Toutefois, on peut objecter à cette opinion que la fièvre herpétique récidive fréquemment chez le même sujet, tandis que le zona laisse toujours l'immunité après une première atteinte. Le contraste entre la récidivité excessive de la fièvre herpétique et l'unicité du zoster impose la conviction qu'en dépit de certaines ressemblances cliniques, la première ne peut être étiologiquement de môme souche que le second. L'unicité du zoster est un caractère fondamental qui le différencie nettement de toutes les affections morphologiquement similaires. Mais si ce motif nous empêche de nous rallier à l'opinion de l'identité entre les deux maladies, il ne s'oppose pas, cependant, à ce que nous les considérions comme très voisines l'une de l'autre par la clinique, l'étiologie et la pathogénie ; c'est ce qui nous justifiera de les avoir comprises toutes les deux dans le même paragraphe.