‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 57 sur 175 · II. — Localisation des épidémies d'ictère · texte numérisé non relu

II. — Localisation des épidémies d'ictère

En effet, un des traits les plus caractéristiques des épidémies d'ictère est leur localisation à un groupe de la population. Sans doute, elles peuvent se répandre sur l'ensemble de celle-ci, comme nous l'avons observé en 1871 à Paris, où de nombreuses atteintes ont été signalées à la fois parmi les habitants et les régiments campés autour de la capitale. Mais, le plus souvent, la maladie régnante se limite à un groupe d'individus soumis à des conditions d'existence communes. Dans les villes de garnison, les épidémies exclusivement militaires ne sont rien moins que rares. Telles sont celles de Saint-Dié (20), de Vannes (21), de Lorient (22), pour ne citer que les plus récentes. Les nombreux faits rapportés par les médecins militaires allemands dans ces quinze dernières années déposent dans le même sens. Cette constatation est importante : si, en effet, les influences météoriques pouvaient engendrer de toutes pièces le prétendu catarrhe gastro-hépatique, celui-ci devrait se répandre sur l'ensemble de la population ou du moins témoigner de cette origine par la diffusion de ses atteintes.

L'étroitesse habituelle du cadre de l'épidémie assigne un rang bien secondaire dans l'étiologie aux agents cosmiques. En poursuivant cette enquête, on arrive également à apprécier à leur juste valeur les autres influences générales souvent dénoncées dans l'espèce.

Ces épidémies militaires, en effet, n'atteignent jamais ou presque jamais la garnison tout entière. Elles se limitent à une partie de la troupe, à un corps, à une fraction de régiment, à une aile de bâtiment, à une ou quelques chambrées contiguës dans le sens vertical ou horizontal. Il existe peu de relations dans les annales militaires françaises ou allemandes où cette particularité ne soit mise en relief.

L'épidémie se développe en foyers circonscrits au sein d'un corps ou au milieu des habitations militaires; tous les cas proviennent de ce foyer, ou les autres parties du corps ou de la caserne ne fournissent que des unités éparses.

L'épidémie d'Arras (24) frappa exclusivement trois compagnies de sapeurs du génie, occupant des bâtiments situés dans le voisinage des fossés de la ville. Sur 33 cas d'ictère observés en avril et mai 1885, au l^"" régiment de hussards, à Marseille, par M. le médecin-major Leuc, les 4° et 3« escadrons, occupant des chambres contiguës du môme bâtiment, fournirent 23 cas, tandis que les l*"' et 2°, logés dans le bâtiment voisin, n'en donnèrent que 9 (25).

En Allemagne, où les épidémies d'ictère paraissent plus fréquentes qu'en France, surtout dans certaines garnisons comme Neuf-Brissach, Posen, Rastadt, Stuttgard, la limitation des atteintes est signalée régulièrement dans tous les rapports sanitaires. C'est ainsi que sur 42 cas d'ictère observés de février à mai 1876 dans la garnison de Neuf-Brissach, presque tous s'étaient développés dans le môme bâtiment.

En 1879, pendant les mois de février et de mai, 26 cas survinrent coup sur coup dans le régiment de grenadiers de l'empereur Alexandre à Berlin, les malades provenaient exclusivement des 7" et 8^ compagnies.

Bref, les rapports sanitaires allemands, publiés depuis l'année 1874 abondent en témoignages de ce genre ; on y signale môme des chambrées qui ont été le théâtre d'épidémies successives (26). La localisation de •celles-ci à une partie de l'habitation militaire est pour ainsi dire la règle.

On peut rapprocher de ces faits les petites épidémies de familles, ■dont MM. Hérard (27), Stitzer (28) et Hennig (29) ont rapporté d'intéressants exemples.

De telles observations réduisent singulièrement la signification attribuée aux défectuosités du régime, aux fatigues, aux vicissitudes météoriques, toutes influences auxquelles le régiment et la garnison tout entière :se trouvent uniformément soumis.

La prédilection de l'ictère pour les jeunes recrues a pu accréditer l'opinion que le changement de régime devait être considéré comme la •cause la plus efficace de cette afiection. Mais pourquoi certaines compagnies sont-elles frappées à l'exclusion d'autres qui reçoivent pourtant •également des jeunes soldats? Pourquoi les recrudescences saisonnières n'ont-elles lieu qu'à partir de février, au lieu de novembre, c'est-à-dire immédiatement après l'arrivée de ces derniers?

Page 1